lundi 15 décembre 2014

Magasinage de Noël

Nous étions au secondaire un ami et moi. Ça devait être 1987 ou 1988.

"Hey Jones, j'ai une blague pour toi: c'est l'histoire d'un âne et d'un cochon marchant dans le désert, après quelque temps, le cochon demande à l'âne: "Est-ce qu'on arrive bientôt?", l'âne répond "Patience cochon, patience cochon", puis quelques temps plus loin, le cochon redemande à l'âne: "Est-ce qu'on arrive bientôt?", l'âne répond "Patience cochon, patience cochon", puis encore quelques temps plus loin, le cochon demande à l'âne: "Est-ce qu'on arrive bientôt?", l'âne répond "Patience cochon, patience cochon", puis quelques temps plus loin, le cochon redemande à l'âne: "Est-ce qu'on arrive bientôt?", l'âne répond "Patience cochon, patience cochon"...

J'avais tout de suite compris.
J'ai détourné sa blague et l'ai laissé me conter la même ritournelle pendant encore un bon 5 minutes jusqu'au point où son orgueil lui faisait pratiquement me crier avec rage ses lignes. Il était offusqué, déjoué, que je n'ai pas mordu et j'avais bien retourné la blague contre lui en ne montrant aucun signe d'impatience.

En revanche, cet ami, toujours un indispensable de mon entourage de nos jours, je l'entends me dire "Patience, cochon, patience cochon" chaque fois que je montre des signes d'impatience.

Et plus je vieillis, moins je patiente.

Mais j'étais furieusement heureux ce mercredi là. On enterrait Jean Béliveau sous un ciel de tempête et moi la neige, ça m'excite. La purée des autres était mon délice. D'autant plus que je me doutais que mon père au ciel n'y était pas étranger à cette tempête. Fou de hockey qu'il était, fou de Béliveau en particulier, ne croyez vous pas qu'il avait envie de faire la fête dans son ciel lui? Il venait de se trouver un joueur de centre de qualité avec qui s'amuser.

Moi je filais dans la neige en voiture, surexcité, puisque je venais d'apprendre que j'aurais 4 jours de suite de congé dans le temps des fêtes. Les 4 que je souhaitais. Les 4 plus importantes. Le Noël de ma mère et de mes soeurs, le Noël de ma belle-mère. Le Noël des amis, le Noël du beau-père.

Je roulais dans l'hiver blanc avant le temps et je me sentais ATOMIQUE!

Je ne chantais pas, je hurlais:

"UH UH  HUH MAKE IT MAGNIFICENT, TONIGHT, RIGHT OH YOUR HAIR IS BEAUTIFUL!"

D'autant plus qu'en magasinant j'avais trouvé l'intégrale de Shakespeare, sonnets et poèmes inclus pour seulement 30 douilles! 30 dollars!!! C'est moins qu'un dollar par pièce! 71 cents pour Macbeth? 71 cents pour Roméo & Juliet? Songe d'une Nuit d'Été? 71 cents pour Hamlet? WOW! parfois ma planète est parfaite!

Ça ne pouvait pas aller mieux. J'ai donc choisi cette blanche journée pour aller aussi acheter un cadeau de Noël pour l'amoureuse.

"regarde si il est beau! le dernier en bas. C'est mon préféré!" m'a-t-elle montré sur son Iphone...

On ne peut plus clair. J'ai donc échangé son Iphone (plus ancien) pour le mien, ce qu'elle apprécie toujours dans le but aussi clair de retrouver l'endroit où avait été prise cette photo de bracelet à breloque. Je l'ai trouvé tout de suite. On ne partage pas 22 ans de vie commune sans connaître un peu sa partenaire. Et pourtant...(vous verrez plus loin)

"Vous voulez la breloque fleurie ou celle-ci?" m'a demandé la préposée aux bijoux.

Non. Je ne venais pas faire un choix, je venais faire un pick up. Il faut savoir qu'il y a dans un passé pas si lointain, ce Noël où j'avais acheté à l'amoureuse un collier que je trouvais très joli. Lorsqu'elle l'a déballé, elle n'a pu s'empêcher d'exploser de rire. Et de ne plus cesser de rire. De pleurer de rire même. Elle trouvait ça affreux. Il y avait un réel manque de sensibilité de sa part et lourde teinte Biiiitch princière, mais je ne m'en faisais guère, nous sommes des vieux routiers de l'amour. Toutefois j'ai dû faire pitié car mon fils, qui avait peut-être douze ans alors, s'était senti obligé de me défendre.
"Franchement maman, t'es ben méchante!"

Rien n'y avait fait, les larmes de rire lui coulaient sur les joues. Et moi dans ma tête, je me disais quand même "plus jamais je ne m'aventurerai dans les bijoux pour elle, no fucking way!".

Maintenant qu'elle me guidait trois ans plus tard se pensant subtile sur le Iphone, je ne pouvais me tromper. Et pourtant, oui. La fleur ou la lustrée? Elle avait prise en photo la fleur, mais la lustrée me paraissait plus belle. La préposée à confirmé. Deux jeunes filles qui se magasinait des bagues aussi. Ce fût donc celle-là.
Échangeable jusqu'au 25 janvier de toute manière.

J'étais ravi.

La préposée a donné le bijou à une seconde préposée. Celle-ci l'a passée d'un étui à un autre étui. rigide celui-là. Elle a glissé l'étui dans une boîte. Sans que je le lui demande, elle a fait un emballage cadeau fort soigné. Elle a placé le petit paquet dans un petit sac. Elle a ensuite pris le téléphone et répondu longuement à un client. Elle m'a ensuite fait payer. Elle a mis le premier petit sac dans un second plus grand. Trrrrrrrès lentement. Puis le second sac dans un troisième, plus grand encore...Puis...elle s'est dirigée vers une table afin de mettre du fla-fla de papier...Elle s'est ensuite penchée pour prendre sous une table nappée...UN QUATRIÈME SAC!

Ça ne paraît pas mais ce processus durait maintenant depuis plus de 15 minutes...CHRIST! J'ACHETAIS UN OSTIE DE BRACELET!!!!!!!!!!!!!!

C'étais plus fort que moi et je n'ai pas pu me retenir, c'est sorti tout seul, mais je me suis entendu dire à voix haute: "Tu me niaises tu?" Trois autres filles se sont retournées vers moi.

"Je peux tu juste repartir avec de même, svp..." J'ai fini par dire laissant derrière moi un froid absolu.

Je me suis assis près de la fontaine du centre commercial et me suis assis sur un banc afin de feuilleter mon Absolut Shakespeare. Un homme était tout juste à mes côtés. Je l'ai regardé après avoir lu deux trois répliques de Titus Andronicus et lui ai dit:

"Vous voulez entendre une blague, Monsieur?..."

Il n'a pas répondu, mais ses yeux disaient oui.

"c'est l'histoire d'un âne et d'un cochon marchant dans le désert, après quelque temps, le cochon demande à l'âne: "Est-ce qu'on arrive bientôt?"...

(...)

L'homme m'a libéré de ma blague vers 21h00. À l'heure de la fermeture des magasins.

À la fin, je beuglais mes lignes...

C'étais pas du Shakespeare.

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)