vendredi 11 novembre 2016

Trainspotting

Le livre de l'auteur écossais Irvine Welsh est lancé en 1993.

Il s'agit d'un recueil de nouvelles racontant les histoires de jeunes adulescents, forts consommateurs d'héroïne, et/ou complices d'activités destructives pour eux-mêmes et pour les autres. Ce sont des histoires de dépendances. Des voix punk, qui peu à peu, grandissent flirtant avec la maturité tout en plaçant la sagesse, toujours un peu dans la poche d'en arrière. Celle sur laquelle on s'écrasera en s'assoyant.

Des voix rebelles qui ont vite fait écho chez moi.

Le livre a un tel succès qu'on en a fait une adaptation au théâtre, Ewen Bremner, qui incarne Spud dans le film, sera la principal personnage sur scène dans la peau de Mark Renton. Danny Boyle, que j'avais beaucoup aimé pour son premier film, m'a totalement gagné pour son deuxième: l'adaptation du livre culte d'Irvine Welsh en 1996. La qualité du casting, le choix des plans, la musique carrément tirée de mes cd's.
Depuis, je l'avoue, Boyle m'intéresse moins. Bien que j'ai vu 5 de ses 11 films suivants, un seul et demi m'a plu pour vrai.

Trainspotting, le film, raconte (principalement) les aventures de Mark "Rent boy" Renton, Daniel "Spud" Murphy, Simon "Sick boy" Williamson et Françis "Franco" Begbie et de leur entourage dans les dépressives années économiques de la fin des année 80 dans le secteur d'Edimbourg, en Écosse. La langue (et ses slangs) y sont tout à fait charmants. Une traduction française de la chose doit être une torture et un sabotage absolu du contenu vocabulaire et de la musique lyrique. Voilà pourquoi je n'ai jamais lu les livres de Welsh encore, car je ne les trouve qu'en franchouillard français.

Ironiquement, lorsque j'avais vu le film en 1996, je ne me doutais pas encore que j'allais le visionner dans la ville poche qui m'abriterait maintenant. J'habitais Montréal et nos voisins d'appartement direct au troisième étage étaient nos meilleurs amis. Je ne sais trop ce qui avait retenu le bon docteur Breton ce jour-là, mais il n'était pas avec nous. Sa conjointe, Jazzy Jazz, et ma conjointe m'accompagnaient pour aller voir le film au cinéma Tops. Tout juste avant le film, les filles avaient réclamé passer quelque part pour se prendre à grignoter pendant le visionnement, ce qui ne pouvait que coûter moins cher que ce qui se vendrait sur place. Ce qui est toujours vrai de nos jours.
J'avais stationné la voiture, ne voulant rien, et était resté au volant avec vue sur le Boulevard St-Martin et j'attendais mesdames au volant pendant qu'elles se choisissaient du bon manger cheap. Soudain, à quelques 10 pieds devant moi, une importante intervention policière en direct. Pas une, pas deux, mais bien trois voitures de police coupent et encadrent une quatrième voiture, de civil celle-là, et la force à enjamber le trottoir et à monter presque jusqu'à moi. Immobilisée, la voiture est forcée de s'arrêter et le chauffeur en sort. les mains dans les airs car deux des voitures de police pointent leurs fusils sur le chauffeur et tout le monde crie. Je me rends compte que j'ai moi-même, dans une loge involontaire pour ne rien manquer de ce spectacle impromptu, les mains dans les airs au volant de mon char. On menotte le bougre. tout le monde repart. Personne ne m'a accordé une seconde d'attention. Je suis ébranlé. Les deux filles reviennent dans l'allégresse avec leurs chips et leur manger cheap. Elles n'ont rien vu, rien entendu. Aucune trace de ce qui vient de se passer sinon mon regard stupéfié.

"Qu'est-ce que t'as Hunty, t'es blanc comme un fantôme?".

Ça c'était avant le visionnement du film. Le voyage offert par Boyle/Welsh allait tant me plaire par la suite que j'allais en acheter le DVD. Le mariage visuel/auditif et narratif se trouvant pour moi dans la calibration parfaite de ce que devrait toujours être le cinéma pour stimuler mes sens. De plus, Jonny Lee Miller est mon sosie. Encore plus facile de s'y identifier. Mon propre fils en regardant la photo m'identifiant sur le blogue m'a même dit "Papa! T'as mis ta vraie photo?". Sans se consulter, notre fille a dit la même chose !

Welsh a écrit une suite intitulée Porno, en 2002, se déroulant 9 ans plus tard, avec les mêmes personnages, qui ont maintenant choisi la vie et qui s'aventurent dans l'univers érotique, bon gré mal gré. En 2012, il a aussi écrit un prequel appelé Skagboys. Il y aurait beaucoup d'histoires personnelles dans les trois livres et les personnages seraient fortement inspirés de lui-même et de ses potes. Welsh a eu de lourdes dépendances aux drogues dures. Dans le film de Boyle, il a un amusant caméo.

À chaque Noël, depuis 20 ans, sur les listes de suggestions de cadeaux, j'ai demandé des livres d'Irvine Welsh. d'abord mollement, comme dernier choix. Sans préciser de titres. Puis avec le temps, j'ai été plus précis: Filth, The Acid House, Crime, The Sex Lives of Siamese Twin*. C'était parce que je les demandais en anglais ou encore parce que les titres inquiétaient, je ne les ai jamais eus.

Quand nous étions sortis du film (mettant aussi en vedette une jeune Kelly MacDonald dans son premier rôle), les filles étaient traumatisées, là où je planais.

"Qu'est-ce que vous avez les filles, zêtes blanches comme des fantômes?"

Nous étions aussi allé voir (en deux temps, crise du verglas obligeant un premier report) la pièce de théâtre au Quat'sous qui mettait en vedette un ami commun à tous, (le bon docteur Breton y étant cette fois) ami qui terminait la pièce de manière grandiose avec une seringue plantée en plein engin sexuel.

Spectaculaire sortie...

J'ai eu vent cette semaine d'une adaptation libre de Porno, mettant en vedette les mêmes acteurs qu'il y a 20 ans. Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle et Kelly MacDonald, ont repris du service avec Danny Boyle et une suite sera lancée fin janvier/début février 2017.

J'ai dit à l'amoureuse "Pour ma fête prochaine, j'ai juste besoin qu'on aille voir le film ensemble".

La bande-annonce a non seulement fait ma journée, mais toute la fin de mon année et le début de ma prochaine.

Je sais déjà que j'achèterai.
Et que je n'attendrai même pas Noël pour aller m'acheter des Welsh en langue d'Edimbourg.

Pour tout ce que j'ai envie de lire, boire, voir ou entendre,
mon passage sur terre sera toujours trop court.

*En raison du titre, je n'ai jamais osé demander Porno...

jeudi 10 novembre 2016

Le Couteau Qui Tombe

Il ne sait pas gérer son compte Twitter, mais il gérera les codes nucléaires.

Le résultat du vote de mardi aux États-Unis est une tragédie dont on ne mesure pas encore pleinement les conséquences.

Une imposture. Une clownerie bien réelle. La victoire de la misogynie.

"We are not as good a people as we thought" ou "this country has lost a part of it's soul" pouvait-on entendre très justement dans les chaumières du pays maintenant assurément le plus détesté au monde. Vous vous rappeler quand Trump a insulté les parents musulmans d'un soldat mort au combat pour les États-Unis? Sick! Cette ignoble ordure est votre chef maintenant.

Donald Trump n'aurait jamais dû passer proche de la présidence. Par simple bon sens. Que tant d'Étatsuniens en difficulté financièrement aient choisi Trump pour les sauver implique un manque de lucidité majeur. Que tant de gens se soient convaincus des mensonges répétés, un de ceux-là étant qu'Hillary était "l'establishment", est terrorisant. Donald est aussi l'establishment. Tout ceux qui gravitent dans l'entourage de l'homme d'affaires SONT l'establishment. Que d'écran de fumée! Ça a endormi la moitié de leur pays! Qu'un homme si publiquement amoral et haineux ait réussi à se gagner le respect de la moitié du pays confirme que le déclin des États-Unis est d'abord mental. Qu'il n'ait pas été tout simplement éliminé de la course après de nombreuses esclandres misogynes ou racistes prouvent aussi que ces types de raisonnement sont bien existants dans une large partie des États-Unis. Et pas dans le grenier.

Il n'a pas existé suffisamment de décence aux États-Unis pour vaincre l'indécence de Donald Trump.

Sa victoire est celle du nativisme. de l'autoritarisme, de la misogynie, de l'ignorance et du racisme. Le cancre est devenu Président de la classe.

Cette victoire électorale est une aberration dans l'histoire des États-Unis. Le 20 janvier prochain, les États-Unis diront adieu au premier Président Afro-Étatsunien, un homme d'intégrité, de dignité et de générosité. Ils seront ensuite témoins de l'investiture d'un arnaqueur, trichant fièrement ses impôts, qui a fait assez peu afin de freiner les courants de xénophobie et de suprématie blanche.

Et qui attrape les femmes par la croupe et les embrasse sans consentement. YEAH!

La révulsion et la profonde anxiété deviendra une seconde peau aux États-Unis. Hargne et agression, le nouveau tempo.

La Cour Suprême (républicaine) et son Congrès (républicain et d'extrême droite) seront teintés des parfums de dédain envers les femmes et les minorités, envers les droits civils et la science, dont les désavoeux de la part de Trump ont été démontrés sans arrêt. La vulgarité Trump est sans bornes. Il n'aura jamais une seconde de patience envers le plus faible. Comment celui-ci a-t-il pu croire en cette fraude? L'hispanique? la femme? le juif? le musulman? l'afro-Étatsunien?

Avec ce que le FBI a fait, est-ce que ce sera maintenant la norme de venir s'ingérer dans une campagne quand la cause semble perdue afin d'en influencer incommensurablement l'issue finale?

Qui était le tricheur dans la campagne déjà?
Trump avait raison, cette élection était truquée.

Trump est une caricature de tous ces réflexes pourris que l'on prêterait au radical de l'extrême droite. Qu'il ait gagné est une défaite sociale et sociétaire. C'est un message hostile aux intelligences personnelles. Même aux intelligences moyennes.

Que la pluralité électorale ait choisi de vivre dans le monde de Donald Trump est une horreur. Le citoyen Étatsunien plonge maintenant dans un monde arrogant. de vanité. de haine, de non-vérités. d'ignorance. d'imprudence, de mépris pour l'appareil démocratique qui mènera au déclin d'un pays qui allait fort bien.

Rendre le pays meilleur à nouveau? IL L'ÉTAIT DÉJÀ! et ils ont cru ce fieffé menteur!

George Orwell, ce fascinant visionnaire et observateur de la chose politique et sociale, disait juste. L'opinion publique n'est jamais sage, tout comme les gens ne sont jamais fondamentalement gentils.
"...l'affaire est que la relative liberté dans laquelle nous baignons dépend de l'opinion publique. La loi ne nous protège de rien. Le gouvernement les créé, mais la manière dont elles sont appliquées dépend du tempérament général des gens du pays. Si un nombre important d'entre eux souhaite parler de liberté d'expression, nous parlerons de liberté d'expression, même si la loi l'interdit. Si l'opinion publique est molle, les minorités risquent d'être persécutées. Même si des lois existent pour les protéger."*

Racisme, sexisme, intimidation, l'opinion publique est molle.

Trump a fait sa campagne, surfant sur des vagues de désenchantement créées de toute pièce.
"Nous perdons nos emplois! je vous redonnerai des emplois!"
Faux! Faux! Faux!
Fort impressionant taux de chômage actuel se situant autour de 4.9% aux États-Unis.

Où es le problème?
Au pouvoir.
À partir de janvier 2017.

Même les Républicains ont peur. Ils parlent de "deux personnalités" comme si ils fantasmaient sur un autre candidat que le populiste qu'ils ont choisi. Ils s'inventent un Trump.

Le message est clair. N'allez plus à l'école. L'avenir est aux cancres plein de morve.

Donald Trump n'a pas été élu sur une plateforme de décence, de fair-play, de modération. de compromis, ou même sur une règle de loi. Il a été élu sur une plateforme de ressentiment.

Le fascisme ne peut pas être le futur des États-Unis.

Mais c'est très certainement comme ça que ça commence.

Avec un intransigeant réactionnaire mythomane délogeant une résiliente. intelligente et compétente femme de tête. Imparfaite, mais décente. Déloyale peut-être, mais en amont avec la planète. Et qui paie ses impôts.

Les États-Unis ont choisi de dire non à l'intelligence.
Et oui à l'intolérance.

Quand un couteau tombe, si on veut le saisir au vol. il faut savoir le faire par le manche. Il le faudra.

Parce que le monde est un peu plus pire depuis mardi.
Pas certain encore de ce qu'il faudra prévoir.

A hard rain may fall.

Musulmans du monde entier, visez bien.
Épargnez leurs voisins.

* tiré de Freedom in the Park

mercredi 9 novembre 2016

Un Immigrant Appelé Trump

En octobre 1885, le navire S.S.Eider approchait Sandy Hook au New Jersey, 12 jours après avoir quitté l'Allemagne. À bord, un jeune homme plein d'ambitions de 16 ans, du nom de Friedrich Drumpf.

Toutefois dès qu'il avait quitté l'Europe, il s'était déjà enregistré autrement. Sous le nom de Trumpf. Quand il débarque à Castle Garden, il fait cette fois tomber le "f". Nouvelle vie, nouvelle identité. Friedrich Trump est barbier.

Entre 1820 et 1892, 11 millions de nouveaux arrivants, les ancêtres de centaines de millions d'Étatsuniens de nos jours, allaient peupler Castle Garden et Ellis Island, face à la Statue de la Liberté. Dans une chaos de langue babelien si intense que le mot allemand/yiddish voulant dire "situation chaotique où l'on ne s'entend plus parler" deviendra kesselgarten.

Après avoir habité un petit peu avec sa soeur ainée, qui avait fait le voyage quelques années auparavant et s'était mariée à un commis du nom de Frederick Shuster, Friedrich allait offrir ses services comme barbier à Manhattan. À peu près là, où aujourd'hui s'érige un édifice offrant des facilités pour les nouveaux arrivants.
Un peu plus haut, sur la 5ème avenue, il y avait le château des Vanderbilt qui faisait l'envie de tous, avec ses bals costumiers outranciers où des invités pouvaient arriver avec un costume muni d'un chapeau contenant un chat mort et empaillé sur la tête et une jetée de robe contenant des queues de nombreux autres chats. Trump habitait ce qu'on appelle aujourd'hui Chinatown et ses petites rues étroites où on attendait les plus fragiles afin de les dérober et de leur faire un mauvais parti. On survivait comme on le pouvait dans ce New Amsterdam aux larges inégalités. Ni lui, ni sa soeur ne pouvait anticiper qu'un jour, ce même endroit verrait des buildings porter son nom avec fierté sur le devant.  Jamais il n'aurait pensé que Trump se retrouverait en lettres dorées aux côtés des mots Palaces, Parc, Plaza, Casinos & Hotels. 

Vers 1890, on ne souhaitait que garder son argent gagné du jour en poche en traversant Bandit's Roost, artère dont le nom trahit la nature de l'environnement. Bien assez vite, les habitants de ce que l'on appellerait Little Germany, ne seraient plus seulement Allemands, mais aussi Russe, Chinois, Juifs ou Irlandais. Trump n'y restera pas longtemps. Le temps de se relocaliser au moins 4 fois avant de penser réorienter sa carrière.

Dans les Klondikes, Trump se ferait une bonne fortune à fournir aux gars des mines, de l'alimentation, mais surtout de l'alcool et des femmes. Il se forgerait assurément avec l'époque et le métier, une idée de la valeur de la femme à léguer à ses ancêtres...
10 ans de bons services de la sorte et non seulement entrait-il dans un nouveau siècle assez riche, mais aussi plein de nouvelles idées. Contrairement à son petit-fils futur, ses gains sont connus, il possédait autour de l'équivalent de nos jours à 505 248$, largement suffisant pour l'époque. Il se fonde une famille, a d'abord une fille, puis un fils, Fred Jr. avant d'avoir un dernier fils. Toujours barbier, mais sans pression financière, il achète des terrains et se trouve même un second emploi comme gérant d'hôtel. Quand la Première Grande Guerre éclate, la famille se fera discrète, puisque les doutes sur toutes racines allemandes sont présentes aux États-Unis. Il décède à l'âge de 49 ans des premiers cas de grippe espagnole.

Fred a 13 ans. Il travaillera comme "aide au cheval", à faire transporter le matériel de construction sur des sites de construction. Naît alors une passion.

C'est lui qui développerait ses idées de projets immobiliers pouvant peut-être rivaliser avec le château des Vanderbilt. Dès ses 15 ans, il se développe comme agent dans les développements immobilier. Il y fera fortune avant même ses 25 ans. En 1937, il a une fille, aujourd'hui juge à la cour d'appel des États-Unis, puis, un fils l'année suivante (décédé en 1981). Une autre fille en 1942, employée de la Chase Bank à Manhattan. Donald naît en 1946. Finalement Robert naît deux ans plus tard.

Le père de Donald Trump est inévitable dans l'ascension dans le monde des affaires de son fils Donald. Fred décède de la maladie d'Alzheimer* en 1999.

Difficile de comprendre la peur qui anime Donald Trump et leurs supporteurs face aux étrangers. D'autant plus que son propre grand-père est lui-même, source de tout ce qu'il est fièrement.

Au moment d'écrire ceci, le mari de Mélania Trump gagne ses élections et serait le 45ème Président des États-Unis.

This country is sick.

C'est un grotesque moment qui se prolongera sur notre Amérique du Nord. Une frayeur nouvelle.
Notre propre crise des missiles de 1962.

Des millions d'Étatsuniens ont besoin de se regarder dans le miroir.
Et on trouvera à dire que le FBI n'y sera pour rien.

Les marchés boursiers sont déjà en chute libre. Le vrai déclin de l'empire américain commence. Le site internet d'Immigration Canada a planté vers 23;13 parce que trop surchargé. On veut fuir le pays de l'oncle Sam.

La colère aveugle a parlé. Le mot important n'est pas colère mais bien aveugle. Ce pays aurait choisi la cécité volontaire.

Un pays visiblement malade, qui avait besoin de tout aussi malade pour donner une voix à de nouveaux mensonges, vierges.

La frustration des pro-Bernie Sanders sera abyssale.

La nausée matinale sera normale si ce n'est pas une femme qui dirige le pays de l'oncle Sam.

*Qui est une dégénération mentale, transférable de génération en génération...


mardi 8 novembre 2016

Hillary Rodham Clinton

À force d'annoncer sa défaite de dire que la seule manière de perdre cette élection serait si elle était truquée, Donald Trump a convaincu une bonne partie des États-Unis de ses folies.

En ne confirmant pas qu'il reconnaîtrait le résultat du vote, il a semé des foyers d'incendies. Suivant sa déclaration, un partisan de Trump en Virginie s'est tenu devant un bureau du parti Démocrate, arme au poing pendant plus de 10 heures. À Milwaukee, un shérif de comté à appeler les gens à prendre les torches et les fourches si Trump ne gagnait pas.

Le pire reste à venir. C'es l'élection de tous les dangers.

Donald Trump a ouvert des valves refoulées chez une certaines partie de la population, qui elle, est revenue en enfance. Trump ne se trouve pas anormal dans le monde qu'il voit. L'anormale, c'est Hillary, selon lui. Tout ça menace de très mal finir. Peut-être que déjà demain, une guerre civile se dessinera chez nos voisins d'en bas.

Hillary ou Trump, le Québec y perdra. Les deux sont hostiles aux conditions actuelles de Libre-Échange, exceptionnelles pour nous, anodines pour eux.

Moi, il y a à peu près un mois, j'ai choisi de plonger dans le monde d'Hillary. Pour voir de quel bois elle se chauffait. Pour voir comment elle vivait l'histoire. J'avais hérité d'un livre, une promo copy de 2003, de son livre Living History, racontant sa vie jusqu'au Sénat. Je n'y ai effectivement pas trouvé une femme normale. J'y ai trouvé une femme remarquable. Exceptionnellement 2016. Ce que je ne pourrais pas dire de Trump.

Reste à voir si les jeunes femmes des États-DésUnis de 2016 arriveront à la percevoir ainsi.

Première d'une famille de 3, elle a dès son jeune âge, assumé un leadership naturel dans sa propre famille. Unique fille, elle a appris à négocier avec l'univers masculin très tôt et était très proche de son père. Première de classe à peu près partout, elle était aussi parmi la plupart des comités scolaires allant jusqu'à outrer la direction d'un collège conservateur avec ses propos jugés trop...progressistes (au milieu des années 60). Perdant une élection scolaire à l'école, un garçon lui dit "si tu pense qu'une femme peut être présidente, tu es vraiment stupide". Lorsqu'elle demande à devenir astronaute à la NASA (elle en a les notes scolaires), on lui explique que le programme n'est pas ouvert aux femmes. L'affront sexiste chez Hillary Rodham ne date pas d'hier.

Travaillant sur l'élection de 1960, elle découvre de larges fraudes en faveur de JFK et contre Richard Nixon, dans le dévoilement et l'acceptation des votes. Dégoutée, elle sera républicaine et travaillera pour Barry Goldwater. pour l'élection de 1964. Elle sera présidente chez le groupe des Jeunes Républicains.  Mais toute républicaine qu'elle est, elle est aussi très de son temps. Elle est active dans les mouvements pour la lutte pour les droits civils. Lors de la convention Républicaine de 1968, elle note de lourds vagues racistes et quitte ainsi le parti. Elle sera diplômée en Arts avec complément honorifique en politique.

À Yale, en droit, elle est encore une élève modèle. Non seulement travaille-t-elle au Yale Child Study Center, mais elle s'implique beaucoup dans les cas d'abus infantile au Yale-New-Haven Hospital. Elle gagne une bourse qui la fera travailler auprès du Sénateur Walter Mondale sur des projets impliquant l'intégration des migrants, Elle fait la connaissance d'un autre étudiant, une figure populaire de Yale, Bill Clinton qui devient son amoureux.

Bill la demandera en mariage à plusieurs reprises, avant qu'elle ne se convainque que ce soit la chose à faire. Son flair était déjà au dessus de la moyenne diront certains. On la recrute afin de travailler sur le scandale du Watergate en cours. Elle en sera l'une des rares femmes et de loin la plus jeune. Elle a 27 ans. Elle suit Bill en Arkansas et travaille avec lui à la fois dans un cabinet, à la fois aux ambitions politiques de celui-ci, s'implique énormément auprès des conditions pour les enfants et écrit sur le sujet, et choisit finalement de marier Bill, mais en gardant son nom Hillary Rodham. Elle sera la première femme Présidente du Legal Services Corporation des États-Unis. En 1978, Hillary gagne plus que son mari. S'établit leur mauvais calcul dans le Whitewater Development Corporation.

Fin février 1980, Chelsea devient le fruit de l'amour d'Hillary et Bill. Pendant que Bill est gouverneur d'Arkansas, Hillary s'investit beaucoup dans l'Arkansas Education Association. Elle siège sur des comités luttant en faveur de la protection des enfants. travaille toujours en firme de droit, siège dans des comités en faveur des droits civiques, et est fréquemment nommée parmi les 100 femmes les plus influentes en droit des États-Unis.

Elle ne tient littéralement pas en place et n'a rien de la femme trophée d'un candidat politique. Elle veut se rendre utile en tout temps.
Quand Bill devient président. la torture commence. Dès 1992, on parle des aventures de son mari avec Gennifer Flowers. Le livre de Joe Klein en rajoutera sur un personnage que tout le monde reconnaît. L'affaire Lewinski vient clouer le cercueil matrimonial. Le souci d'Hillary est sa fille. Mais elle est aussi torturée dans ses propres choix. Elle tient à travailler. Elle n'est pas "la femme du Président", ne l'a jamais été, et elle s'implique absolument partout. Elle sera la première à avoir un bureau dans la Maison-Blanche car elle y travaille sans arrêt pendant les deux mandats de son coureur de jupons. Elle bûche très fort sur le premier canevas qui deviendra avec le temps l'Obamacare. Elle occupe pas moins de 11 positions officielles de première importance à la Maison-Blanche. En Santé, elle travaille durement auprès des femmes atteintes de violences, elle travaille sur des réformes d'assistance publique, elle est du comité sur la Sécurité Nationale. Ce qui deviendra une blague républicaine beaucoup plus tard quand elle se fera coincer avec sa "négligence" à l'égard de sa gestion de courriels. Dossier toujours sous étude. Tout le mandat de son cocufieur de mari, elle sera la cible (Parfois à raison) des Républicains qui n'aiment pas les femmes de tête.

Elle devient la première Première Dame des États-Unis à servir comme élue en 2000. Elle sera sénatrice de New York. Elle le sera jusqu'en 2008 où cette fois, elle se porte candidate à l'investiture Démocrate. Barack en fera sa Secrétaire d'État jusqu'en 2013.

À partir de ce moment, elle mesure ses appuis pour revenir à l'investiture Démocrate, puis peut-être ce soir, souhaitons-le vivement, vivre et marquer l'histoire des États-Unis.

Les États-Unis doivent ce soir choisir entre une battante capable d'encaisser les coups et qui a bûché toute sa vie et un batteur capable de donner des coups, surtout très bas. et qui ne brille que par le marketing et non les affaires. Surtout pas par les idées politiques.

Ce soir doit être historique pour autre chose qu'une guerre civile dans les livres d'histoire des États-Unis futurs.

lundi 7 novembre 2016

L'Éléphant du 24 Sussex Drive

Pour l'Halloween, Justin Trudeau et son fils ont joué les "cuuuuuuuuuuuutes" en se costumant en personnages du Petit Prince de St-Exupéry. Papa en pilote et son fils en petit prince blond.

Le lendemain matin, son ministre des finances, Bill Morneau a fait la même chose avec son énoncé économique (comme on les appelle de nos jours).

"Dessine-moi un mouton" demande le petit prince lors de sa première rencontre avec le narrateur du classique de la littérature française. Après quelques essais infructueux, le pilote lui dessine finalement une boîte et suggère à l'enfant que le mouton s'y trouve dedans.

Morneau, échoué dans le désert morose de notre économie, nous est arrivé avec une boîte lui aussi, sous la forme d'une banque fédérale afin de financer les projets majeurs d'infrastructures.

Tout de suite, Néo-Démocrates et Conservateurs, deux partis sans chefs de tribus. ont tous deux discrédités  l'idée en disant que c'était une manière déguisée de privatiser les infrastructures canadiennes déjà en place.

L'idée ne se mettra pas en branle avant 2018 et ça prendra une autre 10 ans avant que les Canadiens puissent prendre la mesure de leurs investissements. Les remontrances de l'opposition sont de bonne guerre. Ils auraient critiqué peu importe l'annonce, c'est la nature de l'opposition. Mais cette fois ils ont un peu raison. Il s'agit d'une diversion d'attention politique.

Comme toute annonce d'énoncé économique, on se flattait de vertus auto-proclamées et on parlait de projet avec optimisme dans pas plus loin que...2028.  Comme si les Libéraux s'y trouveraient assurément...

Mais..,mais...mais de quoi n'avons nous pas du tout parlé donc?
Oui, cet éléphant blanc dans le salon rouge?

L'équilibre budgétaire, lui? ce n'est plus un souci?

Avec l'économie actuelle en Amérique du Nord, aucun des partis n'auraient nécessairement mieux fait que les Libéraux et leur déficit de 29 milliards au printemps dernier. Harper, au même endroit que Trudeau en ce moment, dans son mandat de 2009, avait un déficit de plus du double. Mais il faut dire, à la défense de Harper, que l'économie du monde entier plantait aussi à ce moment.

Par le passé, Brian Mulroney, a eu toute la misère du monde à joindre les deux bouts pendant toute la durée de ses deux mandats en raison du trou économique monstrueux dans lequel Trudeau, père, avait laissé le pays. Ce n'est que vers la fin des années 90 que l'on remonte à la surface et que le Canada peut se garder la tête hors de l'eau. Mais reste en dette. Pas de quoi pavoiser. Chrétien/Martin doivent prendre des mesures drastiques et impopulaires pour y arriver. Les Conservateurs de Harper ont considérés les déficits comme des maux nécessaires et si ils avaient pu ne pas en parler, ils l'auraient bien fait. Mais l'éléphant est dans le salon. Ne pas en parler? pas question.

Et bien pour l'équipe de Justin, qui avait annoncé presque avec honneur qu'ils crééraient des déficits. il tient promesse. Pas un mot sur l'équilibre budgétaire. On est prêt à vivre à crédit pour un mandat, un second, un troisième et même un fort improbable quatrième puisque que l'on a planifié pour 2028.

Trudeau fils suit les traces de Trudeau père qui a mis le pays dans le trou pour toute une génération (la mienne, qui est aussi celle de son fils, entre autre).

Quand les journalistes posent les questions que je me pose, Morneau répond vaguement, semblant consulter une boule de cristal fort brouillée. Il semble surtout désintéressé.

Même quand Trudeau père saignait le pays, son gouvernement parlait d'échéance et de projets de remboursement de la dette. Il faut remonter à la fin des années 70 pour trouver un ministre des finances qui ne parlerait pas de l'équilibre budgétaire.

Le silence autour du déficit fait peur. D'autant plus que les milliards mis de côté en cas de détérioration majeure ont tous été dilapidés dans les derniers mois. Le Breixit a eu un impact. Une victoire de Donald Trump demain serait aussi une catastrophe économique mondiale, notre économie pourrait y goûter très tôt.

Pour le moment, le gouvernement de Trudeau fils traite le déficit comme une bagatelle, seul le temps nous dira si il ne s'agit pas plutôt d'une insouciance qui laissera les prochaines générations dans la dèche.  

La pomme ne semble pas tomber très loin de l'arbre.