4,6 étoiles.
Une injustice.
Une de plus dans ce monde en décomposition qu'il observait chaque nuit à travers son pare-brise. À 30 ans, sa vie se résumait à une berline d'occasion qui sentait le sapin chimique et à une application qui lui dictait ses moindres mouvements.
Il se voyait et se savait purificateur. Un Homme. Un vrai, au milieu d'une époque devenue lâche, féminisée, et artificielle. Il passait ses journées à la salle de gym, poussant de la fonte, fonte, fonte, pour oublier la honte. Jusqu'à la nausée. Il passait ses nuits à écouter des ballados de masculinistes, d'auto-déclarés "mâles-alpha", qui lui expliquaient comment reprendre le pouvoir.Il méprisait ses clients. Les fêtards ivres, qui vomissaient sur des banquettes, les cadres supérieurs arrogants qui lui parlaient sans le regarder, et surtout, ces hommes modernes qu'il jugeait faibles et soumis.
Puis, l'obsession.Chloé est montée à bord.
Elle avait l'air épuisée, les yeux rivés sur son téléphone. Lucas a immédiatement ressenti le besoin viscéral de la protéger. Dans sa tête, le scénario s'est écrit instantanément: elle était une demoiselle en détresse, et lui, son sauveur. Il a commencé à accepter toutes les courses dans son quartier. Espérant désespérément d'à nouveau la croiser. L'algorithme a fini par l'exaucer. Lorsqu'elle est remontée dans sa voiture, une semaine plus tard, Lucas a tenté d'engager la conversation. Il a utilisé les techniques de séduction agressives apprises dans ses ballados. Il a critiqué la "faiblesse" des hommes qu'elle devait fréquenter et lui a assuré qu'elle avait besoin d'un "protecteur traditionnel".
Chloé. mal à l'aise devant cette intimité soudaine et cet intense regard fixe braqué sur elle par le rétroviseur avant, lui a alors demandé de la laisser débarquer au prochain coin de rue. Lucas a insisté, elle dit non, mais c'est toujours oui, si j'en ai envie, pensa-t-il, haussant le ton, persuadé qu'il agissait pour son bien. Paniquée, elle a exigée de descendre tout de suite, peu importe le moment, lui lançant 20 dollars même si elle n'avait roulés que pour 7$. La voiture s'est immobilisée et elle a vite quitté, claquant la porte et fuyant vers ailleurs.
Le soir même, la sanction est tombé, compte suspendu pour comportement inapproprié.
Une étoile.
La chute.Le monde de Lucas s'effondre alors. Il écoute Fight Club pour la xe fois, pour se convaincre que son statut d'incel n'est pas une mauvaise chose. On l'a castré. On lui a retiré son gagne-pain et sa mission sacrée. Sa frustration s'est muée en une rage incontrôlable. Ce n'était pas sa faute. C'était celle d'un système injuste qui rejetait les "vrais hommes".
Il a alors passé une partie de la soirée à astiquer sa voiture. Puis s'est rasé la tête. Plus qu'un crâne lisse. Avec teintes de gris bleus, là où on devinait des poils passés. Il a enfilé son blouson noir et s'est mis à errer dans les rues. À pieds. Cherchant une cible pour extérioriser sa violence.C'est là qu'il a revu Chloé.
Elle marchait aussi, sur le trottoir de la nuit. Mais cette fois, en "madame". Elle était si belle et désirable. Elle tenait la main de l'homme qui l'accompagnait qui représentait pour Lucas, tout ce qu'il détestait: une silhouette fine, un rire léger, aucune agressivité.
Un imposteur.Lucas a accéléré le pas. Le coeur battant au rythme d'une musique industrielle imaginaire. NON! pas imaginaire ! You're gonna get what you deserve ! Il s'est interposé violemment entre eux. hurlant à Chloé qu'il était là pour la sauver de cette mascarade. Elle avait mis une de ses mains dans son dos, elle lui faisait face, Lucas ne pouvait pas le savoir, mais il s'inventait qu'elle faisait ce signe de la main que font les Femmes quand elles veulent faire comprendre qu'on doit les sauver d'un homme toxique. Il n'était pas cet homme toxique. Du moins, dans sa tête lisse.
Christ.Quand le compagnon a tenté de s'interposer calmement, la cocotte-minute a explosé.
Lucas a projeté toute sa haine et sa frustration dans un premier coup de poing.
Il ne nettoyait pas la ville. Il en était le poison.
Les badauds autour l'ont maitrisé au sol. Il n'a pas pu donner deux coups de poings à celui qui gisait maintenant au sol. Knockouté. Mais avec au dessus de lui, affolée, la belle Chloé.
Lucas, sous les poids des gens qui le tenait au sol a eu le temps de dire "Je suis là! je suis là! ne t'inquiètes pas!".
Ce que la police a confirmé quand ils l'ont arrêté. Elle pouvait ne plus s'inquiéter.Lucas restera coffré.
Taxi Driver a 50 ans cette année. Ce terrible, mais aussi fameux film de Martin Scorsese, scénarisé par Paul Schrader, traitait de la solitude malsaine mâle. Mais aussi, du traumatisme. Travis Bickle était un ex-soldat du Vietnam, sans mission. Il fallait s'en inventer une. Cette malsaine solitude existe encore vivement de nos jours. Plus que jamais le masculinisme pue de sa grosse tête sale. Il a son porte-voix, ici, en bas. Tous les jours au micro de nos télés. Ce film n'a pas pris une ride.
Je pense à cette 9e victime de féminicide au Québec, en seulement 3 mois et 3 semaines.Je penses aussi à Véronique Champagne, de Rougemont, ou Mary Tukalak Iqiquq du Nunavuk.
Et à Karina Poliquin.
Qui a crié de sa douce voix en octobre dernier, un appel à l'aide non entendu. Femme bravement dévouée dans un monde trop mâle et pressé.
Non ! les hommes ne l'ont pas nécessairement poussé là où elle a mis fin à l'aventure de la vie.
Mais oui ! les Hommes avec un grand H l'ont complètement échouée.
| 1987-2026 |
Depuis le week-end dernier, je ne cesse de penser à elle.
Papillon qui a perdu ses ailes.
On a envie, comme elle, que les enfants soient replacés au coeur des priorités de nos environnements médicaux. Et pourtant, on regarde la gestion des dossiers Epstein, et nos coeurs saignent.
Que JAMAIS nous ne lâchions le morceau de ses dossiers qui doivent, faire exploser la malpropreté.
Ils n'auront jamais notre voix.

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