dimanche 24 avril 2022

Tribalisme


Il y a cette publicité pour une grande banque qui passe ici depuis quelques temps et qui m'énerve et je n'arrivais pas à comprendre complètement pourquoi. 

Elle met en vedette une jeune asiatique que reçoit quelque chose d'un livreur. Elle s'adresse alors à la caméra jusqu'à la fin de la pub. Mais la première fois qu'elle parle, le livreur lui demande "est-ce à moi que vous parlez?". Mais elle répond toujours à la caméra, pas à lui. Le livreur/postier lui reparlera une au deux fois aussi, mais c'est à nous, qui regardons l'annonce, qu'elle répondra encore. Cette pub m'agace. Ce n'est pas juste parce que l'ironie me semble grande de placer un accent si français dans le décor de ce qui ressemble beaucoup au Plateau Mont-Royal (le postier à un accent Québécois). Puis j'ai trouvé. C'est plutôt le fait que les deux ne se parlent pas. Et que c'est presque normal. Traité ainsi, du moins. Ce qui se rapproche de la réalité de 2022.

Depuis autour de 2008, nous sommes désorientés. On semble incapables de parler les mêmes langues ou simplement reconnaître les mêmes vérités. Nous sommes coupés l'un de l'autre, et de nos passés respectifs et collectifs. 


Il semble aujourd'hui clair qu'il y a deux peuples (minimum) dans chaque pays. Nous avons appris à vivre polarisés sur les mêmes sols. On a presque tous deux visions de l'économie, de la science, des droits humains, de l'histoire passée et surtout de celle que nous vivons en ce moment. Nous vivons une vie fragmentée des institutions, de nos leaders, de notre présent et de nos futurs. J'entends encore la semaine dernière mon covidiot de nouveau patron dire dans la cuisine "Les psychopathes comme François Legault..." J'ai pas écouté la suite ramassant mes deux bras au sol dans le corridor au loin. Je n'aurais pas voulu être dans la cuisine, j'aurais explosé de rire. 

Ce qu'on a appelé "les réseaux sociaux" ont définitivement eu un impact sur nos sociétés depuis 2008. Pas toujours pour le mieux. La fragmentation commence là. 

Au début des années 90, l'internet restait innocent. Chat rooms, message boards, courriels, vers 2003, on avait les sommets de ces nouveaux outils. Myspace, Friendster, Facebook, 5 ans plus tard, devenaient dominants. Facebook atteignant les 100 millions d'utilisateurs dès le début (ou presque) et aujourd'hui on parle de plus de 3 milliards partout dans le monde. On disait alors qu'une "nouvelle démocratie naissait". Tout le monde pouvait faire fleurir son ego. Les dictateurs devaient baver d'envie face à une telle colonie de masse mondiale sous le même chapiteau. Les Russes l'ont vite compris. 

En 2011, une année qui a débutée par ce pauvre marchand désespéré qui s'est immolé parce qu'excédé par le gouvernement qui le volait sans scrupules en lui prenant toutes ses recettes, et lui soutirant son chariot de vente continuellement (et ses profits) élément déclencheur du printemps Arabe; et qui se terminait par le mouvement Occupy Wall Street (ou wherever), Google translate devenait maintenant accessible à tous, partout sur le globe. Nous pouvions virtuellement parler tous la même langue! 

Nous avions reconstruit en vrai, la métaphore biblique du roman le plus vendu sur terre, de la tour de Babel. Nous étions excessivement près de n'être plus qu'un, métaphoriquement. La division du langage n'existait plus. Pour les technos démocrates, c'était un bel arc-en-ciel.

Facebook, qui avait 4 ans, disait vouloir réinventer la manière de faire circuler l'information. Ce qu'ils ont très (mollement et naïvement) fortement fait. Avec les résultats qu'on connait. 10 ans plus tard, un clown est passé au pouvoir, aux États-Unis, largement aidé par les faussetés relayées sur ce site. 

Les spécialistes sociaux ont toujours dit qu'un civilisation saine démocratique se définit par trois choses: Le capital social et des réseaux sociaux par lequel la confiance est béton. des institutions fortes et des histoires fortes partagées collectivement. Les médias prétendus sociaux ont affaiblis les trois. Plus vite encore passé 2009. 

Dans leurs premières incarnations Myspace et Facebook étaient plutôt candides. On pouvait y trouver des version très personnalisées d'extension de nos boites postales, de nos courriels, de nos téléphones dits intelligents par les textos. Je n'ai jamais communiqué avec mes proches autant que depuis les textos. Peu à peu, les usagers sont devenus nettement plus personnels, intimes, et plus confortables à partager bien des détails avec de purs étrangers et avec des entreprises, partout sur terre. 

On est tous devenus meilleurs à s'auto-promouvoir, à se présenter, à calculer, mesurer, aiguiller nos performances sur le net. On a impressionné, on a déçu, on s'est gonflé l'ego. Passé 2009, la dynamique virale nous as tous affectés. Quand, en 2009, Facebook créé son bouton "aime", Twitter suit aussitôt à sa création. On peut non seulement aime, mais retwitter ce qu'on aime. L'égo se colore plus vite. Les recherches ont prouvé que les écrits les plus émotifs, bons ou mauvais, sont les plus relayés et partagés. 


Vers 2013, les médias sociaux devenaient un "game changer". Tu pouvais perdre ton travail si tu n'intégrais pas tout ça intelligemment. Si tu étais habile, tu faisais le plein d'abonnés dans le monde et tu t'ouvrais des tonnes d'horizons, peut-être même devenais-tu riche. Malhabile, tu te ferais haïr, ont t'insulterait, tenterait de t'humilier, te dénoncerais, tu serais banni, temporairement banni. Tu serais d'une nouvelle tribu. Consentant, ou non. 


Ce nouveau type de dynamique encourage la malhonnêteté et la dynamique de groupe. Les usagers ne sont plus guidés par ce qu'il savent depuis toujours, mais par les réactions passées que leurs écrits ont suscités. Par leur prédiction de réaction des autres. Un délice pour ceux qui n'avaient jamais attiré l'attention nulle part dans leur vie. Un ancien travailleur qui avait bossé sur le bouton "retweet" de Twitter dira sagement "on a peut-être donné à un enfant de 4 ans, un fusil chargé".


Les médias sociaux ont magnifié, grossi et armé le frivole. Notre démocratie se porte-t-elle mieux si on passe une semaine à critiquer une femme qui se plaint des congés de maternité chez les enseignants ? Si on passe une autre semaine à condamner les radios poubelles de Québec ? Une autre à se demander si une fille a le droit de payer ses études universitaires en se montrant les lolos sur les réseaux sociaux et en identifiant son université  ? À défendre Mike Ward ou le pauvre mal entouré ? à défendre la science  et /ou condamner ceux et celles qui n'y croient pas ?


Les médias sociaux ont davantage clivé la polarisation politique, cimenté le populisme, particulièrement dans les mouvements de droite. Et à largement fait circuler de l'information fausse, un peu partout. L'ignorance épidémique. 

Il y a fracture communicationnelle. Entre les gens, entre les générations, entre les peuples. Un certain nihilisme s'est bien installé. Qu'est-ce qu'était le mouvement Occupy encore? la destruction des institutions en place. Mais il n'y a jamais eu de vision alternative pour les remplacer. Renverser sans jamais penser gouverner. No future pour vrai. 

Avec une conception naïve de la psychologie humaine, une faible compréhension de la complexité des institutions, et absolument aucun souci à l'égard des impacts sociétaires, Facebook, Twitter, Youtube et leurs quidams, on peu à peu dissout le mortier de la confiance envers les institutions, les médias, les histoires partagées qui faisaient tenir la démocratie ensemble. Trump n'a pas fait s'écrouler les murs de vérités, il en a exploité les failles. Il aura été le premier politicien à maitriser la nouvelle dynamique où l'outrage et le réactionnaire son la clé de la virilité, où les performances bruyantes écrasent les compétences. Twitter ou Facebook peuvent déclasser toutes les sources d'informations, partout. Mais la vérité n'a presque plus d'adhérence nulle part.

Un politicien qui se serait vanté de prendre les Femmes qui lui plaisent par la chatte, aurait dû être fatal à sa carrière de politicien. Mais ce ne le fût pas. On vit dans un société où il n'est pas anormal de déconseiller à des nouveaux élus républicains d'établir leur famille à Washington, "parce que trop démocrate, de toute manière". Ça existait avant 2009 de ne pas fraterniser avec le camp ennemi, mais les réseaux sociaux ont amplifié cette loi non-écrite. Si tu fraternise via les réseaux sociaux tu te le fera reprocher. Si tu n'attaques pas assez l'ennemi, aussi. Ça prend la bonne vigueur. Un tweet méchant ne tue personne. C'est une agression verbale. Une intention d'humilier devant tout le monde. D'être loyal à ta tribu. On se tire des milliards de dards depuis 2009. 

Les réseaux sociaux ont donné une voix à ceux qui en avait peu. Ils ont aussi obligé une certaine part de responsabilité, pas juste en politique, mais dans le milieu des arts, en affaires, chez les académiciens et les diplômés, et partout. Le prédateurs sexuels peuvent se faire exposer. Le mouvement #MeToo n'a pas pu exister sans les réseaux sociaux. Mais le niveau de responsabilité reste inégal. 

Les dars lancés ont donné du pouvoir aux trolls. Ça a mené à de nombreuses injustices et à de la politique (aux États-Unis) dysfonctionnelle. Ça a créé de l'espace aux provocateurs et réduit au silence les bons citoyens. Les dars donnent aussi des voix aux extrémistes. De toute sorte, jamais bon. Et a encore ralenti l'écrasant majorité silencieuse, sensée et raisonnable. Les grandes victimes des attaques sur les réseaux sociaux sont, sans surprises, les Femmes et les gens racisés. Facile de se cacher sur le net en exposant sa misogynie et son racisme. La stupidité est désormais mieux structurée. Mais reste stupide. Le trollisme peut être un art fameusement maitrisé. On devient niais en groupe parce qu'on craint de recevoir des dards. 

Le pizzagate, QAnon, la désinformation face à la Covid-19, l'idée que Donald Trump ait gagné l'élection ou qu'il se soit fait voler sa présidence, ça ne peut exister sans l'aide de Facebook et Twitter. Se faire ponctuellement de traitre, de groomer, de boomer, de raciste, de transphobe, de Karen, de woke, on tente de vous humilier, on mord où on mord pas, mais entre vous et moi, être woke de nos jours, c'est simplement être FUCKING JUSTE. Ça, on ne me l'enlèvera jamais de la tête. Mais on vise votre mort sociale, avec ça...


Ça reste faible. On ne reviendra jamais à l'ère pré-digitale. 

Comme l'imbécilité en général, faut faire avec. 

Les réseaux sociaux ne sont pas nécessairement imbéciles. Ils nous ont imbécilisé(e)s.

Faut faire avec. Avec toute notre tête. 

Mais parlons nous. Pour vrai. 

samedi 23 avril 2022

Floride: État Malade

Je suis né en 1972. De cette époque à facilement 1992, 1993, je pouvais très aisément dire le mot "fif" ou "tapette" et même penser insulter quelqu'un en l'affublant d'un tel nom. "Oh That is so gay!" je me le suis entendu dire pas mal souvent dans ma vie, encore la semaine dernière en regardant un extrait de clip de la formation Cameo ou un policier entrant, l'air menaçant, dans un club où se produit le band, commence soudainement à se dévêtir et à danser lascivement. 

Notre télé, lorsqu'ouverte et non écoutée, au lieu de tomber en veille, offre quelques chaines télé en continu, sans pub, de la télé de qualité, donc, et après des cycles de 21 Jump Street, Dr Who (1963-1984), Pet Collective et Fail Army, nous sommes passés à la chaine clips de musique des années 80. 


Ce qui n'est pas pour me déplaire.

Ce qui me déplait souverainement toutefois, c'est la Floride. État, exagéremment malade des États-Désunis.

De 1972 à 20 -25 ans plus tard, j'ai évolué. J'ai travaillé dans le village gay de Montréal. J'ai été une minorité hétérosexuelle en milieu de travail. J'ai maturé. Bien que je reconnaisse parfois quelques traits communs avec le temps, les homosexuels ne sont différents de nous qu'au lit. Et christ que ce n'est pas de nos affaires, les histoires de lit. 


Depuis 2019, Ron De Santis, qui a 6 ans de moins que moi, est gouverneur de la Floride. Il convient de dire qu'il est odieux. C'est lui qui nie ce que la plupart des scientifiques disent sur la Covid-19, et qui est monté sur scène, dans une école secondaire, en intimidant vivement des jeunes étudiants, prudemment masqués, en les sommant d'enlever leurs masques au plus vite, que c'était ridicule ce cirque. Sans réaliser que le plus ridicule était lui-même. La moitié des jeunes sur scène l'ont enlevé, les plus forts mentalement ont résisté à l'agression verbal de l'immature adulte. 


De Santis, a dit très sérieusement qu'il faudrait cesser de dire le mot gay. C'était dans le cadre d'un projet de loi qui veut faire passer l'idée d'enseigner l'éducation sexuelle, chez les jeunes, à partir de l'âge de 8 ans. Un peu plus que la différence d'âge entre DeSantis et moi. J'ai évolué sur l'identité sexuelle. Sur au moins 25 ans.

25 ANS! Comprendre l'autre, se comprendre soi-même, ça prends du temps. Certains, le temps d'une vie. 


Pour des gens que j'ai côtoyé à l'école secondaire, il est trop tard. Si ils pensent un jour encore à moi, ils penseront à ce crétin qui pouvait vous traiter de gay, pensant vous insulter. Si on m'avait expliqué ce que c'était la différence homosexuelle, dès mes 8 ans, j'aurais surement agi différemment. Je n'échapperais pas un rire grotesque en disant "Oh That is so gay!". 


Contrairement à ce que pense DeSantis et ses supporteurs, l'homosexualité n'est pas une maladie mentale. Ni quelque chose qu'on finira par choisir ou attraper. Selon ce que j'ai appris. à force de les côtoyer, c'est que c'est ton corps qui décide. Pas ta tête, consciemment. Tu te sens attiré par une personne de même sexe au point de vouloir y toucher intimemenent et vice-versa, tu penches du côté des gays. C'est beaucoup plus nuancé que ça, tu peux avoir envie des deux sexes, tu peux n'avoir envie que de vivre dans l'esthétique de l'autre sexe, tu peux aussi tomber en amour avec ce que quiconque dégage. C'est nettement différent et généralement accepté que depuis 1972, 1982, 1992, 2002, 2012, et même hier, en 2022. On ne voyait pas beaucoup d'artistes, en début de carrière, s'afficher gay auparavant. On ne voit de nos jours tout plein. Des séries comme Queer As Folk ou The L Word ont exposé des univers méconnus et l'ignorance s'amenuise sur leurs réalités.


Mais pas au pouvoir, en Floride. La folie règne à ce niveau. DeSantis y est gouverneur depuis 2019. Il a besoin d'attention car il pense devenir candidat Républicain aux prochaines élections présidentielles. Il use de l'école Trump. Faites parler de vous de toutes les manières et soyez populistes au possible. Vous ramasserez tout ce qui traine et refuse de penser. 


Un peu comme la vague de radio-poubelle de la région de Québec, en vous servant très mal de votre humilité, et en carburant sur l'ego réactionnaire immature, vous allez trouver forcément écho et surtout chambres d'échos. 

Dans l'entourage de DeSantis, il y a Christina Pushaw. Une démente du net. IL EST ALLÉ CHERCHER PUSHAW PARCE QU'IL AIMAIT CE QU'IL VOYAIT D'ELLE! Lisez l'hyperlien, ça ne s'invente pas. Ils sont fêlés là-bas. Le déséquilibre attire le déséquilibre. 

Les Québécois pullulent en Floride. Un de ceux-là est un "artiste" de l'Union des Artistes d'ici. Il a comme seul fait d'arme d'avoir été, un temps animateur de l'horrible concept télé de nuit Call TV. Depuis, il habite là-bas, et comme Amélie Paul, aussi ex animatrice de cette défunte arnaque nocturne, il est devenu anti intelligence. Il ne reconnait pas la science, ni les morts de la Covid. Il manque de travail et d'amour.  Il fait peine à voir et entendre. On assiste à une désintégration mentale inouïe de sa part. 


Quand DeSantis, pour revenir à lui, a exigé d'empêcher de dire le mot gay, bien entendu, la sphère internet, les spectacles (aux tumultueux Oscars, entre autres) on tout simplement dit le mot gay sans arrêt. Parce que ce que propose DeSantis, c'est un plaidoyer pour l'ignorance. Ça prends plus que 25 ans pour certains pour comprendre en partie le monde homosexuel LBGTQ+. Alors commencer à 8 ans pour faire de l'éducation sexuelle, ce n'est pas fou du tout. Parce que ce n'est pas sexualiser quiconque que de parler de sexualité, à cet âge. C'est leur apprendre d'où ils viennent, où il s'en vont, c'est leur parler d'identité personnelle, leur parler du monde qui les attende et leur parler de la vie. 


Ça s'appelle l'éducation. Ce qui a visiblement manqué un peu à DeSantis et consorts. 

Dernier coup en lice cette semaine, il veut punit Disneyland qui a retiré la costume de robe rouge et blanche de Minnie Mouse pour un pantalon, veston, ruban, agencés bleuté, signé Stella McCartney. 

Un coup des "wokes" selon DeSantis. Qui, simplement pour avoir utiliser le mot "woke" mérite la pendaison par les couilles jusqu'à ce qu'il disent "gay". 

Virée parce qu'honnête

Punir une entreprise parce qu'on ne partage pas les même idées. Parce qu'on pense que l'homosexualité est une chose qui s'attrape comme une grippe. Pourtant ces gens, ne craignent pas cette petite grippe que serait la Covid. 

On ne peut pas croire leurs chiffres parce que le gouverneur limoge, je n'invente rien, les statisticiens/statisticiennes qui ne veulent pas tricher les chiffres des morts à son avantage. 


Difficile de montrer plus mal pour l'enfant de 8 ans. Intimidation, déni mensonger, tricherie. Mais leur expliquer ce qu'est un(e) transgenre pour ne pas réagir comme face à un animal au zoo, lorsque vous en croiserez un(e) un jour, ÇA, c'est dangereux? 

On m'a dit "reste loin des enfants" en soutien aux idées de DeSantis. 


Je serai plus intelligent dans la réplique: Tenez vous loin de leur éducation svp.

Le danger, c'est vous.  

L'épouvantail c'est Bavaria, DeSantis, Greene Taylor, Pushaw. 

La Floride est plus malade qu'elle ne le saura jamais. Dommage, ils ont deux fameuses équipes de hockey. 

vendredi 22 avril 2022

Abercrombie & Fitch: Le Mal Dégourdi

 

La compagnie de linge des États-Unis, existante depuis 1892, est tombé sous la loi de la protection de la faillite, en 1976. D'abord une compagnie vendant du linge pour les activités extérieures, des articles de pêche et de chasse, des armes, des canots, des tentes et de l'équipement sportif de ce genre, a été alors achetée pour l'équivalent de 6 millions, de nos jours, par un homme de Houston, deux ans plus tard. Qui en a fait une compagnie avec laquelle on pouvait acheter par catalogue. 

Abercombie & Fitch avait connu un immense succès alors que l'explorateur de l'Antarctique Richard E.Byrd, le président des États-Unis Théodore Roosevelt, dans un safari, et Ernest Hemingway, aussi dans ses safaris ont tous fièrement posé dans le linge de la compagnie. Leur faisant une publicité énorme.

Quand Hemingway se tire une balle dans la tête, en 1961, ce sera avec un fusil acheté dans ce magasin. Suite à sa mort, l'épouse d'Ernest a placé plusieurs des armes de l'auteur décédé, en consigne, chez Abercrombie & Fitch. Il y avait quelque chose de purement Étatsunien dans l'esprit du magasin. Ce qui ne sera pas toujours bien.

Quand en 1988, on vend à une chaîne de linge de l'Ohio, on prend une dizaine d'années à devenir une des plus importantes compagnies de linge en Amérique du Nord. Pas juste de chasse, mais de mode. Visant plutôt le jeunes adultes. Le malsain Mike Jeffries, dans les années 90, recentre les opérations  autour d'un marketing agressivement sexuel. On l'entend aussi dire, très sérieusement, que leur magasin ne visent que les gens beaux et cools, et personne d'autres. Les employé(e)s sont engagé(e)s selon leur beauté. On les oblige à s'habiller en linge du magasin payé à leurs frais, pour travailler. Les hommes ont une prime si ils travaillent carrément en bedaine. Qui ne seront que des torses fameusement taillés. Pour éviter la critique, les mannequins qu'on engage sont rebaptisé(e)s représentant(e)s de marque. 


Bien qu'on se prétende, très très Étatsunien, les employé(e)s sont 100% blancs. Surtout pas représentatif des États-Unis. Leur publicités extrêmement sexuelles les rends très populaires. Même si de l'intérieur, c'est le calvaire. Une politique du "look" est appliquée et si vous prenez du poids, vous perdez votre emploi. On prend des décisions extraordinairement douteuses dont voici quelques exemples:                       -Des t-shirts sur lequel est inscrit Wong Brothers, Laundry Services-Two Wongs Can Make It White.       -Une petite culotte brésilienne pour pré-adolescente avec les mots "eye candy" ou "wink wink" sur le devant.                                                                                                                                                                 

-Un t-shirt sur lequel est écrit "It's all relative in West Virginia", un État où les cas d'inceste sont fréquents. Un autre sur lequel est inscrit L is for Losers avec une image de gymnaste masculin, aux anneaux. Extraordinairement méprisant pour ces athlètes. D'autres avec l'inscription Who needs brains when you have these? au niveau des seins ou Available for Parties. Un t-shirt pour Femmes disant I had a nightmare, I was a brunette. Un autre pour Femmes disant Show the Twins, Female Streaking Encouraged ou Female Students Wanted For Sexual Research.    

         


On devra verser plus 40 millions et réengager plusieurs jeune issus de la diversité raciale, victime de racisme à l'embauche ou limogé(e) pour port de hijab. Et bien entendu, on trône au sommet des Hall of Shame en ce qui concerne la fabrication du linge, avec tous les abus qu'on connaît dans les usines qui emploient des enfants et/ou sous-paient ses fabricants. 

Ce n'est pas innocent d'habiller le vilain, dans Spider-Man, entièrement en Abercrombie & Fitch, quand l'homme araignée lui botte le cul. 

Parce que voilà des gifles qui se méritent, mon Will.

Tiens, je pourrais en faire un t-shirt de cette dernière phrase...


Et le proposer à Abercrombie & Fitch.

Dans le style "The Rise & Fall of..." un documentaire, offert sur Netflix, raconte la montée et la chute de cette compagnie, aujourd'hui bouffée par H & M ou Forever 21.  Et fait parler des gens qui ont vécu, la fascisme de la beauté au sein de l'entreprise.    


Si vous voulez découvrir le clivage et les ravages de l'argent. 

Abercrombie & Fitch valait 31 milliards, il y a deux ans.                      La compagnie perd entre 47 millions et 114 millions par année depuis la pandémie. 

Mais ils baignent dans le mal l'argent.           

Pour des valeurs de marde: Abercrombie & Fitch. 

jeudi 21 avril 2022

Patriote

À partir de quand ce mot est-il devenu si péjoratif ? La pandémie ?

Certains Républicains aux États-Unis ? 

Quand Barack Obama a été élu Premier Président Noir de l'histoire des États-Unis, le mot patriote a commencé à être très largement utilisé, tout comme l'expression "vrai Étatsuniens" et les accusations de faux baptistères de Mr. Obama, par les Républicains. De Sarah Palin à Joe Rogan en passant par Donald Trump, on exposait une possibilité qu'il y ait beaucoup de "faux Étatsuniens", que le noir au pouvoir n'était pas de ceux là, et on s'auto-proclamait superpatriote. 


Le clivage, avec l'horrible 5 ans de Donald J. Trump (et ce qui suit encore) est sooooooooo wrong que lorsqu'un stratagème de tricherie d'impôts, aux États-Unis toujours, a été mis-à-jour, on a d'abord enquêter sur ceux et celles qui avaient les mots Tea Party ou Patriot dans leurs échanges épistolaires cybernétiques le plus souvent. Et on a attrapé des milliers de tricheurs. 

La xénophobie est très souvent en fond de ton dans ce qu'on appelle "le patriotisme". Ici, au Québec, autant qu'ailleurs dans le monde. Encore hier, Marine Le Pen, dont le jupon peine à ne pas pointer sa blancheur,  disait hier, dans le dernier débat avant le dernier tour de scrutin des élections présidentielles en France, qu'elle était fière patriote et ça me semblait tout à fait approprié pour sa sale bouche. Dans le programme national de son parti, de père en fille, il y a une préférence nationale. Un plan de fracture sociétaire basé sur qui est Français et qui ne l'est pas. C'est abominable avec forte insistance sur les trois dernières syllabes. 


Sa suspicion généralisée envers les musulmans est la même que celle de l'infâme Zemmour, heureusement évincé rapidement dès le premier tour avec un très satisfaisant 7%. Elle est aussi indomptable envers la communauté juive, pour faire part égale, dans le conflit zioniste je suppose. 

Un "patriote" de chez nous, comédien de son état, mais aussi député de la Rive-Sud de Montréal, se plaignait cette semaine que Carey Price, malgré plus de 15 ans au sein des Canadiens de Montréal, n'arrive toujours pas à parler le moindre mot français, en conférence de presse. 

Faut être linotte en tabarnak pour dire des choses du genre. On s'en contrecrisse qu'il ne parle aucunement français. Et de s'en plaindre n'est-il pas un aveu d'incompréhension de la langue de Shakespeare ? ON S'EN CALISSE!!! Il faudrait davantage s'inquiéter du fait que ce gardien n'ai pas encore appris à marquer des buts. Voilà deux matchs qu'il est revenu et en 6 périodes, son club n'a pas marqué une seule fois. Malgré plus de 60 tirs contre l'adversaire. Et entre vous et moi, Price est d'origine autochtone. Il est d'origine Nuxalk. Parles-t-on la langue salish de la côte qui est la leur ?

Le patriotisme ne devrait jamais être une porte ouverte à la xénophobie. Et pourtant...


Chaque fois que j'ai récemment entendu le mot patriote, depuis facilement 10 ans, c'est placé par quelqu'un qui place son patriotisme CONTRE quelqu'un d'autre, souvent racisé, et dans le but de diviser davantage que d'unir. 

Que ce soit les rhétoriques douteuses des Glenn Beck, Ann Coulter ou Alex Jones, aux États-Unis, ou encore l'immaturité des anti-mesures sanitaires qui se cherchent une identité héroïque, le type de patriotisme exposé est de nature assez dangereuse. Je me considère fier de ce que nous sommes, Québécois. Et c'est probablement (assurément) pour cette raison que je ne mets aucun argent dans la poche des franchisés de la chaine de restauration rapide Tim Horton. Premièrement, leurs annonces télé sont ABOMINABLES depuis que je suis tout petit enfant. Et comme les annonces emploient des acteurs Québécois, ça devenait encore plus choquant de voir des artistes de chez nous, être aussi mauvais dans ces maudites pubs. Quand Patrick Labbé et Elyse Marquis jouaient le petit couple qui allait se chercher des "mu-ffons" je vous jure, je cherchais un marteau pour tuer des bébés phoques. 


Bon...

Ce n'est pas un argument me direz-vous et vous aurez raison. Mais je ne bois pas de café, non plus. Je suis physiquement intolérant à la chose. Je vomis la chose partout où je le goûtes. On a jamais su c'était quoi parce que je supportes très bien la Coffee Crisp et le café irlandais très très très alcoolisé. Et je ne mange pas beaucoup de beignes. Ma docteure me dit de ne pas y plonger non plus. Je ne suis donc aucunement un client pour leurs spécialités. Mais depuis plusieurs années, au Canada anglais, on se fait une immense fierté des Tim's dont on ne prononce même plus le nom de famille. Cette fierté, qui n'est pas tout mienne, finit par m'agacer. 

Très peu pour moi. Quand on part pour le 418, où on y trouve nos deux familles, la belle et moi, on part à 4, avec les enfants, en voiture et on s'arrête pour un déjeuner au service à l'auto. Les 3 autres. Pas moi. Ils n'ont pas besoin de mon argent. Et je mange mieux, chez moi, avant. Donc, oui, le patriotisme s'inscrit très souvent contre quelque chose. Mais je n'en fait pas un discours national. Je vous en jase dans l'intimité du blogue. Et je suis un fier anglophone aussi. Et de mon père (la branche irlandaise) et de ma mère (la branche Atikamekw). Je passe d'une langue à l'autre sans réfléchir et sans problème. Je défends les deux langues et suis probablement un ennemi de certains auto-qualifiés patriotes simplement parce que je ne trouve pas la langue française en danger. 


Il y a ce petit côté sectaire chez les Québécois qui s'affichent patriotes, souvent trempés dans la sauce complotistes et anti-mesures sanitaires. On peut dire la même chose d'une faction bruyante du parti Républicain des États-Unis. Bruyante et gênante. 

Ça reste étrange de penser que l'émotion même qui devrait nous rendre fier de ce que nous sommes soit aussi si près de la honte absolue.


De nos jours, je ne dirais jamais publiquement que je suis patriote. Je serais trop certain qu'on y trouverait un côté péjoratif malsain.

J'ai tout de suite trouvé naturel que Marine Le Pen, inégale au niveau de la race, se déclare patriote. 

Péjorativement, c'est juste par rapport à ce qu'elle est. 

Justement injuste.

mercredi 20 avril 2022

CCR

 (à P.C.)
 En 1959, John Fogerty, Stu Cook et Doug Clifford sont un trio de musiciens jouant de l'instrumental avant de rejoindre le groupe du grand frère de John, Tom. Son band se nomme The Blue Velvets. Kasey Casem, DJ à Oakland, remarque le groupe de El Cerrito, en Californie et fait jouer un de leurs single, régulièrement. On signe sous une étiquette de Jazz et on est rebaptisé tour à tour, Vision et The Golliwogs. 


Si Clifford reste à la batterie, tous les autres changent de poste. Tom passe du chant à la guitare rythmique. John devient chanteur et principal compositeur. Tout en jouant de la guitare. Stu Cook passe du piano à la basse. On joue ensemble beaucoup et toujours de mieux en mieux. Dès 1966, Clifford et John Fogerty son appelé au Vietnam. Le premier sur la réserver côtière, l'autre dans la réserve. John dira que tout ce qui lui est né dans la tête deviendra Porterville. En 1967, John non seulement écrit tout, mais produit aussi tout. Il devient aussi multi-instrumentaliste, maitrisant l'harmonica, les claviers et le saxophone en plus de toutes les sortes de guitares. En janvier 1968, on change de nom pour de bon, on sera Creedence Clearwater Revival. Ça vient d'un prénom d'un ami de Tom (Credence Newball), d'une pub télé "for clear water" et de leur promesse, les uns aux autres, de rester sérieux dans leur projet musical, ensemble. On laisse tomber les propositions d'être Muddy Rabbit, Gossamer Wump ou Credence Nuball & The Ruby. Bien que ce dernier nom mène au nom final. On veut un nom plus étrange que Buffalo Springfield ou Jefferson Airplane. 


Leur premier gros hit devient une relecture d'un morceau de 1956 rockabilly, servie plus bouetteux. Deux autres singles font flèche de tout bois du premier album. Pour le dernier morceau, écrit au Vietnam, John prend le pseudonyme de Spicebush Swallowtail pour le crédit d'auteur. 

Le premier album, qualifié de Swamp Rock, sera lancé au printemps 1968 et sera bien reçu. En janvier 1969, leur deuxième effort est encore mieux reçu. De partout. Et les soldats, au Vietnam, se partagent largement la musique de CCR. Ils sentent qu'ils sont des leurs. Ils obtiennent leur unique #1 et ce sera au palmarès du Royaume-Uni. Leur troisième album, lancé en août est un immense succès, puisque que l'autre avait bien vendu et que leur présence à Woodstock fait circuler leur nom et leur nom davantage. Mais pas autant que prévu. John refuse que le groupe soit inclus dans le documentaire car il n'est pas satisfait de la performance du groupe. Il considère que The Grateful Dead, qui étaient passés juste avant eux, avait endormi le public, ce qui aurai exigé une meilleure performance de la part de CCR, pour réveiller le public, dans la bouette. Plusieurs pensent encore de nos jours que CCR n'y était pas. 


Dès novembre 1969, on offre un quatrième album. Un troisième à devenir excellent vendeur. Le fer est chaud. 1969 est le sommet de leur carrière avec trois albums qui font le top 10 des ventes, 4 singles qui atteignent les 3 premiers rangs des palmarès, trois "face-B" qui se rendent aussi dans les palmarès, Woodstock et une présence au Ed Sullivan Show. 

En avril 1970, CCR part en tournée en Europe. Little Richard les poursuit pour des ressemblances d'accords trop frappantes et le tout se règle hors cours. En février, le band avait fait la Une du Magazine Rolling Stones. En juin, Cosmo's Factory est lancé. Il s'agira de leur meilleur vendeur studio, à vie. (une compilation de 20 hits viendra battre cette marque). 


Un sixième album est offert en novembre 1970, CCR y intégrant beaucoup d'orgue afin de marquer son admiration pour Booker T. & The M.G's des idoles à eux. Tom en a assez et quitte le band. On pense d'abord le remplacer puis on demeure un trio pour l'album suivant. 

Qui sera si mal reçu, chacun y chantant les morceaux qu'ils avaient composés, qu'à la fin d'une tournée de 6 mois, la formation se sépare. 


John aura une carrière solo étrange. Refusant de jouer quoi que ce soit de CCR sous prétexte qu'il devra payer à son ancienne étiquette. La même qui le poursuivra pour s'être plagié...soi-même...

Tom lancera plusieurs albums solo et trouvera la mort tragiquement, du SIDA, alors qu'il s'était fait faire une transfusion sanguine pour un problème de dos, à 48 ans, en 1990.


Doug et Stu ont continué à travailler ensemble longtemps. Fondant Factory Productions, une compagnie de services téléphoniques. Clifford lance un album solo, en 1972. Cook produit un album pour Roky Erickson, Doug Sahn et est bassiste pour Southern Pacific dans les années 80. 

Une de leur chanson sera intronisée à la Librairie du Congrès des États-Unis comme étant culturellement, historiquement et esthétiquement importante et cohérente pour l'identité du pays.  

La formation se sépare définitivement il y a 50 ans, cette année. 

Mon bon ami Charpi, fils fortuné car si riche de l'intérieur lui, nait aujourd'hui, il y a 50 ans.