vendredi 16 janvier 2026

Tolérer l'Intolérable

Depuis le triste "Grab'em by the Pus..." de 2016 du dément président, la frontière entre ce qui était indigne ou inacceptable dans le discours public et ce qui est normalisé s'est déplacée. 

C'était il y a seulement 10 ans. 

Ouvertement toxique, et prédateur, sa phrase proposait une agression sexuelle sur un ton amusé. Elle a choqué le public, mais de manière étonnamment momentanée. Ça n'a jamais freiné sa carrière politique alors que ça aurait dû l'éteindre. La phrase est devenue un symbole de la façon dont des propos qui auraient autrefois été considérés hors limites trouvaient aujourd'hui une certaine acceptation ou seraient relativisés dans l'arène politique parce que "boys will be boys".

On a oublié qu'on était parmi les Hommes avec un grand H et que depuis, on a que le petit h. Les petits garçons immatures.   

Cette normalisation s'est transposée non seulement dans le langage, il n'est plus anormal de dire d'un adversaire politique qu'il serait "attardé(e)" ou "extrêmement peu intelligent(e)", mais ça s'est aussi traduit dans l'action politique et policière dans la sphère nationale. Les paroles et les actes qui étaient autrefois jugés extrêmes ou violents peuvent maintenant être défendus comme stratégiques, patriotiques, nécessaires à la sécurité ou même "normaux" dans certains segments de la population. Aux États-Unis, dans le monde, regardant les États-Unis imploser, on vit avec une administration au pouvoir vengeresse qui défend les meurtriers, protègent les pédophiles, et on dit sans rire que quiconque attaque l'autorité sera réprimandé, après avoir pardonné plus de 1600 voyous qui ont tabassé la sécurité, en on tué un, le 6 janvier 2021 dans une tentative de Coup d'État. 

Le 7 janvier dernier, un agent du groupe de terrorisme intérieur ICE a assassiné Renée Nicole Good. Tout de suite, le sale vice-président a annoncé que le meurtrier avait l'immunité absolue.  On a aussi soutiré tout le dossier de l'enquête au FBI, on a donc envoyé au broyeur toute forme de justice autour de cette mort inacceptable, confirmant ensuite qu'aucune enquête n'était vraiment nécessaire. PIRE! qu'on enquêterait sur la veuve de la victime. Pour lui inventer un profil de terroriste assurément. 

 Dans un État de droit idéal, chaque usage de la force létale est scruté, remis en question, et soumis à des mécanismes indépendants d'enquête. Ici, tout est balayé sous le tapis de la partisanerie. Le droit n'existe plus aux É-U.

On défend l'indéfendable. Le tolérable politique déborde du bon jugement. On a encore vu cette semaine le président mentir ouvertement sur "3 victoires" fictives aux 3 dernières élections au Minnesota. Hilary (par +1,5). Joe (par +7), Kamala (par +4) sont les vrais faits. On l'a aussi vu faire un doigt d'honneur à un travailleur de la compagnie Ford. Comme un adolescent. 

Tous les jours des clips d'assauts contre des gens par des lâches brutes masquées circulent sur les réseaux sociaux. À l'autre bout du spectre, on assiste à des exemples de courage civil défiant les mêmes normes de violence d'État. Et la corruption qui rend la situation économique en Iran, insupportable. 

Depuis 2022, et plus encore depuis quelques semaines, des manifestants (en grande partie des Femmes et des jeunes) ont défié un gouvernement autoritaire au prix de leurs vies. Ces mouvements contestent un régime strict qui commence à ressembler à ce qui se passe dans les rues des États-Unis. Cette fois, c'est la population qui ne tolère plus, le statu quo. Les Femmes se dévoilent. Plusieurs en meurent. 

La responsabilité perd du grade. Devient inexistante. On ne rend plus de compte. Sinon des vengeances.

La religion infecte l'Iran. La théologie tue. Les États-Unis s'en rapprochent dangereusement. 

 Le nouveau "tolérable" est tout à fait intolérable.

C'est désagréable. 

Le problème n'est pas que les gens sont devenus plus obscènes ou plus violent qu'avant, c'est que nous avons déplacé la barre. Quand un candidat peut se vanter d'agression sexuelle et être élu, quand un agent de l'État peut tuer par impulsivité et être aussitôt couvert, quand la brutalité est justifiée par le vocabulaire de l'ordre et de la sécurité, ce n'est pas seulement la morale qui s'est affaiblie, c'est aussi le tolérable qui s'est élargi. 

Ce nouveau tolérable intolérable n'est pas un compromis, c'est une renonciation. Une société qui s'habitue à l'indignité et à la violence institutionnelle ne devient pas plus forte, mais elle devient moins libre. Quand l'indécent gouverne, l'impunité protège et la violence s'excuse, le "tolérable" devient la preuve même de notre renoncement.  

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Certaines Conditions S'Appliquent:

Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)