mardi 15 septembre 2026

Beding Bedang

Beding bedang a été engagée quelque part cet été. Notre entreprise fait 82% de meilleurs chiffres d'affaires qu'à pareille date, l'an dernier. Dans les trois derniers étés, afin de palier les vacances, et pour nous faire avancer, on a engagé trois fois des gens pour nous aider. Dans mon département. Des étudiants qui ne demandaient que ça, retournant à l'école dès fin août. C'était nécessaire alors. 

Donc avec 82% de chiffres d'affaires de plus, vous pensez qu'ils ont engagé quelqu'un pour nous aider ?

Non. 

Enfin oui, comme Beding Bedang, mais ils ont engagé pas-dans-notre-département. Avec l'idée de leur (ils en ont engagé deux) faire faire aussi ce qu'on fait. Nous donner le coup de main qu'on a toujours eu à cette période de l'année. Si la première engagée est tout simplement adorable, Beding Bedang est tout ce qu'il y a de plus irritant. 

Elle parle constamment, est impulsive, sacre beaucoup comme on cogne sur une cymbale, à tout moment. Comme elle s'occupe parfois des courriels, une ancienne de mes tâches, Dieu merci, ce n'est plus le cas, après lecture du courriel, il n'est pas étonnant de la voir lancer un "calisse!" ou "tabarnak!", simplement pour qu'ensuite on lui demande. "Qu'est-ce qu'il y a, Beding... ?" et ensuite s'occuper nous-même du contenu du courriel, sa compréhension, sa recherche, ses solutions, ses réponses. Donc finalement de gère les courriels quand même. Elle est nouvelle, ne comprend pas tout. Mais de plus, elle n'est pas excessivement brillante. Ça se voit tout de suite dans les yeux. Elle ne sait pas épeler du tout. Ce qui devrait être formidablement inquiétant pour la compagnie de la voir répondre aux clients (les villes) sans savoir accorder. Mais la situation est si absurde, que ce serait une femme qui ne sait pas accorder, dénoncée à des gens qui ne savent pas plus accorder. Et quand elle écrit aux villes, je vois quelques réponses des villes des fois, quand je suis forcé d'être intégré dans ce qu'on arrive plus à comprendre...

É LÈS VIL NE SAVE PA PLUSSE ÉKRIRE!!!!

Qu'est-ce que je fais dans cette entreprise ?  

Le plus insultant est qu'on m'a donné des tâches que je n'ai pas le temps d'accomplir. Et que je l'entendais la semaine dernière dire "Bon! j'ai tout fait ! j'ai plus rien à faire! Qu'est-ce que je fais ?" I'm  a monkee, please amuse me ! Voyez le genre ? Quand elle n'a plus rien à faire, tout le monde le sait tout de suite. Elle tire sur la nappe de la table, l'attention sur moi svp. J'ai proposé cette tâche que personne ne veut faire, que tout le monde néglige et que même les deux personnes qui m'aident à les faire, semblent trouver que cette tâche est un fardeau. Mais en y pensant, elle est si peu allumée mentalement, elle cochonnerait tout ça. Elle m'aide parfois et je fois beaucoup recorriger. Elle finit par beaucoup ralentir. 

Elle est ce qu'on appelle chez les Chinois "loud!". On devient vite épuisé autour d'elle. J'ai trouvé un système quand elle veut s'adresser à moi, je lui ai donné un élastique et je lui ai demandé de me le tirer dans le dos quand elle veut attirer mon attention et que je lui ai fait un (nécessaire) barrage communicatif avec mes écouteurs air pods. Ça ne marche pas. Elle tire mal. 

Elle est terrorisée par l'anglais. Refusant d'essayer de comprendre les mots settings, dispatch, ou open road sur l'ordinateur et paniquant tout le temps quand ses mots simples surviennent. Elle est poche. Vraiment. Sans être grosse, lourde. En plus d'avoir parfois un ton pour vouloir donner des ordres. 

On lui a trouvé quelque chose à faire, mais on s'est terré en réunion tout de suite après. Inaccessible. Elle ne savait pas comment faire. Ça impliquait l'imprimante qui est située au bout de mon bureau, directement dans mon dos. On ne savait pas comment faire sa tâche non plus. Elle a voulu comprendre toute seule, mais avec une hargne qui trahissait un sentiment d'abandon de notre part de ne pas essayer de l'aider à comprendre (on fait ça avec ses courriels toute la semaine !). Elle ouvrait et fermait les portes de l'imprimantes avec violence, faisant un bruit infernal. J'avais beau écouter de la musique en travaillant, Beding Bedang, faisait un tapage excessif qui m'a fait me retourner vivement vers elle en la dévisageant. Pour lui faire réaliser qu'elle dérangeait. Elle m'a dévisagé à son tour, surprise de ma vivacité. Elle a dit un plate "Quoi?". Avec son regard de poisson hors de l'eau. 

Je lui ai répondu calmement "Qu'est-ce que t'en penses ?...

"Ben là, j'sais pas.  J'sais pas comment ça marche pour faire des collants !"

On était en territoire enfant. 

Et c'est là que j'ai compris. Mon rôle ici n'est plus d'accomplir mes tâches irréalisables, ni de sauver la langue française face aux municipalités. Mon véritable travail, c'est éducateur spécialisé en milieu corporatif. Depuis hier, j'ai un cahier de coloriage, des autocollant étoiles pour mettre dans des cahiers et un dictionnaire d'anglais illustré. Si je survis d'ici Noël, je demande une promotion. Ou une camisole de force, selon ce qui est disponible en premier aux ressources humaines. 

Je demande une promotion et 82% d'augmentation de salaire.                  

Le capitalisme moderne repose officiellement sur les épaules de calques de Beding Bedang. 

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