dimanche 6 octobre 2013

Cuissage Littéraire

(Insipiré de Woody Allen)
Bourgouin était un gars bien ordinaire.

Il avait conféssé à son psychanalyste qu'il était mal marié pour la seconde fois, qu'il avait besoin d'une aventure on the side comme les français le font si ponctuellement. Rien d'amoureux,
Zuste du seks.

Son psychanalyste s'était défendu en disant que ce n'était pas son travail d'arranger des "affaires" qu'il était là pour discuter de ses problèmes avec lui et d'explorer des pistes de solutions ensemble. Tricher sa femme n'en était certes pas une et il ne pouvait l'aider là-dessus. Il était psychanalyste après tout pas magicien.

"Alors peut-être ai-je besoin d'un magicien alors!" dit Bourgouin, convaincu et excédé.

Quelques semaines plus tard, un homme qui disait s'appeler "Le grand Persich", magicien autoproclamé, était entré en contact avec Bourgouin et lui avait donné rendez-vous chez-lui. Un miteux appartement de Côtes-des-Neiges. Bourgouin n'avait pas pu cacher une mine dégoûtée quand le vieil homme barbu et sans envergure lui avait ouvert la porte de son 2 1/2. Le "Grand" Persich était lui aussi resté étonné du manque de tonus de Bourgouin. Devait-il vraiment porter du coton?

"C'est...c'est vous Pois Chiche?"
"BONJOUR M.BOURGOUIN, JE SUIS LE GRAND PERSICH! Vous voulez du thé?" dit Persich avec splendeur.
"Non, je veux de la luxure, de la beauté, de la musique, du désir, de l'épiderme contre mon épiderme, je me suis inscris à Allume-Moi mais ils m'ont refusé"
 "MOI je vais vous allumer mon cher ami, si vous entrez dans cette armoire, que vous cogner trois fois sur les parois quand je tirerai un livre choisi au préalable, vous serez tout simplement projeté dans ce livre, vous me suivez?"
"Je...j'y vais avec vous?"
"NON IDIOT, vous comprenez ce que je vous dis?"
"Si je rentre dans l'armoire et que vous tirez 50 Shades of Grey dedans, je tombe dans le livre avec la petite gourde superficielle..."
"Exactement! j'ai ici des grands classiques de la littérature..." dit le viel homme sans envergure en consultant sa bibliothèque.
"wow!...si c't'une joke..."
"Vous pensez que je vous demanderais 4000$ pour une joke?"

Bourgouin paya en vitesse en stipulant qu'il le croirait quand il le verrait.

"Je veux une affaire avec une française! Trouve-moi une héroine française"

"Nana de Zola? Natasha de Guerre et Paix?"

"Je veux pas payer pour ses services, je viens de te donner 4000$, oublie Nana. Natasha est russe pas Française, je veux une française! Madame Bovary était française non? Je veux Madame Bovary!"

Et en deux temps/trois mouvements Bourgouin était projeté dans le livre de Flaubert. Dans le chambre de Charles et Emma plus précisément où il surprenait Emma, seule.
"HO! Mais qui êtes vous? et comment êtes vous habillé pour l'amour du ciel?"
Elle était aussi jolie qu'Isabelle Huppert dans le film du même nom. Bourgouin en était devenu tout chose.
"Oh...je...pardon...je porte mes pantalons de jogging, vous...vous êtes très belle madame..."

Emma sourit affectueusement à cet homme dont elle ne savait rien, Bourgouin était surexcité, incapable de dire quoi que ce soit.

"Voulez vous quelque chose à boire? un verre de vin peut-être?"
"Non. Oui. Non. Oui. OUI du blanc, NON, du rouge, NON du blanc!"
"Calmez-vous, tout ira bien" dit Emma Bovary d'une voix suave. "Charles est parti pour la journée. J'ai toujours rêvé qu'un étranger me kidnappe et m'emmène loin de cette vie morne campagnarde qui m'ennuie" poursuivit-elle avec des yeux d'animal en chaleur. Ils firent une marche, s'embrassèrent longuement sous les arbres du jardin, se dirent je t'aime du regard, couchés dans l'herbe et firent l'amour comme deux fourmis en rut. "Fuck! je dois rejoindre Marie-Soleil au IGA!". Bourgouin dût quitter précipitamment la scène promettant à une Emma Bovary confuse de revenir bientôt.

"Je serai le voyou de vos rêves, le cambrioleur de votre coeur, le saucission salé de votre buffet secret" dit Bourgouin convaincu de sa propre poésie. "PÉNICHE! FAUT QUE JE REVIENNES! FAUT QUE JE SEILLES AU IGA DANS 10 MINUTES!"

Et Bourgoin revint au Québec, ébahi, satisfait et déjà en quête d'un prochain rendez-vous. Ce que Bourgouin ignorait toutefois c'est que partout dans la francophonie mondiale, au même moment, des milliers d'étudiants découvraient un montréalais quelconque, au cheveux rare, à la page 100 du classique de Flaubert. Qui était ce personnage qui venait détourner toute l'histoire sauvagement avec des scènes érotiques dégoûtantes?

Bourgouin refît ce petit manège plusieurs fois, gardant le secret juste pour lui, investissant à coup de 4000$ chaque visite. Chaque fois, il baisait Emma Bovary dans l'épanouissement commun. Je baise Emma Bovary...moi qui ai coulé mon français de secondaire 5... pensait-il.
"Assure-toi que j'atterisse toujours avant la page 120, Pouliche" avisait Bourgouin au magicien, "Je dois toujours arriver dans la vie d'Emma avant qu'elle ne découvre Rodolphe" poursuivait-il.

Bourgouin était au paradis. Atterissant tout juste après Léon et tout juste avant Rodolphe, il ne pouvait souhaiter mieux. Emma adorait aussi les escales de Bourgouin. Elle se plaignait de son univers et lui, lui racontait O.J. Simpson, les voitures du 21ème siècle, le twerking, et les chirurgies plastiques quand elle voulait avoir peur. Une science-fiction qui ébouissait Emma Bovary.
"Et Occupation Double? Je donnerais tout pour y participer, parle-moi encore d'Occupation Double" dit Emma Bovary.
Bourgouin ne lui avoua pas qu'elle était sans doute trop pâle, trop âgée et avec des seins trop quelconques pour y participer mais lui promis de demander à son magicien si elle pourrait faire, à son tour, le trajet inverse, de Yonville à Montréal.

Ce que le Grand Persich réussit à faire.

Emma Bovary et Luc Bourgouin se prirent une chambre d'hôtel près de la rue du Parc et Emma Bovary devint tout simplement obnubilée par l'orange géante près de la 15, par les voitures et l'activité dans les rues, par les oiseaux de métal qui faisaient tant de bruit dans le ciel, par ce train souterrain, par les gens de toutes les couleurs et de toute les langues partout...Elle avait tant à découvrir, tant à emmagasiner. Elle se couchait chaque nuit crevée, mais ravie. Comblée. Et Bourgouin de continuellement prendre son pied...Il lui avait acheté du linge de 2013 et l'avait convaincue, en trichant encore, que les femmes de bonne manières ne portaient que des mini-jupes.

Pendant ce temps, partout dans la francophonie mondiale, les professeurs et les spécialistes littéraires s'arrachaient les cheveux afin de comprendre ce qui se passait avec le livre de Flaubert. D'abord un grotesque personnage puis la disparition complète du personnage principal dès la page 19. Ils arrivèrent à la conclusion que le classiques, on aura beau les lire et les relire, on y découvrira toujours quelque chose de nouveau.

Après une semaine où Bourgouin avait réussi à faire croire à sa femme qu'il travaillait hors de la province, mais où Emma et lui avaient vécu comme des hédonistes, Emma lui souffla à l'oreille, féline, "La prochaine fois, toi, tu viens chez moi".

Toutefois quand le Grand Persich voulu la ramener chez elle, dans le livre de Falubert, plus rien ne fonctionna. Emma ne pouvait plus retourner en 1857.
"Ça ne fonctionne pas, Charles me cherchera..." dit Emma
"Ça marche pas, man, je suis un homme marié...je peux pas faire ça tout le temps, elle est complètement dépendante de moi..." dit Bourgouin.

Les semaines passèrent ainsi et le Grand Persich n'arrivait pas à arranger l'armoire magique. Emma somma Bourgouin de la marier ou de la ramener dans le roman. Sinon de l'inscrire à un cours de quelque chose parce qu'écouter la télé toute la journée c'était moche, surtout TVA et ses dérivés. Bourgouin était desespéré car Emma prenait beaucoup de poids et son linge devait constamment être renouvelé. Il se ruinait financièrement. De plus, un ami croyait l'avoir identifié dans le livre de Flaubert.
"Un homme au cheveu rare avec des pantalons de jogging, ça pourrait être toi ça, Bourgouin" lui dit Cadorette, un soir de brosse. Bourgouin suait plus qu'à l'habitude et il suait déjà beaucoup et partout. Il vivait dans la clandestinité et tenait Emma Bovary cachée contre son gré.

"Je travaille sur cette sale armoire croyez-moi M. Bourgouin, c'est le monde de la magie, il faut comprendre, tout est nuance..."
"Nuance mon cul! je paye une chambre d'hôtel qui me coûte un bras et une tête humaine, Emma prend du poids, devient un fardeau, ma femme soupçonne quelque chose, je peux pas me payer un second divorce!". Les cheveux de Bourgouin lui repoussèrent dans la panique et une acné particulière lui poussa dans le front.
"Je ne peux pas soigner votre anxiété M.Bourgouin, je suis magicien pas psychanalyste" dit Persich.

Emma Bovary s'était enfermée dans la salle de bain et Bourgouin regardait de la fenêtre de la chambre d'hôtel. Dommage qu'on ne soit qu'au premier sinon je sauterais pour me tuer, plus jamais je ne vais tricher, pensa-t-il.

Le téléphone sonna. C'était Persich.
"Amène ta guidoune, je crois avoir trouvé le problème, cochonnerie de transmission" dit-il.

Bourgouin et Emma arrivèrent chez Persich et Emma quitta 2013 avec trois grosses boîtes de mini-jupes. Bourgouin était enfin soulagé. Fini les folies.

Toutefois...
Trois semaines plus tard, alors que l'automne se déguisait en été, Bourgouin réapparut chez Persich.
"...juste une dernière fois..." dit Bourgoin, piteux, 4000$ en main.
"Où cette fois?" demanda le grand Persich qui semblait avoir rapetissé, avait définitivement vieilli et portait une camisole défraichie.
"Ben tsé Fifty Shades of Grey là...la fille 'est vraiment niaiseuse, j'aimerais ça juste une fois..."
"O.k. O.k. va dans l'armoire mais j't'avertis je ne l'ai pas vraiment utilisé ce truc de magie depuis toute cette aventure poche..."
"M'en fous! j'veux du cul!" dit Bourgouin du fond de l'armoire.

L'armoire fit un bruit sourd d'explosion avant de lancer quelques étincelles, de produire des sons si violents que Persich en fît une crise cardiaque fatale et l'immeuble prit feu.

Pendant ce temps, Bourgoin, inconscient de tout ce qui venait de se produire en 2013 à Côte-des-Neiges, n'avait pas atterit dans Fifty Shades of Grey.

Il avait plutôt atterri dans une vieille version de grammaire espagnole et allait passer le reste de sa vie à être pourchassé par des verbes irrégulier.

La nouvelle version de Madame Bovary allait être rebaptisée
Emma-les-cuisses
ou
Little Miss S. in a mini-dress en anglais
mais ne se vendit pas bien.

Oeuvre maintenant jugée anachronique, incohérente et vulgaire.

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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)