Refuge d'un amour clandestin, c'est vers 1838 que le couple aurait trouvé à Hérouville un havre de paix, loin des rumeurs parisiennes. À cette époque, leur relation est encore fraîche et marquée par le scandale. Sand, la femme de lettres aux pantalons et au cigare, et Chopin, le génie fragile et taciturne, cherchent l'anonymat pour vivre leur passion. Le château, qui servait alors de relais de poste, offrait le cadre idéal pour ces "amants d'Hérouville".
On raconte que c'est dans ce décor que leur idylle a pris une dimension domestique préfigurant les années de création intense qui suivront. Bien que leur séjour y soit moins documenté que leurs hivers à la Chartreuse de Valldemossa ou leurs étés à la Maison de George Sand, à Nohant, Hérouville reste le témoin de leurs premiers élans. C'est beaucoup plus tard que Michel Magne, en 1962, convertit les lieux en studio locatif pour y enregistrer de la musique. Elton John, Pink Floyd, David Bowie seront parmi les superstars qui y enregistreront. Bowie, dans ses délires intoxiqués, dira même que le spectre du compositeur polonais s'invitait parfois près du piano pendant les sessions nocturnes. La légende du "fantôme de Chopin" sera tenace et hantera les couloirs du château. George Sand nous a quitté il y a 150 ans, cette année.
De janvier à Mars, c'est Rick Wakeman, qui occupe le château. Le claviériste a quitté Yes depuis le jour de ses 25 ans, en mai 1974. Son mariage est en train de s'effacer, il a 4 albums en solo derrière la cravate, et en projette un nouveau. On lui conseille, pour des raisons fiscales, autant que personnelles, de s'exiler, ce qu'il fera, d'abord en Suisse. Puis, en louant le studio du château d'Hérouville. Il monte son English Rock Ensemble, dans son projet d'abord pensé comme une exploration mystique des Dieux, mais les thématiques de l'album ont bifurqué au Château, devenant davantage concentrées sur l'origine des phénomènes inexpliqués comme Stonehenge ou Le Triangle des Bermudes. Il avait tout composé la musique pour son band, appelée un son futuriste, un regard autobiographique sur la musique au travers de l'existence humaine. Inspiré aussi par ses prétendues observations d'Objets Volants Non Identifiés, dans les dernières tournées, en extérieur. No Earthly Connection se veut profond. 5e album Lancé en avril. Wajeman redevient membre de Yes avant la fin de 1976,Un autre qui lancera aussi son 5e album, cette année-là, et qui l'enregistrera à Hérouville, est le Français Jacques Higelin. Cet album est considéré comme un de ses meilleurs dans toute son oeuvre. Funk, prog-rock, Blues, hypnotique et brut, c'est sa China Girl à lui, sa copine, que croisera James Ostenberg (Iggy Pop), peut-être peau contre peau, et inspirera le morceau qui finira sur le premier album solo du parrain du punk. Ce cinquième album capture l'esprit de liberté totale du père d'Arthur H., réalisé après deux albums plus expérimentaux confirmant son statut de figure de proue du rock français d'alors. Il chante le boxeur Jones et enregistre en une seule prise la pièce fleuve de plus de 10 minutes et qui sert de chanson titre d'un album qui sera lancé en août 1976.
En juin, juillet et août, David Bowie, qui y avait enregistré Pin Ups, le dernier album des Spiders From Mars, en 1973, avec Carlos Alomar et Phil Palmer aux guitares, Laurent Thibault, George Murray, à la base, Michel Santagelli et Dennis Davis à la batterie, rejoignent Iggy Pop et s'installent pour y composer son premier album solo. Pop, qui a quitté les Stooges, et qui est fraichement sortit de sa cure de désintoxication. Tony Vicsonti y est aussi, au mix du son, avec Thibault comme ingénieur. et Bowie qui produit tout ça. Bowie et Alomar lui ont composé un morceau, et Bowie co-écrira tout le reste avec Iggy. Et Carlos. Et Tony. Iggy sera impressionné par l'éthique de travail de Bowie et David sera impressionné par l'improvisation de ses paroles qu'il semble créer sans jamais les avoir réfléchies d'abord. Flux mental spontané. Siouxie & The Banshees, Depeche Mode, Nine Inch Nails, Radiohead, The Smashing Pumpkins, Killing Joke, Joy Divison diront s'en être beaucoup inspiré. Ian Curtis se pend avec ce disque comme trame sonore jouant sur son tourne-disque. Glauque. L'album ne sera lancé qu'en mars 1977. Un bijou sonore pour moi. Un requiem pour Ian & Deb. David Bowie ne se sent pas l'envie d'écrire quoi que ce soit pour lui. Mais en travaillant sur l'album de Pop, il ouvre mentalement des pistes sonores. Le guitariste Ricky Gardiner, Brian Eno, Visconti plus présent encore, viennent les rejoindre de septembre à octobre, le temps qu'on s'offusque de ne pas être nourri (la nuit !), et de composer les premières bases de l'album de ma vie. Low. Qu'ils complèteront en Allemagne. Dans un studio donnant sur les gardes du mur de Berlin. Ce magique album, d'abord refusé par la maison de disques, est lancé en janvier 1977. Même si prêt après celui de Pop, parce qu'on voulait vite Young Americans II, après un Station to Station plus niché. De là, la déception quand on reçoit aussi peu commercial.Avant la fin de l'année, trois frères australiens entrent au Château pour y enregistrer des parties de la trame sonore de Saturday Night Fever, qui ne seront vraiment publiques qu'un an plus tard, presque jour pour jour.
C'était l'action au Honky Château, il y a 50 ans.
J'avais alors, 4 ans. Comme mon ami écossais Charpi, qui a aujourd'hui même 54 ans. Avait alors, un tout jeune, 4 ans. Bonne fête, Charp. Mythique ami, lui aussi.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire
Certaines Conditions S'Appliquent:
Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)