jeudi 29 octobre 2020

Petits Mais Aussi Tellement Grands


Être libre, je le répète de plus en plus souvent, c'est prendre le contrôle absolu de son temps. 

Je le fais de plus en plus depuis mon nouveau poste au bureau. Ce que je fais depuis plus longtemps encore est de me garder, sur mon téléphone intelligent, dans le fichier "notes", un dossier appelé platement "Films". Et chaque fois que ma curiosité vient chatouiller mon intérêt, j'y place un titre qui m'est venu à l'esprit ou un titre que quelqu'un m'a inspiré. Enfin, un film que je voudrai voir dès que j'en aurai la chance. 

Et comme le disait si bien le prophète irlandais Lucky Clover, on créé sa propre chance. 


De temps à autre, je vais fureter parmi les titres, regarde ce qui est disponible à la bibliothèque, qui me rend si vivant que je l'appelle la Vievliothèque, et je réserve ceux qui s'y trouvent. À travailler comme je le faisais, au moins 3 x 13 heures par jour (sur 4) par semaine, je ne trouvais plus le temps aussi facilement dernièrement. Et comme ma vie nouvelle vie de bureau me fait maintenant travailler 5 jours, je n'ai plus le vendredi pour au moins me taper deux-trois films. 


Plus j'attends pour visiter ma longue liste de films à voir, plus ils sont disponibles à la Vievli. Et comme la ville que j'habite n'est pas la plus intéressante, ni la plus futée au Québec, les bons films/livres sont TOUJOURS disponibles. Enfin ils ne commandent pas toutes mes envies parfois pointues, mais à partir de la semaine dernière, 20 des mes titres s'y trouvaient. Je ne pouvais pas réserver plus de 10. Et comme j'avais trois livres je n'ai pas pu me réserver plus de 7 films. 

Étrangement, et je ne l'ai jamais calculé ainsi, les 7 films avaient des racines très québécoises. Et en une semaine, je les ai tous vu avec un ravissement toujours renouvelé. 

  Mes 7 jours en films:


Jeudi soir: Une Colonie de Geneviève Dulude-Decelles.

L'excellente Émilie Bierre incarne une jeune adolescente, nouvelle à son école secondaire, déchirée entre ses nouvelles amies qui explore les envies sexuelles, les soirée de fête et l'alcool, et un nouvel ami d'origine autochtone, intensément protecteur de sa nation, et sa propre famille, dont papa couche sur le divan parce que maman et lui se chicanent trop souvent. Maman est une ancienne danseuse contemporaine mais les jeunes élèves de l'école ne réfléchissent pas si loin et s'arrêtent au terme péjoratif de "danseuse" (suggérant une danseuse nue) et la petite soeur de notre jeune fille principale en fait les frais en terme de taxage. Très intéressant film, le premier de Miss Dulude-Decelles, et brillante performance de sa jeune actrice, récompensée plusieurs fois pour ce film. De A à E je lui ai mentalement donné un B. 


Vendredi fin de journée: The Death & Life of John F. Donovan de Xavier Dolan.

ooooh...j'ai mis du temps à finir ce film légèrement agressant. Une journaliste désintéressée par l'entrevue qu'elle s'apprête à faire avec un jeune auteur dont elle n'a pas lu le livre, le rencontre et lui fait raconter sa vie de jeune correspondant de 11 ans, qui écrivait à son idole, John F. Donovan, une star de la télé et du cinéma, et dont la correspondance papier qu'ils ont entretenu pendant plusieurs années, à l'insu de tous, à coûté une partie de la carrière de l'acteur, lorsque révélé. Le casting est impressionnant. Jon Snow (Kit Harrington, en fait), Nathalie Portman, Susan Sarandon, Kathy Bates, Thandie Newton, Jacob Tremblay, Micheal Gambon...et tiens! Pascal Morissette en fan de Donovan le reconnaissant dans un bar! Le personnage du jeune correspondant, maintenant à 21 ans, m'a grandement agressé. Puis, je me suis rappelé ce qui m'agressait aussi chez Dolan. Cette arrogance toujours prête à dégainer. Souvent inutile. Le récit étant en partie autobiographique, Dolan a prêté ses traits de caractère à son personnage principal. Et j'avais légèrement oublié que Dolan était gay. J'ai vu J'ai Tué Ma Mère, que j'ai trouvé gauche mais dont j'ai admiré l'audace, Les Amours Imaginaires que j'ai trouvé nettement meilleur, entre Godard et Wong Kar-Wai, que j'aime beaucoup, Laurence Anyways, moins intéressant à mes yeux, si bien que j'ai esquivé le suivant, Tom à la Ferme, très plongé dans l'univers gay qui me rejoint moins, j'ai vu Mommy qui répétait un peu J'ai Tué Ma Mère selon moi, puis Juste La Fin du Monde, franchement inégal, où l'attrait pour les personnages filmés devenait plus difficile. The Death & Life... offre à nouveau une large courbe narrative à l'angle homosexuel. Et là je me suis rappelé que ça ne m'intéressait plus temps que ça cet univers aux personnages parfois assez repoussant. Le frère de Donovan dans ce film, son amant, ont tous deux des têtes de goons au hockey. Je ne peux pas lui en vouloir de parler de ses réalités à lui. Mais je crois qu'elles ne m'intéressent plus. J'ai tout de suite rayé Mathias & Maxime de ma liste de films à voir dans mon téléphone où je sens que je ne supporterai aucun personnage. E. Pour Effort raté in English. 

Vendredi soir:


 La Femme de Mon Frère
de Monia Chakri.

Tiens, il y a un lien avec Dolan, Chakri est une grande amie de Xavier et a joué dans son (meilleur selon moi) film, son deuxième. Une diplômée en philosophie se cherche un emploi et une direction dans la vie. Elle est extrêmement proche de son frère et encaisse mal, à la fois son statut d'emploi précaire, son célibat et la nouvelle amoureuse de son frère qui est aussi celle qui vient d'avorter son bébé. Monia est drôle. Mais on sent assez souvent qu'elle veut être encore plus drôle. Ses dialogues passent du très très drôle au trop cynique voire arrogant. Ses personnages escaladent tellement en cri que j'ai eu à faire pause dans une chicane épique avec son frère, qui était née de presque rien. Les acteurs, Anne-Élisabeth Bossé, Evelyne Brochu, Patrick Hivon sont irréprochables. Certaines trouvailles de réalisation sont aussi marquantes. Il y a définitivement une réalisatrice intéressante derrière tout ça. C'est la couleur de ses personnage qui, encore, m'a parfois fait soupirer. Et le titre est mal choisi, selon moi. On ne suit pas la femme de son frère, mais tout ce qu'il y a autour de la soeur. La scène finale, réunissant de vrais frères et soeurs, dont Monia et son frère, est un véritable moment de beauté. Me faisant presque verser une larme d'admiration. C+

Vendredi nuit:

Genèse de Phillipe Lesage.


Un autre lien involontaire car je ne me souvenais plus ce qui m'avait attiré de ce film. Une autre histoire de frère et soeur. Plus jeunes ceux-là, d'âge secondaire (17 et 16 ans à peu près). Les excellents Théodore Pellerin et Noée Abita. Tous deux à voir et à revoir ailleurs s'il vous plait. Le film ouvre sur une scène forte montrant Pellerin animer sa classe d'un chant traditionnel Québécois. On suivra, dans ce film, les éveils sentimentaux des deux personnages principaux, les  bonheurs plus rares que les écorchures. Le plan "final" offre deux guerriers blessés. Mais ce plan final est trompeur. On ouvre la dernière demie heure sur un tout autre film, tout aussi intéressant, qui est en fait un court-métrage du même Lesage, ouvrant habilement sur la même chanson que son premier film, mais cette fois interprétée par un groupe de musique traditionnelle dans un camps de vacances. Un camp de vacances où se trouve, parmi les animateurs, Émile Bilodeau.  La réalisation de Lesage est très admirable. Ses interprètes, de la première heure et demie comme de la dernière demie heure, sont aussi parfaits. Noémie Bierre s'y trouve encore.  La première partie ne semble avoir aucun lien avec le seconde, mais au contraire, on a l'effet miroir d'éveils sentimentaux de part et d'autres. Des éclairs de chaleur dans la nuit d'été. Très intéressant. M'a fait relire Franny & Zooey de J.D.Salinger. B+

 


Samedi matin:

 Kuessipan de Myriam Verreault. 

J'avoue m'être attendu à davantage. J'ai lu l'auteure (Naomi Fontaine), que j'avais aimé. J'avais assez hâte de voir ce film. Mais j'ai trouvé le jeu des acteurs assez pénible. Et certaines répliques, dans leurs bouches, terriblement livrées. On suit deux amies d'enfance, deux autochtones sur la réserve de innue de Uashat-Maliotenam de Sept-Îles, maintenant ancrées dans le jeune vingtaine, une déjà maman, mais dans une relation trouble et l'autre tombant en amour avec un blanc, terriblement joué par Étienne Galloy. Leur vision de l'attachement aux origines est différentes et elles s'accrocheront violemment sur le sujet. Aurait pu être nettement meilleur. Mais pas inintéressant. J'ai noté au moins trois idées de sujets à vous discuter de ce seul film. Mon sang Atikamekw j'imagine. C+

Samedi PM:


Répertoire des Villes Disparues
de Denis Côté.

D'emblée, j'adore Denis Côté. J'ai vu pas mal tout ses films. Mais c'est aussi un ami. Et quand je le reconnais dans ses tournages, ça me plait encore plus. Côté est brillant avec ce film qui parle d'identité dans un petit village de 215 habitants pleure la mort d'un des leurs, suicidé ou pas, à 21 ans. Le film est spectral, mais aussi assez amusant. Comme Côté au privé. Les décors hivernaux de la ville fictive de Sainte-Irénée-les-Neiges (St-Michel en Montérégie) sont formidables. C'étaient d'ailleurs quelque chose qu'on avait discuté ensemble. On était d'accord pour dire que ceux qui avaient compris que filmer l'hiver du Québec était payant à l'image pouvaient vraiment faire voyager leurs films. Celui-là met en vedette, en contre-emploi, Josée Déchesne et Jean-Michel Anctil en parents endeuillés, Diane Lavallée en mairesse, Robert Naylor en frère endeuillé, Larissa Corriveau fabuleuse surprise de ce film en personnage assez fameux. J'ai beaucoup beaucoup aimé. Regard sur nos villages qui se meurent. Et sur les esprits de clochers. B+  

Mardi soir:


 Jeune Juliette
de Anne Émond.

J'avais beaucoup aimé Nuit#1 et le traitement de Nelly aussi. J'étais donc tout ouïe pour son dernier film. Que j'ai aussi adoré. Juliette est une autre adolescente d'école secondaire qui est aussi obèse. Elle est une élève surdouée mais on commence à lui rappeler, assez brutalement, qu'elle est grosse. Charmante mais cruelle est cette histoire qui nous présente encore des éveils sentimentaux adolescents. Anne Émond a confessé une certaine part d'autobiographie, pas chez son personnage principal, mais en écrivant sa meilleure amie. Le film n'est pas du tout dans le même ton que les deux que j'avais vu d'elle, plus sensuels, voire sexuels, et le dosage humour/cruauté est assez intéressant. Alexane Jamieson est une révélation. La réalisation, assez pop-art, est très agréable. Le traitement de l'image des deux films précédents que j'avais vu d'elle était aussi fort remarquable. B


Retrouvant Émilie Bierre dans Une Colonie et Genèse, Robin Aubert dans Une Colonie et Jeune Juliette,  Jocelyne Zucco dans La Femme de Mon Frère et Répertoire des Villes Disparus, Etienne Galloy dans Genèse et Kuessipan, Amaryllis Tremblay dans Genèse et dans Jeune Juliette ET dans le même rôle de jeune amoureuse pleine de rires et de candeur, j'ai pas pu faire autrement que de me dire qu'on était assez petit au Québec. 

Mais en quelque part, je nous ai trouvé formidablement grands aussi. 


Combien de pays de 8 millions de gens peuvent se permettre de faire tourner au moins 7 personnes dans leur coin de vie? de faire tourner des Femmes? Donc la moitié touchait à l'homosexualité? 

Et on est techniquement pas un pays...

J'ai goûté une belle et saine liberté. J'ai bu du chez nous fièrement. 

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)