Lire. c'est accepter de plonger dans l'univers des autres, de se frotter aux observations d'autrui, c'est choisir de faire face à des nouvelles idées, ouvrir des sens, étendre ses horizons, apprendre, c'est découvrir des styles, des courants de pensées, c'est se dessiner des films dans sa tête, c'est défier ses propres préjugés. s'en créer peut-être de nouveaux, c'est se calibrer sur le rythme de la respiration de quelqu'un d'autre.
Et respirer, c'est vivre.THE BEAUTY AND THE DAMNED de F.SCOTT FITZGERALD
En 1920, F.Scott Fitzgerald connait un succès fulgurant avec This Side of Paradise. Un roman qui saisissait asses finement le "jazz age" des années folles. 5 ans plus tard, The Great Gatsby allait explorer avec acuité les thèmes qui feront la signature de l'auteur, et fait écho à une époque axée sur la jeunesse dorée. le rêve américain, l'argent, l'oisiveté et la désillusioné. `
Entre les 2, en 1922, quelque chose de plus intime. Mais d'assez formidable.
L'histoire d'Anthony Patch et de Gloria Gilbert, alter ego de F.Scott Fitzgerald et de sa femme Zelda Sayre, mettant en scène la lente décomposition d'un couple prisonnier de ses illusions, d'une certaine débauche morale, et de son narcissisme.Patch est un jeune homme issu d'un milieu aisé New-Yorkais, petit-fils d'un magnat riche et puritain, vivant dans l'attente d'un héritage qui doit assurer sa fortune. Diplômé de Harvard, cultivé mais indolent, Il incarne une génération désorientée après la Première Guerre Mondiale: brillante en apparence, mais profondément vide. Il ne travaille pas, ou si peu, préférant mener une vie mondaine ponctuée de dîners, de fêtes et de discussions intellectuelles stériles.
La rencontre avec Gloria Gilbert, jeune femme d'une beauté éclatante, marque le début du récit. Gloria est consciente de l'effet de son charme et le revendique comme son principal capital social. Leur mariage repose moins sur une véritable maturité affective que sur une fascination réciproque. Anthony admire sa beauté, Gloria admire la promesse de richesse et de raffinement qu'incarne Anthony. Leur union devient rapidement théâtre d'affrontements d'ego. d'ambitions frustrées et de dépendances mutuelles.
Profondément ancré dans la réalité des années 20, cette période souvent appelées les années folles, Fitzgerald, lui-même figure emblématique de cette période aux côtés de son épouse Zelda, s'inspire largement de son propre mariage qui a connu la célébrité, les excès, les fêtes luxueuses, avant de sombrer dans la décrépitude et le multiples tensions conjugales. Cette proximité autobiographique confère au roman une intensité presque confessionnelle.
L'un des thèmes centraux du livre est l'illusion de la richesse. Anthony vit dans l'attente passive de l'héritage de son grand-père. Cette attente devient un piège. Elle le dispense d'agir, d'entreprendre, de se construire une identité propre. Fitzgerald critique ici une aristocratie Étatsunienne fondée non sur le mérite, mais sur la rente. Le rêve américain, censé reposer sur l'effort individuel, se trouve vidé de sa substance. Anthony n'est pas un homme qui s'est fait tout seul, il serait héritier d'une fortune qu'il n'a jamais gagnée.
Gloria, de son côté, est prisonnière d'une autre illusion: celle de la beauté éternelle. Elle craint le temps. Redoute de perdre son pouvoir de séduction et se voit déchue avant même que les premières marques de vieillissement n'apparaissent. La beauté devient capital fragile, soumis à l'érosion des années, et affaiblie par une surconsommation d'alcool guidant vers la folie. Quand les opportunités d'une carrière dans le milieu du cinéma, pour Gloria, ne se matérialisent pas, son désarroi s'intensifie. L'alcool passe de rivière à océan. Devient destructeur. Les fêtes deviennent moins charmantes, plus lourdes marquées par les disputes et l'amertume. Gloria glisse dans une forme d'autodestruction. La déchéance n'est pas romantisée. Et on aura uniquement le point de vue du mâle auteur. Qui puise dans sa propre vie. Est-il fiable ?Les idéaux patriotiques et la réalité d'une génération désenchantées y sont intelligemment exposés.
Les dialogues sont vifs et brillants. Révèlent la superficialité des personnages tout en laissant transparaître leur vulnérabilité. Fitz capte les atmosphères, les salons new yorkais, les appartements luxueux, les plages estivales qui seront les mêmes que celles de Seymour et Sybil dans A Perfect Day For Bananafish, de J.D. Salinger, une nouvelle elle-même rappelant la nouvelle May Day, du même F.Scott Fitzgerald.
L'argent ne réparera rien de la fissure qui s'est faite entre Anthony et Gloria. Cette critique sociale et tragédie intime, annonce déjà les obsessions majeures de l'auteur, soit la fascination pour le luxe, la conscience aigüe de la fragilité du bonheur et une étape essentielle pour comprendre l'évolution de l'auteur et la naissance de son univers littéraire.
Plus que jamais, en 2026, plus de 100 ans plus tard, la richesse, on le comprend, n'est plus le graal sain d'antan.
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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)