Tout commence dans une enseigne de restauration rapide des États-Unis, le genre d'endroit où l'on sait pertinemment que le plaisir immédiat se paie par une longue réflexion solitaire quelques heures plus tard sur le grand téléphone blanc.
Notre protagoniste, dont l'appétit dépassait manifestement les capacités de stockage de son côlon, venait de terminer un repas gargantuesque.
Soudain, burrito bien avalé, le signal d'alarme interne, retentit. Ce n'est pas une simple alerte, c'est un branle-bas de combat biologique. Ses intestins, transformés en usine chimique instable, exigent une évacuation immédiate. C'est là que le destin bascule. Dans un élan d'héroïsme mal placé, ou peut-être simplement pour de donne du courage avant le combat final, l'homme se lève et à son collègue de travail en face de lui il s'exclame assez fort pour que plusieurs autour arrive à l'entendre, avec une assurance tragique en plus:"Je vais à la salle de bain, pour faire exploser tout ça!"
Cet excès de confiance gastrique devient code rouge. Dans l'esprit de cet homme et de son collègue, qui avait tout compris tout de suite, il s'agissait d'une métaphore humoristique sur sa détresse gastrique. Dans l'esprit des clients installés à la table voisine, c'était le début de la 3e Guerre Mondiale.
Il faut comprendre le contexte. Dans un pays où la sécurité est une religion, le mot "bomb" ou "blow up" (faire exploser) prononcé dans un lieu public agit comme un bouton panique géant. En quelques secondes, le restaurant change d'ambiance. Finis les bruits de frites croustillantes, place aux chuchotements terrorisés.
Un client zélé et probablement traumatisé par trop de films d'action, saisit son téléphone. Les services d'urgence décrochent:
"9-1-1, quelle est votre urgence ?"
"Un homme vient de déclarer qu'il allait faire exploser les toilettes du restaurant ! C'est une menace terroriste imminente !"
Pendant que l'opératrice dépêche plusieurs unités de police sur les lieux, notre "terroriste" est en plein exercice de ses fonctions, confortablement (ou non) installé dans sa cabine sur son trône de marbre au couvert de plastique. Il est à des années-lumières de se douter que dehors, le périmètre est bouclé. Les gyrophares bleus et rouges balaient la devanture du fast-food.Les policiers pénètrent dans l'établissement, protégés par leur gilets pare-balles, l'adrénaline au maximum. Ils se dirigent vers la zone de danger. Le bloc sanitaire. Le silence est de mise. Seulement interrompu par des bruits...suspects provenant de derrière la porte. Des bruits de "détonations" qui, pour une oreille avertie, pourraient effectivement ressembler à une petite guerre civile chimique intestine.
-"SORTEZ! LES MAINS EN L'AIR!" Hurle un officier.La porte des toilettes s'ouvre lentement, un homme en sort pâle, un peu plus léger, mais surtout totalement hébété. Il ne tien ni détonateur, nu dynamite. Tout ce qu'il a, c'est un air de soulagement qui se transforme instantanément en terreur pure face aux canons d'armes à feu braqués sur lui, le visant.
L'interrogatoire est rapide et surréaliste :
"OÙ EST L'ENGIN EXPLOSIF?"L'homme pointe timidement le doigt vers la cuvette encore fumante.
"Le...le burrito ne passait pas..."
Les policiers, partagés entre le soulagement professionnel et le dégoût olfactif à la vue "du grand serpent brun" inspectent quand même les lieux. Verdict: aucune trace de TNT, mais une zone sinistrée qui nécessiterait l'intervention de la sécurité civile, ou du moins d'un agent d'entretien très courageux.
L'homme ne sera pas inculpé pour terrorisme, mais repartira avec une leçon de sémantique publique qu'il n'oubliera jamais. Aux États-Unis, on ne plaisante pas avec les explosions.
Qu'elles soient nucléaires ou fécales.
Ceci est une histoire vraie, survenue au Kansas, et depuis, le même homme, quand il va à la salle de bain, pour se faire comprendre, dit désormais "Qu'il va se rafraichir le visage". Pour ne pas affoler quiconque.
La seule agression reconnue a été portée contre les narines des agents des forces de l'ordre, ce jour là.
'Scuzez-le de l'avoir trouvée drôle aux nouvelles.

Aucun commentaire:
Publier un commentaire