mardi 13 janvier 2026

Albums Bien Démarrés, Bien Bouclés

De la musique encore.

Et plein d'hyperliens.

On a besoin de musicalité au travers de nos horreurs quotidiennes. Chaque jour renouvelant les niveaux d'épouvantes. 

Plusieurs fois, j'ai lui sur les réseaux sociaux des gens qui demandaient, avec ironie j'espère toujours, qui, de nos jours, écoute encore des albums ? ou alors pourquoi ?

À la première question je réponds toujours par une émoticône de bonhomme qui rit. À la seconde, je réponds par une question à mon tour, "Écoutes tu un film jusqu'à la fin ?" ou "Lis tu un article/un livre jusqu'à la fin ?". Mais comme les gens lisent de moins en moins, je m'aventures moins vers la seconde option.  Un album est un moment de vie de la part d'un artiste ou d'un groupe d'artistes. Une croquée d'époque. On écoute pas David Bowie de 1974 et David Bowie de 2016 de la même manière. Ni les Strokes de 2001 er ceux de 2020.

Voici 25 fois, sur 40 ans, où la séquence d'un album a été assez parfaite pour nous faire embarquer un bon moment dans un jam proposé, et nous as fait donner envie d'y revenir dès le dernier morceau parce quelque chose qui bouclait la boucle assez merveilleusement pour nous laisser un goût formidable en tête.   

Are You Experienced ? du Jimi Hendrix Experience (1967)

Purple Haze propose un manifeste à 6 cordes, distorsion, confrontation, nouveau pour l'époque, agressif et la pièce titre ferme ce premier album qui ne semble avoir offert que des morceaux magiques. Il le fait en nous proposant une question qui nous ramène à l'intérieur de nous-mêmes, en dissolvant le temps et l'ego de manière psychédélique. Une presque initiation. 

Sgt Pepper's Lonely Heart Club Band des Beatles (1967)

Ils ont presque tout inventé avec ce concept d'ouvrir avec un morceau titre théâtral et rock et le reprenant plus rapidement à la fin, se fondant avec un morceau anthologique de John Lennon, fermant le rideau de manière monumentale, dans une sorte de rêve chaotique et orchestral qui nous donne l'impression d'expirer après avoir eu le souffle coupé. 

Beggars Banquet des Rolling Stones (1968)

Forcément ce seront tous des albums que j'affectionne beaucoup et d'artistes qui me sont venus à l'esprit en quelques secondes. Plusieurs en auront d'autres en tête. La menace du diable en ouverture est un coup de génie collectif. Dangereux et en parfait contrôle de leur mythe. Le dernier morceau, chanté par Keith, change la perspective, étonnamment humble, presque communautaire, une ballade rugueuse pour l'oublié sur terre. Loin de l'ego artistique démoniaque. 

Abbey Road des Beatles (1969)

L'emprunt à Chuck Berry en ouverture propose un marécageux confiant John, instantanément cool, comme il ne l'a jamais été. Tandis que le dernier morceau, d'un album qui s'écoute tout d'un trait, leur dernier, porte l'adéquat titre The End. Bien que le vrai dernier morceau soit une message désobligeant à l'égard de la Reine qui anoblira Paul, la fin est un délicieux amalgame qui ne se lâche pas de l'oreille. L'album Blanc devrait aussi être mentionné, album double entamé pleinement rock n roll mode Jerry Lee Lewis croisé aux Beach Boys et nous souhaitant la bonne nuit, 91 minutes plus loin, dans la vieille tradition anglaise.

Let it Bleed des Rolling Stones (1969)

Les Stones ouvrent avec leur meilleure chanson (selon moi) qui me donne encore des tonnes de frissons, avec un sentiment d'urgence et de menace, de tension et un côté hanté (la fameuse choriste Merry Clayton perd son bébé après avoir brillé sur ce morceau dans la nuit) capturant 1969 et la tension en Amérique du Nord avec la famille Manson, et les assassinats de Luther King et Robert Kennedy. On clôt avec un morceau atypique pour le band, beaucoup plus long que les autres, où une ballade fait appel à la chorale des London Bach Choir en ouverture comme en fermeture. Brillant Jimmy Miller à la batterie. Épique finale. 

Led Zeppelin IV de Led Zeppelin (1971)

Ouvrir avec 4 lignes a cappella suivi d'un tel groove annonçait un album qui n'entendait pas à nous garder tranquille dans le divan. When The Levee Breaks est ma chanson préférée du band et celle qui m'a littéralement transporté dans leur son. Guitares fluviales,harmonica boueux, batterie lourde, comme des eaux relâchées dans la ville quand une digue aurait lâchée, ça ne pouvait que laisser présager que j'allais adorer les tapisseries de riches guitares du shoegaze dans le futur. 

Sticky Fingers des Rolling Stones (1971)

Sur leur album studio suivant, on défonce la porte avec un classique rock plein d'énergie signé Mick, établissant décadence à la cassonade et on clôt avec une chanson de route dans la lumière de la lune, tout en réflexions de fin de soirée, presque fragiles, alors qu'on a joué aux durs, on se fait tendre. 

Who's Next de The Who (1971)

Restes du projet avorté Lifehouse, opéra rock qui sera disséminé sur plusieurs albums ensuite, on ouvre avec excellent classique qui ne s'appellera pas Teenage Wasteland, mais du nom d'un gourou Indien croisé du nom d'un compositeur minimaliste qu'admirait Pete Townshend. Le dernier morceau est aussi articulé autour d'un riff de clavier répété (ou presque) et présente aussi d'iconique cris de Roger Daltrey.   

Roxy Music de Roxy Music (1972)

Une entrée formidable où chaque membre se présentera musicalement, avec un morceau amorcé dans une ambiance de cocktail. Rock et glam rock, on se sent amené dans un thriller urbain londonien stylé. On clôt avec une sorte de doo-wop assez plaisant, assez court pour ne pas nous faire trainer dans un bar qui ne demande qu'à fermer et avec un saxophone assez formidable. Cet album est parfait pour mes oreilles (alors naissantes). Même le cocktail, comme en ouverture, revient en rappel quelques secondes. 

The Rise & Fall of Ziggy Stardust & The Spiders From Mars de David Bowie. (1972)

La chanson d'ouverture est une de mes préférées de Bowie. C'était baveux de débuter un album avec une sorte de ballade, et j'aimerais revivre ce moment où je découvrais pour la première fois cet artiste que j'aimais déjà un peu, ce morceau, qui ouvrait un album que j'écouterais en l'usant à la corde, et qui me ferait aimer les crescendos pour toujours. La fin est magique puisque Ziggy choisit la solution finale en musique avec un autre crescendo et les mots si importants : "You're not alone!" livrés à merveille avec intensité. 

Transformer de Lou Reed. (1972)

Bowie est encore impliqué ici, produisant et co-signant plusieurs morceaux de cet album qui ouvre avec un morceau dont la première ligne lui avait été soufflé par Andy Warhol et se fermant sur une ballade moins rock'n roll, plus music-hall, et fermant les rideaux sur une soirée de folies nocturnes, ironiques, comme une poussière de lune qui en aurait trop vu. 

The Dark Side of the Moon de Pink Floyd (1973)

Ils reviendront ceux-là. Un coeur battant pour ouvrir cet album concept qui s'écoute toute d'une traite et qui termine aussi sur un coeur qui bat. Et quelqu'un qui nous dit en sourdine qu'il n'y aurait pas de côté sombre de la lune apparemment. La boucle absolue d'un concept voulant parler du quotidien, en musique. Album parfait. Comme si on l'avait "respiré".


Closing Time
de Tom Waits (1973)

Chanson de char du premier album de quelqu'un qui nous présenterait de la fumée de fin de soirée, appelant dame chance quand le soleil se lève, et qui se termine quand vient le temps de fermer les lumières. Inutile de préciser que j'adore tous les albums dont je vais vous parler ici, aujourd'hui.

Wish You Were Here de Pink Floyd (1975)

Album hommage à leur ami mentalement parti Syd Barrett qui réapparaitra comme un fantôme pendant les sessions d'enregistrement. Là, sans y être. Juste bouleversant. On lui signe 9 mouvements de lumière de diamants brillants tiré de ce qu'inspire le fou Barrett, les 5 premiers mouvements en ouverture, et les 4 derniers, en fermeture. Boucle parfaite. Aérien. 

Power, Corruption & Lies de New Order. (1983)

Formidable morceau d'ouverture, qui a des effluves de Joy Division. Un vrai beau travail d'équipe qui fait briller les 4 membres. On clôt avec un titre qui demande à nous sacrer la paix, ce qui contraste avec l'optimisme du morceau d'ouverture, défiant presque les fans, avec une attitude d'intolérance indépendante. Mais sur un air fort agréable.

Purple Rain de Prince & The Revolution (1984)

Sermon en ouverture sous un orgue qui me bouleverse constamment, suivi d'un rock qui donne des frissons tellement l'énergie devient contagion, et se terminant sur la pièce titre, une merveille cathartique où la vulnérabilité trempe dans la beauté transcendée par des guitares riches sur un album qui demande de se lâcher lousse et qui se termine sur une demande de refuser de partir. 

Born in the USA de Bruce Springsteen (1984)

Tonnerre hymne en ouverture pour un des morceaux les plus incompris de l'histoire de la musique populaire. C'est une critique des États-Unis et non un hommage. Un appel à une fierté perdue. Encore valide de nos jours. Les sains États-Unis ne sont pas fiers d'eux en ce moment. L'album historique se clôt sur une intimité locale, mélancolique, une intimité douloureuse et douce. Assez fière. Merveilleux morceau. Honte en ouverture, fierté en fin.

Brothers in Arms de Dire Straits (1985)

Album historique, premier CD jamais produit, mais aussi encore parmi les 10 meilleurs vendeurs à vie, on ouvre avec du country folk délicat, subtile grandeur qui fera place tout de suite après à un immortel classique. L'album se clôt sur un des plus beaux morceaux jamais écrits et livrés en musique en hommage à ceux qui donnent leur vies au front.


 Life's Rich Pageant de R.E.M. (1986)

Urgente guitare riches, et suggestion de débuter quelque chose en gang. Momentum de conscience sociale et d'éveil culturel. On clôt avec une reprise de 1969, qui ne peut aujourd'hui qu'être entendue avec ironie, quand on regarde les prédateurs qui sévissent en ce moment aux États-Unis. Et qui pourraient chanter tous les mots de ce morceau. 

Franks Wild Years de Tom Waits (1987)

On démarre avec un excellent morceau de cabaret sombre et théâtral plein d'urgence, presque chanté par un chat de ruelle, et toujours composé de personnages marginaux, et on ferme un de mes albums préférés à vie,  sur une note douce, nostalgique, tendre, presqu'une berceuse pour les âmes perdues loin du théâtre d'entrée. 

Desintegration de The Cure. (1989)

Auto-destructeur album mythique du band, ambiance éthérée, presque shoegaze, enveloppante, créant instantanément un sentiment de majestueuse mélancolie. On finit l'excellent album sur une note sombre et introspective, laissant le silence et l'inconnu compléter l'émotion dans une sorte de fin ouverte, écho fantômatique de la désintégration mentale collective du groupe qui précédait sur disque. Mais qui a créé des bijoux sonores.

Loveless de My Bloody Valentine (1991)

Plongée immédiate dans un océan de guitares tourbillonnantes et en textures de shoegaze (ce que je ne savais pas alors) euphorisantes, excitantes et immersives. On termine sur un groove  du band Irlandais, légèrement dansant, ce que beautiful Belinda honorera dans le clip, un rayon de lumière après la tempête sonore offrant une conclusion charmante. Un des mes albums préférés à vie. 

Achtung Baby de U2 (1991)

Rythme industriel en ouvrant guitares abrasives, chaos atmosphérique, zeitgest berlinois, et on termine avec une tension sombre et hypnotique, crescendo shoegaze déchirant, presque fragile et désespéré. Suspendu entre beauté et abandon,

Kid A de Radiohead (2000)

Synthés flottants, voix destructurées, plongée immédiate dans un univers électronique, froid et hypnotique. On finit sur un souffle cinématographique, spectral, mêlant orgue et choeurs, comme une berceuse étrange qui laisse un sentiment de solitude et d'émerveillement. Déconstruction abstraite et froide et beauté fragile de générique de fin de film.  

In Rainbows de Radiohead (2007)

Énergie rythmique éclatante qui ne manque jamais de me donner des frissons dès les premiers accords de guitare et une conclusion douce et introspective qui reste longtemps en mémoire pour un des mes albums préférés à vie. Radiohead me fait un bien énorme. 

Il y en aurait plein d'autres, mais bien séquencer ce qu'on a à offrir peut parfois donner un de ces chefs d'oeuvre. 

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)