mercredi 1 juillet 2026

Cinema Paradiso***************Gaz Bar Blues de Louis Bélanger

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parle de l'une de mes 3 immenses passions: Le cinéma !

Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, en fût double diplômé, y ait travaillé. ne fût récompensé, en suis sorti, mais le cinéma n'est jamais sorti de ma personne. 

Je vous parle d'un film qui m'a marqué par son histoire, sa distribution, sa réalisation, son thème, ses sujets, son traitement, sa musique, sa cinématographie, son audace, bref, je vous parle d'un film dont j'ai aimé pour pas mal tous les choix. 

Et vous dit un peu pourquoi.

GAZ BAR BLUES de LOUIS BÉLANGER.

Ma mère, maintenant à la retraite, enseignait dans le quartier le plus pauvre de la région de Québec. Là où on y place tous les émigrés désorientés qui souvent, ne parlent même pas la langue française. On a même hébergé chez nous, pendant un certain temps, quelques cas de DPJ. Louis n'était pas de ces cas de DPJ. Mais sa famille était modeste. Et il était un de ses élèves. Elle avait remarqué que le plus jeune de cette famille qui comprenait Guy, un grand frère qui sera son complice musical pour ses films, et des soeurs plus âgées, était doté d'une belle énergie saine et était débordant d'imagination. 

Il filmera d'ailleurs toujours la classe populaire, les gens ordinaires, et le milieux modestes avec un immense respect et une belle dignité. Son regard sur les inégalités et sa fibre sociale ont été forgé dans sa jeunesse et sa vision n'est jamais misérabiliste, mais profondément humaine. 

Son second long métrage, après l'excellent Post Mortem, est offert 4 ans plus tard. En 2003. 

Le film raconte la lente disparition d'un monde: celui des petites stations-service indépendantes de quartier, des commerces familiaux et des communautés soudées qui résistaient encore à la modernisation. Derrière son apparente simplicité, le film propose une réflexion profonde sur la famille, le changement social, le travail et l'identité québécoise. 

L'histoire se déroule en 1989, une année symbolique marquée par de grands bouleversements internationaux, notamment la chute du mur de Berlin. Pendant que le monde change rapidement, François Brochu, surnommé "le boss", tente de maintenir en vie son Gaz Bar Champlain avec l'aide de ses trois fils. Veuf et atteint de la maladie de Parkinson, il s'accroche à son commerce comme à un dernier rempart contre le temps qui passe. Mais tout semble conspirer contre lui. La concurrence des stations libre-service, la criminalité du quartier (celui où j'ai erré, ado ou ma mère a enseigné), les difficultés économiques et surtout le manque d'intérêt de ses enfants pour l'entreprise familiale. 

Le personnage de François Brochu interprété avec beaucoup de sensibilité par Serge Thériault, constitue le coeur émotionnel du film. Il représente une génération qui a bâti sa vie autour du travail et au sens du devoir. Pour lui, le gaz bar n'est pas seulement un commerce, c'est un lieu de rencontre, un espace social et un héritage qu'il espère encore transmettre à ses enfants. Son plus grand rêve est de voir ses fils prendre la relève. Pourtant, il doit accepter que chacun a aussi envie de suivre sa propre voie. 

Les 3 fils incarnent justement autant d'attitudes face à l'avenir. L'ainé Réjean veut devenir photographe. Et s'intéresse à ce qui se passe dans le monde et non au commerce familial. Fasciné par les événements internationaux historique et veut parti à Berlin immortaliser l'histoire. Guy, le second fils, le vrai nom du frère de Louis, et la vraie histoire aussi, joue de l'harmonica dans un groupe de blues. Quand au plus jeune, Alain, il est le seul à montrer un réel intérêt pour la station-service. Même si il est encore beaucoup trop jeune pour en assurer la responsabilité. Fanny Mallette joue une grande soeur. À travers ces personnages, le film illustre le conflit classique Pagnolien* entre les aspirations individuelles et les attentes familiales. Louis s'est scénarisé en deux frères. Le plus vieux et le plus jeune. Son père était propriétaire d'une station-service de quartier, il puise dans sa propre réalité. 

Retraités, travailleurs, flâneurs, rêveurs, habitués du quartier trainent autour du Gaz Bar Champlain. On y tue le temps. l'atmosphère est fraternelle et authentique. Le commerce héberge une communauté permanente et de passage. Les liens humains comptent davantage que la rentabilité. Mais cette communauté est menacée par les transformation économiques de la fin des années 80. L'arrivée des stations-services libre-service représente plus qu'une simple concurrence commerciale, elle symbolise un nouveau modèle de société où l'efficacité , la productivité et le profit prennent le pas sur les relations humaines. Son Gaz Bar, prompt au rassemblement social, est une institution vouée à disparaître. Le film évolue sans nostalgie excessive, mais avec une certaine mélancolie. C'est une chronique et non un film d'action.

La métaphore de Berlin, la révolution intérieure auto destructive chez François Brochu, les grandes transformation obligent des bouleversements. Guy Bélanger signe la trame sonore blues. Personnage autant que l'acteur qui le joue, le toujours excellent Danny Gilmore. L'humour et les personnages sont attachants. La tendresse caractérise l'oeuvre. Une certaine masculinité y est exposée. Aux émotions refoulées. Déviées par l'orgueil. François aime profondément ses enfants mais peine à le montrer. Cette incapacité à se communique est source de conflits. La maladie de Parkinson limite François. On y voit du déclin, mais aussi de la pousse vive. 

Le film gagnera plusieurs prix, Le Grand Prix du Festival de Films de Montréal, dès 2003, le Jutra du meilleur acteur à Serge Thériault et celui de la meilleure musique de films, à Guy Bélanger. Son premier film avait gagné pas moins de 10 prix, soit 7 pour Louis, 2 pour ses acteurs Gabriel Arcand et Sylvie Moreau, et un pour sa monteuse, Lorraine Dufour. 

On a tous envie d'humanité. 

Encore plus depuis 10 ans. Ce film nous montre du déclin, mais aussi, de l'espoir. 

Habilement.  

Bonne fête Canada, tu as 159 ans, aujourd'hui. 

Dans le monde en déclin actuel, tu es aussi espoir. Chez les pauvres, tu peux aussi de grandes choses. 

* Le film sera adapté en pièce de théâtre au Québec, pays intérieur du Canada.