vendredi 8 janvier 2016

Trente Fois David Bowie

Au moment de lire ces lignes, je souffre.

Souffrance de riche me direz-vous, mais souffrance tout de même. David Bowie lance un nouvel album et je suis en mer des Caraïbes, incapable de mettre ni la main, ni l'oreille dessus.

Je sais, je sais, il s'agit d'une souffrance inventée de toute pièce qui ne vous émouvra en rien. L'album sera toujours disponible lors de notre retour le 14 janvier prochain. Mais je n'aurai probablement pas la version du cd limitée qui est toujours lancée le jour de sa sortie.

Aujourd'hui.

J'ai mis un ami sur le dossier qui devrait me régler le problème en un rien de temps, mais quand même.

Je bronze sans le Bowie pour me jouer dans l'ouïe.

Dans l'attente fébrile de pouvoir y placer mes oreilles, voici 30 fois David, en images, en sons et en visions.

David Bowie. 1967.
L'album du jeune saxophoniste contient très peu de musique qui le caractérisera dans le futur. On dira de ce premier essai dans le monde musical qu'il s'agit du membre de la famille fou, caché dans le grenier. C'est le seul album que je n'ai pas de David.

Space Oddity. 1969.
Lancé dans l'anonymat cette année-là, il sera relancé trois ans plus tard (quand j'atterris au monde, pas innocent...). Excellent équilibre acoustique/électrique avec des observations intéressantes sur ses amours (Letter to Hermione), son entourage (Memory of a Free Festival), sur lui-même (Wild Eyed Boy From Freecloud/God Knows I'M Good) et sur son frère, mentalement fragile (Cygnet Commitee).

The Man Who Sold The World. 1970.
L'album "hard rock" de Bowie introduit les talents de Mick Ronson à la guitare, Tony Visconti à la basse, la guitare, au piano et à la production, Mick Woodmansey, tous futurs Spiders From Mars. Moonage Daydream et Hang On to Yourself sont d'ailleurs composées une première fois pendant ces sessions d'enregistrement. Ronson et Visconti aurait dû avoir plus de crédit que ce qui ne leur sera pas accordé au final, dans les compositions.

Hunky Dory. 1971.
Premier album sous l'étiquette RCA qui sera la sienne pour la prochaine décennie. Bowie frappe fort dès le premier morceau, capitalisant sur l'ambiguïté sexuelle qui a fait tant parler sur la pochette de l'album précédent et choisissant de parodier Marlène Dietrich sur celle-ci. Kitsch, classe et acoustiquement très joli. Ronson et Woodmansey y sont toujours, pas Visconti, remplacé par Trevor Bolder. Les Araignées de Mars y sont maintenant toutes. Rick Wakeman, futur Yes, s'y trouve aussi au piano.

Transformer. Lou Reed. 1972.
Le premier effort solo de l'ancien leader des Velvet Underground devient aussi le premier effort à la production de la part de Bowie qui sera guidé par Mick Ronson sur le sujet. 4 des morceaux étaient composés en tant que Velvet, les 6 autres porteront aussi la signature Bowie.

All The Young Dudes. Matt The Hoople. 1972.
Fort de sa nouvelle expérience avec Reed, Bowie en importe un de ses morceaux à lui pour aider le band de Ian Hunter qui battait de l'aile (Sweet Jane en ouverture). Bowie compose même la chanson titre qu'il leur offre et les ramène sur la planète pop.

The Rise & Fall of Ziggy Stardust & The Spiders From Mars. 1972.
Explorations sexuelles, martiennes, commentaires sur le métier, visions dystopiennes du futur, débauche, abus de toute sorte, les thèmes de cet album avaient tout pour me plaire. Le personnage est né dans la semaine où j'ai apparu (pas innocent non plus...) Je m'étonne de ma parfaite imitation de Five Years en vous écrivant ceci...Cameleon me?... 

Aladdin Sane. 1973.
Second album de la trilogie Ziggy, plus "germanique", jazzé, blues, largement sous estimé. Je l'écoute encore régulièrement.

Pin Ups. 1973.
Ainsley Dunbar remplace Woodmansey à la batterie pour le dernier volet de la trilogie de Ziggy et ses Spiders From Mars. L'album ne contient que des reprises, principalement plus rock de morceaux des Pretty Things, Them, Yardbirds, Pink Floyd, The Mojos, The Who, The Easybeats, The Merseys et The Kinks.

Diamond Dogs. 1974.
Le projet de faire de 1984 de George Orwell, un album concept, puis, une tournée théâtrale-rock ayant échoué auprès de la famille d'Orwell, Bowie en garde les thèmes dystopiens, post- apocalyptiques, apprend la guitare avec Mick Jagger et y enregistre en Italie, en Hollande et à Londres cet excellent album rebelle.

Young Americans. 1975.
Bowie a toujours été un fan de "soul", Il crée le "Philadelphia soul" où il y enregistre ses obsessions de maigre chanteur britannique blanc, maintenant roux, plutôt cocaïné. La guitare y est riche. le saxophone présent. Ce sera moins son sax que celui de David Sanborn. Carlos Alomar est introduit à la guitare. Les claviers offrent aussi une texture très intéressante. Riche encore. Bowie le devient beaucoup. Et se le met dans le nez. Lennon, en sabbatique de Yoko, n'y est pas innocent...

Station To Station. 1976.
Naissance du Thin White Duke. Bowie prétend avoir été si drogué pendant l'enregistrement de cet album qu'il ne s'en rappelle même pas la conception. Je crois plutôt qu'il a choisit d'oublier de larges pans de 1975-1976 où il se mêlait à la sorcellerie avec Jimmy Page et était désorienté plus souvent qu'autrement. Même si Bowie demande à Carlos Alomar et Robert Fripp de créer des sons inouïs de leurs guitares, on s'inspire aussi des sons morotik allemands de Neu! et Kraftwerk qui guideront aussi beaucoup la suite. Introduction d'Iggy Pop dans le cauchemar TVC-15.

  The Idiot. Iggy Pop. 1977.
Avec son nouvel ami Pop. David se rend en Allemagne pour d'abord tenter de se désintoxiquer (échec, avec un ami comme Iggy...) Visconti, Alomar et Brian Eno iront aussi les rejoindre. Puis le bassiste George Murray et le batteur Denis Davis. Bowie co-écrit et produit le premier album solo de James Osterberg Junior depuis les Stooges. Fameusement Dostoievsky.


Low. 1977.
Album introspectif concocté avec aucune intention de plaire à quiconque sinon à son instinct. Brian Eno invente un système compliqué, presque mathématique pour composer, et les boys, Davis, Murray, Visconti, Pop, Eno, Bowie, Alomar créent  un son de batterie lourd doublé de claviers pleinement aériens. Certains morceaux avaient été composés avec l'esprit d'une trame sonore de film futuriste. Celle de The Man Who Felt To Earth, film auquel Dave participe. Mon album préféré issu de votre planète. Sur laquelle je suis tombé en 1972...

Heroes. 1977.
Comme sur l'album précédent, la moitié des morceaux sont instrumentaux. Second volet de la trilogie berlinoise, cette fois on est plus noir, plus rock, légèrement plus international sur le dernier morceau ce qui annonce l'album suivant, son plus international effort. Bowie y brise son union avec Angie (Blackout) et Visconti y trompe sa femme (Heroes). Gris/noir mais tellement bon...

Lodger. 1979.
Dernier volet faussement attribué à la "trilogie berlinoise" (la vraie devant plutôt être The Idiot/Low/Heroes) puisqu'enregistré partout dans le monde pendant que Bowie jouait du piano en tournée avec Iggy ou se donnait lui-même en spectacle. Si on l'inclus toujours dans la trilogie c'est parce que l'équipe reste la même. Eno, Visconti, Alomar, Davis, Murray, auxquels il faut rajouter Adrian Belew, brillant à la guitare et à la mandoline. Album très sous-estimé et mal compris à sa sortie. Exploratoire et avant-gardiste.

Scary Monsters (& Super Creeps). 1980.
Bowie fait crier les guitares d'Alomar, Fripp et même celle de Pete Townshend. Japonais par moments, existentiels à d'autres, nostalgique ailleurs, le blanc de la pochette, comme le blanc de celle de Tintin au Tibet d'Hergé, trahit une dépression en cours. Hantant.

Let's Dance. 1983.
Bowie parlera parlera de cet album comme le premier de ses trois albums "Phil Collins". Modern Love est le morceau qui me met la puce à l'oreille sur l'artiste qui changera ma vie. Nile Rodgers est à la production et comme il est le son du moment, Bowie devient multimillionnaire avec ce disque. (Feu) Stevie Ray Vaughan brille à la guitare.

Tonight. 1984.
Bowie est complètement perdu, Il n'a pas envie de ce que le public a aimé, mais en même temps, c'est ce qui le rend riche...Il sombre dans le marasme. Il compose un morceau qu'il considère fameux, qui sera son meilleur pour moi, Loving The Alien, mais qui ne sera jamais ce qu'il aurait voulu qu'il soit une fois enregistré. Sans prendre de risque, il meuble donc son album principalement de reprises. dont quatre d'Iggy Pop ou avec Iggy Pop, qui a des problèmes d'argent. Tina Turner apparaît sur la chanson titre.

Never Let Me Down. 1987.
Toujours confus sur la direction musicale à prendre, Bowie prend trois ans pour concocter l'album suivant, Se consacrant à divers projets, donc le cinéma, entretemps. L'album est tricoté dans le but de faire une tournée théâtrale, ce qu'il fera. La tournée le rend encore plus riche, même si les critiques s'en moquent beaucoup. Bowie doit se réinventer ou se trouver?

Tin Machine. 1989.
Bowie se réinvente. En temps que membre d'un band. Avec les frères Sales, anciens Stooges à la section rythmique (basse & batterie) et Gabrel Reeves à la guitare. Grunge, rock, blues, punk, pas mal du tout en fait.

Tin Machine II. 1991.
Le second effort est plus décevant. Bowie sera aussi déçu, mais de la consommation de drogue au sein du band qui mènera à sa dissolution.

Black Tie, White Noise1993.
Maintenant marié, on a droit à un Bowie plus sage, réinvitant son ancien comparse Ronson (qui se meurt du cancer) le temps d'une chanson, revisitant Cream ou Morrissey le temps d'une autre et faisant la part belle aux claviers et aux cuivres. David loves Iman et vice-versa.

1.Outside. 1995.
À défaut de se réinventer à son goût, l'homme-caméléon revisite les chemins déjà empruntés. Il renoue avec Brian Eno pour un album concept glauque sous-titré The Ritual Art-Murder of Baby Grace Blue: a Non-Linear Gothic Drama Hyper-Cycle. Bien que les textes fassent preuve d'un brin d'âgisme face à la technologie, les pistes musicales sont les meilleures depuis 15 ans à mon avis. Premier volet d'un nouvelle trilogie prévue avec Eno qui ne verra pas le jour. Gabrels et Alomar apparaissent à la guitare, Un revenant d'Aladdin Sane, Mike Garson, apparait aussi au piano.

Earthling. 1997.
Bowie embrasse les années 90 avec un son électronique, drum & bass, très inspiré de Nine Inch Nails avec lesquels il a fait une tournée la même année. Trent Reznor fait d'ailleurs une apparition marquante dans un des clips de Bowie, faisant la promotion de l'album. Garson est encore à bord aux claviers et au piano, Gabrels bidouille sur à peu près tout et Gail Ann Dorsey brille à la base.

Hours...  . 1999.
Premier album d'un artiste important à pouvoir être téléchargé deux semaines avant la sortie physique du disque, Bowie passe complètement à la nouvelle ère. Mark Plati est encore à la programmation pour un second album de suite, Gabrels est aussi de retour. Sterling Campbell officie à la batterie sur trois morceaux. Il était aussi invité sur l'album précédent. Bowie est plutôt introspectif sur cet album. Il a vu passer les heures...il se dirige vers ailleurs. La plupart de la musique avait été déjà offerte pour un jeu vidéo The Nomad Soul.

Heathen. 2002.
Bowie récupère quelques morceaux prévus pour la seconde partie de sa trilogie prévu avec Eno. Conçu pendant les attaques du 11 septembre, 4 morceaux, dont le morceau titre, y feront directement référence. Rappelant la décadence d'un monde évoqué chez Diamond Dogs et avec FiveYears. Visconti, Alomar, Townshend, Plati, Campbell, les crédits sont comme une liste de vieux amis.

Reality. 2003.
Bowie ne fait plus que des albums aux titres d'un seul mot maintenant. C'est son 9ème titre du genre. Je vis une expérience surnaturelle et mémorable alors que j'ai la chance d'assister à une représentation nocturne dans une salle de cinéma où non seulement il lance en direct son album avec une mini performance reprenant ses vieux morceaux sur écran géant, mais en plus, on a la chance de lui poser des questions par la suite, pays par pays. En direct dans la nuit. Un Australien demande à Bowie quels sont ses bands préférés et il répond entre autres groupes Godyouspeedblackempreror et Arcade Fire. Semant l'hystérie là où nous sommes. Le contenu de l'album? moyen. De l'excellent côtoie du très mauvais. Inégal album. Certains morceaux prennent 30 minutes à composer pour Bowie (She'll Drive The Big Car-excellent) et d'autres prennent 38 ans à le faire (Bring Me The Disco King-très moyen)

Pendant 10 ans, on pense qu'on a tout entendu de Bowie et qu'il est à la retraite. Et ben non!

The Next Day. 2013.
Bowie renoue avec entre autre Visconti, Ann Dorsey, Campbell et Earl Slick (tous trois aussi de l'album précédent) et fait mouche avec un son entre Lodger et Heroes. La pochette fait d'ailleurs un clin d'oeil à celle d'Heroes. 5 extraits en seront tirés en clip. Bowie plus rock étonne.

Blackstar. AUJOURD'HUI.  
Je ne peux pas en parler puisque je l'entendrai seulement à mon retour. Toutefois, le morceau titre me plait beaucoup par son audace, dans la durée comme dans la forme, dans le clip comme dans l'influence jazz. Moi qui suppliait un Bowie plus jazz, je serai exaucé d'au moins un morceau.

Hâte de découvrir le reste.

David, tu as l'âge qu'aurait eu mon père cette année, aujourd'hui.
Bonne fête vieil iconoclaste!

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)