Mais qu'est-ce que...?
Je sais que j'ai le réflexe naturel quand les temps sont durs, d'aller me chercher (de m'acheter on s'entend) un peu de culture, question de rendre une partie de mon âme noire un peu plus lumineuse.
Généralement un livre ou un disque.
Mais rarement un film.
Voilà qu'en plaçant les yeux sur la gauche de mon écran d'ordinateur,je vois au loin dans ma biblitohèque une pile de...16 ! dvds. 4 blu-rays et 12 dvd réguliers. Achetés entre janvier et mars. Bien à moi. C'est dire les temps durs que mon corps a ressenti.
Ça devait être une angoisse nouvelle car habituellement comme je le disais, c'est du livre ou du disque. Que je ne consomme même pas tout de suite en général. Mais de les savoir là, prêt à être explorés, me suffit à me ramener une certaine joie de vivre inconsciente.
Ben j'ai fait la même chose avec ces films, docteure!
16 univers tous plus différents les uns des autres qui offraient, offrent encore cette possibilité de fuir sa réalité actuelle et de plonger dans celle d'un autre.
16 voyages non entamés.
Faux, j'ai vu tous ces films sauf 3. Je tiens à les revisiter. Aussi souvent que le besoin s'en fera sentir.
C'est ça le cinéma, des plongées en apnée dans un monde nouveau. Dans des sensations qui vous transportent comme un avion vous charrie d'un point à l'autre. Comme un climat vous fouette la peau d'un pays à un autre.
Et je sais que je n'ai pas payé une fortune pour ces films. 11.99$ le plus cher, j'ai gardé toutes les factures au cas où il y aurait un pépin. Et si il y en avait un, je me connais, je ne retournerais même pas le film, j'ai le muscle du retour faible. L'effet médical de ses achats avait fait son oeuvre lors de l'achat de toute façon.
Evil Dead, l'original, que je prévois apporter en vacances cet été en Ontario, pour l'écouter entre chummeys et chummettes.
Dune en blu-ray du maître Lynch dont j'ai déjà Twin Peaks saison I, Twin Peaks: Fire Walk With Me, Blue Velvet, Eraserhead, Mulhollnad Drive, Inland Empire et Lost Highway. J'aimerais bien trouver Wild at Heart, mon premier contact à vie avec Lynch, mais il semble retiré du marché.
Scarface de DePalma en blu-ray je me souviens l'avoir trouvé pour un pet de d'ssous de bras.
Fargo de Coen & Coen en blu-ray. pas plus que 7$.
Spartacus de Kubrick. Le seul que je n'ai pas vu. blu-ray aussi. 7$, trouvé dans la même pharmacie que Fargo.
The Great Beauty du Great Paolo Sorrentino, Diego Star et Les Manèges Humains, ces deux derniers tournés par des amis personnels. Voilà les trois films que je n'ai jamais vus, mais dont je fais entièrement confiance aux réalisateurs.
When We Were Kings docu magique.
Domicile Conjugal, Vivement Dimanche, L'Amour en Fuite de Truffaut, tous trouvés dans une épicerie pour 5$.
The Fearless Vampire Killers or Pardon Me But Your Teeth Are in My Neck de Roman Polanski. Dans le blizzard hivernal me souvenais même pas que j'avais acheté celui-là!
Lawrence of Arabia de David Lean, chef d'oeuvre de 227 minutes qui n'a pas une seconde de trop.
Boxcar Bertha, acheté contre un baiser soufflé, rare film de Scorcese que je n'ai pas vu parce que difficile à trouver (plus maintenant!).
Laurentie, Film québécois fameux qui questionne intelligemment le nationalisme Québécois. Pour moi, l'un des meilleurs films Québécois ever, mais difficile pour le public moyen. Inconfortable c'est certain. Un voyage en avion avec perturbations.
Le cinéma,
ce sera le voyage que je vous propose cette semaine à partir de demain, comme thème. 7 fois. pendant que nous serons justement ailleurs,
À oublier le stress des trois derniers mois.
À bientôt!
dimanche 5 avril 2015
samedi 4 avril 2015
Le Génocide Arménien
Disons d'emblée que la Turquie ne reconnait pas du tout l'un des tout premiers génocides du XXème siècle.
La population arménienne est d'environ deux millions cent mille personnes en Turquie à l'aube de la Première Guerre Mondiale. On avait même évoqué, face au poids du nombre qui était si important, une potentielle indépendance de l'Arménie. Les Turcs allaient à partir de ce moment, tricher les vrais chiffres afin de minimiser l'importance des arméniens dans leur population pour les oreilles internationales.
Le sultan de l'empire ottoman Abdülhamid II ne fait pas l'unanimité. Des poches de résistance se créées. Nait le CUP (Comité Union & Progrès) composé essentiellement de progressistes turcs appelés (encore aujourd'hui) "les Jeunes Turcs". Ceux-ci renverseront le sultan en 1908, noyant du même coup les projets d'indépendance de l'Arménie en discussion.
Le massacre d'Adana dès 1909 confirme d'emblée que les Jeunes-Turcs ne sont pas favorables au nationalisme Arménien.
Le sultan renversé, Abdulhamid avait lui aussi orchestré des massacres entre 1894 et 1896 contre le peuple arménien, en tuant quelques 200 000.
Le 1er novembre 1914, l'Empire Ottoman entre en guerre du côté Hitlérien, fatiguée d'être harcelée par les Allemands. Les Turcs sont toutefois extrêmement mal préparés et se présentent sans préparation de logistique, se faisant du coup écraser en janvier 1915. Le ministre de la guerre de l'Empire Ottoman cherche un bouc-émissaire et accuse les Arméniens de comploter avec les Russes. Les soldats arméniens sont les plus fréquents déserteurs de l'armée Turque, ce qui rend le doute plus pesant encore.
Les hauts dirigeants du CUP ordonnent l'extermination des Arméniens dans leur entièreté.
Présenté comme un "transfert de la population arménienne en temps de guerre", les Arméniens sont anéantis d'abord par petits groupes. En février, on désarme peu à peu tous les soldats arméniens et ont leur fait faire des travaux de voirie ou de transport. On élimine en premier les notables et les intellectuels arméniens de Constantinople. Ce sont entre 200 et 600 personnes qui sont arrêtées, puis qui disparaissent.
Les penseurs annihilés, le reste de la population, la plèbe, sera plus facile. De mai à juillet, dans les 7 provinces où habitent près d'un million d'Arméniens, l'Empire Ottoman répond au télégramme disant "Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici."
L'éloignement géographique des Arméniens de la frontière Russe, les disculpent complètement d'une possible collaboration avec eux. La vraisemblance d'une collaboration avec l'ennemie est caduque.
Peu importe, le monde a l'attention ailleurs. À la Première Grande Guerre.
On procède toujours de la même manière:
-Perquisitions dans les maisons des gens les plus importants et des religieux.
-Arrestations
-Tortures afin de leur faire avouer des complots ou des caches d'armes
-Déportation et exportation des prisonnier(e)s
-Publication d'un avis de déportation
-Séparation des sexes (les hommes seront exécutés dans et autour des villes, comme si ils s'y étaient battus)
-Les femmes et les enfants sont envoyés dans des foyers musulmans.
-Décimation de la part de ceux qui devaient les mener là où ils l'avaient promis.
Seules quelques milliers de personnes survivent à cette déportation. Environ 870 000 Arméniens convergent vers la Syrie où ils sont redirigés vers la Liban ou la Palestine pour y être installés dans des camps de concentration qui sont de véritables mouroirs. Ils meurent de faim, de soif, de maladies non soignées. En juillet 1916, le tiers des Arméniens, anciennement de Turquie sont exterminés.
Tout ça est plus ou moins caché au peuple Turc puisque survivront quelques 200 000 habitants de Constantinople ou de Smyrne, difficiles à supprimer sans attirer l'attention. Et 290 000 autres que les Russes et la Marine Française sauvent, alertés par les observateurs des États-Unis et du Canada sur place.
Il ne reste que des îlots de survie ici et là. Des femmes rééduquées dans des écoles islamiques, des enfants regroupés dans des orphelinat. Quelques miraculés cachés par des amis complices musulmans.
On parle d'un million et demi de morts. Exterminés. De tous âges.
Dès 1918, les principaux responsables du génocide se sont débarrassés de la plupart des documents compromettants sur le sujet. Le premier grand conflit mondial réglé, le monde entier se questionne maintenant sur ce qui se déroulait à l'arrière-scène en Turquie.
L'existence d'une "organisation spéciale" chez les Jeunes Turcs, une brigade de la mort rattachée au CUP, les inculpe. Les hauts dirigeants sont condamnés à mort même si ils ne reconnaissent rien.
En août 1920, un comité international regroupant l'Empire britannique, la France, le Japon, l'Italie ainsi que la Belgique, la Grèce, le Hedjaz, la Pologne, le Portugal, la Tchécoslovaquie et l'État Yougoslave (les Slovènes, les Croates et les Serbes) déclare que la Turquie reconnaît maintenant l'indépendance de l'Arménie.
Mais elle ne reconnaîtra jamais le génocide.
Dont les massacres prenaient officiellement part en avril il y a 100 ans.
La population arménienne est d'environ deux millions cent mille personnes en Turquie à l'aube de la Première Guerre Mondiale. On avait même évoqué, face au poids du nombre qui était si important, une potentielle indépendance de l'Arménie. Les Turcs allaient à partir de ce moment, tricher les vrais chiffres afin de minimiser l'importance des arméniens dans leur population pour les oreilles internationales.
Le sultan de l'empire ottoman Abdülhamid II ne fait pas l'unanimité. Des poches de résistance se créées. Nait le CUP (Comité Union & Progrès) composé essentiellement de progressistes turcs appelés (encore aujourd'hui) "les Jeunes Turcs". Ceux-ci renverseront le sultan en 1908, noyant du même coup les projets d'indépendance de l'Arménie en discussion.
Le massacre d'Adana dès 1909 confirme d'emblée que les Jeunes-Turcs ne sont pas favorables au nationalisme Arménien.
Le sultan renversé, Abdulhamid avait lui aussi orchestré des massacres entre 1894 et 1896 contre le peuple arménien, en tuant quelques 200 000.
Le 1er novembre 1914, l'Empire Ottoman entre en guerre du côté Hitlérien, fatiguée d'être harcelée par les Allemands. Les Turcs sont toutefois extrêmement mal préparés et se présentent sans préparation de logistique, se faisant du coup écraser en janvier 1915. Le ministre de la guerre de l'Empire Ottoman cherche un bouc-émissaire et accuse les Arméniens de comploter avec les Russes. Les soldats arméniens sont les plus fréquents déserteurs de l'armée Turque, ce qui rend le doute plus pesant encore.
Les hauts dirigeants du CUP ordonnent l'extermination des Arméniens dans leur entièreté.
Présenté comme un "transfert de la population arménienne en temps de guerre", les Arméniens sont anéantis d'abord par petits groupes. En février, on désarme peu à peu tous les soldats arméniens et ont leur fait faire des travaux de voirie ou de transport. On élimine en premier les notables et les intellectuels arméniens de Constantinople. Ce sont entre 200 et 600 personnes qui sont arrêtées, puis qui disparaissent.
Les penseurs annihilés, le reste de la population, la plèbe, sera plus facile. De mai à juillet, dans les 7 provinces où habitent près d'un million d'Arméniens, l'Empire Ottoman répond au télégramme disant "Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici."
L'éloignement géographique des Arméniens de la frontière Russe, les disculpent complètement d'une possible collaboration avec eux. La vraisemblance d'une collaboration avec l'ennemie est caduque.
Peu importe, le monde a l'attention ailleurs. À la Première Grande Guerre.
On procède toujours de la même manière:
-Perquisitions dans les maisons des gens les plus importants et des religieux.
-Arrestations
-Tortures afin de leur faire avouer des complots ou des caches d'armes
-Déportation et exportation des prisonnier(e)s
-Publication d'un avis de déportation
-Séparation des sexes (les hommes seront exécutés dans et autour des villes, comme si ils s'y étaient battus)
-Les femmes et les enfants sont envoyés dans des foyers musulmans.
-Décimation de la part de ceux qui devaient les mener là où ils l'avaient promis.
Seules quelques milliers de personnes survivent à cette déportation. Environ 870 000 Arméniens convergent vers la Syrie où ils sont redirigés vers la Liban ou la Palestine pour y être installés dans des camps de concentration qui sont de véritables mouroirs. Ils meurent de faim, de soif, de maladies non soignées. En juillet 1916, le tiers des Arméniens, anciennement de Turquie sont exterminés.
Tout ça est plus ou moins caché au peuple Turc puisque survivront quelques 200 000 habitants de Constantinople ou de Smyrne, difficiles à supprimer sans attirer l'attention. Et 290 000 autres que les Russes et la Marine Française sauvent, alertés par les observateurs des États-Unis et du Canada sur place.
Il ne reste que des îlots de survie ici et là. Des femmes rééduquées dans des écoles islamiques, des enfants regroupés dans des orphelinat. Quelques miraculés cachés par des amis complices musulmans.
On parle d'un million et demi de morts. Exterminés. De tous âges.
Dès 1918, les principaux responsables du génocide se sont débarrassés de la plupart des documents compromettants sur le sujet. Le premier grand conflit mondial réglé, le monde entier se questionne maintenant sur ce qui se déroulait à l'arrière-scène en Turquie.
L'existence d'une "organisation spéciale" chez les Jeunes Turcs, une brigade de la mort rattachée au CUP, les inculpe. Les hauts dirigeants sont condamnés à mort même si ils ne reconnaissent rien.
En août 1920, un comité international regroupant l'Empire britannique, la France, le Japon, l'Italie ainsi que la Belgique, la Grèce, le Hedjaz, la Pologne, le Portugal, la Tchécoslovaquie et l'État Yougoslave (les Slovènes, les Croates et les Serbes) déclare que la Turquie reconnaît maintenant l'indépendance de l'Arménie.
Mais elle ne reconnaîtra jamais le génocide.
Dont les massacres prenaient officiellement part en avril il y a 100 ans.
vendredi 3 avril 2015
Manoelo Candido Pinto de Oliveira (1911-2015)
Drôle de coup du sort, alors que je m'apprête à vous consacrer une semaine entière consacré au 7ème art, voilà qu'un des ses artisans, qui en avait presque l'âge, trépasse.
Né à Porto au Portugal de parents riches propriétaires de terrains et industriels, il veut adolescent devenir acteur. Ses parents l'amenait voir des films de Chaplin et de Max Linder, mais ce sont les techniques de D.W.Griffiths , Eric Von Stroheim, Sergei Eisenstein ou Carl Dreyer qui l'impressionnent davantage. Il se permet le luxe, bourgeoisie aidant, d'être coureur automobile.
Il tente de faire un film sur l'implication portugaise dans la Première Grande Guerre mais manque de moyens. Il sera plutôt comédien, à 20 ans, comme figurant, dans un film de Rino Lupo. Il découvre le documentaire par un film de Walther Ruttmann. Il copie donc le style avec un premier effort sur sa ville dePorto et la rivière de Douro qui la fait vivre. Deux ans plus tard, il est acteur dans l'un des premiers films parlant qui soit issu du Portugal.
Sous le régime autoritaire d'Antonio Salazar, il peine pendant 10 ans à faire des films et doit se contenter de lancer des courts-métrages documentaires. Il travaille aussi dans les entreprises familiales afin de survivre financièrement.
15 ans après son premier film sur grand écran, De Oliveira tourne un premier film de fiction en 1942. Le film est mal reçu car il met en scène des enfants qui trichent, mentent et volent. De Oliveira se décourage et se tourne vers un travail de vignoble auprès de son épouse qui a hérité de plantations de vignes.
Il tourne tout de même 11 documentaires entre 1931 et 1963.
Il tourne son second film de fiction (semi documentaire toutefois), 21 ans après le premier. Le film lui vaut des accolades, il tourne donc aussitôt un court-métrage critique du régime de Salazar. Ceci l'emmène droit en prison pour 10 jours et le freine dans ses élans de création. Il tournera seulement 2 courts documentaires sur les 9 années suivantes.
Se trouvant des affinités davantage avec Luis Bunuel qu'avec quiconque au Portugal, il reprend la caméra dans les années 70. Il a alors plus de 60 ans. Salazar meurt en 1968 et la révolution des oeillets de 1974, fait basculer le pouvoir au Portugal. Ironiquement, les films de Manoelo de Oliveira, trois dans les années 70, connaissent beaucoup de succès non seulement au Portugal mais les festivals internationaux s'intéressent aussi à lui. Ironique parce qu'au niveau personnel, sa famille se tenait du côté de la bourgeoisie et la fortune familiale est liquidée par la révolution. De Oliveira, comme Bunuel, critique beaucoup la bourgeoisie dans ses films.
Au début des années 80, il complète sa tétralogie (4 films) des amours frustrés avec Francisca. Il tourne ensuite trois documentaires et s'ouvre sur sa propre famille dans ses sujets de films. En 1985 il adapte Paul Claudel dans un ambitieux film de 7 heures (!). Il revient à plus gore et plus "Bunuelesque" dès 1988.
Il a 80 ans quand ses films deviennent aussi ponctuels qu'un film de Woody Allen. À partir de 1990, il tournera un film par année, parfois 2 (en 2001, 2002, 2005, 2006, 2007, 2008 et 2010 ) jusqu'en 2010. Réalisant son dernier (de fiction) en 2012. Parmi ceux-ci, une suite au film culte de Bunuel Belle de Jour.
Il tournera aussi en parallèle 10 documentaires de 2002 à l'an dernier.
Réalisant l'essentiel de son oeuvre passé 60 ans et encore davantage passé 80, il aura tourné avec Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Marcello Mastroianni et John Malkovich. Dans ses films, les dialogues et la musique prennent une place prépondérante dans la narration, lente et statique, tel un documentaire, avec de longs plans fixes semblables à des tableaux. Un de ses fils sera d'ailleurs peintre. Les lents mouvements de caméra de Maneolo de Oliveira font écho à la lenteur du rythme de vie de sa ville natale de Porto.
Il avait encore un projet de film en tête, L'Église du Diable, malgré ses extraordinaires 106 ans.
"Je préfère être considéré comme un grand pêcheur plutôt que comme un bon catholique" dira-t-il de lui et de son oeuvre.
Le Portugal perd l'un de ses plus prestigieux ambassadeurs cinématographique hier.
Respeito para o Grande sonhador!
Il tente de faire un film sur l'implication portugaise dans la Première Grande Guerre mais manque de moyens. Il sera plutôt comédien, à 20 ans, comme figurant, dans un film de Rino Lupo. Il découvre le documentaire par un film de Walther Ruttmann. Il copie donc le style avec un premier effort sur sa ville dePorto et la rivière de Douro qui la fait vivre. Deux ans plus tard, il est acteur dans l'un des premiers films parlant qui soit issu du Portugal.
Sous le régime autoritaire d'Antonio Salazar, il peine pendant 10 ans à faire des films et doit se contenter de lancer des courts-métrages documentaires. Il travaille aussi dans les entreprises familiales afin de survivre financièrement.
15 ans après son premier film sur grand écran, De Oliveira tourne un premier film de fiction en 1942. Le film est mal reçu car il met en scène des enfants qui trichent, mentent et volent. De Oliveira se décourage et se tourne vers un travail de vignoble auprès de son épouse qui a hérité de plantations de vignes.
Il tourne tout de même 11 documentaires entre 1931 et 1963.
Il tourne son second film de fiction (semi documentaire toutefois), 21 ans après le premier. Le film lui vaut des accolades, il tourne donc aussitôt un court-métrage critique du régime de Salazar. Ceci l'emmène droit en prison pour 10 jours et le freine dans ses élans de création. Il tournera seulement 2 courts documentaires sur les 9 années suivantes.
Se trouvant des affinités davantage avec Luis Bunuel qu'avec quiconque au Portugal, il reprend la caméra dans les années 70. Il a alors plus de 60 ans. Salazar meurt en 1968 et la révolution des oeillets de 1974, fait basculer le pouvoir au Portugal. Ironiquement, les films de Manoelo de Oliveira, trois dans les années 70, connaissent beaucoup de succès non seulement au Portugal mais les festivals internationaux s'intéressent aussi à lui. Ironique parce qu'au niveau personnel, sa famille se tenait du côté de la bourgeoisie et la fortune familiale est liquidée par la révolution. De Oliveira, comme Bunuel, critique beaucoup la bourgeoisie dans ses films.
Au début des années 80, il complète sa tétralogie (4 films) des amours frustrés avec Francisca. Il tourne ensuite trois documentaires et s'ouvre sur sa propre famille dans ses sujets de films. En 1985 il adapte Paul Claudel dans un ambitieux film de 7 heures (!). Il revient à plus gore et plus "Bunuelesque" dès 1988.
Il a 80 ans quand ses films deviennent aussi ponctuels qu'un film de Woody Allen. À partir de 1990, il tournera un film par année, parfois 2 (en 2001, 2002, 2005, 2006, 2007, 2008 et 2010 ) jusqu'en 2010. Réalisant son dernier (de fiction) en 2012. Parmi ceux-ci, une suite au film culte de Bunuel Belle de Jour.
Il tournera aussi en parallèle 10 documentaires de 2002 à l'an dernier.
Réalisant l'essentiel de son oeuvre passé 60 ans et encore davantage passé 80, il aura tourné avec Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Marcello Mastroianni et John Malkovich. Dans ses films, les dialogues et la musique prennent une place prépondérante dans la narration, lente et statique, tel un documentaire, avec de longs plans fixes semblables à des tableaux. Un de ses fils sera d'ailleurs peintre. Les lents mouvements de caméra de Maneolo de Oliveira font écho à la lenteur du rythme de vie de sa ville natale de Porto.
Il avait encore un projet de film en tête, L'Église du Diable, malgré ses extraordinaires 106 ans.
"Je préfère être considéré comme un grand pêcheur plutôt que comme un bon catholique" dira-t-il de lui et de son oeuvre.
Le Portugal perd l'un de ses plus prestigieux ambassadeurs cinématographique hier.
Respeito para o Grande sonhador!
jeudi 2 avril 2015
Le Jeu des Contraires
Je ne sais trop pourquoi mais à l'entrepôt, les collègues masculins m'appellent "Jones" et les collègues féminines m'appellent "Hunter".
"Hunter, t'as écouté la finale de Walking Dead hier?"
C'était Mégane. C'est chien, mais Mégane c'est un PVC.
Un Préjugé Vivant Confirmé.
Elle est grande, assez jolie, mannequin à temps partiel, et de manière affreusement clichée, elle est aussi trrrrrrrrrrrès gnochonne. Sotte. Peu stimulée intellectuellement.
Je ne sais trop ce qui se cache dans la voix des gens, mais quelque fois c'est excessivement révélateur. Mégane a la voix d'une fille de très peu d'intelligence. Quand elle rit, c'est pire. Une voix atrrrrrrrrrrrrrrrrroce. La voix qu'ils ont donné au personnage d'Ariana Grande en français dans son émission sur Canal Famille. Et comme elle est belle, tous les mâles essaient de la faire rire. Elle rit donc beaucoup. Surtout de choses pas drôles. Et ça m'énerve. La rumeur veut aussi qu'elle ait le béguin pour moi, alors que j'ai facilement 21 ans de plus qu'elle. Ça aussi ça m'énerve. Finalement, tout le monde ne cesse de me parler de ses photos de mannequins qu'elle place sur Facebook pour les magazines de bikini pour laquelle elle pose. Je ne vais PAS sur Facebook, que je m'entête à leur expliquer. J'ai mieux à faire.
Mégane est une ressource inépuisable d'irritations à l'entrepôt. Elle savait que mon fils et moi, à la demande de mon fils, avons commencé, il y a peu longtemps à visionner ensemble la série The Walking Dead. Elle savait aussi que nous en sommes tout juste au milieu de la saison 2. Alors pourquoi me demander si j'ai écouté la veille l'épisode final de la saison 5? Peu importe l'ascenseur du soupir profond qui montait en moi, j'ai tout simplement répondu "non".
"Oh! wow!"
"Ne me dis rien, tu le sais je n'en suis qu'à la seconde saison que j'écoute avec mon garçon, je ne suis pas rendu tellement loin encore, je ne veux pas gâcher mon plaisir!"
"Je ne dirai rien, je ne dirai rien, je ne te dirai que c'est tout simplement malade!"
"Voilà! t'as tout gâché! je sais maintenant la fin! ils seront tous contaminés, tu m'as vendu le punch!"
"Moi? mais...mais non!...pourquoi?"
"Tu m'as dit que c'était malade! t'as vendu le punch! mange tes muffins!"
Mégane mange toujours deux mini muffins à la première pause de la nuit.
"J'ai pas envie de mes muffins j'ai envie d'un morceau de ton sandwich, Daddy Jones"
J'ai eu un léger malaise.
"Daddy Jones? what the fuck?"
"Quoi? T'aimes pas ça que je t'appelles Daddy Jones? c'est juste pour rire"
"Ça me rend inconfortable"
"Quuuuuuuuoi? tu y vois quelque chose de sexuel?"
"Non, mais maintenant que t'en parles, ça rend la chose sexuelle et c'est pire."
J'ai vu dans son oeil quelque chose changer. Comme si il passait du bleu au brun, activé par un levier du cerveau.
"T'es PAS con"
Je ne savais trop quoi répondre à cette réplique inutile. Je n'ai rien dit.
"Je ne vais PAS manger mes muffins" a-t-elle dit avant de les manger. Je lui ai lancé le regard du gars qui doit résoudre un problème de trigonométrie en chinois.
"C'est...euh...ce n'est PAS le jour des contraires" a-t-elle poursuivi.
"Hein? Tais-to...euh! non...parles et ne manges PAS pendant ta pause"
"Le jeu des contraires? tu joues au jeu des contraires? comme on le faisait au primaire?"
"Moi je le faisais au secondaire...euh! je n'y jouais PAS au secondaire"
"Ah c'était tout aussi mature..."
"Je vais t'ignorer pour le...non! je ne vais PAS t'ignorer pour le reste de la journée..."
Son cerveau, aussi petit soit-il surchauffait. Son propre jeu était trop compliqué pour elle, j'ai choisi d'embarquer dans sa chaloupe.
"Pas de problèmes avec ça, ignores-moi si tu veux, je te laisse avec une dernière pensée toutefois, tu as un vagin et j'ai un pénis, ne l'oublie pas"
"Non! j'ai un pénis et tu as un vagin!"
"Faux! j'ai un pénis et tu as un vadge"
"J'ai un pénis! J'AI-UN-PÉNIS" insista-t-elle, alors que je terminais de la filmer avec mon iphone.
Plus tard en journée, j'allai sur Facebook.
"Hunter, t'as écouté la finale de Walking Dead hier?"
C'était Mégane. C'est chien, mais Mégane c'est un PVC.
Un Préjugé Vivant Confirmé.
Elle est grande, assez jolie, mannequin à temps partiel, et de manière affreusement clichée, elle est aussi trrrrrrrrrrrès gnochonne. Sotte. Peu stimulée intellectuellement.
Je ne sais trop ce qui se cache dans la voix des gens, mais quelque fois c'est excessivement révélateur. Mégane a la voix d'une fille de très peu d'intelligence. Quand elle rit, c'est pire. Une voix atrrrrrrrrrrrrrrrrroce. La voix qu'ils ont donné au personnage d'Ariana Grande en français dans son émission sur Canal Famille. Et comme elle est belle, tous les mâles essaient de la faire rire. Elle rit donc beaucoup. Surtout de choses pas drôles. Et ça m'énerve. La rumeur veut aussi qu'elle ait le béguin pour moi, alors que j'ai facilement 21 ans de plus qu'elle. Ça aussi ça m'énerve. Finalement, tout le monde ne cesse de me parler de ses photos de mannequins qu'elle place sur Facebook pour les magazines de bikini pour laquelle elle pose. Je ne vais PAS sur Facebook, que je m'entête à leur expliquer. J'ai mieux à faire.
Mégane est une ressource inépuisable d'irritations à l'entrepôt. Elle savait que mon fils et moi, à la demande de mon fils, avons commencé, il y a peu longtemps à visionner ensemble la série The Walking Dead. Elle savait aussi que nous en sommes tout juste au milieu de la saison 2. Alors pourquoi me demander si j'ai écouté la veille l'épisode final de la saison 5? Peu importe l'ascenseur du soupir profond qui montait en moi, j'ai tout simplement répondu "non".
"Oh! wow!"
"Ne me dis rien, tu le sais je n'en suis qu'à la seconde saison que j'écoute avec mon garçon, je ne suis pas rendu tellement loin encore, je ne veux pas gâcher mon plaisir!"
"Je ne dirai rien, je ne dirai rien, je ne te dirai que c'est tout simplement malade!"
"Voilà! t'as tout gâché! je sais maintenant la fin! ils seront tous contaminés, tu m'as vendu le punch!"
"Moi? mais...mais non!...pourquoi?"
"Tu m'as dit que c'était malade! t'as vendu le punch! mange tes muffins!"
Mégane mange toujours deux mini muffins à la première pause de la nuit.
"J'ai pas envie de mes muffins j'ai envie d'un morceau de ton sandwich, Daddy Jones"
J'ai eu un léger malaise.
"Daddy Jones? what the fuck?"
"Quoi? T'aimes pas ça que je t'appelles Daddy Jones? c'est juste pour rire"
"Ça me rend inconfortable"
"Quuuuuuuuoi? tu y vois quelque chose de sexuel?"
"Non, mais maintenant que t'en parles, ça rend la chose sexuelle et c'est pire."
J'ai vu dans son oeil quelque chose changer. Comme si il passait du bleu au brun, activé par un levier du cerveau.
"T'es PAS con"
Je ne savais trop quoi répondre à cette réplique inutile. Je n'ai rien dit."Je ne vais PAS manger mes muffins" a-t-elle dit avant de les manger. Je lui ai lancé le regard du gars qui doit résoudre un problème de trigonométrie en chinois.
"C'est...euh...ce n'est PAS le jour des contraires" a-t-elle poursuivi.
"Hein? Tais-to...euh! non...parles et ne manges PAS pendant ta pause"
"Le jeu des contraires? tu joues au jeu des contraires? comme on le faisait au primaire?"
"Moi je le faisais au secondaire...euh! je n'y jouais PAS au secondaire"
"Ah c'était tout aussi mature..."
"Je vais t'ignorer pour le...non! je ne vais PAS t'ignorer pour le reste de la journée..."
Son cerveau, aussi petit soit-il surchauffait. Son propre jeu était trop compliqué pour elle, j'ai choisi d'embarquer dans sa chaloupe.
"Pas de problèmes avec ça, ignores-moi si tu veux, je te laisse avec une dernière pensée toutefois, tu as un vagin et j'ai un pénis, ne l'oublie pas"
"Non! j'ai un pénis et tu as un vagin!"
"Faux! j'ai un pénis et tu as un vadge"
"J'ai un pénis! J'AI-UN-PÉNIS" insista-t-elle, alors que je terminais de la filmer avec mon iphone.
Plus tard en journée, j'allai sur Facebook.
mercredi 1 avril 2015
10 Films des Années 30
Le Cinéma est/fût/est encore une passion chez moi.
Le Cinéma je le vis avec un grand C.
Je l'ai étudié, écrit, tourné, visionné, incarné, vécu et la rupture n'aura jamais été totale quand j'ai choisi de faire des choix versant dans le familial à l'aube des années 2000.
Ce qui m'a aussi rendu moins tolérant quand je vois des films mal travaillés. Rien ne m'impressionne plus qu'une bonne histoire. Ce qui ne m'empêche pas de m'extasier devant des films comme Sin City. Mais qui m'éloigne de tout Besson, qui tourne peut-être pas si mal mais écrit comme un ado de 14 ans.
Je consomme encore aujourd'hui, depuis 2009 je dirais, beaucoup beaucoup de films. La plupart du temps seul. Et à des moments où je choisi de voyager dans la tête d'un auteur, d'un univers, d'une texture mentale, où je choisis de me prêter pendant 90, 100, 120 ou 160 minutes dans une proposition qui me transportera ailleurs ou me passera 100 pieds au dessus de la tête.
Je baigne dans le cinéma comme on lirait un journal de la première à la dernière page. Je me laisse emporter, parfois entre 6 et 8 le matin. D'autres fois, à la place de dormir en jeune après-midi après une nuit de travail.
Je plonge avec bonheur dans les univers d'auteurs.
J'aime les histoires.
J'aimes les images.
J'aime les idées.
Les trois ensemble ça donne du Cinéma.
Une fois par mois, en ouverture de celui-ci et jusqu'à la fin de l'année, je vous propose 10 films, pas obligatoirement les meilleurs, qui m'ont parlé quand je les ai visionnés. Il est possible que les films semblent concentrés sur des productions d'Amérique, mais étant américain, il ne faudra pas trop m'en tenir rigueur.
Je n'ai aussi pas tout vu quand même...
Voici 10 films des années 30 qui m'ont nourri de manière enrichissante.
Der Blaue Engel (L'Ange Bleu) 1930. Allemagne.
Josef Von Sternerg & Marlène Dietrich tourneront 6 films ensemble entre 1930 et 1935. Le premier de ceux-ci raconte l'histoire d'un digne enseignant de l'Allemagne de 1925 sombrant dans la mélancolie puis dans la clownerie avant de s'humilier publiquement au contact d'une sensuelle artiste de cabaret. Emil Jannings (incarnant le professeur) avait travaillé avec Sternberg sur son dernier film et les deux s'étaient brouillés. Ils se réconcilient toutefois pour le projet et tout le monde tourne toute les scènes deux fois, une fois en allemand, une fois en anglais, car on croit, à juste raison, à une belle carrière internationale pour le film. Ce n'était pas inhabituel à cette époque car le doublage était techniquement très compliqué, coûteux ou tout simplement inexistant. Käthe Haack est signée pour jouer l'artiste de cabaret qui fait fondre le coeur du professeur Rath, mais à la découverte de la jeune Marlène Dietrich, Sternberg la remplace aussitôt par la démone blonde. Marlène fera un malheur. Tellement, que Jannings réalise qu'il est complètement à l'ombre de la star naissante. Il menace de l'étrangler sur le plateau et de foutre le bordel. Ironiquement, la carrière de Jannings suit le parcours de son personnage après le film. Il sombre dans la mélancolie. Quand Sternberg et Dietrich arrivent à New York pour faire la promotion du film qui réinvente la femme fatale sur grand écran.
Gone With The Wind. 1939. États-Unis.
Le livre de Margaret Mitchell racontant des épisodes de la guerre de sécession dans le sud des États-Unis est déjà récipiendaire du prestigieux Prix Pultizer quand la production commence à recruter des jeunes femmes afin de trouver la bonne Scarlet O'Hara. C'est Vivien Leigh qui héritera du rôle entre 1400 candidates. Clark Gable sera Rhett Butler. Lancé en grande pompe en septembre 1939, le film recevra un accueil mitigé des critiques mais raflera 10 Oscars sur une possibilité de 15 établissant alors un record. Film d'amour et de guerre en (rare) couleur, il essuie aussi quelques critiques de la part des communautés noires alors qu'il semble glorifier l'esclavage, bien que l'on ait tout simplement voulu adéquatement représenter la culture sociétaire des années 1860, époque où l'esclavage dans le Sud n'était pas encore complètement mal vu.
L'Atalante. 1934. France.
Juliette épouse un marinier mais la vie à bord de la péniche L'Atalante l'ennuie et elle veut découvrir Paris. Elle le fait avec la complicité d'un camelot de passage. Son époux tombe en dépression, mais l'excentrique Père Jules, qui rendait la vie si compliquée sur le bateau devient réconciliateur et ramènera tout le monde à bord. Michel Simon est le père Jules, Dita Parlo, Juliette, Jean Dasté, son mari et Gilles Margaritis le camelot. Jacques Prévert, alors jeune auteur surréaliste itinérant incarne dans le film une silhouette, son jeune frère incarne furtivement le voleur. Jean Vigo réalise. La poésie de certaines scènes est rare pour l'époque. Plusieurs scènes du fameux film d'Emir Kusturica Underground sont directement inspirées de ce film de Vigo. Les brillantes scènes de mariage entre autre et celles sous-marines.
City Lights. 1931. États-Unis.
La richesse n'étant pas à priori un état perceptible par d'autre sens que la vue, Charlie Chaplin fait preuve de génie, dans un média où il ne fait pas appel au son direct non plus, pour faire comprendre des quiproquos drôles, originaux, et crédibles. Chaplin s'auto référence en reprenant des scènes d'un de ses courts-métrages britannique (vers 22:21) et les enrichi davantage dans ce film qui raconte que l'amour est insensible au statut social. Charlie est clochard comme toujours et la jeune fleuriste aveugle de 20 ans est incarnée par Virginia Cherrill. dont les parents suivent tout le tournage, non rassurés du libidineux Chaplin qui lui fait faire son baptême du cinéma.
The Wizard of Oz. 1939. États-Unis.
Victor Fleming, Mervin LeRoy, King Vidor, George Cukor et Richard Thorpe seront tour à tour les réalisateurs des aventures de Dorothy, de l'épouvantail, du lion, de l'homme de fer-blanc et du magicien d'Oz. La première plonge dans son monde imaginaire quand le monde réel la déçoit amèrement, le second doit se trouver un cerveau, le troisième du courage et l'autre un coeur. Seul le magicien d'Oz, au terme d'une longue épopée les faisant passer par la route aux briques jaunes, pourra combler leur manque à chacun. Mais la méchante sorcière de l'Ouest n'aime pas Dorothy et ses amis et leur mettra des bâtons dans les roues à tout moment. Féérie, musique, couleurs. fantaisie, cauchemars aussi. Buddy Ebsen, qui avait hérité du rôle de l'épouvantail, voit le comédien Ray Bolger se rendre au bureau de Louis B.Mayer et le convaincre que c'est LUI qui devrait jouer l'épouvantail et Ebsen l'homme de fer-blanc et non l'inverse. Ebsen accepte alors le rôle de l'homme de fer-blanc sans réchigner, conscient qu'il s'agit d'un super projet qui le lancera à Hollywood. Toutefois son costume demande d'abord de se faire poser du vrai aluminium dont les résidus se logent dans ses poumons et l'envoient directement à l'hôpital. Incapable de récupérer à temps pour le tournage, il est remplacé par Jack Haley qui aura une pâte d'aluminium sur le visage et non du vrai aluminium.
Modern Times. 1936. États-Unis.
La hantise de Charlie Chaplin des progrès technologique lui aura fait créer l'un des plus merveilleux films comique "muet". À la fois commentaire critique sur la société de plus en plus industrielle et portrait de l'état des gens pendant la Grande Dépression, le dernier film "muet" de Chaplin est ponctué de trouvailles visuelles toujours intéressantes et introduit sur grand écran pour la première fois sérieusement l'adorable Paulette Goddard. Si "muet" est continuellement écrit entre guillemets de ma part c'est que Charlie y chante pour la première fois. On entend donc sa voix aussi, pour la première fois. Il nous l'offre dans une langue inventée, comme pour nous narguer: oui j'utilise le son, mais avec, je fais le con. Bidonnant.
Duck Soup. 1933. États-Unis.
Dernier film tourné avec les 4 anarchiques frères Marx à l'image, cette histoire de guerre entre les fictifs pays de Freedonia et de Sylvania était tout en fait en communion avec ce qui se tramait en Allemagne Nazie au même moment. Les annexions des frères Marx étant nettement plus amusantes mais tout aussi absurdes. Certaines scènes resteront tout simplement magiques. Les frères Marx étaient nettement en avance sur leur époque.
La Règle du Jeu. 1939. France.
Second fils du peintre Auguste Renoir, Jean, qui est aussi, co-scénariste et acteur en plus de réaliser ici, nous dépeint les moeurs de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie ainsi que les domestiques qui les servent avec un humour et une subtilité qui font de ce film un bijou. Deux ans avant ce film, Renoir avait réalisé l'un des plus fins films de guerre jamais tournés. Montrant à nouveau que les intouchables sont les nobles et que les plus simples sont toujours les victimes. Mais aussi les plus vrais. Et toujours les plus courageux, Les rapprochant ainsi d'une certaine noblesse aussi. Renoir était intelligent et sur pellicule, ça donnait du délice. Merci la vie pour Jean Renoir.
M-Eine Stadt Sucht Einen Mörder. 1931. Allemagne.
Adapté de Bram Stoker, ce chef d'oeuvre à la fois gothique, machiavélique et impressionniste, raconte l'hystérie répandue dans une grande ville allemande par un tueur d'enfants. 117 minutes de tension habilement bâtie par le maître Fritz Lang qui est à trois ans de s'expatrier en France avant de s'établir aux États-Unis. L'oeuvre de ce cinéaste, tournant le meilleur de lui-même dans l'un des pays le plus trouble des années 30, sera continuellement composée des thèmes de la vengeance, de la mort, du surhomme, de la soif du pouvoir et surtout du double, traits de personnalité presque obligatoire chez les allemands dans le sillon du nazisme en pleine croissance. Premier film parlant de M.Lang, le film sera aussi un rôle terrible pour l'acteur Peter Lorre, si convaincant dans le rôle d'un prétendu pédophile mais certain meurtrier infantile, ne sera jamais capable de se trouver de rôles plus sympathiques ailleurs.
Humour, horreur, critique sociale, mise en abîme, femme fatale, fantaisie, besoin d'évasion, amour & guerre et les trois plus amusants frères.
Tout pour me plaire.
Le Cinéma je le vis avec un grand C.
Je l'ai étudié, écrit, tourné, visionné, incarné, vécu et la rupture n'aura jamais été totale quand j'ai choisi de faire des choix versant dans le familial à l'aube des années 2000.
Ce qui m'a aussi rendu moins tolérant quand je vois des films mal travaillés. Rien ne m'impressionne plus qu'une bonne histoire. Ce qui ne m'empêche pas de m'extasier devant des films comme Sin City. Mais qui m'éloigne de tout Besson, qui tourne peut-être pas si mal mais écrit comme un ado de 14 ans.
Je baigne dans le cinéma comme on lirait un journal de la première à la dernière page. Je me laisse emporter, parfois entre 6 et 8 le matin. D'autres fois, à la place de dormir en jeune après-midi après une nuit de travail.
Je plonge avec bonheur dans les univers d'auteurs.
J'aime les histoires.
J'aimes les images.
J'aime les idées.
Les trois ensemble ça donne du Cinéma.
Une fois par mois, en ouverture de celui-ci et jusqu'à la fin de l'année, je vous propose 10 films, pas obligatoirement les meilleurs, qui m'ont parlé quand je les ai visionnés. Il est possible que les films semblent concentrés sur des productions d'Amérique, mais étant américain, il ne faudra pas trop m'en tenir rigueur.
Je n'ai aussi pas tout vu quand même...
Voici 10 films des années 30 qui m'ont nourri de manière enrichissante.
Der Blaue Engel (L'Ange Bleu) 1930. Allemagne.
Josef Von Sternerg & Marlène Dietrich tourneront 6 films ensemble entre 1930 et 1935. Le premier de ceux-ci raconte l'histoire d'un digne enseignant de l'Allemagne de 1925 sombrant dans la mélancolie puis dans la clownerie avant de s'humilier publiquement au contact d'une sensuelle artiste de cabaret. Emil Jannings (incarnant le professeur) avait travaillé avec Sternberg sur son dernier film et les deux s'étaient brouillés. Ils se réconcilient toutefois pour le projet et tout le monde tourne toute les scènes deux fois, une fois en allemand, une fois en anglais, car on croit, à juste raison, à une belle carrière internationale pour le film. Ce n'était pas inhabituel à cette époque car le doublage était techniquement très compliqué, coûteux ou tout simplement inexistant. Käthe Haack est signée pour jouer l'artiste de cabaret qui fait fondre le coeur du professeur Rath, mais à la découverte de la jeune Marlène Dietrich, Sternberg la remplace aussitôt par la démone blonde. Marlène fera un malheur. Tellement, que Jannings réalise qu'il est complètement à l'ombre de la star naissante. Il menace de l'étrangler sur le plateau et de foutre le bordel. Ironiquement, la carrière de Jannings suit le parcours de son personnage après le film. Il sombre dans la mélancolie. Quand Sternberg et Dietrich arrivent à New York pour faire la promotion du film qui réinvente la femme fatale sur grand écran.
Gone With The Wind. 1939. États-Unis.
Le livre de Margaret Mitchell racontant des épisodes de la guerre de sécession dans le sud des États-Unis est déjà récipiendaire du prestigieux Prix Pultizer quand la production commence à recruter des jeunes femmes afin de trouver la bonne Scarlet O'Hara. C'est Vivien Leigh qui héritera du rôle entre 1400 candidates. Clark Gable sera Rhett Butler. Lancé en grande pompe en septembre 1939, le film recevra un accueil mitigé des critiques mais raflera 10 Oscars sur une possibilité de 15 établissant alors un record. Film d'amour et de guerre en (rare) couleur, il essuie aussi quelques critiques de la part des communautés noires alors qu'il semble glorifier l'esclavage, bien que l'on ait tout simplement voulu adéquatement représenter la culture sociétaire des années 1860, époque où l'esclavage dans le Sud n'était pas encore complètement mal vu.
L'Atalante. 1934. France.
Juliette épouse un marinier mais la vie à bord de la péniche L'Atalante l'ennuie et elle veut découvrir Paris. Elle le fait avec la complicité d'un camelot de passage. Son époux tombe en dépression, mais l'excentrique Père Jules, qui rendait la vie si compliquée sur le bateau devient réconciliateur et ramènera tout le monde à bord. Michel Simon est le père Jules, Dita Parlo, Juliette, Jean Dasté, son mari et Gilles Margaritis le camelot. Jacques Prévert, alors jeune auteur surréaliste itinérant incarne dans le film une silhouette, son jeune frère incarne furtivement le voleur. Jean Vigo réalise. La poésie de certaines scènes est rare pour l'époque. Plusieurs scènes du fameux film d'Emir Kusturica Underground sont directement inspirées de ce film de Vigo. Les brillantes scènes de mariage entre autre et celles sous-marines.
City Lights. 1931. États-Unis.
La richesse n'étant pas à priori un état perceptible par d'autre sens que la vue, Charlie Chaplin fait preuve de génie, dans un média où il ne fait pas appel au son direct non plus, pour faire comprendre des quiproquos drôles, originaux, et crédibles. Chaplin s'auto référence en reprenant des scènes d'un de ses courts-métrages britannique (vers 22:21) et les enrichi davantage dans ce film qui raconte que l'amour est insensible au statut social. Charlie est clochard comme toujours et la jeune fleuriste aveugle de 20 ans est incarnée par Virginia Cherrill. dont les parents suivent tout le tournage, non rassurés du libidineux Chaplin qui lui fait faire son baptême du cinéma.
The Wizard of Oz. 1939. États-Unis.
Victor Fleming, Mervin LeRoy, King Vidor, George Cukor et Richard Thorpe seront tour à tour les réalisateurs des aventures de Dorothy, de l'épouvantail, du lion, de l'homme de fer-blanc et du magicien d'Oz. La première plonge dans son monde imaginaire quand le monde réel la déçoit amèrement, le second doit se trouver un cerveau, le troisième du courage et l'autre un coeur. Seul le magicien d'Oz, au terme d'une longue épopée les faisant passer par la route aux briques jaunes, pourra combler leur manque à chacun. Mais la méchante sorcière de l'Ouest n'aime pas Dorothy et ses amis et leur mettra des bâtons dans les roues à tout moment. Féérie, musique, couleurs. fantaisie, cauchemars aussi. Buddy Ebsen, qui avait hérité du rôle de l'épouvantail, voit le comédien Ray Bolger se rendre au bureau de Louis B.Mayer et le convaincre que c'est LUI qui devrait jouer l'épouvantail et Ebsen l'homme de fer-blanc et non l'inverse. Ebsen accepte alors le rôle de l'homme de fer-blanc sans réchigner, conscient qu'il s'agit d'un super projet qui le lancera à Hollywood. Toutefois son costume demande d'abord de se faire poser du vrai aluminium dont les résidus se logent dans ses poumons et l'envoient directement à l'hôpital. Incapable de récupérer à temps pour le tournage, il est remplacé par Jack Haley qui aura une pâte d'aluminium sur le visage et non du vrai aluminium.
Modern Times. 1936. États-Unis.
La hantise de Charlie Chaplin des progrès technologique lui aura fait créer l'un des plus merveilleux films comique "muet". À la fois commentaire critique sur la société de plus en plus industrielle et portrait de l'état des gens pendant la Grande Dépression, le dernier film "muet" de Chaplin est ponctué de trouvailles visuelles toujours intéressantes et introduit sur grand écran pour la première fois sérieusement l'adorable Paulette Goddard. Si "muet" est continuellement écrit entre guillemets de ma part c'est que Charlie y chante pour la première fois. On entend donc sa voix aussi, pour la première fois. Il nous l'offre dans une langue inventée, comme pour nous narguer: oui j'utilise le son, mais avec, je fais le con. Bidonnant.
Duck Soup. 1933. États-Unis.
Dernier film tourné avec les 4 anarchiques frères Marx à l'image, cette histoire de guerre entre les fictifs pays de Freedonia et de Sylvania était tout en fait en communion avec ce qui se tramait en Allemagne Nazie au même moment. Les annexions des frères Marx étant nettement plus amusantes mais tout aussi absurdes. Certaines scènes resteront tout simplement magiques. Les frères Marx étaient nettement en avance sur leur époque.
La Règle du Jeu. 1939. France.
Second fils du peintre Auguste Renoir, Jean, qui est aussi, co-scénariste et acteur en plus de réaliser ici, nous dépeint les moeurs de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie ainsi que les domestiques qui les servent avec un humour et une subtilité qui font de ce film un bijou. Deux ans avant ce film, Renoir avait réalisé l'un des plus fins films de guerre jamais tournés. Montrant à nouveau que les intouchables sont les nobles et que les plus simples sont toujours les victimes. Mais aussi les plus vrais. Et toujours les plus courageux, Les rapprochant ainsi d'une certaine noblesse aussi. Renoir était intelligent et sur pellicule, ça donnait du délice. Merci la vie pour Jean Renoir.
M-Eine Stadt Sucht Einen Mörder. 1931. Allemagne.
Adapté de Bram Stoker, ce chef d'oeuvre à la fois gothique, machiavélique et impressionniste, raconte l'hystérie répandue dans une grande ville allemande par un tueur d'enfants. 117 minutes de tension habilement bâtie par le maître Fritz Lang qui est à trois ans de s'expatrier en France avant de s'établir aux États-Unis. L'oeuvre de ce cinéaste, tournant le meilleur de lui-même dans l'un des pays le plus trouble des années 30, sera continuellement composée des thèmes de la vengeance, de la mort, du surhomme, de la soif du pouvoir et surtout du double, traits de personnalité presque obligatoire chez les allemands dans le sillon du nazisme en pleine croissance. Premier film parlant de M.Lang, le film sera aussi un rôle terrible pour l'acteur Peter Lorre, si convaincant dans le rôle d'un prétendu pédophile mais certain meurtrier infantile, ne sera jamais capable de se trouver de rôles plus sympathiques ailleurs.
Humour, horreur, critique sociale, mise en abîme, femme fatale, fantaisie, besoin d'évasion, amour & guerre et les trois plus amusants frères.
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