samedi 22 février 2014

Bijou Noir

Steve McQueen, pas le blanc ricain aux yeux bleus décédé en 1980, le réalisateur noir britannique bien vivant et coloré de tant de talents, n'est peut-être pas le favori pour gagner l'Oscar de la meilleure réalisation le 2 mars prochain, mais si il se mérite la statuette, il marquera à son tour l'histoire d'Hollywood.

Seulement deux autres réalisateurs noirs ont un jour été nommés dans cette catégorie: John Singleton en 1992 pour l'excellent Boyz 'n the Hood et Lee Daniels en 2009 pour Precious.

La rumeur favorise le réalisateur d'origine mexicaine Alfonso Cuaron qui a déjà été nommé pour le scénario de Y Tu Mama Tambien et pour la direction artistique d'A Little Princess,  qui a franchement brillé derrière la caméra pour Harry Potter & The Prisoner of Azkaban mais aussi pour Children of Men, serait le candidat pour lequel les astres s'enligneraient afin d'être récompensé d'une statuette pour ses efforts dans le thriller existentiel spatial Gravity. 

McQueen, si il gagne, marquerait l'histoire des Oscars de la même manière que Kathryn Bigelow l'avait fait en 2009 en devenant la première femme à rafler la précieuse statuette.

L'année 2013 a d'ailleurs été très bonne pour les artistes noirs. Particulièrement au pays du président Obama.

Outre McQueen et son fameux 12 Years a Slave, déjà récompensé de multiples fois à travers le monde, Ryan Coogler avec Fruitvale Station a raflé les grands honneurs a dernier Festival de Sundance. Le film raconte l'histoire vraie de la mort d'un jeune adolescent noir, tué par la police à Oakland.

42 raconte l'histoire de Jackie Robinson, fameux athlète qui a changé le cours de l'histoire sportive de Montréal, étendant ses exploits ensuite aux États-Unis.

The Butler de Lee Daniels a aussi été salué partout, mais il semble que l'association avec Oprah Winfrey ait peut-être créé un certain effet snob pour les Oscars.

Sans être salué par la critique, les films saisonniers The Best Man Holiday et A Madea Christmas ont fait résonner les cai$$eS aux États-Unis.

Bien qu'il soit toujours difficile de "quantifier l'évolution" il semble que depuis le début des années 90, qui ont vu éclore les talents de Mario Van Peebles (fils de Melvin), Spike Lee, Keenen Ivory Wayans, Singleton ou Will Smith, la présence des noirs au sein des postes principaux au cinéma se soit grandement améliorée.

Depuis Hattie McDaniels en 1939 à qui on avait donné un Oscar pour un rôle qu'elle connaissait trop bien (celui d'une servante/esclave dans Gone With the Wind), on avait bien nommé Ethel Waters 10 ans plus tard pour le rôle complexe d'une femme noire mixte qui se faisait passer pour blanche, mais il avait fallu attendre les années 60 avant de voir un acteur noir jouer autre chose q'un serviteur ou un esclave. Cet acteur était Sidney Poitier. Premier acteur noir récompensé par un Oscar.
Ceci, le mouvement des Black Panthers aux États-Unis, Malcolm X, Martin Luther King, OJ Simpson, James Brown, Muhammed Ali ont fait en sorte de donner naissance au phénomène de blackploitation des années 70.

Puis les années de conservatisme Reagan/Thatcher sont venues éteindre toute cette éclosion d'égo.

Denzell Washinton et Halle Berry ont raflé la statuette la même année en 2001 et Morgan Freeman et Forest Whitaker, Jamie Foxx, Mo'nique et Octavia Spencer ont aussi fait de même par la suite, mais on attend encore le producteur noir qui gagnera le premier Oscar.

Si 12 years a Slave gagne l'Oscar du meilleur film le 2 mars prochain, il n'y aura parmi les 7 producteurs gagnants pour ce film qu'un seul noir.

Steve McQueen, lui-même.

L'homme au sommet de la pyramide dans son art.

Le noir le plus lumineux derrière la caméra.

vendredi 21 février 2014

Kiev de Sang, de Fumée, de Feu et d'Hurlements d'Ambulance

Guerre Civile: se dit quand la situation qui existe au sein d'un État met aux prises une lutte armée entre les forces armées régulières opposées à des groupes (aussi armés) identifiables, dans des combats dont l'importance dépasse la simple révolte ou l'insurrection.

Je ne sais pas pourquoi on se questionne encore sur la "possible" guerre civile en Ukraine.

Ça me donne l'impression d'entendre une femme aux plaies ouvertes et aux yeux aux beurre noir parler de la "possible brutalité" de son mari au passé de batteur de femmes.

26 morts dans la seule nuit de mardi à mercredi dernier.

Le mercredi de jour, Viktor Ianoukovitch, le tricheur en chef, annonçait une "trève".

C'était parce que le lendemain (hier) il attendait de la visite. Il fallait donc montrer le visage de l'ange.

Hier, les représentants les plus importants français, allemands et polonais et un haut responsable russe devaient se réunir d'urgence pour effectuer leur balai diplomatique à Kiev.

Une trève? Autre faux-semblant, la violence a atteint de nouveaux sommets d'horreur avec 25 morts supplémentaires, des manifestants en feu, des tirs venant des toits des édifices à Kiev, des flaques de sang là où on devrait voir des flaques d'eau et du feu à même les corps en mouvements.

Toute cette merde dans les rues à débuté avec les résultats des élections, que tout le monde a convenu truqués, puis s'est envenimé quand le leader contesté, Viktor Ianoukovitch a refusé de signer un accord qui ferait joindre l'Ukraine à l'Union Européenne, préférant rester fidèle à Vladimir Poutine.

Il n'est pas certain que l'Ukraine joignant l'Union Européenne eût été une bonne idée de toute façon. Peut-être que l'Ukraine aurait été la nouvelle Grèce. L'invité autour de la table qui tire sur la nappe quand il tombe de sa chaise et s'accroche à ses voisins en les faisant tomber avec lui.

L'Ukraine de Viktor Ianoukovitch a choisi Poutine.

Et surtout ses méthodes répressives qui n'hésite pas à assassiner ses opposants et à faire régner la terreur pour assurer sa survie.

26 morts dans la nuit de mardi à mercredi. Peut-être une trentaine d'autres hier. Tous des terroristes selon les autorités. Pas un seul millitant de l'opposition souhaitant un nouveau chef, un nouveau régime, une nouvelle vie.

Peut-on en vouloir aux habitants de l'Ukraine de vouloir ruer dans les câbles de la corruption gangrèneuse qui pourrit leur pays? N'oublions pas que c'est bien là que la gang à Poutine a empoisonné avec un succès mi-figue, mi-raisin l'opposant de Ianoukovitch. Peut-on en vouloir au peuple Ukrainien de souhaiter un peu de dignité?
D'autant plus qu'à quelques centaines de kilomètres, ce sont les caméras du monde entier qui s'y trouvent.

Raison de plus pour ce pauvre peuple de vouloir tendre la main hors de la tempête.

La bouée est à vue.

L'Ukraine est à la porte de l'Union Européenne.
Battue, humiliée, violée.

Guerre civilisée.
Trêve tuée.

jeudi 20 février 2014

Le Poids du Monde Entier sur de Si Frèles Épaules

Nous quittons pour le Mexique le 1er mars.
Jusqu'au 8.

Ça rend les choses très très compliquées pour mon employeur dans le Vieux-Port.

Théoriquement, puisque j'ai été embauché à l'entrepôt en octobre, je n'ai droit à aucune vacance.

Du 5 janvier au 13 dernier, j'étais en croisière dans la Méditerrané à cause du succès de l'amoureuse à son travail à la banque.

Du 1er au 8 mars, nous serons à Riviera Maya, cadeau de ma mère, qui était sur l'héritage de mon père quand il est décédé en 2009. Un voyage par année avec la famille d'un des enfants. L'an dernier c'était la famille de Greenjelly avec ma mère. L'autre année d'avant la famille de Janiper Juniper avec ma mère. Cette année, nous. Coïncidant avec la semaine de relâche des kids.

Mais mon employeur se moque pas mal de tout ça. Il pense rentabilité et profits. Ça ne l'a pas trop écoeuré quand j'ai quitté en janvier car, en théorie, nous étions slaqués le 5 et peut-être réembauchés par la suite. Si ils nous aimaient suffisamment. Ce qui fût mon cas. On a eu un petit papier qui nous demandait de spécifier nos dates de congés souhaités pour l'an prochain. Entre le 31 mars 2014 et le 30 mars 2015.

Moi, le baveux, je leur envoie du 1er au 8 mars, suivi de la dernière semaine de juillet et la première de août qui seraient les premières vacances sur lesquelles l'amoureuse et moi auraient déboursé de leurs poches, ce que nous avons fait de toute façon. Avion et chambre: 17 jours. Myrtle Beach.

Christ...
17+7....24 jours! 

Alors que j'ai droit à 0.

Mais comme je l'ai expliqué dans une longue lettre, il s'agissait cette année, d'une année d'exception. Que ceci représentait les derniers vestiges de "l'avant entrepôt". Quand nous avons booké/payé ses dates, je ne travaillais qu'à partir de la maison et mon emploi du temps, comme traducteur pigiste uniquement, est en général beaucoup plus facile à gérer à mon rythme.

Rythme dont mon entrepôt se contrecrisse.

J'avais remis ma feuille et ma lettre d'explication, mais n'avais pas reçu de nouvelles encore sur mes exigences que j'avais aussi appelé correctement dans ma lettre d'explications "de désagréables faits accomplis" (duquels je m'excusais et acceptais du coup de perdre mon emploi, si il fallait en payer le prix).

Plus les jours avançaient, moins j'en avais de nouvelles.

"Ils ont jusqu'au 28 février pour te répondre" me disait une collègue.
Duh! donc le 28 dans la nuit, je saurais si je peux partir moins de 24 heures plus tard?
Absurde.
Mais mes demandes l'étaient aussi.

C'est con mais même si je vivais très bien avec l'idée que je ne travaillerais peut-être plus à l'entrepôt, l'argent que j'y gagne, et y perdrait en n'y travaillant plus, m'angoissait un peu. Ce silence sur ma semaine de relâche m'était inconfortable.

Puis, l'horaire est sorti et fût affiché dans la salle des employés jusqu'au 2 mars, lundi dernier.

Je travaillais le 1er et le 2...
J'ai peu dormi dans la nuit du lundi au mardi. Je jonglais mentalement. Que se passera-t-il? Perdrais-je ce second emploi? Étais-ce une bonne idée de garder ce second emploi? de le perdre? Je ne savais plus.

De plus, un autre employé m'avait confessé qu'on lui avait refusé ses vacances et il devait annuler un voyage prévu et prendre son assurance-voyage. Assurance que je n'ai pas personnellement.

Je n'ai pas osé en parler au gars responsable des congés le jour (la nuit) même, car il prononcer les mots "calisse" et "tabarnak" un peu trop souvent. Mais la nuit suivante, du lundi au mardi, j'étais lourd le long du mur à attendre le passage de cet homme pour lui parler de ma situation.

"James...tu m'as mis à l'horaire le 1 et le 2...je suis hors du pays du 1er au 8..."
"Ah oui?...l'horaire est-il fait jusqu'au 2?"
"oui..."
"Ouin tu m'avais dit ça...mais les vacances c'est pas avant..." a-t-il commencé avant de baisser les yeux et de laisser son côté professionnel tomber à mes pieds.
"O.K. viens avec moi, je vas corriger ça tout de suite"

Ce fût un charme. J'ai eu l'impression de perdre 189 livres d'un seul coup. J'ai texté l'amoureuse, tout énervé, sans réaliser qu'il était 3h57 du matin.

Je me sentais si léger que j'ai acheté une bouteille de cidre de glace à consommer à la maison après mon shift pour fêter ça.

Puis une fois à la maison, j'ai bougé un peu rapidement, avais mis ma bouteille de cidre sur une pochette extérieure de mon sac à dos, endroit d'où la bouteille s'est expulsée pour aller exploser contre le sol de mon garage.

J'ai dû dire "Tabarnak" 189 fois.
J'ai bu 189 bières pour me venger.

Puis j'ai été voir sur le net ceci.

Et j'ai compris que je n'avais en rien tout le poids du monde sur mes épaules, comme je le croyais.
Pas comme Ellen.
Ça, ça doit être lourd. Son discours m'a beaucoup ému.
On sentait qu'elle se libérait d'un poids énorme.
Ce 8:38, où sa voix brise sans arrêt, est la somme des 27 ans de vie qu'elle aura demain.
Ellen Page vient de naître.

C'est pas rien.
Et les mots "Let's stop being so mean to one another" sont si simples et si justes.

Je ne sais sur quelle planète mentale se situent les paradeurs de France qui sont aussi "contre" l'homosexualité que l'on peut être "contre" la mort de Jimi Hendrix...

mercredi 19 février 2014

Le Tonight Show

En 1954, à l'Hudson Theater de New York, le réseau de télévision NBC lance le Tonight Show, animé par Steve Allen, avec Gene Rayburn comme annonceur, et Lyle "Skitch" Henderson comme chef d'orchestre.

Il annonce sans se tromper que le show durera toujours. (forever)

Le concept est déjà en place: monologue d'ouverture, éléments de comédie, interactions avec le public en studio, entrevue avec des célébrités, portions de films tournés hors studio en décor extérieur.

Ça prendra deux ans avant que le show ne devienne un succès et que la station ne donne à Allen un show le samedi soir. Pour battre le fer pendant qu'il est chaud et concurrencer le Ed Sullivan Show, très populaire le samedi soir, sur une station rivale. Afin de se concentrer sur ce programme du samedi soir, Allen laisse Ernie Kovacs animer les lundis et les mardis avec une toute autre équipe.

Allen (& Kovacs) laissent tous deux tomber le Tonight Show en janvier 1957 quand NBC les somme de se concentrer exclusivement sur le show du samedi soir.

Mais le concept de base est en place pour toujours.

Enfin pas tout de suite complètement. On laisse tomber le canevas de base et on met Jack Lescoulie à la barre de Tonight! America After Dark! une émission de variétés axée sur l'actualité, si impopulaire qu'on change la recette dès l'été et on revient au concept de base avec Jack Paar comme animateur/intervieweur/comédien. Le pianiste Jose Melis organise la musique.

De 1957 à 1962, Le Tonight Show/Jack Paar Show, est un véritable succès. Paar y reçoit tous les invités prestigieux de l'heure de toutes les sphères publiques avec beaucoup d'humour, de Zsa Zsa Gabor à John Fitzgerald Kennedy. En 1960, après que l'on eût censuré un de ses gags, il boude et quitte le show pendant un mois. Paar avait déjà introduit le système des "animateurs remplaçants" quand lui-même s'absentait, alors le Tonight Show n'est pas trop en peine. Parmi ses animateurs remplaçants, Johnny Carson.
Paar quitte en disant "Je quitte le Tonight Show, il doit y avoir un meilleur moyen de vivre que celui-ci!". Il revient un mois plus tard  en disant "J'ai essayé...et bien non, il n'existe pas de plus belle vie...".

Fatigué de se présenter 5 soirs par semaine, il choisit d'animer un seul soir, le vendredi, un show qui deviendra le Jack Paar Show. Les autres soirs, Groucho Marx, Merv Griffin, Bill Cullen, Jerry Lewis et Mort Sahl sont parmi les animateurs temporaires des autres soirs de semaine. Johnny Carson est officiellement annoncé comme le successeur à temps plein de Paar en octobre 1962.

Carson règnera en roi et maitre pendant 30 ans. Ed MacMahon est son annonceur*. Il introduit le personnage de Carnac The Magnificent ainsi que Floyd R. Turbo (entre autre). En mai 1972, le Tonight Show déménage de studio et passe de New York à Burbank en Californie. À un jet de pierres d'Hollywood, siègeant parmi les stars. Carson va connaître beaucoup de succès au point d'animer aussi les Oscars avec autant de panache. C'est Carson qui y introduira de nombreux jeunes talents, dont David Letterman et Jay Leno. Quand Carson quitte en 1992, Letterman, qui a son show tout de suite après celui de Carson, voulait ou bien avancer son show à cette heure moins tardive, ou encore prendre carrément sa place. C'est Jay Leno, animateur invité de Carson quand celui-ci prenait ses vacances de toute façon, qui sera choisi pour remplacer Good Ol' Johnny à temps plein.

Leno pilotera le Tonight Show de 1992 à 2009. Letterman boude et quitte NBC pour CBS pour compétitionner directement à la même heure le Tonight Show. Comme le show de Leno est plus "traditionnel", voire, standard, et celui de Letterman plus absurde, plus jeune et plus hipster, c'est Letterman qui gagne de plus en plus en nouveau public, et Leno qui chute légèrement. Ce dernier, un ami de Letterman qui trouve cette compétition archi malsaine et s'en trouve très affecté, passe la flambeau à Conan O'Brien et animera le Jay Leno Show, une heure avant le Tonight Show.

Mais dans la fosse aux lions, O'Brien ne fait pas le poids. Et Leno, plus tôt, non plus. O'Brien quitte quand NBC a la drôle d'idée de vouloir présenter le Tonight Show 5 minutes passées minuit. Leno revient donc à la barre de l'émission en mars 2010. Mais le mal est fait, les côtes d'écoutes seront à leur plus bas. En Octobre 2010, Letterman bat Leno dans les cotes d'écoute pour la première fois.

Il faudra attendre mai 2011 avant que le Tonight Show de Leno ne reprenne le sommet de la pyramide. Leno tiendra le cap jusqu'en 2014 où il annonce qu'il se retire. La compétition deveint féroce avec les vifs succès de Conan O'Brien, The Daily Show with Jon Stewart, The Colbert Report, et Jimmy Kimmel Live!

The Tonight Show Starring Jimmy Fallon a redéménagé l'émission à New York et habite nos télévisions depuis lundi soir dernier.

J'y ai une amie qui y travaille sur le web pour l'émission et quelque fois, à même le contenu de l'émission.
Elle est venue à Montréal.
Moi aussi.
Nous sommes venus à Montréal...
Enfin...
Trop d'infos...


*Le "Heeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeere's Johnny!" de Jack Nicholson passant sa tête par un trou dans la porte qu'il vient de défoncer à coup de hache dans The Shining est une référence directe à Ed MacMahon annonçant Johnny Carson 5 soirs par semaine.


mardi 18 février 2014

Échos d'Entrepôt

Écouter Wild is the Wind dans une tempête de neige en pleine nuit au volant de sa voiture a quelque chose de magique. Surtout que je chante merveilleusement ce morceau. La version de Bowie pas celle de Simone qui reste inimitable.

En entrant à l'entrepôt, se tenait près de la porte Jordane. Une rare fille de l'entrepôt, et c'est peut-être pour ça, je lui trouve un petit quelque chose. Je ne sais trop quoi. Elle ne me paraît pourtant pas belle. N'a pas d'attributs physique trop attirants. Des jambes maigres, un dos presque rond. Des manières, un ton. Je ne sais pas. Un cheveux aussi noir que son caractère semble l'être. Et une absence de sourire en tout temps. Je crois que c'est ça qui me plait. Cette idée, ce défi inconscient que je me donnerais de la faire rire un jour.
Elle est là dans l'entrée et elle pratique un argumentaire sur un autre employé pas très haut gradé.

"Moi je m'en fous mais si le travail 'est pas faitte, je veux pas manger de la marde! i'm' dit hier d'aller puncher, j'en avais encore pour 30 minutes de job à faire en arrière, pis après i's,Plaint que c'est pas faitte! c'est quoi le rush de m'envoyer en pause?" rogne-t-elle.

Plus loin, Jason. Un gérant, mon gérant de section. Il s'est pris d'affection pour moi depuis qu'il a découvert que nous étions tous deux de souche irlandaise. Mais si moi j'ai le teint foncé des atikameckw de ma mère, lui a le cheveux roux de ces ancêtres. Il m'a affecté à la nouvelle section des différents alcools. Bières en bouteilles et en cannettes. Je charrie des centaines de caisses entre 13,5 et 23 kg pendant 5 heures chaque matin. L'amoureuse me trouve maintenant "fit". Je le vois dans ses yeux quand je me mets en bedaine.

Mikaël aussi à l'entrepôt qui ne se gêne plus pour être plutôt explicite dans son désir de moi.

Il me dévisage des pieds à la tête (en passant par le cul) depuis le jour 1 en Octobre dernier. Il a appris mon nom avant tous les autres et est subtil comme un boeuf dans une litière à chat.

"Je leur ferais pas mal...à gauche pis à droite! ostie que j'suis bien entouré!" dit-il à une collègue l'autre matin. À gauche de Mikaël, moi. À droite, un jeune homme beaucoup plus jeune et très en forme. Mikaël ne se peut plus. Chaque fois que je me penche pour prendre une caisse, je serre mes fesses. Sans m'en rendre compte je les exercises. J'ai mal aux muscles fessiers à la pause. La fille répond à Mikaël:
"Y é tant que ton chum reviennes de son colloque, Mikaël, je t'entends fantasmer!"

Jason, mon gérant:
"OKHunterlàonvadéplacertouslesnouveauxarrivagesaveclejigger, tusaissionauneméthodeçavabeaucoupomieux,j'vastemontrercommentquejefaisaisquandj'étaischezCanadianTire,c'estGarymonancienbossquim'avaitapprisçapisçaallaitbenensivouplait, jemefaistapersurlesdoigtsparcequejepassetropdetempsdanstasectionmaisjeveuxqueçaspassebienpisjtefaisconfiancepistoutemais..."

Écoutez-vous encore?
Moi non.
On travaille très fort et à un bon rythme, puis Jason vient nous parler et on ralentit. On s'endort. Et on ne veut pas ça.

Jason utilise énormément de mots pour dire bien peu. Je sens, puisqu'il est arrivé en Octobre lui aussi comme moi mais directement comme gérant, alors que moi je ne suis que marchandiseur, qu'il veut surtout assoeir une autorité. Ça ne fonctionne pas trop. Il joue au dur mais ça trahit une réèlle faiblesse. Non, ça ne fonctionne pas. Premièrement parce que je n'ai pas besoin de ses multiples explications. Et aussi parce que je vois bien que personne ne le respecte dans l'entrepôt. Les chauffeurs de lifts passent leurs temps à l'envoyer chier. Jason manque d'assurance et couvre ce manque par une demie-tonne de mots qui veulent dire bien peu.

Fallait le voir l'autre fois me dire "Cette caisse, tu l'enverras dans le coin pour pas que les lifts s'accrochent dedans." Ça lui a pris 45 minutes me dire ça. Parce qu'il a soudainement transformé cette simple directive en leçon de vie. Je ne sais trop comment on y est arrivé mais 45 minutes plus tard, il concluait en disant:
"Parce qu'on fait pas de pâté chinois sans patates tsé!"

Propos sages sur lequel je ne pouvais qu'acquiescer.

Jason ne durera pas longtemps à l'entrepôt Rye & Die, je le sens.

"Casse une caisse Jones! j'ai soif!"
On l'entend 10 fois par semaine celle-là...l'humour d'entrepôt...

En quittant l'entrepôt, comme toujours, je me sentais comme un gars qui a joué 9 périodes de hockey consécutives. Mais là fallait que je trouve mon auto (noire mais entérée dans la neige donc blanche comme toute les autres) et que je la déterre. Une fois trouvée (après trois erreurs, mon auto est récente quand même , je ne la reconnais pas tout le temps sans neige alors...) Je me suis accordé quelques secondes de chant de Bowie dans la voiture.

"...we're like creature in the Wind...and Wiiiiiiiiiiiiiiiiild is the Wind...Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiild is the Wind, Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiild is the wind, Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiild is the wind, Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiild is the Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiind!"

"Vraiment?"

(...)
et bien oui, non seulement la porte de ma voiture était ouverte mais mes essuies-glace en marche ont freiné mon élan vocal en m'engloutissant la tête dans une demie-tonne de neige ramenée sur mon crâne entre les portes.

Jordane était à mes côtés, tout sourire, déblayant sa voiture.
Je savais qu'elle était belle quand elle souriait.

Défi réussi.
Sans efforts, aucun.

lundi 17 février 2014

Blonde et Idiote Bassesse Inoubliable************Tin Machine de Tin Machine

Une fois par mois, un très très personnel musée sonore des albums qui ont su charmer mes oreilles au travers des années et qui le font toujours malgré le passage du temps, vous sera offert sur ce site.

Habitués de ce blogue, vous savez que je suis très très intéressé par la zizik, forme de voyage facilement accessible et à peu de frais.

J'ai baptisé mon catalogue sonore d'incontournables de quatre mots tirés d'albums dont je ne causerai pas, conscient de l'avoir déjà fait ici trop souvent. Ils sont tous les 4 mémorables pour moi en ce sens qu'Ils ont tous les 4 changé ma vie à leur façon. Ces quatre disques sont dans mon ADN, j'en connais chaque son, chaque accord, et ils me transportent encore de manière inexplicable dans des endroits continuellement nouveaux même si les notes restent inchangées. Ils atterrissent tout simplement à des lieux différents selon la météo mentale et physique des saisons.

Blonde" pour Blonde on Blondede Bob Dylan.
"Idiote" pour The Idiot d'Iggy Pop.
"Bassesse" pour Low de David Bowie.
"Inoubliable" pour The Unforgettable Fire de U2.

Par ordre de création.

Blonde et idiote bassesse inoubliable c'est aussi B.I.B.I. c'est à dire moi.

C'est aussi la terminaison du mot habibi quien dialecete irakien veut dire Mon amour.

Blonde et idiote bassesse inoubliable c'est également parce que ça pourrait évoquer une maîtresse, une erreur commandée par une appendice précise du corps.

Ce que le musique est très souvent.

Quand elle reste inoubliable pour les bonnes raisons.

Tin Machine de Tin Machine

1988.

La tournée The Glass Spider Tour faisant la promotion du dernier album de David Bowie n'avait impressionné personne. Les trois derniers albums du Thin White Duke non plus d'ailleurs. Après un peu plus de 20 ans dans le métier Bowie trouve lui-même qu'il a perdu sa vision d'artiste. Bowie veut refaire de la musique pour lui et non pour un anonyme public. Depuis Let's Dance, il est désorienté et écrit pour plaire et moins par plaisir. Il croise par hasard Tony Sales, qu'il avait connu en travaillant avec les Stooges au début des années 70 et le convainc d'à son tour convaincre son frère Hunt à le joindre pour partir quelquechose ensemble. Déjà certain de travailler avec le guitariste Reeves Gabrels, Bowie fait se rencontrer tout ce monde. Dès le départ, Bowie est clair, il n'est pas le patron. Contrairement aux Spiders From Mars, il veut que l'écriture musicale vienne des quatre membres du band, pas seulement de lui. Les profits seront séparés en quatre parts égales, tout ce qu'il y a de plus démocratique, de la même manière que l'on veut le développement artistique de toute façon. 

Bowie refusera d'être le centre d'attention et exigera que lorsqu'interviewé, au minimum, un autre membre du band y soit aussi. Ce n'est pas "son" band, c'est UN band. 

Inspiré des Pixies, Gene Krupa, Charlie Mingus, Jimi Hendrix, Glenn Branca, Cream, The Jeff Beck Group et Mountain, les frères Sales pousseront vers la spontanéité punk, Gabrels vers la drive et l'expérimentation de la guitare et Bowie vers la non-censure.

 Bowie arbore la barbe pour se rendre plus anonyme et le band, malgré un son brut, portera le chic des grands couturiers. Déterminé à ne pas être l'inévitable centre d'attention, Bowie se place second sur la pochette, après le bassiste Tony Sales. Sur la pochette de la cassette, il est premier mais de côté, laissant Reeves Gabrels, Hunt & Tony Sales beaucoup plus visibles. Sur ma copie CD, Bowie est carréement dans le fond au loin, laissant les trois autres plus près en avant.

Une partie (non spécifiée) de cet album sera enregistrré à Montréal (!)


La première pièce est aussi la toute première écrite et jouée par le band dans les 30 premières heures de jam à Nassau aux Bahamas. Blues, la seconde guitare de type hawaienne de Reeves Gabrels est fort agréable. Bowie la compose seul et Kevin Armstrong fait l'effort de la seconde guitare.

Après que le band eût contemplé les idées de s'appeller The Four Divorcés, Alimony Inc., The Archaic ils s'arrêtent sur le nom de cette chanson composée par les 4 membres du band. Pas ma préférée, mais la chanson baptême du band.

La consience sociale de Bowie est nette dans l'écriture de cet album. Sur le troisième morceau, l'un des meilleurs de l'album et facilement un de mes préférés, Bowie nous parle de sa relation avec son amoureuse de l'époque Melissa Hurley.

La chanson 4 fait référence aux dépendances passées de Bowie et des frères Sales . Hunt en sera encore dépendant et sera la raison pour laquelle le band se séparera trois ans plus tard. Les premiers enregistrements du band sont faits à Nassau aux Bahamas, un endroit où l'extrême richesse côtoie le totalement crasseux, le lugubre et le très drogué. D'où l'idée, Crack City. Bowie signe seul ce morceauaux accords très inspirés des Troggs.

L'une de mes chansons préférées de cet album est celle-ci composée par Bowie et Gabrels. Elle sera encore meilleure retravaillée pour le film The Ice Storm en 1997. Elle nous parle de remords et d'agonie, quand les choses tournent mal et que revenir à la maison n'est pas tellement mieux et que tu n'as plus envie de quoi que se soit; l'état de tout ça est bien livré dans le nonchalant refrain.


Premier extrait de cet album éponyme, cet hymne pseudo punk recharge encore mes batteries quand je me sens mou aujourd'hui. When you was gone THERE WAS WAR! This is the West get use to it. White trash avec une cravate et un tux. Bowie la signe seul et n'a jamais eu autant de gueule.

Amazing ouvre la seconde moitié de l'album avec une intro rappelant les (rares) moments doux de Cream. Bowie et Gabrels signent le morceau qui porte bien son titre.

Le 8ème morceau sera le second enregistré par le band, à la demande de Bowie dont c'est une des chansons préférées de John Lennon. Tony Sales y va d'une jolie création à la base bien secondée par son frère à la batterie. Ce ne sont pas toute les reprises qui sont bonnes, mais ça arrive quand on réussit à réinventer le morceau en respectant l'esprit original. Je trouve que c'est le cas ici.

La chanson suivante n'est pas une reprise des Hollies mais plutôt une création de Bowie et Gabrels d'une courte minute et 41 secondes. Mais tout comme Breaking Glass. Elle est suffisament riche pour donner l'impression d'être beaucoup plus longue.

Bowie fait de l'intertextualité avec un de ses titres mais les harmonies et le texte y sont complètement différents. Trash David.

La chanson suivante aurait pu être composée par Van Halen en 1982. Mais je ne suis pas un fan de Van Halen. Gabrels est plein d'inventivité dans sa guitare mais est-ce que ça en fait une bonne chanson? bof... C'est peut-être pour ça que la copie originale anglaise a négligée de la placer sur l'album celle-là.

Run est au contraire l'une de mes préférées et étrangement elle aussi a été esquivée sur la copie originale anglaise.

L'avant dernier morceau  été composée par Bowie et les frères Sales. La batterie de Hunt Sales et la base de son frère Tony sont fort créatives. La guitare de Gabrels brille également. J'M.

Le dernier morceau est l'un de mes préférés car il met tour à tour le talent de chaque membre à contribution. Bowie la signe toutefois seul, mais fait briller tout le monde.

Pour amateurs de Bowie, de Sonic Youth croisé avec la guitare de Robert Fripp, de grunge avant l'heure, de punk, des Stooges, de spontanéité et d.exploration guitaristique et de hard rock.