J'étais chez ma mère qui écoutait Big Brother, une télé-réalité qui place sous les projecteurs ce qu'il y a de plus laid de l'avenir des États-Unis. La vacuité à l'état brut.
Je les écoutais remercier America sans arrêt ou de s'en plaindre. "Come on America, I'm always on slop, gimme a break!!" L'animatrice en plastique d'en rajouter en rappelant avant chaque pause qu'America se devait de voter avant 22h...
Chaque fois, je faisais rire ma mère en disant, à l'écoute du mot America, "...Brazil, Colombia, Canada, Peru, Paraguay, Mexico..." et ainsi de suite même si tout ces pays d'Amérique n'ont légalement pas le droit de voter en appelant à ce type d'émissions mais entrent TOUS sous le vocable America (ainsi que 27 autres pays).
Les États-Unis sont d'une telle arrogance qu'ils se sont approprié l'Amérique à eux tout seul.
Le jour du terrible drame qui a ravagé le village de Lac Mégantic, le PDG de la compagnie ferroviaire sous enquête, terré dans son siège social aux États-Unis d'Amérique envoyait un communiqué stipulant que ça n’était pas un de ses employés qui avait coupé le moteur de la locomotive...
Vous êtes si près de vos employés du Canada d'Amérique monsieur le Président? Vous en savez plus que les enquêteurs? Venez nous en parler. Il était si au courant de tout ce Président que le laconique premier communiqué envoyé au Lac Mégantic était strictement en anglais! Quiconque connait la région un brin soit peu sait qu'il ne s'agit pas de la plus anglophone en Province, c'est même extraordinairement francophile.
Ça aura pris 5 jours avant que le PDG ne se pointe dans la ville décimée. Avant d'y arriver, il avait eu le temps, grand détective au flair suprême, de lâcher une autre bombe en blâmant les pompiers de Lac Mégantic...de sa lunette à Chicago!
ARE
YOU
FUCKING
KIDDING
ME?
Des États-Unis de lamerdique, vous saviez, vous, que les pompiers avaient échoué lors du premier incendie? Vous êtes doués M.le Président. Et on doit être drôlement bête par chez nous. On a besoin d'inspecteur qualifiés pour établir les faits. Vous, il ne vous faut que la lâcheté. Et la panique.
Blame it on the panick. Ce PDG sait que sa carrière est terminée.
Plus les jours ont avancé, plus ce PDG s'est enlisé avec ses commentaires. Il a aussi lancé sans prévenir que dorénavant, ce train ne passera plus dans le secteur mais plutôt à Sherbrooke maintenant. Jetant la stupeur dans la ville de Sherbrooke où le maire de l'endroit s'étouffait avec ses toasts au déjeuner en l'apprenant à la télé.
SHUT THE FUCK UP, ED.
Parlant de Ed, laissez-moi vous parler d'un autre Ed. Au moment d'écrire ceci, Ed Snowden acceptait la proposition de refuge du Venezuela. J'étais content pour lui mais aussi extrêmement malheureux. En souhaitant très très fortement que cette affirmation soit fausse et erronée. Et qu'elle le reste. Nous ne devons pas savoir où il se cache, nous les mortels. Car les vautours le sauront davantage encore. Car si j'imaginais maintenant le calvaire de ce brave jeune homme presque terminé, je me disais dans le même souffle que ces merdes des États-Unis le pourchasseraient pour le restant de ses jours. Ils n'ont pas hésité à se rendre criminels en détournant un avion qui se rendait en Bolivie, se gêneront-ils maintenant pour un autre qui se rendrait au Vénézuela, même si il s'arrête à Cuba? Je suis convaincu que déjà, des agents inflitrateurs sont en route vers le Vénézuela et Cuba, pays ouvertement hostiles aux États-Unis, et attendront son arrivée pour lui régler son cas à Snowden.
Et le Vénézuela et Cuba, comme quiconque, seront faciles à convaincre si les dollars s'y trouvent.
Vous vous rappelez du film Munich de Spielberg? Le film s'inspire du drame des J.O. de Munich de 1972, où des Palestiniens avaient pris en otages des athlètes de la délégation israélienne et les avaient froidement assassinés. Le film se déroule principalement après la prise d'otages, et décrit ce qui fut l'opération Colère de Dieu, à travers l'histoire d'un agent issu du Mossad chargé de traquer les responsables et de les éliminer un par un sur plusieurs années. Et ainsi venger les morts israéliens de 1972.
La vengeance est dans le DNA des États-Unis du Vindicatif.
Snowden doit être le plus opaque possible. Tout sauf transparent.
On ne doit plus savoir, à partir de maintenant, ni à quoi il ressemble, ni où il se tient.
La défense par le blâme est une pratique de lâche.
Ignorance et arrogance ne riment pas seulement, ils vont souvent de pair.
Nos frères du Sud s'en font parfois une seconde nature.
jeudi 11 juillet 2013
mercredi 10 juillet 2013
Ceci N'est Pas Une Nouvelle
ÉMISSION SPÉCIALE SUR LE DRAME DU LAC MÉGANTIC
"Il y a des grosses questions sur l'environnement à se poser..."
Oui, lesquelles? soyons plus clairs...
"Nous avons avec nous un habitant de la région, Monsieur vous étiez sur place..."
"Non, j'habite le village voisin"
"Mais vous...mais vous...vous avez senti la vibration le soir du drame..."
"Ouin, j'ai entendu un gros BEDANG! pis là je me suis retourné dans mon litte, pis quand chu descendu je me su' rendu compte que c'était ma femme qui était descendu dans ' cuisine pour manger un morceau de gâteau en cachette pis qu'y avait faites tomber un verre de lait par terre..."
"NOn MaIs...CHRIS...Merci monsieur on retourne en studio! Pierre?!"
"Alors voilà nous continuons dans cette émission spéciale, bien que nous n'ayons pratiquement plus rien de nouveau à vous annoncer, nous continuons jusqu'à plus soif, vous en aurez de l'image sensationnelle, vous aurez aussi de la redite, mais surtout du capital humain, allons rejoindre Voyez Settissi qui est sur place, Voyez?"
"Oui, alors voilà je suis en compagnie de l'assistant du sous-ministre de la santé, on dit qu'il y aurait danger pour la population qui devrait s'abstenir de boire de l'eau?"
"Non pas du tout, on ne dit rien, on ne sait pas, on travaille"
"Vous ne pouvez pas nous dire qu'il y a danger pour la population?"
"Non, nous travaillons là-dessus monsieur, ce que je peux dire c'est qu'il s'agit de pétrole brut léger, les risques de pollution importante de l'air sont donc de beaucoup diminués et la nature devraient éliminer 50% peut-être plus des effets potentiellement nocifs pour la population..."
"ÉVACUÉE...population évacuée par ailleurs..."
"Er...oui...population évacuée, maintenant svp, laissez-moi travailler"
"Oui, merci, et vous mesdames, vous étiez témoins..."
"Oui, à la tivi..."
"Hein?" demande le reporter
"J'ai tout vu ça à la tivi, pis y m'ont évacuée, regardez la belle maison là-bas, c'est chez-nous, la petite maison de marde à côté, c'est la sienne"
"Quoi?, de quoi tu parles salope? j'ai toujours su..."
Et les deux femmes se sautent au visage l'une de l'autre.
"On...on retourne en studio, Pierre? PIERRE?!"
"Cybole...Merci Voyez, en scrutant le bottin de tous les employés de la station Télé que vous écoutez, nous avons réussi à trouver un employé, Jean-Jean, qui a déjà habité Lac-Mégantic, il est avec nous en studio, Salut Jean-jean."
"Salut Pierre"
"C'est bouleversant"
"Quoi?"
"Ben tout ça, la porte-parole du bureau du coroner entre autre, hot babe..."
"JEAN-JEAN! christ Vous avez donc habité Lac Mégantic?"
"Non, j'y ai passé deux mois en camps de vacances en 1975, mais je m'en souviens pu ben ben..."
"MaIs QuI a?...Tab...Merci Jean-Jean, nous reviendrons nous retournons sur place, je vous rappelle qu'il s'agit d'une émission spéciale sur le drame du Lac Mégantic où nous resterons en ondes sans arrêt jusqu'à ce que la ville renaisse de ces cendres, allons rejoindre X.Plikassion Loush qui se trouve dans le feu, X?"
"Merci Pierre, je suis en compagnie du chef de pompiers, vous travaillez fort en ce moment?"
"Non je vous parle à la tivi, les boyz de mon unité font le travail, de braves pompiers volontaires aussi"
"Er...ok...comment se déroule le travail?"
"On travaille très fort, fait chaud"
"Mais vous ne travaillez pas vous êtes en train de me parler!"
"..."
"..."
"C'est vrai, bye!"
"Euh...oui, j'ai ici aussi Pat Rimwann, politicien connu qui traine dans le secteur, bonjour Pat"
"Bonjour X, Tragédie, horreur, capital humain, difficile, scène de guerre, drame, TRAGÉDIE, misère, capital politique, TRAGÉDIE, Je l'avais tu dis?".
"Merci Pat, vous pouvez continuez votre guidounage plus loins, on sens le pouls, on sent l'horreur, on sent la merde..."
"Oui"
"Pardon?"
"Oui vous sentez la merde, svp, je ne sais pas combien de fois il faudra vous le dire mais quand on vous dit que ce qui est important en ce moment est d'épauler les gens en détresse psychologique, ce qu'il faut lire entre les lignes c'est qu'on a besoin d'espace, et d'air, et pas de mouettes."
"...des mouettes?...mais qui êtes-vous?"
"Une assistante du ministère de la santé"
"Une assistante du?...
Pierre? Pierre? qu'es-ce qu'on fait Pierre? l'hélicoptère? L'HÉLICOPTÈRE? un nouvel angle VITE!!!"
"MERCI X!!! Restez avec nous après la pause on recrée tout l'accident avec des acteurs, des pseudos-spécialistes et du ketchup pour le sang."
Si vous pensez commettre un sérieux crime, c'est le moment, les projecteurs sont ailleurs.
Les stations d'essence ont d'ailleurs commencé depuis hier.
"Il y a des grosses questions sur l'environnement à se poser..."
Oui, lesquelles? soyons plus clairs...
"Nous avons avec nous un habitant de la région, Monsieur vous étiez sur place..."
"Non, j'habite le village voisin"
"Mais vous...mais vous...vous avez senti la vibration le soir du drame..."
"Ouin, j'ai entendu un gros BEDANG! pis là je me suis retourné dans mon litte, pis quand chu descendu je me su' rendu compte que c'était ma femme qui était descendu dans ' cuisine pour manger un morceau de gâteau en cachette pis qu'y avait faites tomber un verre de lait par terre..."
"NOn MaIs...CHRIS...Merci monsieur on retourne en studio! Pierre?!"
"Alors voilà nous continuons dans cette émission spéciale, bien que nous n'ayons pratiquement plus rien de nouveau à vous annoncer, nous continuons jusqu'à plus soif, vous en aurez de l'image sensationnelle, vous aurez aussi de la redite, mais surtout du capital humain, allons rejoindre Voyez Settissi qui est sur place, Voyez?"
"Oui, alors voilà je suis en compagnie de l'assistant du sous-ministre de la santé, on dit qu'il y aurait danger pour la population qui devrait s'abstenir de boire de l'eau?"
"Non pas du tout, on ne dit rien, on ne sait pas, on travaille"
"Vous ne pouvez pas nous dire qu'il y a danger pour la population?"
"Non, nous travaillons là-dessus monsieur, ce que je peux dire c'est qu'il s'agit de pétrole brut léger, les risques de pollution importante de l'air sont donc de beaucoup diminués et la nature devraient éliminer 50% peut-être plus des effets potentiellement nocifs pour la population..."
"ÉVACUÉE...population évacuée par ailleurs..."
"Er...oui...population évacuée, maintenant svp, laissez-moi travailler"
"Oui, merci, et vous mesdames, vous étiez témoins..."
"Oui, à la tivi..."
"Hein?" demande le reporter
"J'ai tout vu ça à la tivi, pis y m'ont évacuée, regardez la belle maison là-bas, c'est chez-nous, la petite maison de marde à côté, c'est la sienne"
"Quoi?, de quoi tu parles salope? j'ai toujours su..."
Et les deux femmes se sautent au visage l'une de l'autre.
"On...on retourne en studio, Pierre? PIERRE?!"
"Cybole...Merci Voyez, en scrutant le bottin de tous les employés de la station Télé que vous écoutez, nous avons réussi à trouver un employé, Jean-Jean, qui a déjà habité Lac-Mégantic, il est avec nous en studio, Salut Jean-jean."
"Salut Pierre"
"C'est bouleversant"
"Quoi?"
"Ben tout ça, la porte-parole du bureau du coroner entre autre, hot babe..."
"JEAN-JEAN! christ Vous avez donc habité Lac Mégantic?"
"Non, j'y ai passé deux mois en camps de vacances en 1975, mais je m'en souviens pu ben ben..."
"MaIs QuI a?...Tab...Merci Jean-Jean, nous reviendrons nous retournons sur place, je vous rappelle qu'il s'agit d'une émission spéciale sur le drame du Lac Mégantic où nous resterons en ondes sans arrêt jusqu'à ce que la ville renaisse de ces cendres, allons rejoindre X.Plikassion Loush qui se trouve dans le feu, X?"
"Merci Pierre, je suis en compagnie du chef de pompiers, vous travaillez fort en ce moment?"
"Non je vous parle à la tivi, les boyz de mon unité font le travail, de braves pompiers volontaires aussi"
"Er...ok...comment se déroule le travail?"
"On travaille très fort, fait chaud"
"Mais vous ne travaillez pas vous êtes en train de me parler!"
"..."
"..."
"C'est vrai, bye!"
"Euh...oui, j'ai ici aussi Pat Rimwann, politicien connu qui traine dans le secteur, bonjour Pat"
"Bonjour X, Tragédie, horreur, capital humain, difficile, scène de guerre, drame, TRAGÉDIE, misère, capital politique, TRAGÉDIE, Je l'avais tu dis?".
"Merci Pat, vous pouvez continuez votre guidounage plus loins, on sens le pouls, on sent l'horreur, on sent la merde..."
"Oui"
"Pardon?"
"Oui vous sentez la merde, svp, je ne sais pas combien de fois il faudra vous le dire mais quand on vous dit que ce qui est important en ce moment est d'épauler les gens en détresse psychologique, ce qu'il faut lire entre les lignes c'est qu'on a besoin d'espace, et d'air, et pas de mouettes."
"...des mouettes?...mais qui êtes-vous?"
"Une assistante du ministère de la santé"
"Une assistante du?...
Pierre? Pierre? qu'es-ce qu'on fait Pierre? l'hélicoptère? L'HÉLICOPTÈRE? un nouvel angle VITE!!!"
"MERCI X!!! Restez avec nous après la pause on recrée tout l'accident avec des acteurs, des pseudos-spécialistes et du ketchup pour le sang."
Si vous pensez commettre un sérieux crime, c'est le moment, les projecteurs sont ailleurs.
Les stations d'essence ont d'ailleurs commencé depuis hier.
mardi 9 juillet 2013
Harmony Korine
Harmony n'est pas pour tout le monde.
Il est né exactement 11 mois après moi en janvier 1973 à Bolinas en Californie. C'est toutefois à Nashville au Tennessee qu'il grandira. Son père est réalisateur de documentaire pour la station PBS et se spécialise dans "les portraits de gens colorés du Sud des États-Unis". Entrainant son fils dans ses expériences documentaires, celui-ci développera une véritable fascination pour les spécimens humains. Rien ne sera toujours complètement normal dans l'univers d'Harmony Korine.
Déménagé à New York afin d'y vivre avec sa grand-mère, il allait y trouver le catalyseur de toutes ses créations. Il fait la découverte du cinéma de Cassavetes, Werner Herzog, Jean-Luc Godard, Fassbinder et surtout Alan Clarke. Il commence négligemment des études mais lâche tout pour une carrière de skateboarder professionnel.
À 19 ans, c'est justement sur le site d'un parc de planche à roulette qu'il fait la rencontre du photographe Larry Clark. Celui-ci lui dit "si tu me ponds un scénario qui parle de skate et qui a aussi une intrigue avec un sidéen, je le tourne en film". Nous sommes au début des années 90, l'attention sur cette maladie est à son zénith.
Korine, qui attendait une telle occasion depuis toujours lui écrit Kids. Un film qui sera aussi aimé qu'haï et lancé en 1995. Un film qui dérangera beaucoup*. Rosario Dawson et Chloé Sévigny y feront leur début au grand écran. Des scènes de viol, de violence physique, de pacte de drogue, d'abus d'alcool, de vol, de séduction de mineurs et un langage et un intérêt sexuel explicite chez les jeunes comédiens adolescents choquent.
Si certains parlent d'un "Wake-up call" sur les ados d'Amérique, d'autres condamnent le réalisateur en le traitant de metteur-en-scène à la limite du prédateur.
Le film allait mettre en contact le jeune scénariste-rouliplanchiste avec le producteur Cary Woods qui aime tant l'énergie de Korine qu'il lui offre un film qu'Harmony scénariserait et tournerait lui-même.
Ce sera Gummo. Le film raconte la vie d'un groupe de gens étranges de l'Ohio suite à une tornade dans les années 70. Le film fait à nouveau scandale, de la torture animale en début de film dégoûte le public. Werner Herzog est épaté par le talent de Korine et lui fera savoir. Gus Van Sant sera aussi si impressionné qu'il offrira une scène à Korine dans Good Will Hunting.
En 1998, Korine tourne avec la plupart des mêmes non-professionnels de Gummo, une appendice de son premier film, un effort de 40 minutes appelé The Diary of Anne Frank Part II. Le film expérimental écoeure tant la critique qu'ils en deviennent agressifs.
Ceci inspire Korine à tourner avec son ami le magicien David Blaine ainsi qu'un un film où Korine provoquerait les gens sur la rue, sans jamais les frapper en premier et avec la condition que ceux-ci soient plus gros et en apparence plus forts que lui. Le projet, d'abord voulu comme un segment de comédie à la Buster Keaton, vire plutôt mal et après seulement 6 chicanes provoquées par Korine, celui-ci mange une telle raclée qu'il abandonne l'idée.
En 1999, Korine lance un film sous les principes du Dogme 95. L'histoire est racontée du point de vue d'un jeune schyzophrène non diagnostiqué et met en vedette Ewen Bremner (Aussi fabuleux dans Transpotting) et un fascinant Werner Herzog. Choquant pour la plupart des amateurs de simple diverstissement, Korine a désormais une signature: peintre du dysfonctionnel.
En 2000, il tourne un vidéo dans le rôle d'O.J. Simpson avec Johnny Depp (un fan) qui lui, joue le rôle de Kato Kaelin.
Un an plus tard, Larry Clark tourne un vieux projet écrit de Korine mais celui-ci, outre le script original, n'y collabore en rien. En 2003, il offre à la télévision un documentaire sur son ami Blaine. Korine collaborera toujours sur les numéros télévisés de Blaine. C'est à cette époque qu'il fait la rencontre de celle qui deviendra sa femme, Rachel, une fille de Nashville.
Son projet Jokes ne voyant pas le jour, il le lance en livre. Un autre projet, l'histoire d'un jeune courseur à dos de cochon et du cochon Pistachio, tombe à l'eau quand un incendie ravage les prémisses du film.
Son troisième long-métrage sera lancé à Cannes en 2008 et mettra en vedette Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant, Anita Pallenberg, David Blaine, Werner Herzog and Mal Whiteley. Un an avant, il était à l'image dans le documentaire d'Aaron Rose et Joshua Leonard.
À l'automne 2009, Korine lance la fiction Trash Humpers mais rafle le grand prix du documentaire (!?!) à Coppenhague. Deux ans plus tard, il tourne deux courts-métrages avant de tourner en Floride son premier film avec des stars.
Selena Gomez, Vanessa Hudgens, James Franco, Ashley Benson et sa femme Rachel Korine sont de l'affiche de Spring Breakers, un film racontant l'incursion de 4 filles dans le monde interlope floridien dans la débauche des semaines de relâche que l'on connait. Un film en apparence d'ados superficiels (en partie assurément) mais qui serait encore du grand Korine. Noir et dysfonctionnel. L'enfant de Scarface et de Britney Spears.
Le film est disponible en DVD aujourd'hui.
*L'impact du film prend une dimension plus dramatique encore quand Justin Pierce se pend 5 ans plus tard et qu'Harold Hunter meurt d'une overdose en 2006.
Il est né exactement 11 mois après moi en janvier 1973 à Bolinas en Californie. C'est toutefois à Nashville au Tennessee qu'il grandira. Son père est réalisateur de documentaire pour la station PBS et se spécialise dans "les portraits de gens colorés du Sud des États-Unis". Entrainant son fils dans ses expériences documentaires, celui-ci développera une véritable fascination pour les spécimens humains. Rien ne sera toujours complètement normal dans l'univers d'Harmony Korine.
Déménagé à New York afin d'y vivre avec sa grand-mère, il allait y trouver le catalyseur de toutes ses créations. Il fait la découverte du cinéma de Cassavetes, Werner Herzog, Jean-Luc Godard, Fassbinder et surtout Alan Clarke. Il commence négligemment des études mais lâche tout pour une carrière de skateboarder professionnel.
À 19 ans, c'est justement sur le site d'un parc de planche à roulette qu'il fait la rencontre du photographe Larry Clark. Celui-ci lui dit "si tu me ponds un scénario qui parle de skate et qui a aussi une intrigue avec un sidéen, je le tourne en film". Nous sommes au début des années 90, l'attention sur cette maladie est à son zénith.
Korine, qui attendait une telle occasion depuis toujours lui écrit Kids. Un film qui sera aussi aimé qu'haï et lancé en 1995. Un film qui dérangera beaucoup*. Rosario Dawson et Chloé Sévigny y feront leur début au grand écran. Des scènes de viol, de violence physique, de pacte de drogue, d'abus d'alcool, de vol, de séduction de mineurs et un langage et un intérêt sexuel explicite chez les jeunes comédiens adolescents choquent.
Si certains parlent d'un "Wake-up call" sur les ados d'Amérique, d'autres condamnent le réalisateur en le traitant de metteur-en-scène à la limite du prédateur.
Le film allait mettre en contact le jeune scénariste-rouliplanchiste avec le producteur Cary Woods qui aime tant l'énergie de Korine qu'il lui offre un film qu'Harmony scénariserait et tournerait lui-même.
Ce sera Gummo. Le film raconte la vie d'un groupe de gens étranges de l'Ohio suite à une tornade dans les années 70. Le film fait à nouveau scandale, de la torture animale en début de film dégoûte le public. Werner Herzog est épaté par le talent de Korine et lui fera savoir. Gus Van Sant sera aussi si impressionné qu'il offrira une scène à Korine dans Good Will Hunting.
En 1998, Korine tourne avec la plupart des mêmes non-professionnels de Gummo, une appendice de son premier film, un effort de 40 minutes appelé The Diary of Anne Frank Part II. Le film expérimental écoeure tant la critique qu'ils en deviennent agressifs.
Ceci inspire Korine à tourner avec son ami le magicien David Blaine ainsi qu'un un film où Korine provoquerait les gens sur la rue, sans jamais les frapper en premier et avec la condition que ceux-ci soient plus gros et en apparence plus forts que lui. Le projet, d'abord voulu comme un segment de comédie à la Buster Keaton, vire plutôt mal et après seulement 6 chicanes provoquées par Korine, celui-ci mange une telle raclée qu'il abandonne l'idée.
En 1999, Korine lance un film sous les principes du Dogme 95. L'histoire est racontée du point de vue d'un jeune schyzophrène non diagnostiqué et met en vedette Ewen Bremner (Aussi fabuleux dans Transpotting) et un fascinant Werner Herzog. Choquant pour la plupart des amateurs de simple diverstissement, Korine a désormais une signature: peintre du dysfonctionnel.
Un an plus tard, Larry Clark tourne un vieux projet écrit de Korine mais celui-ci, outre le script original, n'y collabore en rien. En 2003, il offre à la télévision un documentaire sur son ami Blaine. Korine collaborera toujours sur les numéros télévisés de Blaine. C'est à cette époque qu'il fait la rencontre de celle qui deviendra sa femme, Rachel, une fille de Nashville.
Son projet Jokes ne voyant pas le jour, il le lance en livre. Un autre projet, l'histoire d'un jeune courseur à dos de cochon et du cochon Pistachio, tombe à l'eau quand un incendie ravage les prémisses du film.
Son troisième long-métrage sera lancé à Cannes en 2008 et mettra en vedette Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant, Anita Pallenberg, David Blaine, Werner Herzog and Mal Whiteley. Un an avant, il était à l'image dans le documentaire d'Aaron Rose et Joshua Leonard.
À l'automne 2009, Korine lance la fiction Trash Humpers mais rafle le grand prix du documentaire (!?!) à Coppenhague. Deux ans plus tard, il tourne deux courts-métrages avant de tourner en Floride son premier film avec des stars.
Selena Gomez, Vanessa Hudgens, James Franco, Ashley Benson et sa femme Rachel Korine sont de l'affiche de Spring Breakers, un film racontant l'incursion de 4 filles dans le monde interlope floridien dans la débauche des semaines de relâche que l'on connait. Un film en apparence d'ados superficiels (en partie assurément) mais qui serait encore du grand Korine. Noir et dysfonctionnel. L'enfant de Scarface et de Britney Spears.
Le film est disponible en DVD aujourd'hui.
*L'impact du film prend une dimension plus dramatique encore quand Justin Pierce se pend 5 ans plus tard et qu'Harold Hunter meurt d'une overdose en 2006.
lundi 8 juillet 2013
Le Cardinal et le Bouledogue
Je me rendais à la bibli entre deux lectures. J'ai d'abord été attiré par le nom de l'auteur qui est aussi le nom d'un de mes amis: Frédéric Gagnon. Un gars de Québec en plus, comme mon chummey.
Malgré la couverture plus ou moins ratée des éditions de la grenouille bleue, j'ai pris le livre dans mes mains, Nirvana Blues, j'aimais le titre aussi, un oxymore est toujours agréable, et en ai lu la jacquette ne serais-ce que pour voir si l'auteur était cet ami à moi, de la même ville, portant le même nom.
Non. Celui-là a une drôle de bouille ronde avec l'arcade sourcillière qui tire vers le regard bridé et l'aspect bouledogue sympathique. Un peu la tête à Jack Nance.
En lisant comment il se présentait je lisais ceci: Parmi ses influences, on compte des films: Taxi Driver de Scorsese, Lost Highway de David Lynch...
(...)
Là, je suis devenu soudainement troublé. Il se trouvait que la veille j'avais écouté Lost Highway et que l'avant-veille, j'avais écouté Taxi Driver... Fameux hasard quand même. Nous sommes en 2013 et voilà que je rejoins un auteur (ou l'inverse) que je ne connais en rien avec deux films de 1976 et de 1997 respectivement. Drôle de hasard.
Comme on poursuivait sur la jaquette arrière avec des influences qui sont aussi un peu les miennes (Bergman, Faulkner, Baudelaire...) je suis donc parti avec le livre. Troublé toujours.
Son livre raconte l'histoire, la sienne je crois, d'un homme suspendu hors de sa vie, privé du monde le jour où son amour le quitte. Il a raison le Fred, l'homme est un oeil. Et le sien est perçant. Voilà un Travis Bickle du 418 doté d'une spectrale écriture.
Mais ce qui m'a troublé encore davantage c'est qu'à la radio, le lendemain en plein heure du diner, à la Radio de Radio-Canada, on s'entretenait avec...Frédéric Gagnon! Sauf que celui-là, c'était le directeur de l'observatoire sur les États-Unis de l'UQAM.
Utterly Strange disent les infortunés de la langue...
Mais Frédéric Gagnon n'est pas un nom extrêmement rare au Québec alors ces drôles de hasard ont vite échappé à mon imagination. Ce qui m'a bouleversé (encore) c'est le retour de ce cardinal.
Je vous en ai déjà parlé, il y a un cardinal, un très joli petit oiseau rouge, qui se pointe souvent chez nous en période de grand stress. Été comme hiver. Weird. On se plait à dire qu'il s'agit de mon père réincarné qui vient nous siffler d'un air très fier que tout ira bien. C'est amusant parce que c'est toujours le cas. Quand il se pointe, nous sommes en grand bouleversement.
La dernière fois, c'était à propos de la piscine dont la toile n'arriverait qu'à l'aube de la Saint-Jean Baptiste. Une toile qui devait arriver à la troisième semaine de mai.
On s'amuse de l'idée du cardinal parce que quiconque connaissait mon père ne l'aurait jamais comparé à un cardinal. À un tigre ou un puma, un animal fonceur peut-être. Un gracieux volatile qui sifflote en huit comme une rivière coule au printemps? PFF! non. Mon père chantait du nez et comme une casserole.
Mais c'est con, le cardinal fait toujours, TOUJOURS, ses apparitions à des moments ou on a besoin d'être rassuré. Et étrangement, par orgueil assurément, je n'aurais pas appelé de son vivant mon père pour être rassuré/conseillé/guidé. Le jour de la pose de la toile on ne le voyait pas mais on l'entendait chanter clairement. Tout ira bien, tout ira bien...La belle et moi on se regardait par en-dessous comme pour se dire "franchement...devrions-nous y croire?"
Parce que ce chant de cardinal fonctionne. Notre souffle coupé par le stress reprend de l'air et nous fait rire.
Et on décompresse.
J'ai lu le livre de Gagnon en 24 heures. Ça se lit tout seul comme on se laisse guider par un chauffeur de taxi dans la nuit.
On évoque les outardes, les cailles, les grandes oies errantes, le cygne, le repaire des oiseaux, les oiseaux aux ailes plus vastes que les horizons, surtout les oiseaux désorientés de terres inconnues. Mais j'ai lu jusqu'à la fin et on n'y parle pas de cardinal.
Mais mon esprit n'était plus troublé par les mouvements erratiques de l'angoisse non plus.
Le cardinal resurgirait un autre tantôt.
Malgré la couverture plus ou moins ratée des éditions de la grenouille bleue, j'ai pris le livre dans mes mains, Nirvana Blues, j'aimais le titre aussi, un oxymore est toujours agréable, et en ai lu la jacquette ne serais-ce que pour voir si l'auteur était cet ami à moi, de la même ville, portant le même nom.
Non. Celui-là a une drôle de bouille ronde avec l'arcade sourcillière qui tire vers le regard bridé et l'aspect bouledogue sympathique. Un peu la tête à Jack Nance.
En lisant comment il se présentait je lisais ceci: Parmi ses influences, on compte des films: Taxi Driver de Scorsese, Lost Highway de David Lynch...
(...)
Là, je suis devenu soudainement troublé. Il se trouvait que la veille j'avais écouté Lost Highway et que l'avant-veille, j'avais écouté Taxi Driver... Fameux hasard quand même. Nous sommes en 2013 et voilà que je rejoins un auteur (ou l'inverse) que je ne connais en rien avec deux films de 1976 et de 1997 respectivement. Drôle de hasard.
Comme on poursuivait sur la jaquette arrière avec des influences qui sont aussi un peu les miennes (Bergman, Faulkner, Baudelaire...) je suis donc parti avec le livre. Troublé toujours.
Son livre raconte l'histoire, la sienne je crois, d'un homme suspendu hors de sa vie, privé du monde le jour où son amour le quitte. Il a raison le Fred, l'homme est un oeil. Et le sien est perçant. Voilà un Travis Bickle du 418 doté d'une spectrale écriture.
Mais ce qui m'a troublé encore davantage c'est qu'à la radio, le lendemain en plein heure du diner, à la Radio de Radio-Canada, on s'entretenait avec...Frédéric Gagnon! Sauf que celui-là, c'était le directeur de l'observatoire sur les États-Unis de l'UQAM.
Utterly Strange disent les infortunés de la langue...
Mais Frédéric Gagnon n'est pas un nom extrêmement rare au Québec alors ces drôles de hasard ont vite échappé à mon imagination. Ce qui m'a bouleversé (encore) c'est le retour de ce cardinal.
Je vous en ai déjà parlé, il y a un cardinal, un très joli petit oiseau rouge, qui se pointe souvent chez nous en période de grand stress. Été comme hiver. Weird. On se plait à dire qu'il s'agit de mon père réincarné qui vient nous siffler d'un air très fier que tout ira bien. C'est amusant parce que c'est toujours le cas. Quand il se pointe, nous sommes en grand bouleversement.
La dernière fois, c'était à propos de la piscine dont la toile n'arriverait qu'à l'aube de la Saint-Jean Baptiste. Une toile qui devait arriver à la troisième semaine de mai.
On s'amuse de l'idée du cardinal parce que quiconque connaissait mon père ne l'aurait jamais comparé à un cardinal. À un tigre ou un puma, un animal fonceur peut-être. Un gracieux volatile qui sifflote en huit comme une rivière coule au printemps? PFF! non. Mon père chantait du nez et comme une casserole.
Mais c'est con, le cardinal fait toujours, TOUJOURS, ses apparitions à des moments ou on a besoin d'être rassuré. Et étrangement, par orgueil assurément, je n'aurais pas appelé de son vivant mon père pour être rassuré/conseillé/guidé. Le jour de la pose de la toile on ne le voyait pas mais on l'entendait chanter clairement. Tout ira bien, tout ira bien...La belle et moi on se regardait par en-dessous comme pour se dire "franchement...devrions-nous y croire?"
Parce que ce chant de cardinal fonctionne. Notre souffle coupé par le stress reprend de l'air et nous fait rire.
Et on décompresse.
J'ai lu le livre de Gagnon en 24 heures. Ça se lit tout seul comme on se laisse guider par un chauffeur de taxi dans la nuit.
On évoque les outardes, les cailles, les grandes oies errantes, le cygne, le repaire des oiseaux, les oiseaux aux ailes plus vastes que les horizons, surtout les oiseaux désorientés de terres inconnues. Mais j'ai lu jusqu'à la fin et on n'y parle pas de cardinal.
Mais mon esprit n'était plus troublé par les mouvements erratiques de l'angoisse non plus.
Le cardinal resurgirait un autre tantôt.
dimanche 7 juillet 2013
Le Train Fantôme
Température 30-33 degrés Celsius.
La nuit.
Avec le facteur humidex, on en ressent à peu près 40.
Cuba en Québec.
Ce ne sont pas tous les villageois qui ont le luxe de posséder une piscine. Aussi bien aller boire une bière sur la terrasse à Yannick. Y a toujours plein de monde sur la terrase à Yannick. Il fait si bon, la nuit, l'été, entre amis de se couler de la bonne bière au fond de la gorge entre amis. Quoi de plus normal, un vendredi que de prendre une bière en plein air, en totale collégialité. Avec toute la legereté que l'été commande. Il y avait deux anniversaires ce soir-là. Un soir parfait pour les chansonniers Yvon et Guy. Yvon est parti griller une cigarette, Guy est resté en dedans.
Le feu qui allait sauver le premier, bientôt celui qui perdrait l'autre.
Entre 6000 villageois, tout le monde se connaît. Il n'est pas donc jamais rare de voir François ou de rencontrer Magalie. Certains, ce vendredi-là, flirtaient peut-être. L'innocence planait comme il se doit, un vendredi soir d'été dans la région des Appalaches. Il faisait si humide qu'on pouvait s'attendre à reçevoir une petite pluie. Ça n'aurait fait que du bien aux citadins du Centre-Ville de se faire mouiller un peu les chevilles.
On pouvait s'attendre à une fin de nuit tranquille au Lac Mégantic. On pouvait espérer une partie de jambes en l'air avec des conquêtes ravie au grand air. On pouvait espérer simplement dormir bientôt. Certains dormaient d'ailleurs à cette heure. Des hommes, des femmes, des enfants dans les bras de Morphée roupillaient tranquillement dans les logements. Ils rêvaient peut-être. On pouvait s'attendre à bien des choses un vendredi devenu samedi à 1h00 du matin.
Mais pas à un train fou fonçant de plein fouet pour exploser là où il l'a fait, en plein coeur de la détente molle de gens savourant l'été.
C'est la mort qui a explosé.
Pour rien.
Gratuitement.
Ce sera le sixième du village qui sera évacué. Le reste tétanisé, dévasté, traumatisé.
Ce seront une soixantaine de disparus qui feront flancher les nerfs de leurs proches.
C'est la journée la plus triste de l'histoire du Lac Mégantic.
Pas de chauffeur dans le train. Un train transportant du pétrole brut. Comme une métaphore de mauvais goût qui voudrait nous dire que le pétrole tue.
On n'avait pas besoin de preuve.
Le train roulait sur une sorte de pilote automatique contrôlé à distance. À très (trop)vive allure. Il a déraillé pour aller assassiner de l'innocent au Centre-Ville du Lac Mégantic. Ce train fantôme ne comprenait aucun passager. Trop occupé à faucher des âmes comme dans un mauvais roman de Stephen King.
Ce train assassin ne contenait aucun passager, pas même un pilote. Il a en revanche fauché des âmes ce convoi qui multipliait les boules de feu. La machine est hantée.
Le premier drame est de ne pas savoir. Le second...
Été hanté dans les Appalaches.
Le nom du village porte le nom Abénaqui qui signifie "Lieu où se tient les poissons".
Nous sommes effectivement peut-être tous un peu naifs de croire ainsi en la machine.
Un train a sifflé au loin en écrivant ceci. Par solidarité je présume. J'ai eu un frisson.
Nos pensées vont aux gens éplorés par l'absurde tragédie dans cette ville qui flambe toujours.
La nuit.
Avec le facteur humidex, on en ressent à peu près 40.
Cuba en Québec.
Ce ne sont pas tous les villageois qui ont le luxe de posséder une piscine. Aussi bien aller boire une bière sur la terrasse à Yannick. Y a toujours plein de monde sur la terrase à Yannick. Il fait si bon, la nuit, l'été, entre amis de se couler de la bonne bière au fond de la gorge entre amis. Quoi de plus normal, un vendredi que de prendre une bière en plein air, en totale collégialité. Avec toute la legereté que l'été commande. Il y avait deux anniversaires ce soir-là. Un soir parfait pour les chansonniers Yvon et Guy. Yvon est parti griller une cigarette, Guy est resté en dedans.
Le feu qui allait sauver le premier, bientôt celui qui perdrait l'autre.
Entre 6000 villageois, tout le monde se connaît. Il n'est pas donc jamais rare de voir François ou de rencontrer Magalie. Certains, ce vendredi-là, flirtaient peut-être. L'innocence planait comme il se doit, un vendredi soir d'été dans la région des Appalaches. Il faisait si humide qu'on pouvait s'attendre à reçevoir une petite pluie. Ça n'aurait fait que du bien aux citadins du Centre-Ville de se faire mouiller un peu les chevilles.
On pouvait s'attendre à une fin de nuit tranquille au Lac Mégantic. On pouvait espérer une partie de jambes en l'air avec des conquêtes ravie au grand air. On pouvait espérer simplement dormir bientôt. Certains dormaient d'ailleurs à cette heure. Des hommes, des femmes, des enfants dans les bras de Morphée roupillaient tranquillement dans les logements. Ils rêvaient peut-être. On pouvait s'attendre à bien des choses un vendredi devenu samedi à 1h00 du matin.
Mais pas à un train fou fonçant de plein fouet pour exploser là où il l'a fait, en plein coeur de la détente molle de gens savourant l'été.
C'est la mort qui a explosé.
Pour rien.
Gratuitement.
Ce sera le sixième du village qui sera évacué. Le reste tétanisé, dévasté, traumatisé.
Ce seront une soixantaine de disparus qui feront flancher les nerfs de leurs proches.
C'est la journée la plus triste de l'histoire du Lac Mégantic.
Pas de chauffeur dans le train. Un train transportant du pétrole brut. Comme une métaphore de mauvais goût qui voudrait nous dire que le pétrole tue.
On n'avait pas besoin de preuve.
Le train roulait sur une sorte de pilote automatique contrôlé à distance. À très (trop)vive allure. Il a déraillé pour aller assassiner de l'innocent au Centre-Ville du Lac Mégantic. Ce train fantôme ne comprenait aucun passager. Trop occupé à faucher des âmes comme dans un mauvais roman de Stephen King.
Ce train assassin ne contenait aucun passager, pas même un pilote. Il a en revanche fauché des âmes ce convoi qui multipliait les boules de feu. La machine est hantée.
Le premier drame est de ne pas savoir. Le second...
Été hanté dans les Appalaches.
Le nom du village porte le nom Abénaqui qui signifie "Lieu où se tient les poissons".
Nous sommes effectivement peut-être tous un peu naifs de croire ainsi en la machine.
Un train a sifflé au loin en écrivant ceci. Par solidarité je présume. J'ai eu un frisson.
Nos pensées vont aux gens éplorés par l'absurde tragédie dans cette ville qui flambe toujours.
samedi 6 juillet 2013
Juillet 1956-57
Un ex-camionneur de Memphis, Tennessee, âgé de 21 ans, aux cheveux teints en noir et à la moue du bébé boudeur change le monde.
Elvis Presley fait plus qu'actionner le mécanisme déclencheur du fantasme collectif féminin; il libére du même coup la tension accumulée à l'intérieur des jeunes hommes ne disposant plus de conflit mondial pour brûler leur testostérone. En Elvis étaient réunis un Valentino doté d'une voix, un Sinatra disposant de plus de pouvoir encore sur les vessies des jeunes filles, un James Dean en gros plan plus sidérant encore que tous ceux que pouvaient inventer Hollywood, bref un héros Rock'n roll à l'allure aussi glorieusement perturbatrice que sa voix.
La drôle de guerre entre les hips et les squares était terminée, Holden Caulfield pouvait cesser d'errer: le bombardement sans merci venait tout juste de commencer.
Une business était née.
Pour la majorité du monde entier le simple nom de l'artiste était aussi incompréhensible que s'il venait de débarquer de Mars. Bill Haley avait au moins un nom qu'on pouvait prêter à d'autres. Tout le monde connaissait un Bill ou un Haley, mais Elvis Presley? Voilà un bien étrange assortiment de syllabes à placer dans une conversation. Plus encore que DiMaggio, Efrem Zimbalist Jr ou Liberace dont certains journaux se croyaient obligés d'épeler phonétiquement (Lee-ber-ach-ee). Les commentateurs étaient tout aussi intrigués par le fait que Presley effectuait ses acrobaties tout en jouant (ou en ayant l'air de jouer) en même temps de la guitare accrochée à son cou. En Amérique, la guitare était un instrument important pour le country ou le blues mais ailleurs dans le monde, la guitare était reléguée loin derrière, comme le plus anonyme des instruments de musique.
Quand les gens ont pour la première fois entendu Heartbreak Hotel, tout l'édifice de rumeurs et de ridicule que les médias avaient érigés autour de Presley s'est effondré. Tout était dans l'intro de la chanson, ce cri angoissé et bourré d'écho énoncant la rupture sentimentale Well since my baby left me... et auquel répondaient les doubles attaques d'une guitare électrique suraiguë. Ce n'était ni une ballade, ni du rock'n roll, c'était en fait du blues dont Robert Johnson et Blind Lemon Jefferson auraient reconnu la structure. Mais alors que le blues traite de sujets adultes, voilà que ce démon du sud des États-Unis s'adresse directement à la première des émotions adolescentes: le mélodramatique apitoiement sur soi. Pour la première fois, n'importe quel adolescent boutonneux plaqué par son amoureuse, pour quelque raison que ce soit, pouvait désormais aspirer à ce refuge métaphorique pour amoureux au coeur brisé, là-bas tout au bout de la rue de la Solitude.
Loin du manque de sens écervelé que les critiques de Presley l'avaient accusé de colporter, les paroles étaient assez claires et habiles pour être disséquées par les jeunes avec leur métaphore de l'Hôtel et de ce groom dont les larmes ne cessent de couler ainsi qu'avec ce concierge vêtu de noir. L'arrangement possèdait la simplicité viscérale d'un blues interprété en public au petit matin, avec sa basse qui fait taper du pied, son agressif piano de bordel et ses rugueux accords minimalistes de guitare évoquant le style bottleneck des bluesmen du delta.
Ces riffs sont toujours efficaces aujourd'hui, après 10 000 écoutes; pour un adolescent de 1956 qui n'avait jamais entendu utiliser une guitare à la manière d'une arme offensive, ils étaient tout bonnement stupéfiants, voire tétanisant. Aucune sonorité n'avait jamais été et ne serait plus jamais aussi parfaitement en accord avec des hormones en folie.
Il y aurait Blue Suede Shoes peu de temps après puis I Want You, I Need You, I Love You, puis Hound Dog et Jailhouse Rock qui viendraient confirmer la légende en devenir. L'année suivante, ce serait Love Me Tender et sa plus merveilleuse à mon humble avis, Blue Moon, pour attendrir l'ensemble et rendre tout ça réèl pour tout le monde, clouant le bec à tout ceux qui parlaient de plaisir éphémère.
L'été suivant, celui de 1957, des milliers de jeunes hommes se montaient des bands comme celui de Gene Vincent et posaient au micro se prenant pour Elvis.
Parmi eux, un grand myope de 17 ans de Liverpool en Angleterre à la chemise à carreaux, leader d'un band plus ou moins affranchi qui débutait sur scène, faisait la rencontre d'un grassouillet joueur de guitare gaucher au festival de St-Peter's à Woolton qui lui jouerait sur une guitare de droitier un difficile morceau d'Eddie Cochran appris quelques jours plus tôt à l'oreille. Il la chanterait en même temps ce qui impresssionerait beaucoup le grand de 17 ans. Le petit en avait 15. Celui-ci présentera au grand myope à son tour et un peu plus tard, un fou de la guitare de 14 ans.
"Je les prends dans mon band, ils sont franchement trop bons, mais il faudra que je les ai à l'oeil, ceux-là" pensera le myope.
Eux aussi réinventeraient l'espace sonore et physique pour toujours.
John & Paul se rencontraient aujourd'hui, pour notre plus grand plaisir, il y a 56 ans.
Merci la vie pour ces 12 mois parsemés de génies qui auront changé la musique à jamais.
Elvis Presley fait plus qu'actionner le mécanisme déclencheur du fantasme collectif féminin; il libére du même coup la tension accumulée à l'intérieur des jeunes hommes ne disposant plus de conflit mondial pour brûler leur testostérone. En Elvis étaient réunis un Valentino doté d'une voix, un Sinatra disposant de plus de pouvoir encore sur les vessies des jeunes filles, un James Dean en gros plan plus sidérant encore que tous ceux que pouvaient inventer Hollywood, bref un héros Rock'n roll à l'allure aussi glorieusement perturbatrice que sa voix.
La drôle de guerre entre les hips et les squares était terminée, Holden Caulfield pouvait cesser d'errer: le bombardement sans merci venait tout juste de commencer.
Une business était née.
Pour la majorité du monde entier le simple nom de l'artiste était aussi incompréhensible que s'il venait de débarquer de Mars. Bill Haley avait au moins un nom qu'on pouvait prêter à d'autres. Tout le monde connaissait un Bill ou un Haley, mais Elvis Presley? Voilà un bien étrange assortiment de syllabes à placer dans une conversation. Plus encore que DiMaggio, Efrem Zimbalist Jr ou Liberace dont certains journaux se croyaient obligés d'épeler phonétiquement (Lee-ber-ach-ee). Les commentateurs étaient tout aussi intrigués par le fait que Presley effectuait ses acrobaties tout en jouant (ou en ayant l'air de jouer) en même temps de la guitare accrochée à son cou. En Amérique, la guitare était un instrument important pour le country ou le blues mais ailleurs dans le monde, la guitare était reléguée loin derrière, comme le plus anonyme des instruments de musique.
Quand les gens ont pour la première fois entendu Heartbreak Hotel, tout l'édifice de rumeurs et de ridicule que les médias avaient érigés autour de Presley s'est effondré. Tout était dans l'intro de la chanson, ce cri angoissé et bourré d'écho énoncant la rupture sentimentale Well since my baby left me... et auquel répondaient les doubles attaques d'une guitare électrique suraiguë. Ce n'était ni une ballade, ni du rock'n roll, c'était en fait du blues dont Robert Johnson et Blind Lemon Jefferson auraient reconnu la structure. Mais alors que le blues traite de sujets adultes, voilà que ce démon du sud des États-Unis s'adresse directement à la première des émotions adolescentes: le mélodramatique apitoiement sur soi. Pour la première fois, n'importe quel adolescent boutonneux plaqué par son amoureuse, pour quelque raison que ce soit, pouvait désormais aspirer à ce refuge métaphorique pour amoureux au coeur brisé, là-bas tout au bout de la rue de la Solitude.
Loin du manque de sens écervelé que les critiques de Presley l'avaient accusé de colporter, les paroles étaient assez claires et habiles pour être disséquées par les jeunes avec leur métaphore de l'Hôtel et de ce groom dont les larmes ne cessent de couler ainsi qu'avec ce concierge vêtu de noir. L'arrangement possèdait la simplicité viscérale d'un blues interprété en public au petit matin, avec sa basse qui fait taper du pied, son agressif piano de bordel et ses rugueux accords minimalistes de guitare évoquant le style bottleneck des bluesmen du delta.
Ces riffs sont toujours efficaces aujourd'hui, après 10 000 écoutes; pour un adolescent de 1956 qui n'avait jamais entendu utiliser une guitare à la manière d'une arme offensive, ils étaient tout bonnement stupéfiants, voire tétanisant. Aucune sonorité n'avait jamais été et ne serait plus jamais aussi parfaitement en accord avec des hormones en folie.
Il y aurait Blue Suede Shoes peu de temps après puis I Want You, I Need You, I Love You, puis Hound Dog et Jailhouse Rock qui viendraient confirmer la légende en devenir. L'année suivante, ce serait Love Me Tender et sa plus merveilleuse à mon humble avis, Blue Moon, pour attendrir l'ensemble et rendre tout ça réèl pour tout le monde, clouant le bec à tout ceux qui parlaient de plaisir éphémère.
L'été suivant, celui de 1957, des milliers de jeunes hommes se montaient des bands comme celui de Gene Vincent et posaient au micro se prenant pour Elvis.
Parmi eux, un grand myope de 17 ans de Liverpool en Angleterre à la chemise à carreaux, leader d'un band plus ou moins affranchi qui débutait sur scène, faisait la rencontre d'un grassouillet joueur de guitare gaucher au festival de St-Peter's à Woolton qui lui jouerait sur une guitare de droitier un difficile morceau d'Eddie Cochran appris quelques jours plus tôt à l'oreille. Il la chanterait en même temps ce qui impresssionerait beaucoup le grand de 17 ans. Le petit en avait 15. Celui-ci présentera au grand myope à son tour et un peu plus tard, un fou de la guitare de 14 ans.
"Je les prends dans mon band, ils sont franchement trop bons, mais il faudra que je les ai à l'oeil, ceux-là" pensera le myope.
Eux aussi réinventeraient l'espace sonore et physique pour toujours.
John & Paul se rencontraient aujourd'hui, pour notre plus grand plaisir, il y a 56 ans.
Merci la vie pour ces 12 mois parsemés de génies qui auront changé la musique à jamais.
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