mardi 3 janvier 2023

CINEMA PARADISO************The Loved One de Tony Richardson

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu), je vous parles de l'une de mes trois immenses passions: Le cinéma.

Je l'ai largement consommé, le fais toujours, l'ai étudié, en fût diplômé, y ai travaillé, fût récompensé, en suis sorti, mais le cinéma ne sortira jamais de moi. 

Je vous parles d'un film qui m'a marqué par sa réalisation, son histoire, ses interprètes, sa musique, sa direction, son sujet, ses thèmes, son audace, ses dialogues, sa mise-en-scène, son éclairage, sa direction photo, souvent tout ça, bref, je vous parles d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix. 

Après multiples années de deuils de toute sorte, laissez-moi vous parler de deuil comique.

THE LOVED ONE de TONY RICHARDSON.

1947. L'auteur Evelyn Waugh visite les studios californiens de Metro-Goldwyn-Meyer. Ceux-ci lui offre un salaire dans les 6 chiffres afin d'acheter les droits de Brideshead Revisited, même si absolument personne du studio n'avait lu son livre. Quand Waugh demande le contrôle et le dernier mot sur le produit fini, le studio lui refuse et le projet tombe à l'eau. Toutefois durant son séjour à L.A. il devient fasciné par l'obsession des États-Uniens par rapport à la mort et reste impressionné par l'industrie des salons funéraires. Inspiré d'un article qui parlera d'un cimetière précis et de son coloré fondateur, il écrit le livre The Loved One, publié dès l'année suivante. 

Dans les années qui suivront plusieurs producteurs s'intéressent à l'adaptation de ce livre, en film. Parmi eux, le réalisateur surréaliste Espagno-Français Luis Bunuel et l'humoriste/scénariste/réalisatrice Elaine May. 

En 1964, Tony Richardson, réalisateur anglais, vient de remporter 4 Oscars, ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation,  du meilleur scénario adapté et de la meilleure musique originale composée pour un film avec Tom Jones. Il a pas mal carte blanche pour son film suivant, qui sera une comédie où il fait appel à plusieurs de ses amis comédiens (il en est à son 11ème film). Robert Morse, Jonathan Winters, Anjanette Comer, Paul Williams, Rod Steiger et des participations de John Gielgud, Robert Morley, Roddy McDowall, James Coburn, Milton Berne, Dana Andrews, Tab Hunter et Liberace animeront cette satire noire. Des acteurs connus comme Alan Napier ou Jamie Farr font aussi des caméos. 

On adapte la courte nouvelle de Waugh mais on amalgame aussi avec The American Way of Death de Jessica Milford, un livre de 1963. Terry Southern, satiriste Étatsunien, et récent co-auteur de Dr Strangelove, (futur co-scénariste d'Easy Rider) et l'excellent auteur anglais Christopher Isherwood adaptent tout ça en film. Les dialogues seront formidablement savoureux, John Gielgud héritant pratiquement de toutes les meilleures lignes. Rod Steiger y est aussi hilarant. 

Amoureux des animaux soyez prévenus, ça peut faire grincer des dents. Un anglais (Richardson est Anglais d'origine) arrive à Los Angeles où y travaille son oncle qui y trouve la mort. Il doit faire les derniers arrangements du "bien aimé". 

Cette comédie noire, promue comme étant un film composé de matériel pouvant choquer pas mal tout le monde, est par moment irrévérencieuse, parfois même grotesque. Milton Berne, Liberace, Steiger peuvent faire éclater de rire dans votre divan. Morse perds parfois son accent britannique mais le noir et blanc choisi par Richardson et habilement filmé par Haskell Wexler (qui co-produit aussi tellement il aime ce qu'il tourne) est un choix tout à fait aussi judicieux qu'esthétiquement intéressant. On parle quand même de la mort et ceux qui viennent de vivre un reél deuil douloureux pourraient s'en trouver ou bien davantage blessé, ou au mieux consolé par certains moments hallucinés. 

Clever & witty disent les Britanniques. Et il y a multiplications des pistes de narration qui n'ennuient jamais. Steiger, qui n'en avait pas l'habitude, fait beaucoup rire. Gielgud est parfait dans la première moitié. 

Il faut se replacer dans le contexte social de 1965, et non, peu offensera tant que ça, en 2023. Mais 58 ans plus tard, on peut encore se demander si on n'y revient pas à cette époque. Principalement aux États-Unis et leurs étrange rétrogrades décisions de cour suprême autour de l'avortement. 

Léger et grinçant, fort divertissant et commandé par moi dès le jour de l'an. 

Non seulement j'ai aimé, je veux voir et revoir. 

Comme on refréquenterait un ami. 

Tony Richardson avait été à l'école avec Ruppert Murdoch, Margaret Thatcher et Lindsay Anderson, était le père des actrices Natasha (1963-2009), et Joely, filles qu'il a eu de l'actrice Vanessa Redgrave avec laquelle il était marié de 1962 à 1967. 


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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)