lundi 5 mai 2014

Boss

J'allais me faire une tisane, mais une tisane, je devais me "la faire", alors que le vin australien était là, tout frais, parfumé de prune et de mûre avec un soupçon de poivre sur une trame tannique souple aux notes subtiles de chêne. Excellent avec du steak grillé, une pizza ou un plat de pâtes à base de tomates. 

Avec des cocos de pâques au chocolat aussi. 

Quand on dort l'après-midi, ou de 11h à 16h30 disons, on se soustrait du trafic quotidien. Ceux qui font des siestes, savent le bonheur réparateur que peut procurer une telle habitude de sommeil de jour, mais il désoriente aussi. "sommes-nous demain? d'où j'arrive moi? Qu'est-ce que tu fais là toi ma puce, il n'est pas tard?" "Papaaaaaa! Il est 17h!".

Merde. Il était bien 17h. Fallait que je la fasse manger et hop! le cours de danse!
C'était un jour important, le jour du premier match de la série Canadiens/Boston. 

Larry Robinson disait avec beaucoup finesse que le hockey était 80% d'ordre mental et le 20% restant se passait dans la tête. Larry était d'une classe à part. Je me rappelle un moment surréaliste où lors d'un match contre Toronto, l'arbitre, qui venait de donner un 10 minutes de mauvaise conduite à Dave "Tiger" Williams avait vu celui-ci jeter automatiquement les gants dans le but de se battre...avec l'arbitre...Robinson s'était tout de suite interposé, Robinson un géant défenseur de l'équipe adverse tout de même, et avait saisis Williams par le collet, sans jeter les gants, non pas dans le but de protéger l'arbitre (peut-être aussi) mais dans le but de raisonner le joueur des Leafs. On le voit lui dire "Don't do this man, you'll regret it" et des choses du genre. Il y a bien deux ou trois coéquipiers de Williams qui se rapprochent, pour faire la même chose, mais celui qui trône en "boss" comme dirait mon fils, c'est le grand gilet rouge, Larry Robinson au milieu du groupe de joueurs. La grande classe. Williams, agité, l'écoute attentivement et finit par abandonner son cirque. 

Les Canadiens de l'époque, les années 70, étaient non seulement meilleurs que les autres clubs (8 petites défaites en 80 matchs en 1977!  29 sur trois ans!) mais ils se servaient aussi beaucoup plus de leur intelligence. Il faut lire le brillant livre de Ken Dryden sur sa carrière, The Game,  pour comprendre l'accès privilégié et unique auquel il nous invite. Pour comprendre ce qui fait de grands athlètes, aussi de grands hommes quelques fois. 

La série Montréal-Boston est la 34ème entre les deux clubs. Montréal a eu le meilleur sur Boston presque toute les fois sauf 8. Depuis la fin des années 80, le milieu des années 90, mais surtout depuis quatre ou cinq ans, l'avantage tourne à l'avantage un peu plus en faveur des Bruins. Ils ont un club redoutable, principalement axé sur la robustesse, les coups salauds et les gestes vicieux. Rien de très intelligent. Et avant le tout premier match, je savais que Montréal menait déjà, au minimum 1-0. 

Pourquoi? Parce que leur technique pour faire perdre la tête aux Canadiens aura été nulle. Elle fût de dire que "moi, les Canadiens, ça fait 7 ans que je joue contre, je les déteste", Milan Lucic, 25 ans. Ou encore "Avant j'étais instructeur des Canadiens et j'avais appris à haïr Boston, maintenant que je coach Boston, je déteste Montréal", Claude Julien, 54 ans.
Quand la question a été transposée dans le vestiaire des Canadiens, Carey Price, 27 ans, a tout simplement dit "de la haine? C'est un peu fort non? Animé par la compétition contre eux? oui, mais pas de la haine, ce n,est pas tellement gentil de leur part", l'assurance de la sagesse paternelle affichée au coin du sourire. Michel Therrien, 51 ans, instructeur des Canadiens, a évité la question en disant : " Nous allons nous concentrer sur nous, non pas sur eux.". Boss. 
On dit que Boston est une équipe de sauvages mais durant cette saison, où ils ont terminé au sommet, comme la meilleure des 30 équipes de la ligue, ils ont obtenu une moyenne de 10,8 minutes de pénalités contre 12,7 pour les Canadiens. Montréal a donc été plus indiscipliné cette année, quoi qu'on en pense. Toutefois, le mental encore, quand Boston a joué contre Montréal, ils ont obtenu une moyenne de 13,1 minutes de pénalités par match contre 11,3 pour Montréal. Montréal a gagné 3 des 4 matchs qu'ils ont joué contre eux cette année en saison régulière. 

Avant le match, un spécialiste avisé et non raciste, (Ce qui élimine et Don Cherry et Ron MacLean) sur les ondes de CBC, le même d'ailleurs qui avait confronté (avec P.J.Stock) Ron MacLean sur ses propos racistes à l'égard des arbitres Québécois, a souligné que dans la première série, Montréal avait passé 10 minutes de plus sur l'avantage numérique qu'en punitions. Pour Boston c'était le contraire. Et que ça pourrait bien faire la différence. C'est exactement ce qui a fait la différence. 2 buts en avantage numérique, dont le gagnant en deuxième période supplémentaire et une performance fabuleuse du gardien de but (Price), combiné à des tonnes d'occasions manquées dans l'énervement par une équipe meilleure à tous les niveaux, a donné la victoire du premier match à Montréal.

Et l'intelligence.
Tout le match, on a eu droit aux habituels coups de poings impunis de l'adversaire, aux charges multipliées des joueurs jaunes et noirs, aux tentatives d'hameçonnage de la part de quelques rats qui souhaitaient provoquer les talents Montréalais, à de l'obstruction et à des joueurs qui prolongent leur 6 pieds 9 sur nos 5 pieds 8 au sol afin de les tenir à l'écart du jeu le plus longtemps possible de manière obstrusive.

Jamais Montréal n'a mordu à l'appât.

Comme je travaillais la nuit même, comme les ouvre-bouteille électrique ne sont jamais dans le chemin de l'ivrogne qui veut entamer un bouteille, je me suis endormi longtemps avant la fin.

Jusqu'au cri de Hyène entendu dans la nuit. Un père reconnaîtrait son fils parmi des milliers, mais je savais que ce cri n'en était pas un d'angoisse. Il n'a pas hésité à me sortir du coma pour me dire:

"papa...je sais que tu travailles dans 2 heures mais P.K.Subban. P.K.Subban, P.K.Subban..."

Il n'a pas eu besoin de mettre de verbe, j'avais compris.
J'ai foncé vers la télé m'enfargeant dans mes orteils pas encore dépliées deux fois, et j'ai tout juste eu le temps de voir Desharnais gagner la mise au jeu, Markov refiler la rondelle à P.K. et P.K. marquer (en reprise).  Et j'ai vu la réaction de P.K. après le but. Mesurée. Presque posée. Grandiose. Les deux bras simplement ouverts comme Jésus trônant sur Rio.

Huez-moi, fans de Boston.
Tristes morons.

Ils a répondu, le public a massivement lancé des objets sur la glace.
Quand on joue dans une dompe, il faut s'attendre à nager dans les cochonneries.
Ils sont ensuite allés sur le net pour casser du "nigger". Ça semble être un sport en soi aux États-Unis depuis quelque temps.
Édifiant. 
Faudrait leur mettre Jarome Iginla et Malcolm Subban (le frère de celui qu'ils huent), deux de leurs joueurs, noirs, sur écran géant à ses idiots pour leur apprendre le civisme.

Du vendredi au samedi midi, tout n'était que lent décompte vers le second match entre les deux clubs. Toujours à Boston. Les Bruins tiraient de l'arrière 3-1 en troisième mais ont montré pourquoi ils ont terminé premier de la ligue et ont remis les pendules à l'heure. Ils ont eu le meilleur sur Montréal.

Jusqu'à la prochaine guerre.
Boss c'est peut-être pour Boston...

AUBERGISTE! Je veux du rouge!

dimanche 4 mai 2014

Le Négrier

Un article du New Yorker la semaine dernière parlait de l'exposition universelle de 1964 qui s'était tenue à Flushing Meadows.

C'était une ancienne hôtesse au pavillon Coca-Cola qui signait la chronique. Elle titrait ça  "L'Exposition Universelle de 1964 n'était pas Terrible" (The 1964 World's Fair Wasn't So Great).

Dans cet article, elle parlait de son expérience comme hôtesse au pavillon Coca-Cola. Une horreur selon elle, pas complètement étrangère aux horreurs de nos jours, avec des placements de produits envahissant partout.

Elle soulignait que les belles filles et les jolis garçons, étaient tous placés dans des postes d'hôte et d'hôtesse dans les salons V.I.P. et autres événements importants. Jusque là, rien d'anormal. Elle disait aussi que les noirs, étaient cachés dans des postes de casse-croûte, d'entretien ménager, et d'homme-à-tout-faire. Et ce, même si les bureaux chefs de Coca-Cola, étaient (sont encore) en Georgie, à Atlanta, un état du Sud des États-Unis, largement coloré.

Mais en 1964, les noirs n'étaient pas complètement intégrés aux activités des blancs aux États-Unis. Exactement au même moment au Québec, une de mes tantes, une soeur ainée à mon père, présentait un noir comme amoureux à ses parents (mes grands-parents) et causait une lègère commotion*.

L'article de Joyce Purnick n'en est pas à une discrimination près. Plus loin, elle raconte qu'elle devait remplacer un soir, au salon V.I.P., une collègue qui avait dû s'absenter. Quand on a découvert qu'elle était juive le lendemain, elle n'a plus jamais travaillé ailleurs qu'à son poste original.

C'était une autre Amérique.
Moins éduquée qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Une Amérique ou la maturité morale trouvait tout à fait normal de faire preuve de racisme.

Une Amérique au racisme latent, qui trouve encore quelques germes ici et là chez les plus âgés...

La semaine dernière, nous étions étrangement en 1964.

*************

Donald Sterling, actuel propriétaire des Clippers de L.A. dans la NBA, avait 30 ans en 1964. Il n'aurait jamais discriminé une juive car il est juif lui-même, mais il aurait discriminé un noir sans problème.

Son ancienne amoureuse, en septembre dernier, publie une photo d'elle-même sur Instagram en compagnie de l'ancienne superstar du basket Magic Johnson. Sterling, outré, s'en prend verbalement à elle.

"Pourquoi prends tu des photos avec des minorités? Pourquoi?" demande-t-il avec véhémence.
(Question absurde, son amoureuse est elle-même d'origine mixte: latino et afro-américaine!)
"Des gens t'on dit que j'avais des noirs sur mon compte Instagram et ça de te dérange?" demande-t-elle, calculatrice.
"OUI, ça me dérange beaucoup que tu veuilles faire la promotion...que tu diffuses des images qui t'associent à des noirs!"

À plusieurs reprises Sterling mentionne qu'il ne déteste pas les minorités, mais la conversation le place tout près de la philosophie des esclavagistes des plantations que nous présente Steve McQueen dans le film de l'année aux derniers Oscars, 12 Years a Slave. À un certain moment, l'amoureuse lui dit "Je suis désolée que tu sois encore raciste dans ton coeur".

Sterling savait qu'il était enregistré et était en faveur de ces enregistrements car bien souvent, il ne souvenait plus de ce qu'il racontait et comptait, avec ses enregistrements, s'en servir pour un projet de livre. L'ex-amoureuse, brutale, savait très bien ce qu'elle faisait livrant l'enregistrement aux médias le jour des 80 ans du propriétaire des Clippers de Los Angeles.

Il a dit tout ça probablement sans même réaliser qu'il chargeait un fusil qui allait lui sauter sur sa propre tempe. Un fusil qu'il portait sur lui depuis toujours. Un défaut de conception fatal.

Le commissaire de la ligue a agit en vrai leader en bannissant à vie le raciste de la NBA et en lui ordonnant de vendre le club.

Les gestes des joueurs de la NBA par la suite ont été remarquables. Les clubs ont choisit d'enlever leur manteaux avant le match et de masquer le sigle des Clippers en plein milieu du terrain à Los Angeles avant chaque match. Les Clippers eux-même ont joué avec leur chandail à l'envers afin qu'on ne reconnaisse pas le logo. La photo ici présente à été celle du site des Clippers de Los Angeles pendant quelques jours. Sur les réseaux sociaux, on a manipulé des images afin de donner l'illusion qu'on retirait le # de Donald Sterling, et que c'était le #1 Asshole.

Il fallait à la fois condamner ce que Donald Sterling est , mais aussi le remercier d'avoir tracé une ligne qu'il ne faudrait plus jamais franchir. Et lui dire aussi merci pour avoir unifié la NBA comme rarement auparavant.

50 ans après L'Exposition Universelle de Flushing Meadows, les gens ont évolué.

Don Sterling est toujours en 1964 dans sa tête.

Les fusils que l'on charge soi-même ont toujours des chances d'échapper une balle dans votre cuisse si vous ne jouer pas franc jeu en tout temps.

Les joueurs de Sterling n'étaient pas ses esclaves

Sterling le sait peut-être maintenant.



*Étrangement elle allait finir par épouser un Ontarien, ce qui aurait dû causer une commotion plus importante encore mais non...rien...Sinon le premier divorce dans la famille du côté de mon père.

samedi 3 mai 2014

Jean, Gerry, Dolours & Douleurs

1972.

Nord de l'Irlande.
Les Troubles.

Jean Murray était issue d'une famille protestante de l'Ulster à Esat Belfast, mais lorsqu'elle épouse Arthur McConville, un catholique, elle se convertit. McConville était un ancien soldat de l'armée britannique et, dans le tumulte du conflit Nord-Irlandais qui sévit alors, ça suffisait pour faire du couple des indésirables aux yeux de leurs voisins.

Vite intimidés dans le district protestant, le couple, qui a conçu 10 enfants, est forcé de déménager à West Belfast. Presqu'aussitôt, en 1971, Arthur décède du cancer. Un de leur fils est en prison, coupable d'activités officielles de l'IRA.

Celle-ci n'aime pas Jean McConville. L'IRA trouve qu'elle est en excellente position, avec un ancien mari de l'armée britannique, un fils en prison parce pas suffisamment habile avec les missions de l'IRA et maintenant veuve, pour pouvoir choisir de vendre des informations aux britanniques. On la soupçonne d'être une espionne pour les honnis Anglais.

Une rumeur est lancée que Jean aurait soigné un soldat britannique blessé. En Décembre 1972, elle est agressée physiquement dans un Bingo. La nuit suivante, 12 membres de l'IRA, certains masqués, d'autres non, hommes et femmes, se présentent chez elle et la kidnappe devant leurs enfants, impuissants. Elle est propulsée dans l'arrière d'une camionnette, on ne la retrouvera, du moins ce qu'il en reste, que 31 ans plus tard. Elle avait, en décembre 1972, 38 ans.

Avec maman disparue, les enfants ont survécu trois semaines sous la seule supervision de la soeur ainée de 15 ans, Helen. Un étranger est alors venu leur donner la sacoche de leur mère, ses trois bagues, ainsi que les 88 sous (52 pences) qui s'y trouvaient. Les enfants, affamés, ont aussitôt été remis aux services sociaux et dispersés dans les foyers d'accueil. Deux avis de disparitions ont été soumis aux autorités qui n'ont jamais voulu croire que Jean McConville avait vraiment disparue. Préférant la thèse, populaire dans les rues de Belfast à cette époque, que McConville avait laissé tomber le fardeau de sa famille et avait fui pour refaire sa vie avec un soldat britannique. Dès que la thèse de l'enlèvement par des membres de l'IRA a été soulevée, ceux-ci ont nié toute implication...

...Jusqu'en 1999, où une information anonyme de l'IRA suggère qu'elle aurait été enterrée sur la plage de Shelling Hill. Des gardiens de la paix fouillent les lieux, mais sans succès. Une enquête est quand même ouverte, au nom des enfants qui soutiennent fermement avoir été les témoins oculaires d'un enlèvement en 1972.

En août 2003, une tempête s'abat sur la plage de Shelling Hill et le mouvement des eaux déterre le cadavre de Jean McConville que des citoyens découvrent sans le vouloir. Un cadavre qui porte des marques de torture. Une morte à qui on aurait tiré une balle dans la nuque.

En 2004, on confirme que JAMAIS Jean McConville n'a échangé d'informations avec les services républicains britanniques, ni n'en avait même les moyens. De plus, on confirme qu'elle n'aurait pas pu avoir "soigné un soldat britannique" au moment où elle en a été accusée puisque les seuls incidents survenus dans la région où elle se tenait sont survenus trois jours après sa disparition. La police Royale de l'Ulster s'excuse alors formellement de ne pas avoir réagi plus tôt à l'époque.

Entretemps, entre 2001 et 2008, des historiens du Boston College interviewent Dolours Price et Brendan Hughes, deux anciens membres de l'IRA, sur leurs activités sous condition que le tout ne soit révélé qu'une fois les deux activistes décédés. Hughes décède en 2008.
Mais il avait eu le temps de publier un livre où il témoignait que Price était des 12 membres sur place lors de l'enlèvement de Jean McConville. Les enfants confirment, car ils l'ont reconnue, elle était parmi les filles qui tentaient de calmer les enfants. Elle était aussi la conductrice de la camionnette. Price confirme en 2010 et affirme que tout ça avait été exécuté sous les ordres de Gerry Adams, commandant officiel des missions de 1972. Ce que Adams, aujourd'hui Président du Sinn Féin et Teachta Dàla du district de Louth, a toujours nié bien qu'il eût été toujours lourdement suspecté. Dolours Price collabore même avec les autorités pour localiser trois autres cadavres, résultat de leurs missions d'antan.

Dolours Price meurt empoisonnée (hm...) en janvier dernier.
Les interviews de Price et Hughes avec les historiens du Boston College sont alors livrés à la Police Royale de l'Ulster.

Gerry Adams a été arrêté jeudi dernier.

Jean McConville aurait donc été brutalement assassinée, simplement pour avoir marié un républicain britannique, catholique.

Et ses enfants dispersés au quatre vents, souffrant de l'austère ère Thatcher, pour absolument rien.

vendredi 2 mai 2014

La Bible Déshonorée de Stephen

Stephen Harper a toujours été clair sur le sujet: Il veut casser le réflexe de faire du parti Libéral, le parti "naturel" pour gouverner le Canada.

Il veut un Canada moins Libéral et plus conservateur.
Un essai ou une nouvelle troqués pour une bible.

Mais sa bible est constamment refusée à la maison d'édition.

Depuis 2006, soit bien avant que son gouvernement de minus ne soit majoritaire, il s'applique à vouloir réformer le Sénat dans le but avoué (poussières du Reform Party) de faire du Sénat un "contrepoids régional au Central Canada".

Le Sénat a été créé en 1867 dans le but de protéger les gens des abus de la classe dominante et afin d'éviter les "lois irréfléchies". Le Sénat a été conçu comme une copie de la Chambre des Lords en Angleterre. Un caucus, à l'abri des bruits partisans, entre sages têtes idéalement d'une intelligence vive, afin de se pencher sur les décisions de ceux qui leur avait donné un job, et de porter un second regard, la tête froide, sur les lois adoptées.

Stiveune, s'est fait freiné pas la Cour Suprême en matière sociale, économique, criminelle, et maintenant, sénatoriale. Harper veut un Canada moins Libéral, mais la Cour Suprême est toujours dans ses jambes.

Le 20 mars dernier, par un jugement de 8-0, on a refusé à Peter MacKay le projet de libérer les criminels d'une première offense non violent plus tôt que leur sentence le prévoyait.

Le lendemain, la Cour Suprême refusait le nouveau juge suggéré par Harper, par un vote de 6 contre 1 (et une abstention) en stipulant que l'avocat et juge surnuméraire de la Cour fédérale Marc Nadon était sous-qualifié pour devenir juge à la Cour Suprême et sa nomination, qui devait représenter le Québec ne s'applique pas car il réside en Ontario.

Le 27 mars suivant, un prisonnier voulait contester son transfert dans un lieu de détention à haute sécurité. Le gouvernement lui a répondu qu'il devait se tourner vers la cour fédérale pour faire sa demande, dans un processus qui pourrait être très lent. Faux lui a dit la Cour Suprême, les prisonniers ont ce droit de s'adresser directement à la Cour Suprême dans de telles situations. 8-0 la décision. Simple rappel de la justice pour les condamnés.

Le 11 avril dernier, Harpeur et son troupeau exigent que les juges cessent de réduire certaines peines lorsque les accusés font un passage en tôle avant le passage en cour. Refusé 7-0 (une abstention) par la Cour Suprême.

 Et maintenant, 8-0 contre cette idée qui ne tenait pas la route de réforme du mode de sélection des juges au Sénat.

La Cour Suprême, puisque le pays est Hockey en ce moment, mènerait donc la série 5-0 contre Harpeur et ses incapables.
 
Une cour suprême dont Harper a nommé 5 des 8 juges (un 6ème devrait être nommé sous peu)...afin bien entendu de pouvoir en influencer les décisions. Mais il semble qu'il soit trop con. La Cour Suprême lui dit tout le temps non.

Cette fois, devant l'évidence.

Harper voulait, suivant un raisonnement extrêmement douteux, organiser des "élections consultatives" afin de choisir les sénateurs. Le Premier Ministre pourrait par la suite, tenir compte ou pas, des résultats de ces consultations avant de faire son choix...

Tenir compte ou pas...


Alors pourquoi changer quoi que ce soit?
Voilà pourquoi la Cour Suprême lui a gentiment rappelé qu'on ne tient pas des consultations dans le but d'en éviter les résultats.

Mais tout comme les propositions idiotes sur la mariage gai au pays, il semble que la pasteur Harpeur ait tout simplement voulu prétendre se battre pour une cause en laquelle il ne croyait pas vraiment.

Mais ce que la Cour Suprême dit aussi en filigrane est ceci:

"Nous ne croyons pas en toi, Stiveune"

Et avant les prochaines élections, il n'y aura pas de justice pour les condamnés que nous sommes depuis 2 ans, jour pour jour.

Sinon la Cour Suprême,
Pour barrer la route à ces gnochons.

Le minable règlement de compte du jour trouve son origine dans les multiples rebuffades subies par Harper et ses truffions.

jeudi 1 mai 2014

Thelonious Monk

Souvent considéré comme l'un des fondateurs du bebop, l'évolution de son style personnel l'aura aussi fait s'en éloigner. Il est d’ailleurs difficile d’établir une filiation même si son jeu pianistique (assez traditionnel dans les ballades) se rapporte au jeu stride des années 1920–1930 et si son influence peut être décelée chez de nombreux musiciens. Ses compositions autant que son jeu pianistique ont suscité les plus vives réactions tant ils bousculent la mélodie, l'harmonie et le rythme. Nombre de ses compositions sont devenues des classique du jazz.

Mon fils déteste "mon bruit" quand je fais jouer Monk dans ma voiture.

Monk pour tous.

En dix albums.


10. 
1954, Thelonious Monk Trio.
L'album est quelque fois rebaptisé du tître original que Monk, un incorrigible homme las, voulait lui donner: Monk's Moods. Art Balkey, Max Roach, Gerry Map & Percy Heath sont aussi sur cet album. Les images sonores de ce mathématicien des sons travaillant des formes géométriques sur son clavier ne durent que 35 petites minutes mais ils contiennent les premiers enregistrements studio de deux de ses plus fameux morceaux: Blue Monk et Bemsha Swing.


9.   
1957. Thelonious Monk with John Coltrane.
Lancé 4 ans après avoir été travaillé avec Coltrane, l'album contient trois morceaux studios enregistrés en juillet 1957, alors que le quartet de Monk (qui comprenait Coltrane) avait résidence au légendaire club Five Spots de New York pendant 6 mois. On y a collé deux morceaux non retenus pour l'album  Monk's Music (sorti en 1957), un autre non retenu pour un autre album lancé aussi en 1957 et un morceau de piano solo "fonctionnel" de Monk en solo au final.

8. 
1959. 5 By Monk By 5.
Le titre fait référence au format de quintet du band. Monk au piano, Thad Jones (frère d'Elvin et de Hank) à la trompette, Sam Jones (rien à voir avec l'autre)à la basse, Charlie Rouse au sax tenor et Art Taylor à la batterie. Cet album contient son plus fameux morceau: Straight, No Chaser. 

7.
1955. Thelonious Monk Plays Duke Ellington.
Comme le tître le souligne, on y trouve ici 8 compositions du grand Duke Ellington. La nouvelle pochette de 1958 (et des années qui suivront) est fantastiquement belle. La musique aussi. Puisque sa musique, comme mon fils le disait, était jugée peu accessible pour le grand public, on a proposé subtilement au las Thelonious d'enregistrer le plus "grand public" des jazzmen. Délicat et mélodique, jazz grand public.


6.
1958. Misterioso
En format quartet, avec Coltrane au sax, Ahmed Abdul-Malik à la basse et Shadow Wilson à la batterie, cet album, avec son tître mystique et ses sons énigmatiques a contribué à donner une réputation de musicien "peu accessible" pour le non-amateur de jazz. Enregistré principalement en spectacle, l'album en est un de Hard bop où Monk y joue moins de manière introvertie, et avec beaucoup plus de vivacité selon les réactions de la foule.


5.
1968. Underground. 
Voilà un album dont j'ai adoré la pochette depuis toujours. Je le voulais en poster pour mettre dans ma chambre au sous-sol au 902 chemin St-Louis à Québec. Mon quartier général, pré-ado/ ado.L'album contient la seule valse composée par Monk à vie, un blues extraordinairement simple mais avec une dissonance mélodique étonnante, deux hommages à sa fille Barbara dont un avec une structure harmonique non orthodoxe et un hommage à son ami Bud Powell sur lequel Jon Hendricks pose sa voix.


4.
1947 et 1952. Genius of Modern Music Volumes 1 & 2
Tout premier album de Monk, et troisième de celui-ci. Les deux avec Monk pour la première fois en plein contrôle de son art et comme leader, tout ce qu'il y a de plus moderne. Album comprenant un certain Humph et qui met aussi en vedette (entre autre) Art Blakey et Max Roach à la batterie, Kenny Dorham à la trompette et Milt Jackson au xylophone 

3. 
1957. Thelonious Himself 
Année importante que celle des 40 ans de Thelonious où il lance pas moins de 8 albums (!). L'album ne sera toutefois public que deux ans plus tard et sera le tout premier ne contenant que des morceaux composés de sa main. Monk, tout à fait lui-même, oui. Un de ses morceaux enregistré 10 ans plus tôt sera repris des mililards de fois dans l'univers du jazz.

2.
1956. Brilliant Corners.
Monk y joue du célesta  et la chanson titre était si complexe qu'elle ne fût jamais joué intégralement en studio mais plutôt montée de toute pièce à la production parce que les musiciens n'en pouvaient plus de tenter de jouer l'impossible pour Monk. Certains musiciens étaient si écoeurés de la réenregistrer qu'ils mimaient leur jeu sur instrument, convaincu que des 24 prises précédentes, au moins une serait jugée bonne. Le résultat est brillant de tous les coins. La structure sonore de ce seul morceau désorganise le jazz, le blues et la musique africo-américaine avec de complexes accents rythmiques et les réinvente. Pas une musique pour tous, mais pour moi, oui.


1.
1962. Monk's Dream
Le meilleur Monk de l'avis général. Avec Jonh Ore à la basse, Charlie Rouse au sax tenor, Frankie Dunlop à la batterie et bien sur Monk au piano et aux commandes. Peu de gens comprennent encore aujourd'hui le niveau de complexité de la musique de Monk et cet album offre 4 paires d'oreilles presque télépahiques. Monk envoie des frisbees sonore dans le studio et les autres comblent l'espace de manière fort ingénieuse. Méchant beau pique-nique sonore.

Thelonious Monk allait cesser d'enregistrer en 1971 puis peu à peu s'éclipser de la scène, vers 1975. On l'a dit mentalement très malade et incapable de communiquer vers la fin de sa vie. Il vit les 6 dernières années de sa vie chez la baronesse et mécène Pannonica de Keoningswarter qui s'était aussi occupée de Charlie Parker. Il meurt en 1982 d'une crise cardiaque à l'âge de 64 ans. 

On lui remet un prix posthume pour l'ensemble de son travail, pour ses trouvailles, ses explorations et ses innovations sonores, pour ses compositions musicales marquantes et qui continuent encore de faire évoluer le genre du jazz. 


Il sera l'un des 5 seuls artistes de jazz ayant fait la couverture du Time avec Louis Armstrong, Dave Brubeck, Duke Ellington et Wynton Marsalis.

Monk marque.
Mon oreille du moins.
Moins celle de Monkee.