mercredi 30 mars 2016

Nipinatcac, Kiwitinisiw & Wisaketcakw

L'arrière-arrière grand-père maternel est blanc. Son épouse Atikamekw. Ce qui fera du grand-père maternel, (E.) et de son jeune frère (F.) des métis. Nous sommes à La Tuque en 1921.

L'arrière-arrière grand-père est l'un des fondateurs de la ville de La Tuque. Il est colonisateur et fait la traite des fourrures ainsi que la livraison de celles-ci, en canot le long de la rivière Le Bostonnais. Des rues portent encore aujourd'hui le nom de l'arrière-arrière grand-père à La Tuque.

Il s'agit d'un parcours de 96 kilomètres entre le Lac St-Jean et La Tuque. Elle coule aussi dans l'autre direction vers le Sud/Sud-Ouest, pour se jeter dans la St-Maurice et relie La Tuque à Montréal en 374 kilomètres en amont. C'est la partie la plus ardue. Il y avait aussi moyen de se rendre à Trois-Rivières en passant par la Watawin, le parc des Trois-Soeurs et Grande-Anse.

Un Étatsunien de Boston possédait des terres de chasses autour de la rivière ancestralement et les autochtones, Abénakis, ceux-là, l'avaient surnommé le bostonnais, ce qui a donné son nom à la rivière.

L'arrière-arrière grand-père, était un homme occupé et influent. Un jour d'été, il devait régler d'importantes transactions hors de la ville. Mais il devait aussi, question de rendement économique, livrer des fourrures expressément et personne de ses aides n'était en mesure de venir l'aider pour ses transports en canot.

Il confia donc la tâche à son plus vieux, E., le grand-père de ma mère, mon arrière-grand-père...

...12 ans.

Celui-ci s'en trouvait fort nerveux, mais avait aussi un orgueil de lion. Il ne laissa rien transparaître, mais greffa à sa mission son jeune frère de 10 ans, F. Pour bonne mesure. Comme soutien moral. Pour se désennuyer pendant le voyage. Les deux frères avaient une excellent relation, le plus jeune n'ayant que de l'admiration pour son aîné. Il ne se fît pas prier pour l'accompagner.

La mère n'aimait rien de tout ça, mais faisant confiance à son homme. Si il leur confiait la tâche, c'était parce qu'il jugeait que c'était dans le domaine du possible.

Son flair de mère lui a fait verser une larme lorsqu'elle a aidé les deux jeunes à remplir leur canot un matin aux aurores.

Les 13 premiers kilomètres sont calmes. Au kilomètre 83 toutefois, une section plus sportive commence. La météo se jour-là réservait aux deux jeunes une surprise, Ils allaient vivre Joseph Conrad. 27 kilomètres de pur enfer. Une rivière qui rugissait, des vents qui sifflaient, de la pluie qui fouettait, un tonnerre qui grondait, une lueur sombre et pâle d'éclairs qui perçaient la nue.

La rivière traversait des forêts et des zones non urbanisées avec absence presque totale de chalets ou d'espace de campement. On y voyait de la perspective des deux jeunes entraînés dans une dérive que rochers et courants forts.

Puis, comme si le ciel leur offrait une accalmie de quelques secondes afin qu'ils trouvent une solution à leur lutte contre la nature, E. a aperçu un bout de rivage au loin.

Inspiré par l'instinct de survie, E et son frère. ont guidé, non sans efforts, le canot vers la rive et ont réussi de peine et de misère à coincer le canot entre des rochers. l'immobilisant complètement. Il a amené son jeune frère, ainsi que la cargaison du canot sur la rive. Avec les bâches, les deux jeunes garçons se sont concoctés un abri, se sont roulé dans les fourrures pour la nuit et se sont aussi fait un feu, grâce à leur apprentissage métis.

Ils étaient sains et saufs, mais en cette époque aux communications limitées, personne ne savait vraiment ce qui était arrivé des deux frères. Sinon eux-même. Lourdement endormis,  et si exténués par les efforts contre la rivière de la veille qu'ils en avaient dormi 14 heures du jour suivant sur la rive, enroulés dans les fourrures sous les bâches.

Là où on attendait les fourrures, celles-ci n'arrivèrent jamais et on appela à La Tuque pour s'informer du retard. C'est la voisine Mercier qui allait venir donner la ligne à mon arrière-arrière grand-mère et lui apprendre que les garçons ne s'étaient jamais rendus à destination. Jetant une consternation non seulement chez elle, mais dans tout le quartier.

Aucun doute, ils s'étaient noyés. Et si on les avait trouvés sur la rive, endormis durs, on les auraient aussi cru morts.

Mais en après-midi, le lendemain. tempête au loin, E & F reprirent la rivière et se rendirent jusqu'à destination, fiers de dire à ceux qui attendaient la livraison que leur cargaison n'avaient engendrées aucune perte.

De retour en amont, une journée plus tard. les fils prodigues ont donné l'impression d'être plus grands que nature. Ou du moins de l'avoir domptée. On les pleurait déjà depuis des heures maudissant les rares bulletins météos et l'instinct atikamekw qui aurait dû prévoir les intempéries.

Mais c'était aussi la part de l'Atikamekw en eux qui les avaient fait triompher de la nature.

Mes soeurs, leurs enfants, et ma mère ont maintenant leurs cartes d'autochtones certifiées.
Le beau-frère en est très excité car c'est un chasseur qui voit maintenant ses quotas de gibier disparaître si ma soeur s'y présente.

Ne reste que ma carte, et celle de mes deux mousses à obtenir. Ce qui ne devrait pas être excessivement compliqué puisque mon nom est déjà dans l'arbre familial produit par les trois autres demandes.


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Parce que des enfants pas tellement doués pour l'expression francophone et frôlant la débilité pure se sont infiltrés sur ce site je me vois forcé de modérer les commentaires :)