vendredi 23 septembre 2011

Kawrz

En terme de voiture, je suis aussi connaisseur que Stéphan(pas de e) Bureau est drôle.

C'est-à-dire que je suis tout à fait nul.

Ma fille de 8 ans est d'ailleurs bien meilleure que moi pour identifier les voitures.

"Voilà la voiture du papa à Lélia!"
"Ah oui?"

Je ne peux pas souvent confirmer car je ne sais pas. Une voiture a si peu d'impact dans mon imaginaire que je ne la retiens pas. Je fais le même effort forcé et peu naturel face à un homme qui me présente sa nouvelle bagnole qu'une fille fait souvent quand on lui dit "As-tu vu le beau jeu?" suite à une séquence de football.

Quand ma fille reconnaît le même type de voiture que celle d'un(e) ami(e), j'essaie de retenir en mémoire la voiture en question et quand je recroise l'ami(e) en voiture, je m'apperçois qu'elle ne se trompe pas souvent. En fait c'est l'amoureuse qui souvent confirme car la plupart du temps, j'ai déjà oublié.

Mon intérêt pour la voiture est si nul que ça en devient déprimant pour le mâle alpha. Il y a quelques années, alors que la belle et moi allions à une grande fête de la Saint-Jean organisée par un ami légèrement excessif qui avait besoin de faire "big" pour impressionner, c'est nous qui avions fait "big" à notre arrivée car j'étais au volant de la toute nouvelle (à l'époque) Mazda CX-7 de ma conjointe. Elle préfère toujours que ce soit moi qui conduise et comme je l'avais déjà laissée près de l'action avec les enfants, j'ai été stationner l'auto plus loin. Quelques invités masculins m'ont vu passer près d'eux avec la machine qui a aussitôt fait sensation et démantelé le petit attroupement qu'ils composaient. Ils sont tous accouru m'accuellir telle une horde de journalistes à ma sortie de voiture.

"Wow man! tu l'aimes tu?"
Je suis si sans dessins en char que j'ai d'abord pensé qu'ils parlaient de l'amoureuse.
"ben...oui..."
Je remarquai du coup que du groupe de 5 ou 6 je ne connaissais personne. Mais comme l'univers des chars devrait unir les mâles du monde entier, nous étions tous frères à ce moment-là...je suppose... L'un d'eux m'a tendu une bière, peut-être dans l'espoir que je lui échange contre le clés, et un long silence a suivi. Le mien confus, le leur admiratif. Car ils se tenaient tous dans la porte du côté conducteur, mon côté,  et même si j'avais voulu, je n'aurais pas pu quitter mon poste derrière le volant. De loin je devais avoir l'air d'un gars qui montrait son zizi à ses amis. Ça ressemblait un peu à ça aussi. Le phallus à quatre roues.
J'ai regardé l'intérieur de la voiture en tentant de me composer un visage de gars plein de ressources mécaniques mais je n'ai pas pu faire autrement que de me rentrer le menton dans le cou, de prendre un grand respire de gars qui sait pas de quoi il parle, de fermer la radio qui allait jouer de la musique peu virile et de dire la vérité.

"C'est le char à ma blonde tsé...c'est elle qui fait 5 pieds 3".

Mon allusion à sa petite taille n'a pas sembler être comprise par personne.
"C'est elle qui a besoin d'être rassurée" ai-je ajouté pour mieux me faire comprendre mais c'était peine perdue. Les gros chars pour masquer les insécurités, il semble que ce ne soit que moi qui ai ça en tête. Afin de dégonfler leur balloune un peu j'ai dis:
"79$ le plein, je la plains un peu"
"Oui mais 'à doit rouler longtemps parizemp" a dit l'un
"C'tu un V-6?" a demandé un autre et là j'ai dû forcer ma sortie je ne savais franchement pas de quoi ils me parlaient, je pensais jus de légumes.
Fallait-il que je leur offre un tour de char? Les fasse entrer dans le char de ma douce? Leur lève le capot?
Je ne comprend rien à ces codes. Je me suis contenté de leur montrer la clé qui s'ouvre comme un canif en me disant que c'était juvénile et pour les enfants de 10 ans. Ils ont tous trippé. Ils avaient trois fois et demi cet âge.

C'était il y a longtemps. Aujourd'hui je ne suis guère mieux. Je dirais même que je suis probablement pire. Avec le temps on s'attends quand même à un peu d'amélioration ne serais-ce que sur l'identification des chars, sur les familles des grandes compagnies de fabriquant ou encore sur la mécanique puisque je conduis moi-même une Civic depuis... 2004? 2005?...Je ne sais même pas, je dois toujours demander à l'amoureuse c'est quoi l'année de mon char.Vérification faites c'est une 2006 mais achetée en 2005; mais non, rien. Je suis toujours aussi mauvais avec les voitures et je m'en balance encore pas mal.

Pourtant j'ai une voiture préférée depuis: la Mini-Cooper. Et l'Alpha Romeo Vendée de 1963 aussi (décapotable-la photo en tête de post). L'Aston Martin de 1955 aussi...bon j'arrête je m'ennuies moi-même...Mais en général les chars, m'en calis...

Comme mon fils a commencé ses camps d'entrainements de hockey dans le Pee-Wee, entre parents on croise les mêmes faces depuis 5 ans. Parmis eux, des tonnes d'italiens. Avec mon teint basané et ma facilité avec l'anglais je passe pour l'un des leurs.

Quand les hommes jasent de rénovations, subtilement je glisse ailleurs et réussit à feindre l'intérêt relativement bien lorsque coincé dans une conversation. Mais quand on se met à parler de voitures je ne peux pas garder mon masque bien longtemps.
La belle m'avait averti, le père du petit Anthony travaille pour une grosse compagnie de char.

"Il a l'air de rien mais il est pas mal big à ce qu'il parait. Un des dix ingénieurs mécanique au monde dans son domaine. Il avait une M(&ze$/lli pour tout un week-end l'autre fois et ça faisait baver tout le monde"

J'étais pourtant avisé mais par une étrange chorégraphie de mouvements entre parents, on s'est tous les deux trouvé nez à nez dans les corridors de l'aréna. J'ai glissé sur une pente triple expert alors que je suis à peine familial.

"Ouin...j'entends dire que c'est par toi qu'il faille passer si on veut conduire une M%?$/zz"%&lli"
Il m'a corrigé sur la voiture.
"Oui je travaille pour Ferrari"
"Vraiment?"
"Oui" a-t-il dit avec l'assurance tranquille de celui qui sait qu'il est armé pour n'importe quel duel et qui est prêt à la pétarade de questions du fan club.
Toutefois j'étais tout à fait à court de munitions. Tel un nuvite qui ne saurait comment s'expliquer quand son rush est passé, je restais là, bêtement, à sourire et à me demander comment poursuivre la conversation. Je marchais complètement à l'aveugle, dans le noir. J'ai réussi à patiner sur le sujet du Grand Prix et son implication là-dedans et c'est mon fils qui m'a sauvé en obligeant la fin de la conversation en sortant de la chambre.
Une sortie rapide comme je le lui avais demandé, afin d'être en mesure d'aller essayer d'acheter en ligne des billets pour lui pour les matchs des Canadiens de Montréal pour la prochaine saison*.

Je ne suis plus coach cette année, simplement parent. Bonheur, à l'état brut. Et mon fils n'a jamais été meilleur.
Toutefois, il faudra que je m'arme de ma fille ou de l'amoureuse si je veux éviter des conversations que je ne peux pas tenir avec des boys des gradins.

La journée sans voiture d'hier? connerie. Amenez -moi la journée sans cônes orange et je serai un homme heureux. Bannissez les voitures de l'île et je serai aussi heureux. Faire semblant quelques heures?: connerie.
Le transport en commun gratuit ou à 1$ partout en province sauf à Montréal?

Faut vraiment être imbécile et fier de l'être.

*Réussi à obtenir vs NYR en Nov, vs PHI en Dec et vs Ott en Mars yéééé! de dire Monkee.

jeudi 22 septembre 2011

Top 10 De La Nouvelle Existensialiste

L'existentialisme considère chaque personne comme un être unique qui est maître non seulement de ses actes et de son destin, mais également - pour le meilleur comme pour le pire - des valeurs qu'il décide d'adopter.

Je suis profondément existentialiste.

J'ai vécu une mini-crise existentialiste entre dimanche et mercredi matin.

Ça m'a inspiré un top ten de la nouvelle existentialiste au travers des temps.

Subjectivement vôtre.

Dans l'ordre ou le désordre.

10-The Sheltering Sky de Paul Bowles (1949).
Le livre de l'Étatsunien mis (fabuleusement) en images par Bernardo Bertolucci et mis en musique par King Crimson raconte l'histoire de Port et Kitty Moresby, un couple marié de New York, au travers de leur voyage au Nord de l'Afrique en compagnie de leur ami Tunner. Le mariage bat de l'aile et les transformations ainsi que les dangers rencontrés sur leur ittinéraire improvisé sont multiples. Le groupe de musique The Police rend aussi hommage à ce grand livre en 1983 et Brandon Lee a sur sa tombe une citation tirée du livre.

9-As I Lay Dying de William Faulkner (1930).
Faulkner prétendait avoir écrit ce livre en six semaines sans en avoir changé une virgule pendant qu'il travaillait dans une centrale nucléaire. Ce livre, conçu sous la méthode de l'écriture automatique, a 15 narrateurs différents éparpillés sur 59 chapîtres d'une durée variable. L'un de ses chapîtres ne contient que 5 mots qui sont "My mother is a fish". L'histoire raconte la mort de Addie Bundren et les ruminations de son entourage, nobles ou empreintes d'avarice afin d'honorer sa mémoire êt son désir d'êtyre entérrée dans la ville de Jefferson.

8-L'Immoraliste d'André Gide (1902).
Gide, marchant toujours sur le parapet de la pédophilie, raconte un (autre) voyage en Afrique du Nord en amoureux où le narrateur tombe malade et se prend d'une affection nouvelle pour une femme qu'il avait marié sans amour au préalable. Quand celle-ci tombe à son tour malade, cette fois en France, au lieu de la soigner calmement dans la civilité d'Europe, il l'entraîne dans l'Afrique à nouveau, ce qui l'anéantira au bout du compte.

7-Invisible Man de Ralph Ellison. (1952).
L'invisibilité d'un Afro-Étatsunien, la vie d'un homme emprisonné dans les stéréotypes, le jazz, le gospel, le blues et la couleure noire comme porte-étendard dans des États-Unis sombres et aveugles. Les références à l'Oddysée d'Homère ainsi que la scène de bataille royale où les noirs s'humilient pour le plus grand plaisir des blancs sont des incontournables de la littérature d'Amérique.

6-Der Process de Frank Kafka (1925). (le procès en français)
Le livre paranoiaque de l'allemand mis en image par Orson Welles en 1962 n'a jamais été totalement complété. Son exécuteur testamentaire Max Brod a publié le livre après la mort de l'auteur tel qu'il le souhaitait, mais il y reste encore quelques incongruités. Des situations qui ne concordent pas dans le temps entre autre ou des erreurs dans la narration qui devaient probablement être revisées avant publication. L'histoire de cet homme arrêté par une autorité inconnue et pour un crime qui restera lui aussi inconnu est quand même un chef d'oeuvre de désorientation et d'interstices labyrinthiques auquel Harold Pinter et Martin Scorcese se sont aussi frottés.

5-Hamlet de William Shakespeare (1598).
Le spectre du père qui commande une vengeance pour le meurtre perpétré à son égard, c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir.., dormir, dormir! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras., To be or not to be, telle est la question. Difficile de trouver plus existentialiste non?

4-Suna no onna de Kobo Abe (1962). (la femme des dunes en français).
Un homme marchant dans le désert, décide de faire une halte pour se reposer. Des villageois lui proposent de passer la nuit dans leur village. Il est accueilli par une femme qui lui offre le gîte et le couvert. Pendant la nuit, la femme se lève et ramasse le sable qui s’écoule des parois de sa maison. Au petit matin, l’homme réalise qu’il a été fait prisonnier. Même le sable devient un personnage dans cet étrange livre japonais.

3-L'Étranger d'Albert Camus (1942).
Premier tome du cycle de l'absurde, qui sera suivi du Mythe de Sisyphe et de Caligula/le Malentendu. Dans la première moitié du roman, le personnage principal perd sa mère avec une relative indifférence, se mêle à l'entourage d'un voisin et tue un arabe sur la plage avec la même absence d'émotion que le jour de l'enterrement de sa mère. Dans la seconde, le personnage principal est arrêté, questionné et guillotiné après avoir confirmé son absence de remords et accusé le soleil de l'avoir aveuglé, étouffé, fait suffoquer, fait tuer.

2-Zapiski iz podpol'ya de Fyodor Dostoievesky. (1864) (les carnets du sous-sol en français)
 Le récit se présente sous la forme du journal intime d’un narrateur amer, isolé et anonyme, un fonctionnaire retraité vivant à Saint-Pétersbourg. C’est le monologue d’un homme remplit de haine. L’homme se complaît dans sa déchéance.  Il revendique sa supériorité sur l’homme simple et spontané qu’il nomme l’homme normal, pourtant il a essayé d’être comme eux, sans succès. Il place le fait de souffrir comme un signe de plaisir, voire une volupté. La fin des fins messieurs, est de ne rien faire du tout. L’inertie contemplative est préférable à quoi que ce soit dira le désagréable narrateur.

1-La Nausée de Jean-Paul Sartre (1938).
 Sartre rédige plusieurs versions successives, annotées par Simone de Beauvoir, mais son livre est refusé par les éditions Gallimard en 1936. Il reprend et retravaille son texte qui est finalement accepté au printemps 1937 ; il devra cependant encore le modifier pour supprimer une quarantaine de pages. Le titre initial choisi par Sartre était Melancholia, sans doute par référence à la gravure du même nom de Dürer, mais Gaston Gallimard lui impose le titre définitif La Nausée. L'ouvrage paraît en avril 1938 et est salué par l'ensemble du monde des lettres grâce à son  approche philosophique de la conscience et de la contingence. Le personnage principal du roman raconte vertigineusement comment il se rend compte de l’existence, qu’il existe, comme tout ce qui l’entoure. Ses nouvelles visions changent tout son être. Après avoir revu son ex-compagne, partagé ses impressions, et appris qu’elle partait, il se retrouve véritablement seul, et n’existe plus pour rien ni personne. Seul l'imaginaire parviendra peut-être à l'arracher à la Nausée et l'écriture d'un roman l'aiderait peut être à accepter l'existence.

 L'être humain forme l'essence de sa vie par ses propres actions, en opposition à la thèse que ces dernières lui sont prédéterminées par quelconques doctrines théologiques, philosophiques ou morales dit l'existentialisme.

Allez raconter ça à Stephen Harper et ses valets de pisse.

mercredi 21 septembre 2011

Rabindranath Tagore

Plus jeune enfant (ayant survécu) d'une famille de 13, Tagore surnommé "Rabi" est né à la résidence familiale de Jorasanko à Calcutta en 1861. Il est élevé dans une famille d'artistes et de réformateurs sociaux et religieux opposés au système des castes et favorables à une amélioration de la condition de la femme indienne.

Pour ses 11 ans, Tagore quitte avec son père pour un voyage de plusieurs mois en Inde. Sur place, Tagore lit des biographies, étudie l'histoire, l'astronomie, la science moderne et le sanscrit, et se plonge dans les poèmes classiques de Kâlidâsa. À ses 16 ans, il est déjà noble ayant composé plusieurs oeuvres dont un long poème dans le style Maithili. Tagore suit une éducation à domicile et est bien en avance sur son âge. Il écrit aussi cette année-là La Gueuse, la toute première nouvelle en langue bengalie.
À 17 ans, pensant devenir avocat, il s'inscrit à Brighton en Angleterre. Il étudiera aussi le droit à L'University College de Londres. À 22 ans il se marie et aura 5 enfants de cette épouse. Tagore et sa famille vivent sur la luxueuse péniche familiale. Il y écrit plus de la moitié des 84 histoires de son ouvrage Galpaguchchha en trois tomes. Elles dépeignent avec ironie et émotion un large éventail de modes de vies, en particulier des villageois.
Son frère ainé est un respecté philosophe et poète. Un autre de ses frères devient le tout premier Indien à être accepté dans le Service Civile d'Élite d'Europe. Un autre de ses frères sera lui, un talentueux musicien, compositeur et dramaturge. L'une de ses soeurs sera elle aussi une importante écrivaine de son époque. La femme de son frère musicien, légèrement plus agée que Tagore sera une amie, une confidente et une grande influence pour lui. Il est effondré quand elle se suicide en 1884.

À 40 ans, il perd à son tour sa femme ainsi que deux de ses enfants. Son influent père meurt aussi peu de temps après en 1905. Sukumar Ray, le père du cinéaste Satyajit Ray, est un ami de la famille. Ce dernier veut bien agir comme père de remplacement mais meurt la même année. Tagore reçoit des versements mensuels de son héritage, vend quelques bijoux ainsi que son bungalow au bord de la mer. Et ses écrits commencent à rapporter beaucoup.

Au même moment, son imposante oeuvre (il écrit depuis ses 12 ans et il en a maintenant 44) est traduite à l'étranger et sont un énorme succès. Ses histoires sont une rare incursion dans le paysage et le mode de vie Indien. Il compose beaucoup de poésie. En 1913, on lui apprend qu'il a remporté le prix Nobel de littérature. Il rafle ce prix pour le caractère idéaliste et accessible aux lecteurs occidentaux d'une petite partie de son œuvre traduite. Principalement pour son livre Gitanjali qui deviendra L'Offrande Lyrique lorsque traduite par André Gide. Tagore est fait chevalier de l'ordre britannique. Et ce, même si il s'était toujours opposé au Raj britannique et avait soutenu le Mouvement Pour L'Indépendance de l'Inde.

Il visitera plus de 30 pays sur cinq continents. Il diffuse ses idées politiques sur l'Inde et fait connaitre en gros son pays au reste du monde. Le poète anglo-irlandais William Butler Yeats sera si impressionné par l'homme et son oeuvre qu'il signera la préface de l'adaptation anglaise de Gitanjali. Tagore a le culot de visiter le Japon et les États-Unis et de leur reprocher tous deux leurs bravades nationalistes.

En 1921, en compagnie de l'économiste agricole Leonard Elmhirst, il fonde L'Institut de la Reconstruction Rurale (plus tard renommée La Maison de la Paix). Il pense offrir ainsi un mouvement alternatif à Gandhi dont il désapprouve les méthodes revendicatrices. Son mouvement met l'accent sur la scolarisation pour tous (et non seulement pour les privilégiés). Tagore demeure un important émissaire de l'Inde et est régulièrement invité par des leaders étrangers. Benito Mussolini l'invite en 1926 et suite à un entretien en sa compagnie, Tagore condamne et expose ses méthodes fascistes pour le reste du globe.

Tagore peint aussi beaucoup. Ses peintures sont exposées à Paris et à Londres. 

Dans les années 30, à l'instar de son frère veuf,  il compose plusieurs musiques. Il est si prolifique que deux chants de son canon Rabindrasangeet sont devenus les hymnes nationaux respectifs du Bangladesh et de l'Inde : Amar Shonar Bangla et Jana Gana Mana. Tagore devient l'hôte personnel du Shah D'Iran Reza Pahlavi en 1932. On recherche sa compagnie, inspirante à bien des niveaux. Ses nombeux voyages le font frayer avec d'autres personalités qui l'admire beaucoup. Charles F. Andrews, Ezra Pound, Robert Bridges, Ernest Rhys, Thomas Sturge Moore, Henri Bergson, Albert Einstein, Robert Frost, Thomas Mann, George Bernard Shaw, H.G.Wells, Romain Rolland sont parmi ses amis et admirateurs.

Les derniers voyages de Tagore à l'étranger, dont la visite de la Perse et de l'Irak en 1932, puis de Ceylan en 1933 affineront seulement ses opinions négatives au sujet des divisions humaines et du malsain nationalisme.

La seconde grande guerre qui approche lui donnera raison.

La réputation littéraire de Tagore est principalement fondée sur ses poèmes. Toutefois, il est l'auteur d'un nombre important de romans, essais, nouvelles, récits de voyage, drames et de milliers de chansons. Il s'adonne également à la peinture. Ces œuvres sont fréquemment remarquées pour leur nature rythmée, optimiste et lyrique. De telles histoires s'inspirent de sujets simples en apparence : la vie de gens ordinaires.
Tagore perd conscience en 1937 et reste dans le coma pendant une longue période. Quatre ans plus tard il tombe à nouveau dans le coma, un coma dont il ne se réveillera jamais. La poésie qu'il compose au cours de ces quatre années compte parmi sa meilleure et se distingue par sa préoccupation pour la mort. Après de grandes souffrances, Tagore meurt le 7 août 1941 (22 Shravan 1348 dans le calendrier bengali) dans une chambre à l'étage de sa demeure de Jorasanko où il a grandi.

L'anniversaire de sa mort est un jour de deuil dans l'administration partout dans le monde bengalophone.

mardi 20 septembre 2011

Victor et Les Autres

J'ai trouvé ça cute Victor Lévy-Beaulieu qui se plaignait de la télé ce week-end.

Il avait raison sur le fond, on ne rend pas hommage en secret. Mais personnellement je ne suis pas un grand fan du barbu de Trois-Pistoles et ça m'a fait du bien de pas l'entendre.
Peut-être que je le connais mal, peut-être que je devrais approfondir ma connaissance de ses oeuvres qui se limite à la merde digérée à la télé. C'est certain qu'un jour je m'attaquerai à l'homme littéraire qu'il est. Je suis trop curieux pour ça et je ne pourrais pas le juger vraiment sans avoir étudié l'animal plus en profondeur. Mais c'est dans l'attitude surtout que Victor Lévy-Beaulieu me rebute sans cesse.

Il est pratiquement certain qu'il aurait chialé à peu près comme il l'a fait dans les journaux. Je suis même assez convaincu que c'était le discours qu'il avait préparé pour son prix qu'il a tout simplement envoyé aux journaux. Et c'est peut-être justement pour ça qu'on l'a poliment invité à fermer sa gueule. Quand tu reçois un prix ce n'est pas une punition. Stephan (pas de e) Bureau ne devrait plus jamais reçevoir de prix si c'est pour railler en le reçevant. Ce qui n'était d'ailleurs pas justifié car un long montages sur toute l'oeuvre de l'artistre est passé plus tard dans le gala. Lancez vous donc en politique si vous penser avoir de la drive. On l'aurait peut-être alors notre commission d'enquête sur le milieu de la construction. Lévy-Beaulieu l'a fait d'ailleurs. Se lancer en politique. Sans tenir la route.

Ouais, c'est quand j'ai lu sa missive envoyée aux journaux que je l'ai trouvé cute, Lévy-Beaulieu. Il est rendu là où je suis rendu dans mon écoeurite de la télé. Vous le savez j'en cause souvent ici. Moi aussi je pousse plus de soupirs je ne trouve de stimulation nouvelle et d'épatement dans la télé de chez nous(et d'ailleurs).
J'ai commencé à écouter la remise des prix Gémeaux et rapidement je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup d'invités qui me tombait très sérieusement sur les nerfs.

Si le gala est une carte de visite pour les gens non initiés au bottin de l'Union des Artistes (composé de 7812 personnes), il a surement perdu quelques amateurs dimanche soir. Maude Guérin, la coupe couille de Pénélope McQuade, Annie Brocoli oubliée par Bianca Gervais et Sebastien Diaz, Anne-Marie Dussault qui dédie sa statuette à Robert Latimer (pleaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaase!), Guy A. Lepage. Ce dernier est franchement franchement franchement insupportable. TOUTES les lignes qui sortent de sa bouche sont une vantardise déguisée, stimulée par l'orgueil. C'est nécéssaire un minimum d'orgueil, mais avec la face de pet à Lepage l'orgueil prend toute la place. Bravo à mon pote Hellio qui a gagné pour En Audition Avec Simon. (Vous savez comment il s'appelle le fils à l'ami Hellio? je vous le donne en milles: Victor!)

Beaucoup m'irritaient, mais quand j'ai apperçu Magalie Lépine-Blondeau, que je trouve déjà fabuleusement jolie, qu'elle a gagné un prix et qu'elle est montée sur scène dans sa robe EXTRAORDINAIRE je crois que je me suis évanoui dans le salon comme une fan l'aurait fait devant un Beatles en 1962.

C'est un peu ça le problème de Victor-Lévy Beaulieu.
1962.
 Qu'-est-ce qu'il aimerait y retourner.

Comme moi quand je chiâle sur les produits culturels, au fond ce qu'on dit à tous sans trop s'en rendre compte c'est:
"regardez comme je suis rendu vieux"

...et gâteux.

Après moi le déluge, hein Victor?
Tu es obligé de plaider coupable à cette phrase.
***************************
À la radio, en me rendant chercher de quoi faire la meilleure sauce spaghetti au monde dimanche, je suis tombé par hasard sur une fantastique émission produite dans le cadre des 75 ans de Radio-Canada. Placée à une heure ignoble dans la grille horaire (15 à 16h l'heure de la mort dominicale).

Ça s'appelle Nos Témoins Sur La Ligne de Feu et c'est narré, produit et animé par Marc Laurendeau. Ça raconte l'histoire de la radio de Radio-Canada qui était à ses tout débuts, un simple service de traduction des nouvelles de la BBC.
C'est merveilleux d'entendre les Marcel Ouimet, Roger Baulu, Louis Francoeur ou un jeune correspondant de guerre du nom de René Lecavalier en 1943. C'est superbement documenté. Les textes et commentaires sont extrèmement exotiques. C'est quand la dernière fois que vous avez entendu l'adverbe "placidement" dans un reportage?

Ce sont des moments de notre histoire collective, de peuple Québécois, extrèmement intéressants.

C'est sollenel, officiel, pompier, presque barbant.

C'est tout à fait Victor Lévy-Beaulieu.

Mais franchement, très franchement intéressant.
Plus que le Vero show.
Selon moi.

Mais qui suis-je de toute façon?
Sinon un gérant de salon.

lundi 19 septembre 2011

Martin Tamar et Sam Sonov (et la finesse de la sexyness)

"T'as vu Chris Nilan, Sam?"

"Il est dans nos bureaux? on fait un article sur lui?"

"On aurait pu en effet, c'est tout à fait dans les cordes du Reader's Digest, non dans le journal des indignés de Montréal, ils ont raconté sa vie de misère et sa lutte contre la dépendance à la drogue dans leurs pages jaunes. Si je n'avais pas lu son nom, je n'aurais jamais reconnu l'ancien baggareur du Canadien, r'garde..."

"La drogue fait des ravages en effet, on lui donnerait 10-12 ans de plus***, je ne suis pas certain que je l'aurais reconnu non plus..."

"J'ai un peu de misère à avoir de la compassion pour son histoire par exemple. C'est un peu comme si on me demandait d'avoir de la sympathie pour Mick Jagger qui serait resté accro à la drogue..."

"...C'était Keith Richards et Brian Jones les accros pas Mick...tu ne trouves pas que t'éxagère Tam? Mick Jagger a 150 millions de fois la carrière de Chris Nilan. Le pauvre n'a probablement jamais gagné plus que 125 000$ par année dans sa vie..."

"Pauvre? tu vois? tu as dis pauvre, Sam. 125 000$ je prendrais ça, moi. Et c'était 125 000$ au début des années 90 en plus..."

"Baah! tu sais ce que je veux dire...Aujourd'hui le gars gagnerait 4 millions."

"Il ne perds rien, Sam. Il voit ce qu'il aurait pu gagner si il avait joué à une autre époque mais tout ça relève du fantasme"

"En tout cas j'espère que tu n'es pas en train de dire que cette histoire n'en est pas une, cette histoire mérite d'être racontée, ne serais-ce que pour montrer aux jeunes qui flirtent avec l'idée sexy de la drogue que c'est tout le contraire quand on y plonge"

"Parlant de sexy et de nouvelles qui n'en est pas une, tu vois là en haut...Coeur de Pirate nouveau look sexy dans son dernier clip"

"Oui...et alors?..."

"Ben ça ce n'est pas une nouvelle. Premièrement parce que Coeur de Pirate est sur l'étiquette de disques Sélect, une maison de disque qui appartient à Archambault Musiques & Livres, une chaine de magasin qui appartient à Québécor, Québécor qui est propriétaire du Journal des Indignés. C'est de la convergence, de la publicité..."

"Excatement le monstre que le CRTC craignait mettre au monde à l'époque..."

"Deuxièmement, ce que la journaliste qualifie de "sexy" ben c'est tout le contraire...Dans le clip en question, Béatrice Martin est en maillot de bain. Je crois que c'est pour ça qu'on parle de sexyness. Mais elle porte tu sais le type de maillot de bain qui cache davantage qu'il n'épouse les formes?..."

"aaaah oui...je sais très bien de quoi tu parles..."

"Être sexy ce n'est pas un look, c'est une attitude. Porter un maillot du genre c'est afficher un complexe, le contraire de sexy, il me semble"

"C'est rare Tamar mais je suis tout à fait d'accord. Qui est la journaliste?"

"Je ne sais pas"

"Mais...mais...tu as dit "LA" journaliste, tu l'a mise au féminin tu dois bien savoir c'est qui?"

"Non mais c'est toujours les femmes qui ont le "sexy" facile, qui ratissent large, comme si elles faisaient du fantasme projeté en se disant "il faut que ce soit ça que les hommes trouvent sexy, ainsi me trouveront-ils sexy moi aussi, moi qui suis passable."

"Moi je la trouve sexy Coeur de Pirate et ça n'a rien à voir avec les maillots de bain. Son attitude en général justement"

"Ben oui voilà! l'article est signée par une fille!"

"C'est vrai que c'est très laid son maillot, ça ne lui rend pas du tout justice. Tu sais, Tam,  si tout le monde pouvais te voir tout nu sur le web, peut-être que toi aussi tu voudrais porter du maillot qui cache un peu"

"Trop montrer c'est dérangeant mais il me semble que trop masquer c'est aussi pire."

"Tout est une question d'équilibre...Hey...hey c'est qui ça là-bas avec la barbe pas faite?"

"C'est J&?%$/ F?%$?%&, le concepteur de la dernière pub des restaurants McDonald en ondes à la télé"

"Voilà un sale look...c'est quoi la dernière pub de McGros?"

"La pub commence avec un gars qui nous parle en voix off de ne je ne sais trop quoi. Il a franchement une très mauvaise voix de gars qui n'a pas dormi de la nuit, déjà c'est pas très bon car on ne l'écoute pas dès le départ. Puis, sans s'annoncer il commence soudainement à chanter un blues infect qui se termine en crescendo où tout le monde danse, vraiment c'est tout à fait insupportable..."

"Et que fait-il ici?"

"Ben il a perdu sa job, si t'avais vu la pub tu comprendrais qu'on ne se remet pas d'une telle création"

"Son look est le contraire de sexy"

"Tu dis ça parce que t'as de la misère à te laisser pousser la barbe, Sam"

"Pff! c'est pas vrai, il a l'air sale, il a l'air négligé"

"Les femmes aiment les gars aux airs virils...tu vois...tu fais exactement ce que les femmes font quand elles fantasment à voix haute sur le concept de sexy, tu souhaites voir ce que toi t'aimerais qui soit accepté comme sexy. Ce qui te ressemblerait"

"Hey Vanessa! c'est quoi un homme sexy, selon toi"

"C'est un homme qui agit, pas qui discute, Sam, ça vous élimine tous les deux, d'emblée."

"Oui mais du premier coup d'oeil c'est quoi?"

"Un homme qui a du charme, de la testostérone, un homme qui dégage"

"Un homme qui pète?"

"Lui là-bas, le nouveau avec la barbe de deux/trois jours: sexy"

"Fuck all"

"Mauvaise attitude, Sam, pas sexy"

***Nilan a 53 ans

dimanche 18 septembre 2011

Micheal Landsberg, Sa Dépression et Son Ami Wade Belak

Je suis tombé sur une lecture qui m'a bouleversé.

Parce que j'en connais sensiblement quelques sentiers.
Parce qu'il en éclaire des nouveaux.
Parce que je suis coupable du jugement souligné dans le texte.
Parce que le texte m'a tout simplement chaviré.

Je pense que ça sert à ça aussi des fois d'écrire.
Chavirer. Pour apprendre à mieux nager.

Je vous ai adapté en français le texte du coloré animateur de TSN Michael Landsberg sur sa dépression et sur son ami Wade Belak. Un dur à cuire de la Ligue Nationale de Hockey, ancien Maple Leaf de Toronto, qui a choisit de se pendre à l'aube de sa nouvelle retraite il y a un mois.

Envoyer un courriel, un texto, un message instantané occupe une grande partie de nos vies. Mais je crois que je leur fais trop confiance. Les contacts humains sont souvent remplacés par des lettres sur écran cathodique, des symboles, des émoticones, qui sont comme des gardes de Buckingham Palace, sans émotions, sans subitilité. Des zombies incapables de traduire l'évidence. Du rien.
Combien de fois vous êtes vous demandé en lisant un texte si quelqu'un blaguait ou non? si il était sarcastique ou direct? Cynique ou réel? Vous êtes vous déjà demandé quand quelqu'un vous répond "bien" si il le pensait vraiment?
"Bien" s'écrit de la même façon que ce soit sur papier, sur tablette ou sur écran cathodique. Mais dit à haute voix en personne, le même mot peut vouloir dire bien des choses. J'ai énormémement de difficulté à me pardonner d'avoir accepter le "bien" de Wade Belak envoyé par texto 7 jours avant qu'il ne se pende.
Wade était mon ami, ça ne me rendait pas unique. Wade était l'ami de tout le monde. Tous les gars contre lesquels il s'était battu dans la ligue étaient ses amis. Même les gardiens contre lesquels il avait marqué des buts, même si ils étaient rares, étaient son ami. Il était la définition du "Big Buddy". Honnêtement je ne connais pas une âme qui ne l'aimait pas instantanément. Il se faisait des amis de la même manière que certains attrapent des microbes, se faisant plus d'amis chaque fois qu'il touchait quelqu'un. 
Mais je savais que Wade avait un handicap. Je le savais car il m'en avait parlé. J'ai le même handicap. C'est drôle je parle de la dépression comme d'une incapacité bien que ceci nous accompagne toute notre vie. 
Toutefois le handicap de Wade était plus lourd que je le croyais. Sept jours avant qu'il ne meurt on s'est texté. Il avait entendu une vieille entrevue à la radio que j'avais donnée et où j'y parlais de ma dépression et il m'a texté que c'était bon. Pour rire je lui ai texté en retour, "Trouvais tu que je faisais pitié? au fond c'est ça que je voulais faire passer: que les gens me prennent en pitié". Il m'a répondu "Je trouvais que tu étais un "big pussy". Ha ha. Mais qui suis-je pour parler? je suis moi-même sur les pilules depuis 4-5 ans maintenant". Je lui ai écris plus sérieusement "Et maintenant comment te sens tu?". Et c'est à ce moment qu'il m'a donné le mot de quatre lettres "Bien".
Bien, argh. 
4 lettres, un mot. Un mot tout simple. Non veut dire non, nous dis-t-on mais bien ne veut pas toujours dire bien. Il n'était pas bien. Sept jours plus tard il était mort.
Je regarde mes mains et n'y trouve pas de sang mais il est bien là. Le Luminol ne le montrerait pas mais ma conscience sait que j'ai les mains pleines de sang. 
Ce n'est pas facile. Pas facile du tout. 

Wade est entré dans ma vie il y a 8 ans quand j'ai commencé mon émission Off The Record à TSN. Lui et moi ressemblions à une vieille photo de la seconde guerre mondiale. Lui le géant aux traits porcins, au visage pâle et aux cheveux blond/roux, moi, 8 pouces plus bas, un million de fois plus foncé avec mon gros nez, enfin...vous imaginez.
Malgré nos différences physiques, nous sommes devenus amis rapidement. Notre amitié fortifiée par une capacité et une envie de faire rire l'autre avec succès. Les hommes expriment le mépris avec des insultes et leur affection à l'égard d'un autre homme par de plus graves insultes. Wade et moi n'avions aucune limite, aucune zone de sécurité, aucune frontière et jamais ne nous sommes bléssés. Je l'aimais pour ça et je sais qu'il appréciait ma présence pour les même raisons. 
Je ne sais pas trop pourquoi Wade s'est confié à moi à propos de sa dépression. Je devine que c'est parce que j'avais parlé publiquement de la mienne. Ou peut-être que dans ma carrière de dépressif j'étais le vétéran et lui la recrue. 
Peu importe la ou les raisons, je me suis senti choyé d'avoir partagé sur le sujet avec lui. Partager quelque chose d'aussi intime avec quelqu'un est le plus beau compliment qu'on peut faire à l'autre. C'est lui dire "je te fais confiance et je me sens en sécurité avec toi". Ç'est dire aussi "Je sais que tu ne me jugera pas". Peut-on vraiment appeller quelqu'un un ami si on a peur que celui-ci te vois comme quelqu'un de faible?
Ceci m'a fait apprécier Wade davantage. Je crois que l'on finit par aimer les gens pour leur bons côtés. Quelques fois on les aime aussi pour leur imperfections. Je sentais que j'avais un line privilégie avec Wade. Je savais que son demi-sourire cachait une autre moitié plus sombre et qu'il était pré-fabriqué. Je savais que sa constante bonne humeur était un rôle. Je me sentais bien car je reconnaissais tout ce que j'avais fait moi aussi. De cette manière je pouvais comprendre davantage Wade car nous avions circulé sur les mêmes rails. Nous étions tous les deux excellents à leurrer les gens. Comme la plupart des dépressifs, nos émotions sont de la contrefaçon. Nous produisons du faux bonheur et à cause de cela il devient parfois difficile pour les autres de remarquer ce qui se passe réèllement par en dedans.

Quand Wade et moi nous nous sommes texté le 24 août dernier, il me demandait comment avançait mon documentaire sur la dépression chez les personalité connues. Il me demandait "M'interviewera tu?". Je lui ai demandé "Est tu à l'aise avec l'idée de rendre ton mal public?" Ses mots exacts ont été "Je ne crois pas avoir un problème avec ça" Il a ensuite rajouté "Je crois que mes parents ne savent même pas vraiment". Wade ne se doutait alors pas à quel point sa dépression deviendrait publique. 

On ne sait pas ce qui est s'est passé dans la tête et dans le coeur de Wade une semaine plus tard. Sa flamme est passée de brillante à éteinte en l'espace de quelques heures. Mais on sait pourquoi les gens s'enlèvent habituellement la vie. Les gens se tuent parce que la peur de vivre un autre moment est plus lourde que la peur de mourir en ce moment même. Dans le cas de Wade, je crois qu'il a été envahi par une tsunami dépressif qui l'a fait passer de calme à calamiteux. L'amour envers la famille et la vie ne faisait soudainement plus de sens. Instantanément un et un ne faisaient plus deux. 
Je sais que vous vous demandez, et ne vous sentez pas mal de le faire, on se pose tous la question, comment un parent peut quitter ses enfants ainsi? Comment un adulte peut vous parler de sa joie à voir son enfant de 5 ans jouer du violon et 8 jours plus tard choisir de se boucher les oreilles à jamais?
Je ne sais pas. Mais je sais une chose. Je prie très fort pour que nous n'en connaissions jamais la réponse. Il y a de ces choses que l'on ne veut pas savoir. Et des choses que l'on ne devrait jamais juger. Personne ne sait ce qu'ont vécu les passagers du vol 175 qui a frappé l'une des tours du World Trace Center le 11 septembre 2001. Pouvez vous vraiment dire ce que vous auriez fait à leur place dans l'avion? Personne ne peut dire ce qu'il aurait fait si il avait marché jusqu'à la chambre à gaz à Auschwitz non plus. Et personne ne sait ce qui est passé par la tête de mon ami Wade Belak quand il a choisit de quitter tout ceux qu'il aimait. Si vous aviez eu la même chose que lui dans la tête, peut-être n'auriez vous jamais su quoi faire non plus. 
Je ne le sais très certainement pas. Mais je sais une chose toutefois. Quand on est en dépression, la logique devient une erreur et l'erreur la réalité.
Ceux qui me connaissent savent que j'ai extrémement confiance en moi. Je vous entends même dire, "il est plutôt arrogant". Correct. Pensez ce que vous voulez. Mais quand je suis en dépression cette confiance devient de l'insécurité. Le "Moi" n'existe plus et je deviens mon propre fantôme. Et ce gars-là je ne le connais pas trop et je ne l'aime pas particulièrement. Il a animé 60 shows en 2008. Il était moche. 
Si vous lisez ceci et vous dites "je n'ai jamais connu ce qu'il raconte" tant mieux pour vous, vous êtes choyé. Vous êtes vous déjà féclicité de ne pas être mentalement malade? Non parce que bien entendu on ne célèbre pas sa normalité tellement souvent. Je suis pareil. Je ne célèbre pas mes deux bras et mes deux jambes mais un amputé pourrait me suggérer de le faire. Mais avec votre santé mentale arrogante ne pensez jamais un jour comprendre pourquoi Wade Belak a fait ce qu'il a fait. Je ne le comprend pas. Mais je sais une chose, Wade aimait la vie comme des millions de gens aiment la vie. Son amour pour sa femme Jen et pour ses filles Andie et Alex, était aussi fort que l'amour de quiconque envers ses proches. Si cet amour n'était pas suffisament fort pour l'empêcher d'abandonner tout ça...Comment souffrant est ce mal-être? Nous guette-t-il tous?
Vincent Van Gogh a dit avant de s'enlever la vie "la tristesse durera toujours". Belak ne croyait pas à cela mais l'espace d'un moment oui, il l'a cru. À cet horrible moment, Wade a eu un dilemne: un côté de lui était en instinct de survie tandis que l'autre voulait en finir de la souffrance. On a tous, ou presque, vécu le premier feeling. Peu ont connu l'autre. Dans le cas de Belak il est clair quel côté à gagné. C'est ce qui arrive quand l'ange de la mort et l'ange de la pitié travaillent ensemble.
Est-il dans un monde meilleur? On l'ignore. On peut croire à la vie après la mort mais une chose est certaine, Wade ne souhaitait pas visiter ce monde autant qu'il sentait, qu'au moment de commettre son geste, il n'y avait pas de pire endroit au monde pour lui qu'ici. 
Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez son geste. Je ne le comprend pas moi-même. Mais je m'attends à ce vous acceptiez le sérieux de sa maladie. Si vous avez été atristé par la mort de Wade Belak, voilà ce que vous lui devez: croire en son mal. 
La dépression ne se voit pas. On ne la détecte pas sur une biopsy. Les test sanguins ne révelent rien. Les rayons-x non plus. Croire en la dépression d'un autre exige de la foi. Les sondages disent encore que la dépression n'est pas perçu comme une maladie autant qu'elle est perçue comme une faiblesse. Wade Belak n'était pas faible. Winston Churchill non plus. Abraham Lincoln non plus. Ernest Hemmingway non plus. Votre cousin, votre voisin, votre fils non plus. 

La dépression est une maladie. Et si vous voulez rendre un hommage à la mémoire de Wade Belak, ne dites jamais  "Reviens-en!" ne dites jamais "de quoi tu te plains?" à un dépressif au risque de servir de détonnateur. Et accepter de croire que la dépression est une sérieuse et quelques fois fatale maladie. 

Mon dernier message est toujours sur son smart phone et sur le mien. Après avoir entendu la folle rumeur que mon ami Wade était mort, je l'ai aussitôt appellé afin d'en rire. Quand ce fût sa machine, mon coeur a fondu. Je n'ai pas laissé de message. Dire quoi? SVP ne sois pas mort? 
Un dernier espoir, je lui ai envoyé un texto. 

"Are You ok?"

Le D est tout de suite apparu. Mon coeur s'est accéléré afin de lire un R. Si vous ne parlez pas le langage des messageries, le D veut dire "delivered" et quand l'autre l'ouvre il se transforme en "R" pour "Received". Mais ce jour là je savais que D voulait dire "death" et "R" voualit dire "vivant".

Svp change, svp change, j'ai imploré. J'ai attendu. J'attends encore, incrédule. Il n'a jamais changé Ne changera jamais. Il y est pour l'éternité dans mon smart phone. Ironique n'est-ce pas alors que j'ai commencé en disant que les lettres sur écran cathodique ne disent rien et qu'en ce moment ce "D" fait tout le contraire? 

D pour Dépression
D pour Dead
D pour Dear Wade, j'espère que maintenant tu es vraiment bien.

samedi 17 septembre 2011

Blonde et Idiote Bassesse Inoubliable*********PETER GABRIEL I (dit Car)

Inspiré par cet album d'Arcade Fire qui selon moi, fait déjà légion et dont je ne me lasse pas encore, je vous propose à partir de maintenant, et ce une fois par mois, un très très TRÈS personnel musée sonore d'incontournables albums qui ont su charmer mes oreilles au travers des années et qui le font toujours malgré le passage des années.

Habitués de ce blogue, vous savez que je suis très très intéressé par la zizik, forme de voyage facilement accessible et à peu de frais.

J'ai baptisé mon musée des albums incontournables de quatre mots tirés d'albums dont je ne causerai pas, conscient d'en avoir déjà assez causé ici.

Ils sont tous les quatres mémorables pour moi en ce sens qu'ils ont tous changé ma vie à leur façon. Ces quatre disques m'habitent complètement. J'en connais chaque son et ils me transportent encore de manière inexplicable dans des endroits toujours nouveaux même si les sons restent les mêmes. Ils atterissent juste à des endroits différents selon la météo mentale et physique.

"Blonde" pour Blonde on Blonde de Bob Dylan
"Idiote" pour The Idiot d'Iggy Pop
"Bassesse" pour Low de David Bowie
"Inoubliable" pour The Unforgettable Fire de U2

Par ordre de parution.

J'aurais pu rajouter The Suburbs d'Arcade Fire mais je m'accorde le droit de recul. Peut-être que dans 10 ans le voyage me paraîtra banal.
(tiens je viens de vous faire un top 5 vite fait sans m'en rendre compte!)

Blonde et Idiote Bassesse Inoubliable, ç'est B.I.B.I., c'est-à-dire, moi.
C'est aussi la terminaison finale du mot "habibi" qui, en Irak, veut dire "mon amour".
Blonde et Idiote Bassesse Inoubliable, c'est également parce que ça pourrait évoquer une maitresse, une erreur commandée par une appendice précise du corps.

Ce que la musique est très souvent.

Quand elle reste inoubliable pour les bonnes raisons.


               (CAR ALBUM) PETER GABRIEL I

Juillet 1976. La tournée The Lamb Lies Down on Broadway, honorant l'album double du même nom de Genesis, band dont Peter Gabriel a été l'un des leaders depuis 10 ans vient de se terminer. Il était entendu que Gabriel terminerait la tournée et lancerait sa carrière solo. Il refusera presque toujours de nommer ses albums, trouvant qu'aucun titre ne peut réellement rendre justice à un ensemble d'états d'âmes disparates. Il fera toujours le strict mininum à ce niveau. Ne nommant pas du tout ses quatres premiers albums solos, connus selon les photos sur les pochettes ou par les chiffres I, II, III et IV et nommant les suivants de mots très courts (So, Passion, Us, Ovo, Up).

The Lamb Lies Down on Broadway fût un album excessivement théâtral. La tournée aussi.

Le premier morceau du premier album solo de Gabriel emprunte beaucoup à l'opéra rock justement. On me dirait que c'est une chanson abandonnée qui devait être de son dernier album avec Genesis que j'y croirais. Il multiplie les variations de tempo, les modulations de la voix (théatral) et fait référence à la chorée de sydenham, une maladie infectieuse du système nerveux central. Chanson d'ouverture qui fait un parfait pont pour un personnage qui quitte une scène pour en fouler une nouvelle.

Après avoir assisté à un concert de Bruce Springsteen, Gabriel anticipe sa carrière solo avec anxiété. Il écrit ce fabuleux morceau en 7/4 , devenu un incontournable de son oeuvre. Ce morceau acoustique ne ressemble en rien à ce que Gabriel écrit habituellement. Chaque couplet amène un nouvel instrument. Cette chanson n'a pas pris une ride depuis 1977, premier extrait de son premier album solo.

Troisième chanson, deuxième extrait lancé sur les ondes. Si Solsbury Hill a un succès modéré(mais imperrissable) lors de son lancement sur les ondes radios, Modern Love est un four. Les références phalliques, tel que les allusions à "son Vénus" , "son parapluie telescopique" et son "tuyau" sont précurseurs aux chansons tout aussi phalliques que seront Sledgehammer et Steam des années plus tard.

Excuse Me est tordante. Cette (rare)chanson co-écrite avec Martin Hall est à la fois inspirée des "Barbershop", du jazz, des chansons de cabarets allemands et du big band. Merveille vocale et musicale. Mon fils adore.

Humdrum est un croisement entre une ballade au piano, un arrangement au hautbois et un rythme latin. Elle raconte une évasion vers l'inconnu. L'aventure de Gabriel en solo en quelque sorte. Chanson extrèmement créative pour le Pete.

Slowburn est un morceau qui ressemble beaucoup à du Alice Cooper. Pas surprenant, Bob Ezrin, qui a produit, Berlin de Lou Reed, qui produira The Wall pour Pink Floyd, qui a produit Alice Cooper, produit aussi cet album pour Gabriel. La plupart des musiciens de l'album sont d'ailleurs des musiciens d'Alice Cooper.

La chanson suivante est un merveilleux blues dans la tradition de Randy Newman. Il avait d'ailleurs rencontré Newman en 1969 et a avoué s'en être profondément inspiré pour ce morceau. Fidèle à ses habitudes le tempo change, ou menace de changer pendant 7 minutes.

Down the Dolce Vita met en vedette le London Symphony Orchestra (qui était aussi en vedette sur le morceau d'ouverture). Cette chanson introduit les personnages de Aeron et Gorham pélerins de la mer. Ses deux personnages rencontrent Mozo, un personnage qui change les vies des gens qu'ils rencontrent. Mozo reviendra périodiquement dans les chansons On the Air, Exposure, Red Rain et That Voice Again.

Here Comes The Flood met aussi en vedette Mozo qui a l'habileté de lire dans les pensées. Cette chanson Ballardienne était un numéro très intime avec simplement Gabriel au piano. Bob Ezrin l'a habillé avec le London Symphonic Orchestra et Robert Fripp à la guitare. Toutefois, outre sur cet album, Gabriel jouera le morceau toute sa vie en spectacle comme il l'avait composé, piano et voix seulement.

Musique pour tapis brun dans son sous-sol, colline verte à Solsbury et lumière blanche sur maquillage à la cire.