(à J.L.)
Avec le chaos mondial qu'on se fait imposer, il me semble de plus en plus normal de chercher des moyens d'évasions. Y a les chaos intimes et personnels aussi.Y a la musique.
Source de voyages peu couteux et facilement accessible.
J'en écoute tous les jours et ça colore souvent mes journées.
Trois chansons, d'artistes différents, m'ont semblé, la semaine dernière, me transporter facilement dans une splendeur mentale presque tantrique.
Slomo de Slowdive (1995), Shadow des Chromatics (2015) et Innerbloom de Rüfüs Du Sol (2016).
Trois titres à un mot. Inspirants.
Ralentir. Ombre. Fleurissement intérieur.Le morceau de Slowdive parle avant tout d'abandon et de dissolution de l'ego. Le texte est minimal, presqu'abstrait. Les mots comptent moins que la sensation. On a l'impression d'un corps qui ralentit, d'un esprit qui se laisse traverser. La chanson évoque un état entre éveil et sommeil. Une suspension du temps. L'acceptation d'une perte ou d'un changement irréversible. C'est une musique de lâcher-prise, ce qu'il faut faire, régulièrement. Avec le temps. Mais comment quand ce temps est en suspens ? La douleur est douce et feutrée par la voix de Rachel Goswell, ancienne flamme du chanteur Neil Halstead, en soutien et en retrait. C'est typique du style shoegaze que j'apprécie tant qui recherche davantage l'état plutôt que le message. C'est une texture émotionnelle. Une fresque aérienne. Une présence fantomatique. Longues nappes sonores et répétitions assumées. La chanson regarde le ciel à travers des guitares évoquant une idylle passée.
Shadow a été découverte par David Lynch qui a placé le band en fin d'épisode sur scène dans sa 3e saison de Twin Peaks, en 2017. La chanson avait 3 ans. Ruth Radelet a une voix d'ange. Le synthés sont vaporeux. La voix distante aussi. La pulsation minimale. C'est un murmure nocturne. suspendu entre nostalgie et néons. Très compréhensible que David Lynch y eut été sensible. Bien que ça parle d'ombres, on sent la nuit. La route. C'est une chanson qui avance comme une silhouette dans la nuit. On y flotte dans une presque irréalité. Rien ne presse, tout respire lentement. Mélancolie calme, sans drame, mais qui suggère un certain fatalisme "for the last time". Un instant figé sous les lumières artificielles, comme une rencontre partielle. Ensemble mais seul(e) aussi. Étrangement apaisé(e). Une chouette chouette.
Innerbloom agit comme un pont lent et lumineux entre les deux morceaux précédemment évoqués. Il reprend leur goût commun pour le temps étiré (la chanson fait près de 10 minutes et on en prendrait encore), mais le fait respirer dans un espace plus vaste. La répétition y devient battement intérieur, presqu'organique. Comme chez les Chromatics. La voix reste fragile, retenue, jamais frontale. Comme avec Slomo de Slowdive, la chanson avance par nappes et par immersion. La montée est progressive, hypnotique, sensuelle, sans rupture brutale. Si les trois morceaux peuvent suggérer la fin de quelque chose, la chanson de Rufus semble proposer une autre forme d'abandon. Frontal celui-là. On danse sans le vouloir mais surtout, on dérive. Chaque couche sonore s'ajoute comme une respiration de plus. Le mélancolie n'est pas froide. Elle est presque solaire.C'est l'aube après la nuit néon de Shadow et la vol papillonné de Slomo. `
Un moment de clarté douce qui prolonge le flottement sans le briser.
Dans une sorte de suspension du temps fort appréciée.
Lâcher prise, c'est desserrer les mains sans regarder tomber ce qu'on retenait. C'est accepter le courant au lieu de lutter contre lui. Et découvrir parfois que l'on flotte encore, même sans effort.
Aidé d'une splendide trame sonore.
*Introuvable sur le net
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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)