jeudi 7 octobre 2021

Mouvements Heureux Dans Mes Yeux


Je ne connaissais pas tant les Stranglers.
Mon seul et presqu'unique contact avec eux a été vers mes 13-14 ans quand j'ai entendu leur chanson No Mercy et vu leur clip avec cette gigantesque oreille. Ils étaient atypiques. J'aurais dû les aimer instinctivement dès 1985.  

Lisant ici et là qu'ils avaient été des figures importantes du punk/new wave de la fin des années 70, début des années 80, j'ai compris que le band était d'hier plus que d'aujourd'hui et ne l'avait jamais réellement réexploré. 


Comme, à l'aube de mes 50 ans, mes proches et moi somme nous-mêmes de plus en plus d'hier, davantage que de demain, j'ai peu à peu baigné dans la nostalgie récemment. J'ai multiplié les listes de lecture sur mon téléphone, en regardant toujours davantage par derrière. Un(e) vrai(e) bon(ne) artiste s'inscrit toujours dans la durée et vainc les époques. 

J'ai donc tricoté une liste de lecture de 59 minutes des Yobs de Guidford, Surrey, en Angleterre. Refusant le futur proche. Préférant y inclure des morceaux de leur oeuvre entre 1977 et 1985. Pas plus loin. 


J'ai passé le week-end dernier à monter cette liste de lecture pour le plaisir de mes sens. J'étais aussi anxieux. Moins que mon ami, Goyette, atteint du cancer du colon, étendu au foie, qui, lundi matin, se faisait tout simplement soustraire 60% de son foie. C'était délicat et incertain. Je lui ai parlé pendant le week-end, (nous sommes séparés par 260 kilomètres) Inconsciemment, je me demandais si on échangeait nos derniers mots ensemble sur cette planète. Les médecins ne lui auraient pas proposé la chirurgie si elle était si risquée pour sa survie, mais quand même, on connait des histoires de gens qui restent sur la table de chirurgie et qui ne s'en réveillent jamais. Je ne voulais pas y penser, mais c'était bien là. 


Et dans sa tête à lui, dans la tête de sa blonde et de ses enfants, ça devait l'être aussi. Le groupe sur le net qu'il a créé afin de ne pas raconter ses mésaventures 125 fois est passé d'une cinquantaine de personnes à presque 100 pendant le week-end. Multipliant les mots d'encouragements. Voulant lui donner de la force. De l'inspiration, du courage. Peut-être avec la sensation des derniers moments, eux aussi. Je suis entré plusieurs fois en contact avec sa douce afin de tenter de désamortir les bombes de stress qui pouvaient exploser ici et là. 


Ça n'a pas suffit. En l'espace de tout juste quelques jours avant le lundi, elle a été victime d'un léger accident de voiture, mais qui la gardera en convalescence une dizaine de jours, le couple a découvert que leur sous-sol contenait trois fois trop de radon, et leur plus vieille, celle qui travaille dans les centres de vaccinations et qui prend le transport en commun, est tombée malade le dimanche précédent la chirurgie. On a légitimement cru à la Covid et ça a failli faire dérailler la chirurgie. Heureusement, on a accéléré ses résultats et elle n'avait pas la Covid. Simple fièvre. Mais pas si simple non plus. Créant chaos et stress. Peut-on souhaiter plus calisse comme semaine?


Conséquemment j'ai passé un lundi de merde. Anxieux. Et la musique des Stranglers s'y associait tout à coup. Une panne de 7 heures de Messenger, Facebook, Instagram et What's App n'aurait dû aucunement m'affecter, mais c'était mon lien direct pas trop invasif avec sa blonde. On a angoissé longtemps jusqu'à l'heure du souper. 

Au final, il a lui-même envoyé une photo clownesque de sa face se disant stone, mais prêt pour un demi-marathon et deux bouteilles de rouge disant qu'il se porte bien. Le médecin a réussi a créer un espace de 5 millimètres dont il était assez fier, éloignant le danger d'étendue du mal d'organes importantes. La chirurgie ne garantie aucunement sa survie. Mais aidera à prolonger la bataille. 


Quand on lui a vu la face, vers 18h00, un grand poids nous est tombé des épaules. Le sourire nous est revenu, les rires, les larmes aussi, quand on a parlé à sa douce, qui elle, s'ouvrait une bouteille, bien méritée, de retour chez elle. Les mouvements heureux sont revenus dans nos yeux. 

Les ondes positives ont absolument aidé.  


Puis j'ai compris ce qui est arrivé quand l'homme à la faux s'est pointé, errant, dans le bout de Québec. 

Mes Stranglers jouaient alors une bonne partie de la journée. J'ai étranglé la mort. 

Étranglé la mort. 

Elle ne reviendra pas de sitôt. 

I showed no mercy

Il y aura un futur pour Goyette. Un Frère. Un futur long. 

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)