Stanley Kubrick était très intelligent, mais aussi très secret.
Il ne sera jamais clair si il était secret par choix ou si on l'avait forcé de se taire sur certains sujets.
Si vous avez vu le dernier film de Kubrick, film auquel il n'a pas survécu et qu'il jugeait son plus accompli. peut-être que les observations des trois derniers jours mettront en lumière différemment un film dont vous n'aviez peut-être pas compris toute les subtilités.
Eyes Wide Shut mettait vedette le couple de l'heure en 1999 : Tom Cruise & Nicole Kidman. C'est aussi tout ce qui se déroulait autour de ces deux êtres au quotidien que racontait l'histoire de Kubrick. Le souci maladif du détail de Kubrick, son symbolisme, trop évident pour ne pas être volontaire, donne une toute autre dimension à ce film qui ne peut être compris...si on garde nos yeux bien fermés...
Dernière partie de trois chroniques sur ce qui est caché, mais pas complètement, dans Eyes Wide Shut.
La montée du Kundalini:
Le Concept de magie au travers de forces transférées a comme origine de très anciennes pratiques rituelles. Ses traces peuvent être situées dans l'hindouisme, le taoisme et dans les sociétés secrètes médiévales comme l'Ordo Templi Orientis d'Alisteir Crowley.
Le principe de base est simple, on prétend qu'en provoquant la montée du Kundalini, ce qui veut dire la montée d'une force énergétique importante, cette énergie pourrait donner des pouvoirs magiques.
La magie noire de nos jours exigent dans sa logique tordue, qu'une vie soit sacrifiée afin d'en soutirer l'énergie vitale et se l'approprier. Le logo représentant cette magie tantrique n'est pas sans rappeler la tête choisie par Marie-Hélène de Rothschilds en 1972 pour sa soirée tel que présentée hier.
Tout ça n'est pas directement évoqué dans Eyes Wide Shut. Kubrick a toutefois dessiné son film comme un entier rituel. Une quête spirituelle et sexuelle de Bill de 159 minutes.
Alors que le film semble à propos de la sexualité, personne à aucun moment ne semble atteindre l'orgasme. Bill, bien que face à de multiples chances de faire l'amour, ne se compromet jamais, et gère ses envies sexuelles avec retenue. Même quand il flirte très fortement avec la co-loc de Domino. Ceci est au coeur des principes de la magie tantrique. Plus le film avance, plus il revisite le fantasme d'Alice mentalement. Ce fantasme est progressif, de simples baisers, quelques attouchements, fornication imaginée tardivement dans le film par Bill. Seulement quand il est "chargé" sexuellement. Au point de vouloir faire l'amour à une parfaite étrangère (la co-loc, rousse, on y reviendra à cette couleur) qu'il vient tout juste de rencontrer.
La toute dernière ligne du film met un terme à cette construction d'excitation sexuelle qui s'est chargée pendant 1 heure 58 et 30 secondes:
Alice: "I do love you. And you know, there is something that we need to do as soon as possible"
Bill: "What's that?"
Alice: "Fuck"
Finir sur une telle note suggère une montée en intensité sexuelle qui aura frayé avec le plaisir et la douleur, l'attirance et la répulsion, la gloire et l'humiliation, la vie et la mort, avant de culminer dans un orgasme chargé de magie, le but d'Alisteir Crowley dans sa magie pratiquée.
Freud parlait d'ERos et de Thetanos. Eros étant l'amour, la sexualité et la vie, Thétanos l'instinct d'agression, de cassure et de mort. Eros visant la reproduction de l'espèce et Thétanos sa destruction ultime. Chaque rencontre féminine de Bill dans le film présente Eros et Thetanos.
Quand Bill rencontre des patients dont un proche vient tout juste de s'éteindre, la femme endeuillée embrasse Bill en lui confessant secrètement avec fragilité qu'elle "l'aime" de manière inappropriée. Eros. Son mari est tout juste à côté. Thetanos. Pas de luxure possible pour Bill.
Chaque fois que Bill est en contact avec les abjects abus physiques (comme la prostitution ou l'esclavage), il en découvre le côté sombre aussitôt. Par exemple quand le propriétaire russe du magasins de masque et costume Rainbow est tout d'abord outré de découvrir sa fille avec deux asiatiques, puis change d'attitude et est prêt à "louer" sa fille. mineure, à Bill si il le désire. Comme une esclave Beta de l'autre côté de l'arc-en-ciel.
Bill fait continuellement face à la primitivité du désir, aussitôt déconstruite par les barrières sociales qui nous entourent. Il n'y a rien de plus naturel que d'avoir des pulsions sexuelles, même les animaux, qui ne gèrent pas leur cerveau comme nous, en sont porteurs, mais notre monde moderne et complexe a fait naître des fétiches, des distorsions, des déviations, des jeux malsains et des perversions venues trafiquer le besoin premier qui était de procréer et de se faire du bien (ou les deux). L'obsession est devenue parfois malsaine.
Alors que Bill erre de rencontre en rencontre, il semble il y avoir un point commun...
La femMe aux cheveux roux:
Les 4 femmes les plus importantes rencontrées par Bill dans le film sont sa femme Alice, sa fille Helena, Amanda Curran, l'esclave Beta sacrifiée au rituel et qui avait failli overdoser dans la salle de bain de Ziegler et la prostituée Domino. Elles sont rousses.
Alice est une respectable femme de milieu privilégié, elle a un côté largement superficiel dans une relation qui semble sans amour. Comme une prostituée avec son client. En revanche, le temps que passe Bill avec la vraie prostituée, Domino, est tendre, simple, pratiquement "cute", comme les échanges que l'on a entre amoureux. Mari et femmes. Alice n'est donc pas complètement différente de Domino et vice-versa.
Amanda est aussi liée à Alice. (A & A). Bien qu'Alice n'était probablement pas au rituel du manoir, elle se réveille le lendemain en racontant son rêve qui se trouve à être ce qu'Amanda a probablement vécu cette même nuit... Le masque se trouve à quelques pouces d'elle quand Bill revient au lit. Y était-elle? Sait-elle ce qui s'est passé? Est-ce un avertissement de la société secrète? Nous ne le saurons jamais, on y reviendra pas dans le film. Mais Alice a "connecté" avec Amanda en rêve cette même nuit.
Vous savez ce qu'est aussi un domino?
Ce masque ici à gauche. Domino était-elle aussi au rituel? Quand Bill veut la revoir, sa co-locataire lui dit qu'elle était porteuse du VIH et qu'elle ne reviendra peut-être jamais à l'appartement. Une autre fatalité post-rituel? Nick Nightingale disparaît aussi.
Mais restons avec les femmes. Comme elles sont toutes reliées ensemble par quelque chose (Helena par le sang avec sa mère), l'exploration de Bill durant le film est une exploration du principe féminin dans son entièreté.
Kubrick s'interrogeait aussi sur sa propre femme et sur sa propre fille.
Toutes deux rousses.
Helena:
Il existe des liens unissant aussi Helena, la fille de Bill & Alice à Domino, la pute. Il y a une poussette devant l'appartement de Domino et dans le magasin à la toute fin, Helena se montre très intéressée par une poussette et le montre à sa mère.
De plus, le symbole de l'esclave Beta est le tigre. Googlez beta slave logo dans google images vous tomberez sur du tigre ou du tigré partout. Sur le lit de Domino se trouve un tigre en toutou (voir photo plus haut). Dans la dernière scène au magasin, une rangée complète de tigres en toutou sont très visibles.
Tout aussi visible et étrange sont les deux hommes derrière. Ces deux figurants, on les retrouve au party de Ziegler en début de film. New York est-il si petit? Kubrick était à cours de figurants? Naaaaah! trop perfectionniste le Stan. Pourraient-ils être chargés de suivre Bill et sa famille par la société secrète? Quand les deux hommes quittent la scène, Helena semble les suivre. On ne la verra plus du film. Kubrick a perdu sa fille aux mains de la secte de l'Église de scientologie. Bill & Alice sont trop absorbés par eux-même et ne réalisent pas qu'elle n'y est plus. On zoom sur leur face à face et le film se terminera abruptement sans que l'on sache si, peut-être, Helena est perdue.
Si seulement elle est perdue.
(Il faut aussi prendre quelques passage à la légère)
Les films de Kubrick ne sont jamais ce qu'ils semblent être, Eyes Wide Shut transcende l'histoire personnelle et devient un commentaire sur notre époque. La position transitionnelle entre le 20ème et le 21ème siècle n'était pas non plus anodine. Kubrick nous as raconté dans son tout dernier film l'histoire d'un homme confus cherchant désespérément à combler ses besoins instinctifs dans une société déracinée et corrompue par des forces cachées où la simple humanité a été fétichisée, dévaluée, pervertie et exploitée au point que le désir en a perdu sa beauté. Au sommet de ce nouveau monde, une société secrète détachée du monde réel.
Berlusconi, Ben Ali, DSK, Mosley, Kirchner, Arbaca, etc.
Kubrick nous racontait l'histoire d'un homme qui semble tout avoir, mais qui a un vide à combler. Il ne se sentira pleinement accompli que lorsqu'il n'aura fait qu'un avec le sexe féminin. À ce moment, le principe chimique ésotérique et tantrique sera total. C'est ce qu'il nous communiquait dans la fin de son film, dans cet échange entre deux êtres relativement égocentriques et superficiels,
Notre monde en général préfère garder les yeux bien fermés sur ces choses.
Stanley est soudainement décédé 5 jours après avoir complété le montage final de son film.
Les yeux bien fermés.
jeudi 9 avril 2015
mercredi 8 avril 2015
Ce Que Eyes Wide Shut Nous Cache (et Nous Révele Peut-Être Aussi) -Seconde Partie
Stanley Kubrick était très intelligent, mais aussi très secret.
Il ne sera jamais clair si il était secret par choix ou si on l'avait forcé de se taire sur certains sujets.
Si vous avez vu le dernier film de Kubrick, film auquel il n'a pas survécu et qu'il jugeait son plus accompli. peut-être que les observations d'aujourd'hui, hier et demain mettront en lumière différemment un film dont vous n'aviez peut-être pas compris toute les subtilités.
Eyes Wide Shut mettait vedette le couple de l'heure en 1999 : Tom Cruise & Nicole Kidman. C'est aussi tout ce qui se déroulait autour de ces deux êtres au quotidien que racontait l'histoire de Kubrick. Le souci maladif du détail de Kubrick, son symbolisme, trop évident pour ne pas être volontaire, donne une toute autre dimension à ce film qui ne peut être compris...si on garde nos yeux bien fermés...
Seconde partie de trois chroniques sur ce qui est caché, mais pas complètement, dans Eyes Wide Shut.
Quand Bill apprend que sa femme était prête à le tromper, il débute une croisade dans la nuit qui lui fera rencontrer une série de gens, ce qui l'amènera au bout du compte à ce manoir éloigné où s'y tiendra une curieuse cérémonie ponctuée de rituels, tenue par des gens masqués. Puisqu'il n'avait jamais été initié à ce type de soirée, il n'aurait jamais dû s'y trouver, ni même savoir ce qui s'y déroulait.
Comment a-t-il été mis au courant? un petit oiseau le lui a dit.
Nick Nightingale:
À un certain moment dans son escapade nocturne, Bill fait la rencontre du pianiste Nick Nightingale dans le Jazz Café. Il s'agit d'une vieille connaissance à lui et ils échangent sur le temps passé et futur. Dans ce temps futur, Nightingale lui révèle que plus tard dans la soirée, il ira remplir son mandat auprès d'un étrange groupe d'individus qui l'a engagé comme pianiste pour jouer de la musique étrange, les yeux bandés, toute la nuit. Bill est très intrigué et après ce que sa femme lui a révélé, est prêt à une "expérience" quelconque. Il lui tire les vers du nez et Nightingale lui parle de la société secrète et de la manière de se présenter au manoir. Il lui refile le mot de passe qui est fidelio.
"Nightingale" veut dire en anglais rossignol, cet oiseau qui chante, même dans la nuit.
Fidelio veut dire Fidelité en italien, l'un des thèmes principaux du film, Mais il est aussi le titre d'un opéra de Beethoven où une femme s'y sacrifie afin de sauver son amoureux prisonnier politique. Ceci est en fait un prélude à ce qui s'en vient.
Bill fonce dans le gouffre.
L'occulte et décadente élite:
Le rassemblement nocturne se tient à Somerton à Long Island. Afin de filmer l'extérieur du manoir, Kubrick a tourné le Mentwore Towers en Angleterre. Construit au 19ème siècle, en tant que "maison de campagne" pour un des membres de la prestigieuse famille de la dynastie des Rothschilds. En choisissant cet endroit, Kubrick nous dévoilait toute sortes de choses. Le nom de Ziegler, le lien de Bill avec l'élite, est en effet, comme celui des Rothschilds, d'origine germano-juive. La photo ci-contre est une rare photo prise lors d'une soirée tenue par Marie-Hélène Rothschilds en 1972. Il s'agit de l'hôtesse et du Baron Alexis de Rédé.
En entrant dans le manoir, Bill semble aussitôt reconnu par deux de ses membres (Ziegler et sa femme?) ou du moins semble reconnu comme quelqu'un qui ne devrait pas y être.
À l'époque vénitienne, porter des masques était courant chez l'élite afin de pouvoir se livrer à la débauche, sans jamais être ni reconnu, ni jugé. Encore aujourd'hui, les masques sont populaires chez l'élite comme le démontre ces photos d'un party organisé par le prince Charles et Camillia.
On trouvait à cette soirée organisée par le Prince Charles et Camillia aussi ce type d'invitées (photo à droite). Aussi peu habillées que les demoiselles exposées dans le manoir...
Kubrick avait été attentif à tout ça. Il habitait l'Angleterre.
Il reliait les points.
Le Rituel:
Quand Bill entre dans la manoir, le film basCule. L'éclairage n'est plus multicolore, il est blanc ou sombre ou diffus ou monocorde. On ne papote plus entre gens qui s'agitent et dans le besoin. On privilégie l'immobilité et le silence.
La musique change aussi drastiquement. La chanson que nous entendons en arrière-plan se nomme Backward Priests et met en vedette une liturgie divine romaine orthodoxe interprétée à l'envers. L'inversion des choses est une pratique typique des rituels de magie noire ou des rituels sataniques. Les invitations au party masqué des Rothschilds en 1972, étaient toutes écrites à l'envers. Jouant une liturgie catholique complètement à l'envers, Kubrick ne pouvait être plus clair.
Nightingale est au piano, les yeux bandés, car le profane ne peut être témoin des rituels de l'élite. Les scènes intérieures ont été tournées dans le Elveden Hall, un manoir privé d'Angleterre conçu afin de ressembler de l'intérieur à un palais indien. Quand les activités débutent dans le manoir, la musique entendue est Migration, offrant une atmosphère sud-asiatique indienne. Le Yoga tantric (d'Inde) et ses dérivés occidentaux ont mené au Sex Magic. Un concept importé (Migration) par Aleister Crowley, occultiste anglais qu'on a plus besoin de présenter.
Kubrick nous dit que depuis toujours, ces sociétés secrètes, où se réunissent des "gens de qualité" afin d'y tenir des cérémonies de rituels baignées de débauche, se tiennent encore. Stanley Kubrick a perdu sa fille Vivian, endoctrinée par la secte de l'église de la scientologie, en 1999. Tom Cruise en est toujours l'un des plus important membre.
Le Rituel débute par un cercle rassemblant des femmes dénudées autour d'un homme en rouge qui sera le maître de cérémonie. Plus tard, quand Bill est littéralement "démasqué", un autre cercle se formera naturellement autour de lui. Les cercles magiques étaient de tous les grimoires, et de toutes les cérémonies sataniques ou de pratique de magie noire. À la toute fin du film, dans un magasin de jouets, la fille de Bill & Alice, Helena, passe tout près d'un paquet de boîte de "magic circle", c'est tout juste avant que l'on suppose qu'elle ait disparue. (Plus là-dessus, demain). Elle ouvre grand les bras comme on le ferait quand on veut accueillir quelqu'un dans nos bras avec affection. Je le répète et le répéterai demain, Stan a perdu sa fille au profit de l'Église de la scientologie.
Amanda
Pendant le rituel, l'une des esclaves Beta approche Bill et le presse de quitter les lieux. Nous apprendrons qu'il s'agit de la même femme qui allait overdoser dans la salle de bain de Ziegler, Amanda Curran. Quand Bill est démasqué, Amanda fait une sortie dramatique et s'offre en sacrifice à sa place. Comme dans l'opéra Fidelio.
Le lendemain, Bill apprend dans le journal le pouvoir de cette société secrète.
En lisant l'article scrupuleusement, c'est-à-dire en faisant un pause et en zoomant sur les mots, on détaille précisément ce qu'est une esclave Beta dans le Mind Control Program. Clin d'oeil de Stan. Chez l'élite, disparaître quand on devient embarrassant est toujours de rigueur.
Le Grand Prêtre:
Nappé de rouge, le grand prêtre est assis sur un trône dont le sommet Montre un aigle à deux têtes soutenant une croix. L'aigle à deux têtes soutenant une croix était le logo du 33ème degré de franc-maçonnerie, le plus haut degré atteignable. L'Élite de l'élite.
On ne mentionne jamais l'identité du grand prêtre mais des indices nous éclaire sur le sujet. Dans le générique on apprend que le rôle est tenu par Leon Vitali. Vitali est l'assistant réalisateur de Kubrick et son assistant personnel depuis 1976. On entend distinctement son accent anglais. Dans l'article retraçant la vie d'Amanda Curran, une fois morte, on termine en parlant de sa liaison avec le designer de mode Leon Vitale. 1+1=2.
Le pouvoir de la société secrète:
Quand Bill fait face au Grand Prêtre il se fait dire que lui et sa famille paieront très cher toute forme de transgression par rapport au secret de cette soirée. Dès le lendemain, Bill est suivi dans la rue. Il en devient paranoïaque. Ce qu'Alice avait aussi cruellement initié avec son fantasme d'aventure. En lisant le New York Post, le titre en une pourrait s'appliquer à Bill: Lucky to be alive.
Quand Bill rencontre Ziegler par la suite, celui-ci est très agité et lui fait bien comprendre qu'il ne fait pas partie de l'élite:
"I don't think you realize what kind of trouble you were in last night. Who do you think those people were? Those were not just ordinary people there. If I told you their names-I'm not gonna tell you their names-but if I did, I don't think you'd sleep so well!"
Kubrick nous dit que là où les puissants se réunissent pour leurs rituels sacrés n'est pas un territoire pour le profane. Quand Bill mentionne Amanda, Ziegler lui répond du tac-au-tac "She was a hooker!", ou si vous préférez une esclave Beta, donc négligeable. Ziegler enchaîne en lui disant que tout le reste était une charade afin de faire peur à Bill. Ce à quoi Bill répond "quel type de charade se termine par une mort?" . Ce qui ne semble pas faire un pli sur la différence à Ziegler. Il le remplit comme le font généralement les médias en de pareilles situations "Elle avait overdosé! c'était une junkie! ce n'était qu'une question de temps!".
Les puissants lavent le sang de leurs mains toujours mieux que les autres.
Le Hellfire Club et le O.T.O. sont deux sociétés privées cousines de tout ce qui est exposé dans ce film.
Conclusion demain.
Il ne sera jamais clair si il était secret par choix ou si on l'avait forcé de se taire sur certains sujets.
Si vous avez vu le dernier film de Kubrick, film auquel il n'a pas survécu et qu'il jugeait son plus accompli. peut-être que les observations d'aujourd'hui, hier et demain mettront en lumière différemment un film dont vous n'aviez peut-être pas compris toute les subtilités.
Eyes Wide Shut mettait vedette le couple de l'heure en 1999 : Tom Cruise & Nicole Kidman. C'est aussi tout ce qui se déroulait autour de ces deux êtres au quotidien que racontait l'histoire de Kubrick. Le souci maladif du détail de Kubrick, son symbolisme, trop évident pour ne pas être volontaire, donne une toute autre dimension à ce film qui ne peut être compris...si on garde nos yeux bien fermés...
Seconde partie de trois chroniques sur ce qui est caché, mais pas complètement, dans Eyes Wide Shut.
Quand Bill apprend que sa femme était prête à le tromper, il débute une croisade dans la nuit qui lui fera rencontrer une série de gens, ce qui l'amènera au bout du compte à ce manoir éloigné où s'y tiendra une curieuse cérémonie ponctuée de rituels, tenue par des gens masqués. Puisqu'il n'avait jamais été initié à ce type de soirée, il n'aurait jamais dû s'y trouver, ni même savoir ce qui s'y déroulait.
Comment a-t-il été mis au courant? un petit oiseau le lui a dit.
Nick Nightingale:
À un certain moment dans son escapade nocturne, Bill fait la rencontre du pianiste Nick Nightingale dans le Jazz Café. Il s'agit d'une vieille connaissance à lui et ils échangent sur le temps passé et futur. Dans ce temps futur, Nightingale lui révèle que plus tard dans la soirée, il ira remplir son mandat auprès d'un étrange groupe d'individus qui l'a engagé comme pianiste pour jouer de la musique étrange, les yeux bandés, toute la nuit. Bill est très intrigué et après ce que sa femme lui a révélé, est prêt à une "expérience" quelconque. Il lui tire les vers du nez et Nightingale lui parle de la société secrète et de la manière de se présenter au manoir. Il lui refile le mot de passe qui est fidelio.
"Nightingale" veut dire en anglais rossignol, cet oiseau qui chante, même dans la nuit.
Fidelio veut dire Fidelité en italien, l'un des thèmes principaux du film, Mais il est aussi le titre d'un opéra de Beethoven où une femme s'y sacrifie afin de sauver son amoureux prisonnier politique. Ceci est en fait un prélude à ce qui s'en vient.
Bill fonce dans le gouffre.
L'occulte et décadente élite:
Le rassemblement nocturne se tient à Somerton à Long Island. Afin de filmer l'extérieur du manoir, Kubrick a tourné le Mentwore Towers en Angleterre. Construit au 19ème siècle, en tant que "maison de campagne" pour un des membres de la prestigieuse famille de la dynastie des Rothschilds. En choisissant cet endroit, Kubrick nous dévoilait toute sortes de choses. Le nom de Ziegler, le lien de Bill avec l'élite, est en effet, comme celui des Rothschilds, d'origine germano-juive. La photo ci-contre est une rare photo prise lors d'une soirée tenue par Marie-Hélène Rothschilds en 1972. Il s'agit de l'hôtesse et du Baron Alexis de Rédé.
En entrant dans le manoir, Bill semble aussitôt reconnu par deux de ses membres (Ziegler et sa femme?) ou du moins semble reconnu comme quelqu'un qui ne devrait pas y être.
À l'époque vénitienne, porter des masques était courant chez l'élite afin de pouvoir se livrer à la débauche, sans jamais être ni reconnu, ni jugé. Encore aujourd'hui, les masques sont populaires chez l'élite comme le démontre ces photos d'un party organisé par le prince Charles et Camillia.
On trouvait à cette soirée organisée par le Prince Charles et Camillia aussi ce type d'invitées (photo à droite). Aussi peu habillées que les demoiselles exposées dans le manoir...
Kubrick avait été attentif à tout ça. Il habitait l'Angleterre.
Il reliait les points.
Le Rituel:
Quand Bill entre dans la manoir, le film basCule. L'éclairage n'est plus multicolore, il est blanc ou sombre ou diffus ou monocorde. On ne papote plus entre gens qui s'agitent et dans le besoin. On privilégie l'immobilité et le silence.
La musique change aussi drastiquement. La chanson que nous entendons en arrière-plan se nomme Backward Priests et met en vedette une liturgie divine romaine orthodoxe interprétée à l'envers. L'inversion des choses est une pratique typique des rituels de magie noire ou des rituels sataniques. Les invitations au party masqué des Rothschilds en 1972, étaient toutes écrites à l'envers. Jouant une liturgie catholique complètement à l'envers, Kubrick ne pouvait être plus clair.
Nightingale est au piano, les yeux bandés, car le profane ne peut être témoin des rituels de l'élite. Les scènes intérieures ont été tournées dans le Elveden Hall, un manoir privé d'Angleterre conçu afin de ressembler de l'intérieur à un palais indien. Quand les activités débutent dans le manoir, la musique entendue est Migration, offrant une atmosphère sud-asiatique indienne. Le Yoga tantric (d'Inde) et ses dérivés occidentaux ont mené au Sex Magic. Un concept importé (Migration) par Aleister Crowley, occultiste anglais qu'on a plus besoin de présenter.
Kubrick nous dit que depuis toujours, ces sociétés secrètes, où se réunissent des "gens de qualité" afin d'y tenir des cérémonies de rituels baignées de débauche, se tiennent encore. Stanley Kubrick a perdu sa fille Vivian, endoctrinée par la secte de l'église de la scientologie, en 1999. Tom Cruise en est toujours l'un des plus important membre.
Le Rituel débute par un cercle rassemblant des femmes dénudées autour d'un homme en rouge qui sera le maître de cérémonie. Plus tard, quand Bill est littéralement "démasqué", un autre cercle se formera naturellement autour de lui. Les cercles magiques étaient de tous les grimoires, et de toutes les cérémonies sataniques ou de pratique de magie noire. À la toute fin du film, dans un magasin de jouets, la fille de Bill & Alice, Helena, passe tout près d'un paquet de boîte de "magic circle", c'est tout juste avant que l'on suppose qu'elle ait disparue. (Plus là-dessus, demain). Elle ouvre grand les bras comme on le ferait quand on veut accueillir quelqu'un dans nos bras avec affection. Je le répète et le répéterai demain, Stan a perdu sa fille au profit de l'Église de la scientologie.
Amanda
Pendant le rituel, l'une des esclaves Beta approche Bill et le presse de quitter les lieux. Nous apprendrons qu'il s'agit de la même femme qui allait overdoser dans la salle de bain de Ziegler, Amanda Curran. Quand Bill est démasqué, Amanda fait une sortie dramatique et s'offre en sacrifice à sa place. Comme dans l'opéra Fidelio.
Le lendemain, Bill apprend dans le journal le pouvoir de cette société secrète.
En lisant l'article scrupuleusement, c'est-à-dire en faisant un pause et en zoomant sur les mots, on détaille précisément ce qu'est une esclave Beta dans le Mind Control Program. Clin d'oeil de Stan. Chez l'élite, disparaître quand on devient embarrassant est toujours de rigueur.
Le Grand Prêtre:
Nappé de rouge, le grand prêtre est assis sur un trône dont le sommet Montre un aigle à deux têtes soutenant une croix. L'aigle à deux têtes soutenant une croix était le logo du 33ème degré de franc-maçonnerie, le plus haut degré atteignable. L'Élite de l'élite.
On ne mentionne jamais l'identité du grand prêtre mais des indices nous éclaire sur le sujet. Dans le générique on apprend que le rôle est tenu par Leon Vitali. Vitali est l'assistant réalisateur de Kubrick et son assistant personnel depuis 1976. On entend distinctement son accent anglais. Dans l'article retraçant la vie d'Amanda Curran, une fois morte, on termine en parlant de sa liaison avec le designer de mode Leon Vitale. 1+1=2.
Le pouvoir de la société secrète:
Quand Bill fait face au Grand Prêtre il se fait dire que lui et sa famille paieront très cher toute forme de transgression par rapport au secret de cette soirée. Dès le lendemain, Bill est suivi dans la rue. Il en devient paranoïaque. Ce qu'Alice avait aussi cruellement initié avec son fantasme d'aventure. En lisant le New York Post, le titre en une pourrait s'appliquer à Bill: Lucky to be alive.
Quand Bill rencontre Ziegler par la suite, celui-ci est très agité et lui fait bien comprendre qu'il ne fait pas partie de l'élite:
"I don't think you realize what kind of trouble you were in last night. Who do you think those people were? Those were not just ordinary people there. If I told you their names-I'm not gonna tell you their names-but if I did, I don't think you'd sleep so well!"
Kubrick nous dit que là où les puissants se réunissent pour leurs rituels sacrés n'est pas un territoire pour le profane. Quand Bill mentionne Amanda, Ziegler lui répond du tac-au-tac "She was a hooker!", ou si vous préférez une esclave Beta, donc négligeable. Ziegler enchaîne en lui disant que tout le reste était une charade afin de faire peur à Bill. Ce à quoi Bill répond "quel type de charade se termine par une mort?" . Ce qui ne semble pas faire un pli sur la différence à Ziegler. Il le remplit comme le font généralement les médias en de pareilles situations "Elle avait overdosé! c'était une junkie! ce n'était qu'une question de temps!".
Les puissants lavent le sang de leurs mains toujours mieux que les autres.
Le Hellfire Club et le O.T.O. sont deux sociétés privées cousines de tout ce qui est exposé dans ce film.
Conclusion demain.
mardi 7 avril 2015
Ce Que Eyes Wide Shut Nous Cache (et Nous Révele Peut-Être Aussi) -Première Partie
Stanley Kubrick était très intelligent, mais aussi très secret.
Il ne sera jamais clair si il était secret par choix ou si on l'avait forcé de se taire sur certains sujets.
Si vous n'avez pas vu Eyes Wide Shut, son dernier film, celui que Kubrick jugeait son plus accompli, peut-être que les trois prochains jours vous serons d'un ennui mortel.
En revanche, si vous avez vu le dernier film de Kubrick, auquel il n'a pas survécu. peut-être que les observations des trois prochains jours mettront en lumière différemment un film dont vous n'aviez peut-être pas compris toute les subtilités.
Eyes Wide Shut mettait vedette le couple de l'heure en 1999 : Tom Cruise & Nicole Kidman. C'est aussi tout ce qui se déroulait autour de ces deux êtres au quotidien que racontait l'histoire de Kubrick. Le souci maladif du détail de Kubrick, son symbolisme, trop évident pour ne pas être volontaire, donne une toute autre dimension à ce film qui ne peut être compris...si on garde nos yeux bien fermés...
Première partie de trois chroniques sur ce qui est caché, mais pas complètement, dans Eyes Wide Shut.
Comme la plupart des 12 films de Kubrick, un livre entier pourrait être écrit sur ce seul film. Eyes Wide Shut n'est pas simplement un film sur une relation homme/femme, mais plutôt sur toutes les forces extérieures et les influences qui définissent cette relation. C'est un film qui va et vient sans cesse sur les principes masculins et féminins dans un monde de plus en plus décadent et confus.Plus important encore, le film traite de ces groupes qui tirent les ficelles de ce monde décadent, une élite secrète qui contrôle les déchirements entre hommes et femmes d'une manière spécifique, presque ésotérique. Le film ne dévoile rien ouvertement, comme Kubrick le fait tout le temps avec grand talent, il déploie ici et là des indices et des traces de vérités qui se trouvent ailleurs.
Explorons les thèmes du film:
Le couple moderne:
Tel que déjà mentionné, le film mettait en vedette le couple le plus hot d'Hollywood en 1999: Cruise et Kidman. Ceux et celles qui croyaient entrer dans la chambre du couple afin d'y trouver des scènes sexy seront restés déçus, on y découvre plutôt un couple plus ou moins austère l'un à l'égard de l'autre, froid, égoïste, insatisfait, lié ensemble non pas par amour pur, mais plutôt superficiellement pour garder les apparences. Bien que le couple paraisse très moderne, il est lié de manière primitive presque par comportement animal. Si on regarde les comportements instinctifs de l'Homme, on remarque que les mâles recherchent des femmes ayant des qualités de bonnes mères porteuses tandis que les femelles recherchent des mâles qui seraient de bons approvisionneur de moyens. Des traces de ses comportements sont encore très visibles de nos jours alors que les hommes ont toujours tendance à faire valoir leur richesse et leur pouvoir, ce qui séduit mesdames qui se mettent jolies afin de les attirer. Dans EWS, le couple suit parfaitement cette tangente.
Le personnage de Tom Cruise se nomme Dr.Bill...comme dans Dollar Bill. À plusieurs reprises, Dr.Bill ou bien brandit son argent, ou bien sort son titre de docteur pour arriver à ses fins ou pour tenter de se sortir du pétrin. Les relations entre Dr.Bill, de la classe bourgeoise et les gens de la classe moyenne se soldent toutes avec de l'argent. Afin de s'assurer que le chauffeur de taxi l'attende devant le manoir secret, il lui fend un 100 $ en deux et lui promet l'autre moitié à son retour. La logique de Dr.Bill doit être "tout le monde a un prix". Est-ce que sa femme à un prix?
InCarnée par Nicole Kidman, Alice a perdu son travail dans le monde des arts et est dès le début du film complètement dépendante du salaire de son homme. Bien qu'elle soit d'apparence aisée, elle semble très ennuyée par sa vie de femme au foyer. Le choix du prénom d'Alice n'est pas sans rappeler celui d'Alice au pays des merveilles, cette petite fille, ennuyée par sa vie trop plate, qui passe dans un autre univers "au travers d'un miroir". Alice (Kidman) se regarde fréquemment dans le miroir. L'affiche du film nous montre aussi Alice embrassant Bill tout en se regardant elle-même dans le miroir, comme si elle y voyait une autre réalité.
Même si le couple montre d'évident signes de fatigue, ils se présentent tous les deux avec leur visage heureux quand vient le temps de plonger dans la socialité du party de leur ami Ziegler.
Frayer avec l'élite:
Bill & Alice se rendent à une soirée chez leur ami Ziegler qui ne semble pas riche, mais tout simplement multimilliardaire. L'ultra-elite. Bien que tout semble élégant, distingué et très chic, il faut peu de temps avant de réaliser des côtés nettement plus sombres, dégoûtants et malsain chez Ziegler. Des indices, dans cette soirée d'élite montrent un côté occulte qui nous sera dévoilé plus tard dans les rituels presque sectaires du manoir dans la nuit. Une large étoile à 8 pointes jaunes est placée à l'entrée du party quand Bill & Alice y entrent. L'étoile rappelle beaucoup l'étoile d'Ishtar que l'on appelait aussi Venus, la déesse babylonienne de la fertilité de l'amour, de la guerre mais surtout de la sexualité. Son culte impliquait entre autre chose de la prostitution et des actes rituels tels qu'on les découvrira plus tard au manoir. Inspirée au lit, Ishtar était aussi supposément cruelle avec ses amants. Une distinctions que l'on pourra prêter à Alice un peu plus tard aussi vis-à-vis Bill lors de la narration de son fantasme avec des marins.
Pendant la fête, ET Bill ET Alice seront tenté par le diable de la tromperie, séparément. Alice rencontre Sandor Szavost qui lui parle de la série de livres Art of Love. Cette collection a été écrite dans l'ancienne Rome et était en somme, un guide du "comment tricher votre partenaire amoureux" très populaire chez les élites de l'époque. Sandor boit directement dans la coupe d'Alice, un truc du Art of Love qui voulait dire "je veux échanger des fluides avec vous" dans l'ancienne Rome. Le choix du nom de Szandor n'est peut-être pas innocent non plus. Est-ce la manière de Kubrick de nous dire que cet homme fait partie de l'occulte élite décadente?
Anton Szandor Lavey a été le fondateur de la Church of Satan.
Pendant ce temps, Bill flirte avec deux mannequins qui lui disent qu'elles l'amènerait bien "là où l'arc-en-ciel se termine".
Cette phrase n'aura pas besoin d'être expliquée, les images parleront d'elles-mêmes...
(notez les lumières dans les deux scènes de flirt)
Les arcs-en-ciel partout:
Les aRcs-en-ciel et les multiples couleurs apparaissent partout dans le film. Le nom du magasin où Bill loue son costume se nomme Rainbow et le magasin tout juste en dessous Under the Rainbow. Presque toute les scènes nous montrent des lumières de Noël, offrant un éclairage diffus. Chaque scène où Bill entre en quelque part, nous offrent des lumières de Noël de toutes le couleurs. Là où il n'y a pas tant de couleur dans la lumière c'est au manoir de Somerton où la société secrète opère. En opposition avec la réalité extérieure, tout, incluant la lumière, est en complète opposition avec le vrai monde. Dans EWS, il y a deux mondes: l'univers de Noël avec ses lumières rappelant les arcs-en-ciel qui rend tout le monde gaga, et l'autre monde où l'arc-en-ciel se termine. Où on y performe peut-être des rituels, là où l'élite se rassemble, Le contraste est frappant. La différence entre les deux mondes semblent offrir un impénétrable mur. Plus loin nous verrons que les gens de l'arc-en-ciel ne peuvent pas nécessairement franchir la frontière simplement comme ça vers l'élite.
Quand les deux mannequins parlent de se rendre là où "l'arc-en-ciel se termine" elles font peut-être référence à leur statut d'Esclave Programmée Beta dans le Monarch Mind Control Program. Les femmes qui prennent part aux rituels de l'élite sont souvent des produits de l'Illuminati mind control. Dans le vocabulaire de ses programmes, "going over the rainbow" signifie se dissocier de la réalité et incarner un nouveau personnage.
Bill est interrompu dans son flirt par son ami Ziegler, l'hôte de la soirée, qui l'appelle d'urgence à la salle de bain. Premier regard sur le côté sombre derrière l'arc-en-ciel.
Derrière le rideau:
Quand Bill & Alice font leur entrée dans la soirée, ils sont accueillis par Ziegler ET SA FEMME. Il sont tous respectables, dans une lumière colorée de Noël, et tiennent des propos respectables. Tout le monde est enchanté dans une lumière enchanteresse. Quand Ziegler traîne Bill dans la salle de bain, il entre "là où l'arc-en-ciel se termine". Lumière blanche, maîtresse, réalité. Son esclave est en train d'overdoser. Quand elle reprend conscience, Ziegler la sermonne et lui parle d'un ton paternel comme si il lui rappelait que c'est lui le maître et elle l'esclave. Kubrick nous dit que la richesse extrême n'égale en rien l'élégance ou la digne hauteur de la morale. Ziegler presse ensuite de ne rien révéler nulle part, tout ceci doit rester secret. Le monde derrière l'arc-en-ciel doit rester dans l'ignorance de la masse. Il opère dans son propre espace avec ses propres règles. C'est l'élite.
Questionner le Mariage:
Quand Alice rejette les avances de Szandor, elle était toutefois touchée par celles-ci. Elle raconte par la suite à Bill qu'elle aurait pu facilement le tromper au party. Quand Bill lui dit qu'il l'aime et lui fait totalement confiance, elle le prend personnel et perd la tête. Elle lui raconte cette fois où elle était tout à fait disposée à le tromper avec un officier de la NAVY croisé dans un hôtel. Cette histoire détaillée cruellement, souligne son côté Ishtar alors qu'elle fait naître en Bill la jalousie, le sentiment de trahison, l'insécurité et l'humiliation. Bill embarque alors dans une randonnée nocturne au travers de New York qui le mènera dans le contraire de la monogamie, soit la copulation anonyme avec des étrangères masquées dans des rituels.
Cette première partie parle d'un couple de privilégié frayant avec des échelons supérieurs de l'élite de New York. Bien que tout semble lisse en surface, Kubrick nous prévient de ne pas se laisser tromper par les apparences et de ne pas se laisser impressionner par l'exposition de la richesse. Derrière cet arc-en-ciel qui nous fait faire "aaaah! wow!" se trouve une réalité sombre et dérangeante que le reste du film nous présentera.
Bill & Alice sont "invités" à ce party de l'élite. Ils n'en font pas complètement partie, mais restent tous deux fascinés et attirés par cet univers qui pourrait répondre à leur part d'ombre.
Plus de détails demain...
Il ne sera jamais clair si il était secret par choix ou si on l'avait forcé de se taire sur certains sujets.
Si vous n'avez pas vu Eyes Wide Shut, son dernier film, celui que Kubrick jugeait son plus accompli, peut-être que les trois prochains jours vous serons d'un ennui mortel.
En revanche, si vous avez vu le dernier film de Kubrick, auquel il n'a pas survécu. peut-être que les observations des trois prochains jours mettront en lumière différemment un film dont vous n'aviez peut-être pas compris toute les subtilités.
Eyes Wide Shut mettait vedette le couple de l'heure en 1999 : Tom Cruise & Nicole Kidman. C'est aussi tout ce qui se déroulait autour de ces deux êtres au quotidien que racontait l'histoire de Kubrick. Le souci maladif du détail de Kubrick, son symbolisme, trop évident pour ne pas être volontaire, donne une toute autre dimension à ce film qui ne peut être compris...si on garde nos yeux bien fermés...
Première partie de trois chroniques sur ce qui est caché, mais pas complètement, dans Eyes Wide Shut.
Comme la plupart des 12 films de Kubrick, un livre entier pourrait être écrit sur ce seul film. Eyes Wide Shut n'est pas simplement un film sur une relation homme/femme, mais plutôt sur toutes les forces extérieures et les influences qui définissent cette relation. C'est un film qui va et vient sans cesse sur les principes masculins et féminins dans un monde de plus en plus décadent et confus.Plus important encore, le film traite de ces groupes qui tirent les ficelles de ce monde décadent, une élite secrète qui contrôle les déchirements entre hommes et femmes d'une manière spécifique, presque ésotérique. Le film ne dévoile rien ouvertement, comme Kubrick le fait tout le temps avec grand talent, il déploie ici et là des indices et des traces de vérités qui se trouvent ailleurs.
Explorons les thèmes du film:
Le couple moderne:
Tel que déjà mentionné, le film mettait en vedette le couple le plus hot d'Hollywood en 1999: Cruise et Kidman. Ceux et celles qui croyaient entrer dans la chambre du couple afin d'y trouver des scènes sexy seront restés déçus, on y découvre plutôt un couple plus ou moins austère l'un à l'égard de l'autre, froid, égoïste, insatisfait, lié ensemble non pas par amour pur, mais plutôt superficiellement pour garder les apparences. Bien que le couple paraisse très moderne, il est lié de manière primitive presque par comportement animal. Si on regarde les comportements instinctifs de l'Homme, on remarque que les mâles recherchent des femmes ayant des qualités de bonnes mères porteuses tandis que les femelles recherchent des mâles qui seraient de bons approvisionneur de moyens. Des traces de ses comportements sont encore très visibles de nos jours alors que les hommes ont toujours tendance à faire valoir leur richesse et leur pouvoir, ce qui séduit mesdames qui se mettent jolies afin de les attirer. Dans EWS, le couple suit parfaitement cette tangente.
Le personnage de Tom Cruise se nomme Dr.Bill...comme dans Dollar Bill. À plusieurs reprises, Dr.Bill ou bien brandit son argent, ou bien sort son titre de docteur pour arriver à ses fins ou pour tenter de se sortir du pétrin. Les relations entre Dr.Bill, de la classe bourgeoise et les gens de la classe moyenne se soldent toutes avec de l'argent. Afin de s'assurer que le chauffeur de taxi l'attende devant le manoir secret, il lui fend un 100 $ en deux et lui promet l'autre moitié à son retour. La logique de Dr.Bill doit être "tout le monde a un prix". Est-ce que sa femme à un prix?
InCarnée par Nicole Kidman, Alice a perdu son travail dans le monde des arts et est dès le début du film complètement dépendante du salaire de son homme. Bien qu'elle soit d'apparence aisée, elle semble très ennuyée par sa vie de femme au foyer. Le choix du prénom d'Alice n'est pas sans rappeler celui d'Alice au pays des merveilles, cette petite fille, ennuyée par sa vie trop plate, qui passe dans un autre univers "au travers d'un miroir". Alice (Kidman) se regarde fréquemment dans le miroir. L'affiche du film nous montre aussi Alice embrassant Bill tout en se regardant elle-même dans le miroir, comme si elle y voyait une autre réalité.
Même si le couple montre d'évident signes de fatigue, ils se présentent tous les deux avec leur visage heureux quand vient le temps de plonger dans la socialité du party de leur ami Ziegler.
Frayer avec l'élite:
Bill & Alice se rendent à une soirée chez leur ami Ziegler qui ne semble pas riche, mais tout simplement multimilliardaire. L'ultra-elite. Bien que tout semble élégant, distingué et très chic, il faut peu de temps avant de réaliser des côtés nettement plus sombres, dégoûtants et malsain chez Ziegler. Des indices, dans cette soirée d'élite montrent un côté occulte qui nous sera dévoilé plus tard dans les rituels presque sectaires du manoir dans la nuit. Une large étoile à 8 pointes jaunes est placée à l'entrée du party quand Bill & Alice y entrent. L'étoile rappelle beaucoup l'étoile d'Ishtar que l'on appelait aussi Venus, la déesse babylonienne de la fertilité de l'amour, de la guerre mais surtout de la sexualité. Son culte impliquait entre autre chose de la prostitution et des actes rituels tels qu'on les découvrira plus tard au manoir. Inspirée au lit, Ishtar était aussi supposément cruelle avec ses amants. Une distinctions que l'on pourra prêter à Alice un peu plus tard aussi vis-à-vis Bill lors de la narration de son fantasme avec des marins.
Pendant la fête, ET Bill ET Alice seront tenté par le diable de la tromperie, séparément. Alice rencontre Sandor Szavost qui lui parle de la série de livres Art of Love. Cette collection a été écrite dans l'ancienne Rome et était en somme, un guide du "comment tricher votre partenaire amoureux" très populaire chez les élites de l'époque. Sandor boit directement dans la coupe d'Alice, un truc du Art of Love qui voulait dire "je veux échanger des fluides avec vous" dans l'ancienne Rome. Le choix du nom de Szandor n'est peut-être pas innocent non plus. Est-ce la manière de Kubrick de nous dire que cet homme fait partie de l'occulte élite décadente?
Anton Szandor Lavey a été le fondateur de la Church of Satan.
Pendant ce temps, Bill flirte avec deux mannequins qui lui disent qu'elles l'amènerait bien "là où l'arc-en-ciel se termine".
Cette phrase n'aura pas besoin d'être expliquée, les images parleront d'elles-mêmes...
(notez les lumières dans les deux scènes de flirt)
Les arcs-en-ciel partout:
Les aRcs-en-ciel et les multiples couleurs apparaissent partout dans le film. Le nom du magasin où Bill loue son costume se nomme Rainbow et le magasin tout juste en dessous Under the Rainbow. Presque toute les scènes nous montrent des lumières de Noël, offrant un éclairage diffus. Chaque scène où Bill entre en quelque part, nous offrent des lumières de Noël de toutes le couleurs. Là où il n'y a pas tant de couleur dans la lumière c'est au manoir de Somerton où la société secrète opère. En opposition avec la réalité extérieure, tout, incluant la lumière, est en complète opposition avec le vrai monde. Dans EWS, il y a deux mondes: l'univers de Noël avec ses lumières rappelant les arcs-en-ciel qui rend tout le monde gaga, et l'autre monde où l'arc-en-ciel se termine. Où on y performe peut-être des rituels, là où l'élite se rassemble, Le contraste est frappant. La différence entre les deux mondes semblent offrir un impénétrable mur. Plus loin nous verrons que les gens de l'arc-en-ciel ne peuvent pas nécessairement franchir la frontière simplement comme ça vers l'élite.
Quand les deux mannequins parlent de se rendre là où "l'arc-en-ciel se termine" elles font peut-être référence à leur statut d'Esclave Programmée Beta dans le Monarch Mind Control Program. Les femmes qui prennent part aux rituels de l'élite sont souvent des produits de l'Illuminati mind control. Dans le vocabulaire de ses programmes, "going over the rainbow" signifie se dissocier de la réalité et incarner un nouveau personnage.
Bill est interrompu dans son flirt par son ami Ziegler, l'hôte de la soirée, qui l'appelle d'urgence à la salle de bain. Premier regard sur le côté sombre derrière l'arc-en-ciel.
Derrière le rideau:
Quand Bill & Alice font leur entrée dans la soirée, ils sont accueillis par Ziegler ET SA FEMME. Il sont tous respectables, dans une lumière colorée de Noël, et tiennent des propos respectables. Tout le monde est enchanté dans une lumière enchanteresse. Quand Ziegler traîne Bill dans la salle de bain, il entre "là où l'arc-en-ciel se termine". Lumière blanche, maîtresse, réalité. Son esclave est en train d'overdoser. Quand elle reprend conscience, Ziegler la sermonne et lui parle d'un ton paternel comme si il lui rappelait que c'est lui le maître et elle l'esclave. Kubrick nous dit que la richesse extrême n'égale en rien l'élégance ou la digne hauteur de la morale. Ziegler presse ensuite de ne rien révéler nulle part, tout ceci doit rester secret. Le monde derrière l'arc-en-ciel doit rester dans l'ignorance de la masse. Il opère dans son propre espace avec ses propres règles. C'est l'élite.
Questionner le Mariage:
Quand Alice rejette les avances de Szandor, elle était toutefois touchée par celles-ci. Elle raconte par la suite à Bill qu'elle aurait pu facilement le tromper au party. Quand Bill lui dit qu'il l'aime et lui fait totalement confiance, elle le prend personnel et perd la tête. Elle lui raconte cette fois où elle était tout à fait disposée à le tromper avec un officier de la NAVY croisé dans un hôtel. Cette histoire détaillée cruellement, souligne son côté Ishtar alors qu'elle fait naître en Bill la jalousie, le sentiment de trahison, l'insécurité et l'humiliation. Bill embarque alors dans une randonnée nocturne au travers de New York qui le mènera dans le contraire de la monogamie, soit la copulation anonyme avec des étrangères masquées dans des rituels.
Cette première partie parle d'un couple de privilégié frayant avec des échelons supérieurs de l'élite de New York. Bien que tout semble lisse en surface, Kubrick nous prévient de ne pas se laisser tromper par les apparences et de ne pas se laisser impressionner par l'exposition de la richesse. Derrière cet arc-en-ciel qui nous fait faire "aaaah! wow!" se trouve une réalité sombre et dérangeante que le reste du film nous présentera.
Bill & Alice sont "invités" à ce party de l'élite. Ils n'en font pas complètement partie, mais restent tous deux fascinés et attirés par cet univers qui pourrait répondre à leur part d'ombre.
Plus de détails demain...
lundi 6 avril 2015
La Nouvelle Vague Française
Dans les années d'après-guerre en France, les gens avaient besoin de sources de bonheur. Le cinéma était alors très joyeux et une générale ressource de détente, de positivisme et de plaisir commun.
Les sujets traités l'étaient tout autant.
Comédies musicales, histoires d'amour où tout est bien qui finit bien, poésie sur images et candides amours étant ce qui plaisaient le plus.
Bien assez vite, une nouvelle génération allait en avoir assez de ce cinéma jugé trop "classique". Inspirés de la Nouvelle Cinémathèque Française d'Henri Langlois, où on y présentait des films d'ailleurs comme des Hitchcock, des films allemands du passé Murnau, Lang ou Pabst, du Bergman mais aussi des oeuvres d'un même réalisateur français comme Renoir ou Cocteau et de belles découvertes italiennes, des films noirs en provenance des États-Unis aussi, ces jeunes amateurs de cinéma voyaient bien qu'il pouvait se faire autre chose et que la France ne suivait pas le pas.
Animés par un désir de cinéma qui se voulaient plus libre et bâti de nouvelles règles, sorti dans la rue et incarné par de jeunes acteurs/actrices affranchi d'un modèle social contemporain et complètement indifférent au concept familial, de jeunes "filmivores" allaient se concentrer vers 1952 d'abord comme critique de Cinéma dans la magazine Les Cahiers du Cinéma d'André Bazin.
Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jacques Rivette, Eric Rohmer. Claude Chabrol allaient bientôt signer des critiques de films, mais surtout coucher sur papier une vision du cinéma qu'ils ne voyaient pas sur les écrans français de la part des Français, à quelques exceptions près.
En 1954, Truffaut signe une politique des auteurs qui donne une réelle importance aux réalisateurs. Après une semaine de conversation et d'entrevue avec Alfred Hitchcock, L'animé Truffaut départage les cinéastes en deux clans (clans toujours existants de nos jours): les auteurs et les faiseurs.
En 1957, Eric Rohmer devient rédacteur en chef et quand le ministre de la culture André Malraux facilite les moyens de faire une tournage cinématographique, cette jeunesse qui grouille d'impatience prend la caméra et saute dans les rues de France.
Jacques Rivette, 30 ans en 1958, tournera 21 longs métrages, 7 court-métrages et mettra en scène au moins une pièce de théâtre. Il est toujours actif.
François Truffaut, 26 ans en 1958, tournera 26 films et sera aussi acteur dans 12 films, dont 8 des siens. Inspiré d'Hitchock, il fera un caméo dans presque tous ses films. Il meurt trop tôt en 1984.
Jean-Luc Godard, 30 ans en 1958, tournera plus de 100 films et court-métrage, tantôt tout seul, tantôt en équipe, toujours avec rage et une certaine arrogance. Il tourne toujours, gagnant le Prix du Jury l'an dernier à Cannes, partageant le prix avec notre Xavier Dolan. JLG est mon préféré du groupe et à sa mort je le pleurerai.
Claude Chabrol, 28 ans en 1958, tournera 58 films pour le cinéma, 26 films ou épisodes pour la télévision et sera aussi acteur dans 38 autres. Il est aussi l'auteur de 5 courts-métrage. Il décède en 2010.
Eric Rohmer, 38 ans en 1958, tournera 25 verbomoteurs films, 2 téléfilms, 19 documentaires, fera deux mise-en-scènes de théâtre, scénarisera le premier film de Godard et tournera aussi 12 court-métrage et demi (un reste inachevé). Il décède en 2010.
Jean-Claude Brialy est le tout premier comédien entièrement dévoué à 100% à la nouvelle vague. Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve et sa soeur Françoise Dorléac, Jeanne Moreau, Anna Karina, Brigitte Bardot, Alexandra Stewart, Anne Wiazemsky, Stéphane Audran, Claude Jade, Henri Serre, plus tard Isabelle Huppert chez Chabrol dans les années 70 et Sandirne Bonnaire chez Rivette dans les années 80 sont des acteurs et actrices mis en valeur par la nouvelle vague.
Non issus des Cahiers du Cinéma mais tout en fait en communion avec le mouvement de la nouvelle vague seront:
Agnès Varda, Jacques Démy, Jean Rouch, Jean Eustache, Jacques Rozier, Jean-Daniel Pollet, Chris Marker et Alain Resnais seront tous associés au mouvement. Claude Lelouch et Louis Malle voudraient bien y être aussi associés mais le premier est trop idiot et le second trop caractériel et se fait des ennemis chez les têtes aussi fortes que lui comme Godard.
Maurice Pialat ne passe pas au long métrage à temps pour y être intégré mais en sera nettement influencé et Jean-Pierre Melville est vu comme le grand frère de la Nouvelle-vague auquel on s'abreuve de conseils, mais duquel on s'affranchit.
Leur manière impulsive de tourner, écrire, monter, éclairer, mettre en scène, raconter révolutionnera le cinéma. Nous fera le repenser en tout cas.
Le fruit de la rencontre de tous ses jeunes cinéastes s'inscrit dans le contexte historique de l'époque et traduit, jusqu'aux années 80, les mouvements de société français, filmant dans les rues et en extérieur plutôt qu'en studio et avec des éclairages naturels au possible un genre qui donnera naissance aux styles des Bertrand Blier, Benoit Jacquot, André Téchiné, Claude Miller, Phillipe Garrel et autres cinéastes de nos jours.
Ce cinéma rebelle, en quête d'indépendance, souvent oisif, dont les héros n'ont aucunement peur d'enfreindre la loi m'aura beaucoup séduit.
Dans cette semaine consacrée entièrement au cinéma, je commence par un coup de coeur.
Nous serons pendant ce temps occupés cette semaine à l'extérieur du continent à marquer une rupture aux hurlevent, à faire les 440 coups à la plage question de ne plus rester à bout de souffle.
Les sujets traités l'étaient tout autant.
Comédies musicales, histoires d'amour où tout est bien qui finit bien, poésie sur images et candides amours étant ce qui plaisaient le plus.
Bien assez vite, une nouvelle génération allait en avoir assez de ce cinéma jugé trop "classique". Inspirés de la Nouvelle Cinémathèque Française d'Henri Langlois, où on y présentait des films d'ailleurs comme des Hitchcock, des films allemands du passé Murnau, Lang ou Pabst, du Bergman mais aussi des oeuvres d'un même réalisateur français comme Renoir ou Cocteau et de belles découvertes italiennes, des films noirs en provenance des États-Unis aussi, ces jeunes amateurs de cinéma voyaient bien qu'il pouvait se faire autre chose et que la France ne suivait pas le pas.
Animés par un désir de cinéma qui se voulaient plus libre et bâti de nouvelles règles, sorti dans la rue et incarné par de jeunes acteurs/actrices affranchi d'un modèle social contemporain et complètement indifférent au concept familial, de jeunes "filmivores" allaient se concentrer vers 1952 d'abord comme critique de Cinéma dans la magazine Les Cahiers du Cinéma d'André Bazin.
Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jacques Rivette, Eric Rohmer. Claude Chabrol allaient bientôt signer des critiques de films, mais surtout coucher sur papier une vision du cinéma qu'ils ne voyaient pas sur les écrans français de la part des Français, à quelques exceptions près.
En 1954, Truffaut signe une politique des auteurs qui donne une réelle importance aux réalisateurs. Après une semaine de conversation et d'entrevue avec Alfred Hitchcock, L'animé Truffaut départage les cinéastes en deux clans (clans toujours existants de nos jours): les auteurs et les faiseurs.
En 1957, Eric Rohmer devient rédacteur en chef et quand le ministre de la culture André Malraux facilite les moyens de faire une tournage cinématographique, cette jeunesse qui grouille d'impatience prend la caméra et saute dans les rues de France.
Jacques Rivette, 30 ans en 1958, tournera 21 longs métrages, 7 court-métrages et mettra en scène au moins une pièce de théâtre. Il est toujours actif.
François Truffaut, 26 ans en 1958, tournera 26 films et sera aussi acteur dans 12 films, dont 8 des siens. Inspiré d'Hitchock, il fera un caméo dans presque tous ses films. Il meurt trop tôt en 1984.
Jean-Luc Godard, 30 ans en 1958, tournera plus de 100 films et court-métrage, tantôt tout seul, tantôt en équipe, toujours avec rage et une certaine arrogance. Il tourne toujours, gagnant le Prix du Jury l'an dernier à Cannes, partageant le prix avec notre Xavier Dolan. JLG est mon préféré du groupe et à sa mort je le pleurerai.
Claude Chabrol, 28 ans en 1958, tournera 58 films pour le cinéma, 26 films ou épisodes pour la télévision et sera aussi acteur dans 38 autres. Il est aussi l'auteur de 5 courts-métrage. Il décède en 2010.
Eric Rohmer, 38 ans en 1958, tournera 25 verbomoteurs films, 2 téléfilms, 19 documentaires, fera deux mise-en-scènes de théâtre, scénarisera le premier film de Godard et tournera aussi 12 court-métrage et demi (un reste inachevé). Il décède en 2010.
Jean-Claude Brialy est le tout premier comédien entièrement dévoué à 100% à la nouvelle vague. Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve et sa soeur Françoise Dorléac, Jeanne Moreau, Anna Karina, Brigitte Bardot, Alexandra Stewart, Anne Wiazemsky, Stéphane Audran, Claude Jade, Henri Serre, plus tard Isabelle Huppert chez Chabrol dans les années 70 et Sandirne Bonnaire chez Rivette dans les années 80 sont des acteurs et actrices mis en valeur par la nouvelle vague.
Non issus des Cahiers du Cinéma mais tout en fait en communion avec le mouvement de la nouvelle vague seront:
Agnès Varda, Jacques Démy, Jean Rouch, Jean Eustache, Jacques Rozier, Jean-Daniel Pollet, Chris Marker et Alain Resnais seront tous associés au mouvement. Claude Lelouch et Louis Malle voudraient bien y être aussi associés mais le premier est trop idiot et le second trop caractériel et se fait des ennemis chez les têtes aussi fortes que lui comme Godard.
Maurice Pialat ne passe pas au long métrage à temps pour y être intégré mais en sera nettement influencé et Jean-Pierre Melville est vu comme le grand frère de la Nouvelle-vague auquel on s'abreuve de conseils, mais duquel on s'affranchit.
Leur manière impulsive de tourner, écrire, monter, éclairer, mettre en scène, raconter révolutionnera le cinéma. Nous fera le repenser en tout cas.
Le fruit de la rencontre de tous ses jeunes cinéastes s'inscrit dans le contexte historique de l'époque et traduit, jusqu'aux années 80, les mouvements de société français, filmant dans les rues et en extérieur plutôt qu'en studio et avec des éclairages naturels au possible un genre qui donnera naissance aux styles des Bertrand Blier, Benoit Jacquot, André Téchiné, Claude Miller, Phillipe Garrel et autres cinéastes de nos jours.
Ce cinéma rebelle, en quête d'indépendance, souvent oisif, dont les héros n'ont aucunement peur d'enfreindre la loi m'aura beaucoup séduit.
Dans cette semaine consacrée entièrement au cinéma, je commence par un coup de coeur.
Nous serons pendant ce temps occupés cette semaine à l'extérieur du continent à marquer une rupture aux hurlevent, à faire les 440 coups à la plage question de ne plus rester à bout de souffle.
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