mardi 25 novembre 2014

Band Aid

En 1983, Bob Geldof avait tourné The Wall dans le rôle de Floyd Pinkerton et sa carrière en temps que leader du band The Boomtown Rats n'augurait pas bien puisqu'il était banni des ondes et de la scène en Irlande pour chaos, désordre, insubordination et affront en direct à la télévision pendant un interview.

Bob Geldof est un homme extrêmement difficile dont on dit qu'il n'existe que fâché ou très très fâché. Rarement entre les deux. "Confrontatif" comme diraient les chimistes de la langue après 8 bouteilles de vin. Un punk de naissance qui n'a cessé de pousser le cri plaintif primal sous de nouvelles variations de sa naissance à nos jours.

Un an plus tard, en 1984, sa carrière ne va nulle part.

En voyant un documentaire sur l'état lamentable des Éthiopiens, il décide de garder une entrevue que son agent lui avait "booké" avec la BBC et au lieu de parler de ses projets d'album solo, profite de la tribune pour entièrement discuter d'une idée qu'il a d'enregistrer un morceau, de le mettre sur le marché et d'envoyer un large somme des profits à l'Éthiopie afin de faire sa part pour vaincre la famine qui sévit là-bas. Il lance un appel aux artistes d'Angleterre et d'Irlande (son pays d'origine), et leur demande d'offrir une partie de leur temps pour une chanson qu'il composera avec Midge Ure du band Ultravox.

Geldof approche Trevor Horn pour produire le morceau, toutefois Horn est occupé ailleurs. Il lui offre en revanche son studio gratuitement pendant 24 heures. Midge Ure produira et mixera à sa place.

À 9h du matin, les artistes commencent à affluer le jour demandé. Ure et Geldof sont déjà sur place car ils ont préparé le studio et la trame musicale. Les médias ont été avisés et on photographie, filme, interview, Duran Duran (sans Roger Taylor), Spandau Ballet, Paul Young, Culture Club (sans Boy George), George Micheal de Wham!, Kool & the Gang, Sting, Bono et Adam Clayton de U2, Glenn Gregory et Martin Ware de Heaven 17, Phil Collins, Paul Weller de Style Council, Francis Rossi et Rick Parfitt de Status Quo, Jody Watley de Shalamar, Bananarama, Marilyn (qui n'était pas invité mais qui avait besoin de la publicité et qui s'est présenté quand même), Simon Crowe, Pete Briquette et Johnny Fingers des Boomtown Rats et un seul membre d'Ultravox (Chris Cross).
Geldof remarque l'absence de Boy George qui lui avait promis sa présence la veille de et l'appelle à New York, le tire du lit et lui paie un vol en Concorde afin qu'il traverse l'Atlantique et se présente (plus tard) en studio en Angleterre pour enregistrer son petit bout tout seul.

Les divas se font toujours attendre.
Ure profite de la présence de groupe pour d'abord enregistrer le refrain final et faire prendre les photos d'usage pour la promotion. La plupart sont sur des lendemains de veille et Parfitt, de Status Quo a même une bonne quantité de cocaïne bien en vue. Quand il se la fait voler, il défonce la porte des toilettes pour la récupérer. Plusieurs de ces belles têtes ne seront pas à jeûn dans le clip.

Ure fait ensuite chanter tout le monde un par un la chanson au complet. Prenant des notes sur chaque performance et sur chaque moments d'inspiration. Tony Hadley de Spandau Ballet commence. Simon LeBon, Bono et Sting, qui avaient enregistré le corps de la chanson la veille dans le studio personnel de Ure suivent le même manège.

Phil Collins, qui avait amené son kit de drum enregistre son petit bout. On mixera sa partie avec un extrait d'un beat africain en ouverture tiré de l'album The Hurting de Tears for Fears. Rossi et Parfitt de Status Quo sont relégués au rôle de fournisseurs des produits toxiques (drogue & alcool) quand incapables de chanter le segment "here's to you!/here's to them!" qui sera finalement chanté par le trio Gregory/Weller & Sting. Geldof est une nuisance pour Midge Ure car il donne toujours les mauvaises consignes aux chanteurs. Difficile le créateur...

Quand Boy George vient chanter son bout vers 18h, il est ouvertement méprisant envers George Micheal à qui il reproche son homosexualité non avouée. Quand il entend sa voix, il la confond avec celle d'Alison Moyet (Alf vers 2:16). Quand on lui dit que c'est celle de George Micheal, il réplique qu'il sonne horriblement "camp", mais qu'après tout, c'est bien ce qu'il est.

Une face B contenant de messages de David Bowie*, Paul McCartney, des membres de Big Country et de Holly Johnson de Frankie Goes to Hollywood, qui voulaient y être mais n'ont pas pu, est aussi produite. Trevor Horn s'occupe de cette partie en parallèle là où il se trouve.

La chanson est mixée par Ure et Geldof toute la nuit et à 8h00 du matin on est prêt à livrer aux magasins le 45 tours.
Pour des raisons légales on retire le 45 tours presqu'aussitôt mais dès le lendemain, le 29 novembre 1984, il est remis sur le marché et atterrit directement au sommet des palmarès européens. Il y restera 5 longues semaines et vendra 3.7 millions de fois seulement en Angleterre! Ce record de vente pour un single ne sera battu que 13 ans plus tard, à la mort d'une princesse.

Midge Ure est le héros obscur de ce morceau historique/héroïque.

Geldof a réenregistré la chanson récemment pour aider à lutter contre l'ebola.

Je vous en parlais, .

L'idée originale était enregistrée aujourd'hui, il y a 30 ans.

*Bowie devait chanter la partie de Paul Young et son message sur la Face B allait comme suit: "This is David Bowie, it's christmas and there are more starving people on our planet than ever before. Please give a thought for them this season, and do whatever you can-however small-to help them live. Have a peaceful new year."  

lundi 24 novembre 2014

L'Échec de l'Aéroport de Mirabel

À la fin des années 60, Montréal, Jean Drapeau en tête, est toujours pleine d'ambition. Mais la nouvelle grande ambition vient du ministère des transports canadien: on veut un nouvel aéroport afin de délester l'aéroport de Dorval devenu trop petit et étant de plus en plus près de la ville.

On étudie d'abord les territoires à proximité, Vaudreuil-Dorion ou les Basses Laurentides. Québec souhaitera Drummondville sur la Rive-Sud Ce sera plus éloigné encore au nord qui sera choisi: Mirabel.

On veut s'inspirer du tandem Orly/Charles-de-Gaulle en France et se partager le trafic aérien avec Dorval.

Le site retenu est en milieu agricole et on doit exproprier les gens habitant sur un très grand territoire couvrant dix fois la superficie qui au final sera occupée par l'aéroport en soi. Les expropriés sont horrifiés et ne s'en remettront jamais. On exproprié non seulement des agriculteurs mais aussi de simples citoyens. Louis Fortin et Éric Gagnon-Poulin se sont intéressés à ses gens dans leur documentaire sur le sujet.
 Nous sommes en 1969 et Pierre Eliott Trudeau, le père de l'autre, ne fait que commencer à violer les droits d'autrui, à un an de la crise d'octobre et de ses infectes mesures de guerre.

Mirabel sera le plus grand aéroport au monde. Les constructions, débutées au début de 1970, ne prendront que 5 ans et coûteront 500 millions de dollars. Une performance d'une rapidité remarquable. Le 4 octobre 1975, l'aéroport est inauguré avec un ronflant discours de P.E.T. et le passage de Boeing 747-200 (d'Air Canada) et du Concorde Français de présérie F-WTSA 02.

Les vols intérieurs (incluant ceux aux États-Unis) auront lieux à Dorval, tandis que les vols internationaux auront lieux à Mirabel. La distance marquée (40 KM et plus d'une heure de route en période de trafic aux heures de pointe) rend les correspondances difficiles, voire impossibles. On devait construire des liaisons routières avec la 13 et une route (la 50) en direction d'Ottawa qui n'est pas très loin. Rien de tout ça ne sera fait. la 13 s'arrêtera à la 640, obligeant un détour par la 15 et la 50 ne verra pas le jour avec l'ouverture de l'aéroport d'Ottawa.
De plus, peu à peu, le poids économique de Montréal s'affaisse au profit de Toronto qui pour sa part, prend de plus en plus d'ampleur.

Le gouvernement fédéral est contraint d'octroyer de plus en plus de vols internationaux à l'Ontario.
On prévoyait recevoir 40 millions de passagers en l'an 2000 et passer d'une aérogare et de deux pistes à six aérogares et autant de pistes.

Au contraire, les crises pétrolières de 1973 et 1979 plombent très sérieusement l'aile de tous les avions se posant à Mirabel. Ceci jette une consternation encore plus bouleversante chez les expropriés qui ont le sentiment très renforcé de s'être fait tasser pour rien. Dès 1981, le gouvernement fédéral lance une programme de rétrocession d'une grande partie des terrains.

Des 97 000 acres expropriées, en 1985, Brian Mulroney en rétrocède 80 000 et Stephen Harper en rétrocèdera 11 000 autres en 2006. Le gouvernement ne gardera que les constituants de l'aéroport, soit 6000  acres (2428 hectares).

En 1992, le gouvernement canadien change le mandat de Transports Canada et se débarrasse de l'éléphant blanc en confiant la gestion de l'aéroport à Montréal. C'est Aéroports de Montréal (ADM) qui s'occupe aussi de la gestion, de l'exploitation et du développement des installations de Dorval, qui prend Mirabel en main pour un bail devant (originalement)se terminer en 2052.

En 1997, ADM annonce que tous les vols passagers seront dirigés vers Dorval (devenu avec une sombre ironie l'aéroport Pierre Eliot Trudeau) car la coordination devient un véritable cauchemar et les vols internationaux ne sont pas à la hauteur des attentes de 1969. Les attentes de...Pierre Eliot Trudeau...

L'aéroport reste ouverte pour les livraisons de marchandises et reste disponible aux activités de construction aéronautiques.
Le dernier vol passagers a lieu le 31 octobre 2004, un vol d'Air Transat en direction de Paris.

En 2006 un consortium lance Rêveport*, un projet qui propose un vaste complexe-récréo-touristique sur le site de l'aérogare qui deviendrait à la fois un centre commercial, un hôtel, qui comprendrait une plage intérieure et des dômes géodésiques.
Cependant, la crise économique de 2008 achève cette idée.

La compagnie française d'aérostructures aériennes Aerolia Inc,, qui a pour principal partenaire Bombardier, compte s'en approcher et choisit en 2012 d'y installer son usine d'assemblage et d'ajouter le mot "Canada" à leur nom d'entreprise afin de marquer l'importance de leurs ambitions.

Mais ADM juge que l'aérogare est maintenant désuète et que son potentiel à des fins commerciales autres qu'aéroportuaires est quasi nul et économiquement injustifié.

On y démolit les premières installations mercredi dernier.









*On aurait pu craindre le pire avec un tel nom atroce...









dimanche 23 novembre 2014

Lelouparpillé

Il y a de ces artistes qui ont touché les étoiles.

Ils ont marqué leur époque en épousant à la fois leur propre style tout en étant en totale symbiose avec le moment. En musique chaque tranche de 7 ans a offert son/ses leaders musicaux qui dirigeaient la parade.

Depuis toujours:
1951 à 1958: Felix Leclerc
1959 à 1966: Claude Léveillé/Gilles Vigneault
1967 à 1974: Robert Charlebois
1975 à 1982: Harmonium/Beau Dommage/Paul Piché/Offenbach
1983 à 1990: Céline Dion
1991 à 1998: Jean Leloup
1999 à 2006: Les Cowboys Fringants
2007 à 2014: Les Trois Accords

Bon..je vous vois déjà débattre sur les choix des guides mais sur les ondes radios, ceux-là ont dominé leur époque (et j'ai résisté à l'idée de mettre Marie-Mai en dernier) quoiqu'on en pense.

Jean Leclerc, (né en Algérie assez fucké, merci) aura été lumineux en son temps. Encore aujourd'hui, Leloup à rebours réagit bien à l'épreuve du temps. Preuve de talent.
Prenant le pseudonyme de Leloup avant de revenir à son nom original, il aura été éclectique à souhait avant de pêcher par arrogance, désordre et indiscipline caramélisée le faisant plonger dans le brouillard, dans la forêt des regrets amers et des doutes sans rémissions.

Mais sur un Ipod, une playlist de  Leloup/Leclerc, c'est fantastique.

Je vous présente la mienne.
Moments choisis de Jean Leloup.
À boire à boire pour le génie.
Car il y a des touches tout simplement splendides dans tout ça.

Leloup éparpillé comme il aime se présenter.
Mais toujours amoureux de la musique.

Raton-Laveur: Cette chanson c'est moi. Traînant sa carcasse (de job en job), toute en murmure et agréable à gratter à la guitare dans son sous-sol en plus, Plus un intermède de 2:28 qu'un morceau commerciable, je ne pouvais que commencer par cette parenthèse.

La Fin du Monde est à 7 Heures: Chanson comptine produite pour l'émission fameuse du même nom. Habile utilisation de la voix féminine derrière. Pas de triste mine là-dessus

1990: Leloup est au sommet de la pyramide avec cet hybride Leloup/Bran Van 3000. La ritournelle de base est tout à fait exceptionnelle. Lucie Laurier parmi les coeurs.

Voyager: Le titre évoque à lui seul le concept de la musique pour certains. Vers 3:33, la voix arrière m'émeut chaque fois.

Paradis Perdu: Fabuleux petit morceau tout simple. Moins chanté que conté. Leloup y dévoile un secret mal gardé: Et les filles sont belles...

Cookie: Amoureux des Stones comment j'aurais pu ne pas aimer ce morceau-là. De plus, la fille au chapeau qui chante "froid comme un oeil de murène" (la même qui ouvre le clip et manger une pomme) est  MAGNIFIQUE!

Le Castel Impossible: En spectacle cette chanson vampirique est tout à fait incroyable.

Tangerine: Le orange étant ma couleur préférée, j'aime toute les sortes d'agrumes.

Les Fourmis: Spatiale, futuriste, pangolinien.

Je Suis Parti: J'ai erré? Et moi donc!

La Chambre: C'est étrange comme le passage "chaque fois que je tomberai" me bouleverse chaque fois. Est-ce que je prévois tomber si souvent? C'est plutôt dans la livraison désespérée du chanteur que la ligne me touche. Reste, une chanson plus ou moins pessimiste. Au loin ce n'est pas la mer.

Printemps, Été: Survol de mes appart de Montréal. Isabelle, je te déteste.

Isabelle: Détestée encore. Quand le son Leloup ressemble au son Mano Negra, c'est fameux.Impossible de ne pas avoir envie de bouger là-dessus.

Cruel Song: L'anglais de Leloup est pénible mais la simple musique de Mathieu Leclerc (un parent?) est excellente.

Pigeon: Leloup reggae, rastafaille, baby!

Promeneur: Leloup croise folk et country. raconte plus qu'il chante. Agréable.

Barcelone: Le soleil brille toujours à Barcelone. Particulièrement sur ce morceau.

Alger: Si y a des chemins qui sont apparus en prenant du vin rendu ici, la chanson de l'expatrié, premier regard sur la carrière de l'animal, ne peut que vous plaire. Amenez les roches, amenez les pierres.

La Plus Belle Fille de la Prison: Un peu comme Kerouac faisait du road book, Lynch et Godard peuvent faire du road movie, voici une road song.

Think About You: Ici l'anglais de Leloup n'est pas négligeable car la musique est parfaite. Je chante les premières lignes à l'amoureuse quand je me brouille avec. Jusqu'à la ligne "Cold Chicken".

Le Monde est à Pleurer: Leloup, là-dessus, est musicalement si inspiré qu'il donne nettement envie de bouger funky. Toutefois le vidéo est tout le contraire, d'une passivité presqu'agressante sur cette musique si active. J'ai à l'époque écrit un court-métrage intitulé "Toilettes Publiques & Rage de Dents" inspiré de cette chanson.

Smoky Man: Tous mes lundis sont wonderful grâce à ce parfait morceau.

La Pluie: Leloup version 60's. Nice.

Les Anges: Lucie Laurier est fâchée. Son ton découpé (à Lucie) est tout à fait séduisant.

Rock'n Roll Pauvreté: Je suis un homme fini, tout est fini, tout est fini...Je ne sais trop si Leloup l'a sentie cette ligne là en fin de parcours...

Les Moments Parfaits: Leloup presque jazz. J'aime.

Laura: Fameux morceau. Parmi ses premiers. Leloup est un animal.

Sang D'Encre: Après le sang répandu sur le mur de la chanson précédente, Leloup inquiet. Simple et excellent.

L'Antiquaire: Je suis un homme des nuits d'ébène. Impossible de ne pas aimer. Chanson nomade d'un marginal en voie de faire des conneries.

Rich:  Le diable en personne: l'argent.

Faire des Enfants: On tombe dans mes morceaux préférés. Celui-ci rappelle The Doors. Magique.

I Lost My Baby: Voilà un morceau pour lequel on se rappellera Leloup, peu importe notre âge, notre époque. Juste assez de vulnérabilité et d'imperfection (cette choriste qui part trop vite à 1:44)  qui rendent le morceau humain. Parfait.

Balade de Toronto:`Rares sont les suites meilleures que les originales. la grande soeur de la chanson d'avant. Vagabond. milionnaire, amoureux, ziliardaire. c'est tout moi ça. Chaque fois que j'entends le passage "attends, attends, j'ai quelque chose à te dire je glisse un chaud "je t'aime" chuchoté s'étirant le "t'aime", qu'on entend pas dans la chanson, mais qu'on entend quand même. Dans nos têtes. Merveilleux.

Morning: Il aurait dû la faire en français celle-là. Son english est trop pouiche. Bon morceau tout de même.

Décadence: L'un de mes morceaux favoris. Je ne fais que croiser des schyzo maniaques, des maques à pilates, des psycho-patates et des paranoïaques. Liberté pour les toucans blancs.

Le Dôme: Leloup country. Merveilleux. Le dôme éclaire à des milles à la ronde, peu importe votre dôme. Il n'assombrit jamais. En tout cas jamais il ne devrait.

L'Innocence de l'Âme:  Quand Leloup parle plus qu'il ne chante c'est que la musique est forte. C'est le cas ici.

La Vallée des Réputations: Joli. La fin de ce morceau est musicalement parfait.

No Money No Home: Leloup instrumental: magistral.

La Drop Sociale:  Est que Johnny s'y trouve en ce moment? Chose certaine, il égaye encore mes oreilles.

Merci Leclerc pour ce talent pas ordinaire.

samedi 22 novembre 2014

La Témérité Raisonnable

Dans les années 70, dans ma rue, un adolescent de 19 ans, conduisant la voiture de son père, en état d'ivresse, a frappé mortellement un autre ado de 17 ans qui roulait à vélo.

Il n'a pas fait un jour de prison ou de maison de redressement.
Il conduisait même peu de temps après, son camion.

On lui a tapé sur les doigts en lui disant "Que ça te serve de leçon, ne le refais plus!".

C'était alors dans les moeurs nonchalantes de l'époque. Nous étions à quelques années de lois pour punir les gens conduisant en état d'ivresse. Moralement, il n'était pas condamnable de prendre son volant une bouteille de bière/de vin ouverte entre les jambes. Ce n'était pas anormal.

En tant que société nous n'en étions pas rendus là.

Jusqu'à ce qu'on y plonge le nez, qu'on réalise que la décision de prendre le volant en état second était en soi une responsabilité qui devenait un crime et qu'on créé des lois toujours trop peu sévères de nos jours.

De multiples campagnes n'ont pas complètement ralenti les comportements au volant et les campagnes contre les textos au volant ne fonctionnent pas du tout.

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Le DPCP est le Directeur des Poursuites Criminelles et Pénales.

"Le véhicule que conduisait le père de la victime selon la preuve au dossier, s'est engagé dans l'intersection alors qu'il n'avait pas de feu prioritaire dans une manoeuvre qui n'était pas sans risque". a dit René Verret porte-parole du DPCP vendredi dernier afin d'expliquer pourquoi il n'y aurait pas de poursuite contre le policier qui a tué un enfant de 5 ans et bléssé gravement un adulte et une autre enfant à Longueuil en février dernier.

Rappelons les faits.

Trois voitures non balisées, donc des voitures tout à fait normales qu'on ne pourraient pas deviner particulièrement différentes des autres, sont en filature, pourchassant Robert Parent, un ancien directeur du Parti Libéral, dans le cadre d'une opération de l'UPAC. Nous sommes le matin, il est autour de 8h, un jour de semaine. Les agents circulent en tout anonymat. Et ils circulent très vite dans une zone résidentielle de Longueuil, roulant au dessus de 120 Km/h dans une zone de 50.

Une première voiture passe à vive allure devant la Kia d'un père qui est au volant d'une voiture contenant aussi sa fille et son fils. Il n'a pas la priorité au feu vert mais se risque à passer quand même ne se doutant pas qu'une seconde (et une troisième) voiture arrive à aussi vive allure derrière. Celle-ci emboutira si sévèrement le flanc de sa Kia que son fils de 5 ans meurt aussitôt. Le père et sa fille seront grièvement bléssés mais survivront. La voiture est une perte totale.

Ces agents de l'UPAC ne pourchassaient pas un homme à la carabine s'apprêtant à tirer aveuglément dans une cour de récréation. Ils suivaient un ancien directeur du Parti Libéral habitant St-Hubert en cravate.

ET ROULANT À UNE VITESSE DÉMESURÉE QUI A CAUSÉ LA MORT.

Ces 11 derniers mots sont d'une pertinence incontournable dans la vie du père qui a fait une manoeuvre qui n'était pas sans risque. Mais aux yeux de René Verret du DPCP et de son équipe, ce ne l'était pas, pertinent.

À leurs yeux aussi, rouler à 122 dans une zone de 50, un matin de semaine en secteur résidentiel, ne serait pas une manoeuvre qui n'était pas sans risque, puisqu'il n'en a pas parlé en ces termes. La soi-disant "témérité" du père endeuillé d'un fils ne s'appliquerait donc pas au policier. De la même manière qu'un simple citoyen, faisant exactement la même chose, rouler à 122 dans une zone de 50 et tuant un enfant, et qui perdrait 18 points de démérite, son permis pendant au moins 7 jours et feraient face à des poursuites pour négligences criminelles et conduites dangereuse causant la mort; de la même manière dis-je bien que tout ça ne s'applique pas au policier en devoir.

Même si ce devoir ne réclamait AUCUNE urgence.

Mais ce n'était pas dans le mandat du DPCP de se poser la question sur cette "urgence". C'était plus important de laver la réputation du policier qui a provoqué la mort de ce garçon de 5 ans.

Se faire EnGuyTurcotter*, vous vous rappeler?

Le DPCP a offert des explications comme on laisserait tomber un jugement de la cour. Mais le DPCP n'est pas la dernière étape d'une situation de la sorte. C'est même la première. Son rôle est de dire "on poursuit ou non?". Il a dit non. Jetant partout la consternation car ça défie toute raison.

Puisque la police enquêtait sur la police, on a réduit la vitesse du fautif impuni à 108 en conférence de presse. Peu importe. Même à 108 ce serait insupportablement criminel pareil. Cet enfant n'aura jamais 6 ans. Son père, sa soeur, ses proches, ont des raisons de craindre les rues pour le restant de leurs vies.

Celui, celle en fait, qui a le tout dernier mot sur la chose, c'est la ministre de la justice Stéphanie Vallée. Elle parle comme quelqu'un qui n'a aucun recours en disant que le DPCP n'est influencé par personne et sait ce qu'il fait. C'est exactement la même chose que si une directrice d'école disait d'un de ses professeurs qui aurait commis un abus: "Il s'agit d'un adulte majeur et vacciné, il sait ce qu'il a fait de pas correct".

Comme si la ministre de la justice n'avait pas son mot à dire. Alors qu'au contraire. Sur un tel sujet: c'est ELLE le boss.

Et comme ça se trouve que c'était un ancien libéral qui se faisait filer, comme ça se trouve que ces filous sont au pouvoir, comme ça se trouve que comme après les années 70, ce seraient donc ces rouges au pouvoir qu pourraient faire des lois pour mettre fin à de telles conneries immorales, rien ne sera fait.

Parce que les réputations comptent beaucoup plus que les vies d'enfants.

"Le DPCP n'est pas moralement convaincu de pouvoir établir hors de tout doute raisonnable que le comportement du policier dans ces circonstances présente un écart marqué avec la norme de diligence raisonnable et ainsi obtenir une condamnation de conduite dangereuse" a poursuivi René Verret.

L'écart marqué vous savez il est où M,Verret?
Entre la confiance du public , la sympathie sans cesse en chute libre à l'égard des policiers et la justice rendue.

Justice rendue?

Ça, on y croit plus.
C'est là que notre société en est rendue.

*Cet avocat déguisé en porte-parole n'est pas étranger à Guy Turcotte puisqu'il dirige aussi le dossier qui vise un nouveau procès.