mardi 16 juin 2026

Autre Temps, Autre Moeurs ?

Dans l'avion, de retour d'Italie, on avait 8h34 de vol à faire. J'ai pu écouter un des premiers films de Claude Chabrol, Les Bonnes Femmes. C'est de 1960, année où François Truffaut terminait de tourner Tirez Sur Le Pianiste et avait déjà offert Les 400 Coups.  Année aussi où Jean-Luc Godard offrait À Bout de Souffle et terminait de tourner Le Petit Soldat. Alain Resnais allait tourner un de mes films préférés à vie, L'Année Dernière à Marienbad, et avait offert Hiroshima, Mon Amour, l'année d'avant qui avait aussi ouvert les yeux sur la Nouvelle Vague Française, au début des années 60. Agnès Varda avait offert La Pointe Courte, 5 ans avant, et Jacques Rivette et Eric Rohmer allait très bientôt se commettre aussi. 

Claude Chabrol est reconnu comme le second, après Agnes Varda (mais avant que la France ne reconnaisse les Femmes comme nous...). de ce mouvement issu des auteur(e)s et collaborateurs/trices des Cahiers du Cinéma, à avoir présenté un long-métrage, en 1957. Le Beau Serge avait toutefois été présenté en salle, seulement deux ans plus tard.  Alors qu'il avait eu le temps de tourner, Les Cousins et À Double Tour, de produire ses amis, et de tourner Les Bonnes Femmes. Ce film qui ne se trouve pas facilement ici, et que j'ai écouté, en avion.

Et qui m'a tant gêné.

1960. La France. 

C'est certain, c'est une autre époque et une autre nationalité. Mais on pense souvent que plus les nations son vieilles, plus elles sont celles qui évoluent plus vite. Avec le temps, j'ai réalisé que non. pas nécessairement. Et qu'un artiste ne fait pas son pays, non plus. Céline Dion c'est pas nous tous, ici.

Le synopsis des Bonnes Femmes se résumait comme suit: des femmes attendent la fin du travail, pour enfin commencer à vivre. Et c'est une belle prémisse, encore pleine de potentiel de nos jours. On y suit quelques femmes travaillant dans la même boutique pour un patron caricatural. Chabrol tourne surtout, dans ce film, les femmes, dont son amoureuse alors, Stéphane Audran.  Bernadette Lafond en fait un peu trop donnant l'impression, peut-être pas fausse, que le film était principalement improvisé. Chabrol voulait tourner le vide et le réussit bien. Mais ce qui m'a principalement frappé est l'angle agresseur d'absolument tous les hommes, sauf peut-être un livreur, qui passe en matinée pour dire qu'il va leur livrer en vélo, quelque chose en après-midi (!?!). 

jeune Claude Berri
La surexposition de Donald Trump depuis 10-12 ans aura eu ça de bon, on y place sous la loupe, absolument tous les jours. ce qu'est clairement un agresseur, un violeur, un criminel. Le livreur qui passe en vélo à la boutique pour jaser avec les filles, n'avait rien du violeur. Mais tous les autres personnages masculins, incluant le moustachu motard qui pourchasse les filles tout le film, avaient ce tempérament de prédateurs. Le patron de la boutique n'est pas que caricatural, il est tout de l'abuseur. Un très jeune Claude Berri, en soldat, y fait aussi belle figure en jeune homme sans risque. Mais tous les autres sont terribles. Touchent mesdames à des endroits interdits, atteignent toutes les dignités possibles de manière éhontées. Ce qui semble assumé "drôle" est majoritairement très inconfortable. Les mâles sont, en valeurs de 2026, presque tous à condamner dans ce film. La fin est toutefois bonne.

Ces gars là étaient d'abord des passionnés du 7e art. Et 3 ans avant ce film de Chabrol, le grand Federico Fellini tournait un de ses nombreux chef d'oeuvre, Les Nuits De Cabiria. Film dont Chabrol (qui n'en sera jamais à un emprunt près, formidable pasticheur d'Alfred Hitchcock, entre autre), empruntera aussi la fin. Si vous avez vu Les Nuits de Cabiria, je viens de vous divulgâcher la fin des Bonnes Femmes. Je ne sais d'ailleurs pas ce qu'elles ont de "bon" ces femmes, qui souvent, se comportent comme les garçons, dans ce film, avec une maturité rappelant celle qu'on a quand on a 12-13 ans. 

Je n'ai pas pu penser autre chose que "jeune pervers" quand j'ai vu la séquence où le personnage de Bernadette Lafond détourne une soirée qui se dirigeait ailleurs, pour tous aller se baigner. C'est une scène importante car elle fait l'affiche du film et révèle aussi un (risible) "héros". Chabrol voulait voir ses belles jeunes actrices toutes "en formes" de maillots de bain. C'est un vieux truc de nos 15 ans. Quand on invitait nos amies filles de l'école à venir diner chez Triton, qui avait une piscine, où on prenait le temps de se baigner, sur l'heure du diner. (Confession libidineuse adolescentine) 

Est-ce vraiment autre temps, autre moeurs ? me suis-je demandé. 

Parce qu'au pays de l'oncle Sam, c'est un large et puissant réseau de trafiquants sexuels et de prédateurs qu'on protège encore en suspendant le diffusion des dossiers Epstein pour des raisons de sécurité risibles et inexplicables.

Sinon que les prédateurs, comme Patrick Bruel, alors qu'on essaie une seconde fois de le coincer là il aurait pêché, si ils ont la fortune pour se rendre inatteignable, ont la vie belle.

Je ne sais sincèrement pas si les moeurs ont tant changé. 

Mais faudrait. Faudrait gravement. 

L'Italie encore en tête, j'ai désormais envie de revisiter tous les Fellini que j'ai en films (5), les Antonioni (5) et les Sorrentino (2). Ainsi que Cinema Paradiso.

Peut-être Chabrol aussi. 

Il a assurément évolué lui aussi. Il avait 29 ans en 1960.    

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)