vendredi 5 août 2016

Or Trop Pâle

Avant même que les Olympiques de Rio ne soient commencées, le Canada se méritait une médaille d'or.

C'était décidé le jeudi 29 juillet dernier.

Les Olympiques, c'est une vitrine formidable pour des sports qui n'ont en temps normal, que très peu de visibilité. Pour le basket, le hockey, c'est plutôt incongru. On y glisse des multimillionnaires complètement en porte-à-faux avec ces jeunes qui sont à la recherche de commanditaires 12 mois par année.

Les Olympiques offrent chaque 2 ans des moments de pure magie qui font le tour de la planète. Pas simplement le tour du village, le tour de la planète entière capable de diffuser et de recevoir des images. La planète devient un village.

Un moment sous les projecteurs qui a le pouvoir de vous rediriger, autant en tant qu'athlète,  qu'en tant qu'être humain à peu près n'importe où sur terre.

Un monde de possibles sans limites.

Christine Girard a grandi à Rouyn-Noranda. Elle est née à Elliot Lake en Ontario en 1985. Elle a installé ses pénates en Colombie-Britannique il y a plusieurs années, Province qui lui offrait les meilleurs possibilités pour y faire développer son sport: l'haltérophilie.

Ontario, Québec, B.C., difficile de faire plus canadienne.

En 2012, Christine avait 27 ans. Maiya Maneza du Kazakhstan avait le même âge et Sveltana Tsarukayeva de la Russie avait 25 ans.

La première a raflé la médaille d'or dans la catégorie des 63 Kg. La seconde, la médaille d'argent. Girard est devenue la toute première haltérophile canadienne médaillée de l'histoire.

Mais on a découvert cette année que la Russie était champion de la triche. On le reprochait à plusieurs hockeyeur originaire de la Post-Soviétie. Kovalev, Semin, Radulov, Zubrus, Yashin, ils trichent/trichaient. Ils ont un talent immense, mais ne se présente pas à tous les matchs. On comprend maintenant qu'il faut mettre un bémol à tout ça. La triche était institutionnalisée par l'État gouvernemental. Supervisée. Organisée. Construite dans l'ordre des choses. Les Russes sont élevés dans la triche comme Obélix est tombé dans la soupe.

Les stéroïdes et autres drogues interdites facilitant les performances sont comme des virus informatiques. Ils évoluent. Ça aura pris 8 ans, mais on a prouvé que la plupart des athlètes Russes avaient triché lors des dernières Olympiques à Londres et très certainement bien avant puisque la triche était scrupuleusement travaillée dans les plus hautes sphères sportives et sociales en Post-Soviétie.

On a donc disqualifié la plupart des athlètes Russes pour les Olympiques de Rio.

On est aussi revenu dans le temps et on a prouvé, le 15 juin dernier, que la Khazake Maiya Maneza était sous stéroïdes anabolisants, ce qui la dépouillait de sa médaille d'or.  La médaille de bronze de Girard devenait donc une médaille d'argent.

Cependant, les tests d'antidopage du 28 juillet dernier ont aussi révélé que la Russe Sveltana Tsarukayeva était aussi dopée.

La médaille de bronze de Christine Girard est donc une médaille d'or.

Les enquêtes se poursuivent à ce niveau et sa 4ème place au jeu de Pékin en 2008 pourrait aussi changer. En plus de changer l'année de son exploit historique.

Toute cette gloire sera différée.

Vous vous rappelez de Ben Johnson en 1988? Record du monde, médaille d'or, disqualifié 3 jours plus tard. C'est tout ce qu'on se rappelle. Personne n'a retenu que 6 des 8 finalistes de cette course se sont aussi fait prendre par la suite dont Carl Lewis, Linford Christie et Dennis Mitchell, les trois médaillés officiels, dont les États-Unis avaient mieux gérer la triche.

Le monde ne se rappellera pas de Christine Girard.

 Elle recevra sa/ses médailles d'or par la poste.

Quand le monde entier aura la tête tournée ailleurs. Sur les jeux de cette année.
Jeux auxquels elle ne participera pas. Elle est aujourd'hui entraîneure et gère son propre club de levée de poids en Colombie-Britannique.

Cette haltérophile en or sera dans l'ombre, même meilleure au monde.

C'est l'époque de triche, l'ère de fraude, appelez ça comme vous voulez avec laquelle il faille composer de nos jours.

Christine Girard (moyennant qu'elle soit propre elle aussi) aura une gloire diffuse. Secrète.

Dommage que son mérite soit resté caché au monde quand la planète sport regardait.

Le monde ne se rappellera pas de Christine Girard. Nous, oui.
Une semaine avant les Olympiques, il aurait fallu célébrer sa gloire tous les jours ne serais-ce que pour rendre honneur au bruit qui aurait été fait  alors elle si son exploit avait été annoncé il y a 4 ans, au moment où elle était reine internationale de son sport.

Gerry Gratton, argent en 1952, Jacques Demers, argent en 1984. Christine Girard OR FONCÉ en 2012 et peut-être une autre en 2008.

Première femme. ET EN OR
La seule haltérophile canadienne couverte d'or, ever.
Tout sexe confondu.
Queen Christine.

Les Olympiques, de plus en plus difficiles à prendre au sérieux, tiennent leur cérémonie d'ouverture aujourd'hui à Rio.

jeudi 4 août 2016

Ces Chansons Qui Nous Trompent

En cette ère de l'image, nous sommes de plus en plus prompt à retenir la forme en dépit du contenu.

Les chansons que nous entendons tous les jours cachent parfois certaines choses. Penchons sur quelques unes du passé, et quelques unes plus actuelles, dont nous aurions peut-être manqué le contenu, tout en ne retenant que la forme.


Hallelujah du Messie D'Handel (1741)
Morceau hyper connu et surutilisé dans les publicités ou ailleurs presque TOUJOURS pour annoncer un moment heureux, une révélation heureuse. Mais dans l'opéra de Georg Friedrich Handel, sur le (vague) second passage de Jésus sur terre, ce morceau est chanté quand Jésus découvre que la fin du monde est en cours et que les prophéties de l'apocalypse se produisent. On dit qu'Handel aurait pleuré en écrivant ce morceau, convaincu d'y avoir vu le visage de Dieu en créant. Ça fait peur. Mais on utilise ce morceau exclusivement dans le bonheur.

Here Comes The Bride de Wagner (1850)
De son vrai nom "Bridal Chorus" on la reconnaît comme la marche nuptiale à de nombreux mariages. La reine Victoria serait la première à l'avoir utilisée pour son mariage. Toutefois, dans l'opéra Lohengrin de Richard Wagner, ce morceau est joué APRÈS le mariage d'Elsa, et l'affreux Lohengrin assassine 5 invités au mariage avant de se débarrasser de la mariée. Et on se demande pourquoi les mariages ne durent pas...

O Fortuna de Carl Orff (1935)
Ce fameux morceau aussi surutilisé, dans des scènes souhaitées dramatiques ou encore dans des scènes d'horreur, lorsque traduit des poèmes latins duquel il s'inspire parle en fait de 4 choses 1-d'amour non partagé 2- de l'idiote église 3-du gouvernement de marde et 4-de prendre une brosse. Si ça sonne comme un poème d'ado emo, c'est parce que ce l'est! Oui c'est épeurant, mais pas tant que ça non plus.

Baby It's Cold Outside de Dean Martin & Doris Day (1944)
Cool crooning en hiver non? Un peu de saveur malsaine aussi. Lui, lui offre des drinks, elle, refuse, il insiste, il lui fait peur en disant que dehors il fait trop froid, il veut la garder pour lui. Elle: Say What's in this drink? Lui: No cabs to be had out there. Bill Cosby a beaucoup aimé cette chanson...

This Land is Your Land de Woodie Guthrie (1944)
La mélodie est simple, les paroles semblent tout ce qu'il y a de plus inoffensif, un bon vieux morceau de folk américain qui parle de partage entre camarades. Mais les "camarades" en question étaient plutôt communistes. Guthrie était tout à fait sympathisant des communistes et il l'a écrite en parfaite contrepartie au God Bless America qu'il considérait trop patriote et tout simplement mauvaise. Des paroles, laissées sur le plancher en studio par un producteur ne voulant pas créer de scandale disaient:
"One bright shiny morning, in the shadow of the steeple, by the relief office I saw my people, as they stood hungry, I stood there wondering if God Blessed America for me." Ironiquement, cette chanson est toujours comprise et jouée comme une chanson patriotique aux États-Unis, mais est davantage un signe de rébellion de son système gouvernemental.

Do You Hear What I Hear? de bien des gens dont Bing Crosby (1962)
Cette chanson se noie dans la quelques vingtaine de morceaux entendus dans le temps des fêtes. On entend le père Noël arriver. On le croit du moins. Mais cette chanson a été écrite en pleine paranoïa lors de la crise des missiles entre les États-Unis et Cuba. Les sons que l'auteur Noël Regney croyaient entendre étaient ceux d'une guerre nucléaire. Comme la chorale qui a d'abord popularisé le morceau était la même chorale qui avait popularisé L'enfant au Tambour, un chant de Noël, et que la crise avait eu une conclusion heureuse. la chanson a été naturellement déviée du côté des carillons.

Marcia Baila des Rita Mitsouko (1984)
On a retenu le rythme enjoué et dansable. La livraison passionnée de Catherine Ringer. Le vidéo coloré de Jean-Paul Gaultier et Thiery Mugler qui versait aussi dans l'humour. Mais la chanson est d'abord et avant tout un hommage à une disparue très jeune. Marcia Moretto était la soeur du trompettiste argentin Gustavo Moretto. Elle était enseignante de danse et avait comme élèves Catherine Ringer et Fred Chichin quand ceux-ci ont choisi de se lancer en musique. On a alors intégré Marcia, devenue leur amie, dans les spectacles des Rita Mitsouko dans le rôle qui était sa spécialité: la danse. Le cancer a emporté Marcia Moretto à l'âge de 32 ans en 1981. Catherine le chante complètement mais elle prend le lourd accent espagnol qu'avait Marcia et on n'a peut-être pas compris tout de suite en 1984 (1985 au Québec), "c'est le cancer que tu as pris sous ton bras, c'est la mort qui t'a emportée". Dans le clip, je suis toujours ému lors du passage entre 2:53 et 3:20, surtout vers 3:13 quand on zoome sur Catherine, qui n'a jamais été aussi belle, et qui est entièrement en train de penser à celle pour qui elle chante. (contrebalancé par l'humour tout de suite après)

She Bop de Cindy Lauper (1984)
Tout était pourtant très clair. Mais nous n'avions que 11-12 ans. "In the pages of a blue boy magazine" avec cette fumée fumante qui sortait de la revue (blueboy était une revue porno gay), "I've been thinking off a new sensation, I'm picking up good vibrations" au travers d'une horde de jeunes automates marchant/pensant en unisson. "...I want to go south and get some more", "I can't stop messin' with the danger zone", "I hope he will understand" chanté par plusieurs voix qui sonnent comme "I will keep it undertairs". Un "self service" dans le vidéo avec des pompes suggérant : Good, better and nirvana. La moto qui vibre, le "masterbingo" animé par Uncle Siggy (Sigmund Freud)...quand Cindy "Bop" c'est qu'elle se masturbe. Elle libère des jeunes pognés sexuellement dans les États-Unis austères de Nancy Reagan. Lauper aurait enregistré la chanson en studio, nue, se chatouillant sous les bras afin de créer le rire que l'on entend dans la chanson.

Born In The USA de Bruce Springsteen. (1982-1984)
La chanson, écrite d'abord pour l'album Nebraska, plus près de la ballade. avait été écartée parce qu'on avait jugé qu'elle ne collait pas à l'esprit de Nebraska, album assez patriotique. Deux ans plus trad, la chanson est largement modifiée et la batterie, entre autre devient un son de guerre. Bruce a écrit une chanson amères sur ses amis partis pour la guerre du Vietnam, dont certains ne sont jamais revenus. Il critique aussi la réception des vétérans du Vietnam qui a été très hostile aux États-Unis lors de parades voulant les honorer. Ironiquement, la chanson est comprise comme un hommage aux États-Unis et utilisée dans plusieurs rassemblements politiques (dont quelques uns de Ronald Reagan) sans l'accord de Bruce Springsteen, qui trouve le malentendu inconfortable...

Sledgehammer de Peter Gabriel (1986)
On a retenu les harmonies très soul des années 60, mais surtout le clip qui révolutionnait le genre à l'époque (avec un jeune Nick Park à l'animation). Mais ce clip, justement commence par quelques mouvements spermatozoïdales, "open up your fruitcake", le marton-pilon évoqué est d'une sexualité bestiale qui a été étouffée par l'attention accordée au vidéo dans les années 80.

Father Figure de George Micheal (1988)
Toute chanson qui suggérerait de placer "sa toute petite main dans la sienne afin de le laisser devenir ton père" devrait laisser un frisson inconfortable à quiconque. Si en plus on suggère "to do anything you have in mind" à cette (jeune?) personne, et qu'on lui propose "meet me with the eyes of a child", on entre dans la maison Guy Cloutier du mauvais goût. Mais le clip nous amenait ailleurs, heureusement.

There She Goes de The La's (1988)
"There she blows, There she blows again, pulsing through my veins" . Lee Mavers parle de l'héroïne dont il se gave.

Smells Like Teen Spirit de Nirvana (1991)
Belle image subtilisée à un antisudorifique par Kurt Cobain et à une phrase lancée par sa copine après une nuit passée sous un pont. Il avait trouvé le titre à la musique qu'il avait composée.Un titre qu'il ne dira jamais dans la chanson.

Can't Feel My Face de The Weekend (2015)
Cet hommage à peine voilé à Micheal Jackson est aussi un hommage direct à la drogue. "You" et "She" dans la chanson, c'est la drogue. Tesfaye aime la drogue. Les jeunes ont voté cette chanson meilleure de l'année sans tous comprendre de quoi il cause vraiment.

Cake By The Ocean de DNCE (2015)
Cette chanson composée par Joe Jonas, Justin Tranter et le duo suédois Mattman & Robin a trouvé son titre quand le producteur suédois a voulu commander un sex on the beach mais a plutôt demandé un Cake by the Ocean. Mais la double allusion était si simple que quand "you should be rollin' with me" on parle de le faire dans le sable ensemble, chérie, et change-moi le "a" pour le "o" dans le premier mot et l'affaire est bingo! Très populaire morceau chez les jeunes.

mercredi 3 août 2016

Mauvaises Idées & Nez Bouché

La publicité c'est exactement comme la maladie. Nécessaire et inévitable, ne serais-ce que pour se créer des anticorps, mais parfois gangrèneux et fatal.

Certaines pubs me coupent entièrement l'envie de consommer leur produit.

Comme le Village Valcartier. Les pubs avec Annie Pelletier sont pééééééééééééééééénibles. Non seulement est-elle une très mauvaise actrice, livrant ses lignes comme la plus grande des amateure, ce qu'elle est, mais le concept est une très mauvais idée, pensée justement...sur les mauvaises idées.

Chevreuil sur l'autoroute
Dans une première version, on y voit Annie Pelletier, tout sourire comme les comédiens amateurs, dans le rôle d'une mère disant à ses enfants ennuyeux "Ben vous pouvez aller vendre de la limonade" et le plan suivant nous montre les mêmes enfants ennuyeux, maintenant tout aussi ennuyés, mais à vendre de la limonade alors qu'il n'y a pas preneur. Au son d'un cricket symbolisant le calme plat.

Une voix off dit alors :" mauvaise idée!" et on vante les bonheurs possibles au Village Valcartier en terminant sur Annie qui revient nous dire avec le même sourire de la fière matante, "Ça c'est une bonne idée!".

Dans la seconde version, on refait sensiblement la même chose mais avec un jeune garçon et la suggestion qu'il aille jouer au ballon.

"Mauvaise idée!" et gnangnangnan...

(...)

TOUT LE CONCEPT EST UNE MAUVAISE IDÉE!

Vendre de la limonade, lorsqu'enfant, est une activité saine, amusante, qui développe non seulement la débrouillardise et le sens des affaires, mais aussi les rapports sociaux. Et vous en sortez avec des enfants plus riches et non avec des parents plus pauvres.

Jouer au ballon, lorsqu'enfant, est une activité extraordinaire!

Cherchez des trèfles à 4 feuilles c'est préparer l'enfant à être un adulte qui cherchera le bonheur.

Arroser son gazon DOIT SE FAIRE SI VOUS NE VOULEZ PAS QU'IL BRÛLE!

Les concepteurs de la pub du Village Valcartier font fausse route partout dans leur concept de pub, alors comment cet endroit pourrait toucher sa cible avec moi les lieux?

Un nouveau magasin de linge ouvrira ses portes bientôt dans ma banlieue plate.
Mais ce magasin n'est pas pour moi.

Je l'ai vu sur les affiches annonçant le futur magasin.
Je ne suis ni un dame de plus de 50 ans, ni une jeune femme, ni un jeune enfant, ni un mûlatre androgyne frisé, pas un asiatique et encore moins une jeune fille en train de péter.

Je n'irai donc pas.

Mo'money 4 me.

Bon, ça va, pour ce dernier exemple, je suis de mauvaise foi. Mais moi, quand je regarde cette annonce, je ne vois pas un magasin à venir, je vois des cibles intouchées.

Je ne fréquente JAMAIS un Tim Horton. Principalement parce que je ne suis ni un mangeur de bagel, ni un mangeur de beignes, ni un buveur de café. Ça m'élimine d'emblée comme client potentiel.

Mais leurs publicités!...

Depuis les années 90...

Tab... 

J'ai toujours envie de tuer de jeunes bébés phoques après avoir vu une pub de Tim Horton.
TOUJOURS.

Il se dégage une gluante melasse de bons sentiments qui me gardera toujours tellement loin de cette entreprise...

Ça me semble 100% le Canada de Justin Trudeau.

Tous les jours, en vous plaçant des hyperliens, se glisse une pub avant un clip, pub dont j'ignore le contenu. Je la chasse comme on chasse une petite toux ou tout comme on décongestionne un nez bouché.

En revanche, je me bouche tous les jours le nez face à l'odeur de la publicité. Aucun Achat Requis, c'est un choix de vie.

Si je vous parle de tout ça c'est parce que je suis tombé sur une vieille photo de hockey du grand Wayne, dans les années 80.

Quand les bandes étaient blanches.

Et ça m'a ému.

Celle-là:
Cette époque où nous étions beaucoup plus en santé.

L'argent étant la nouvelle religion, comme sont pollués nos environs.

Prenez vous une limonade à 25 cents.
Ça c'est une bonne idée.

mardi 2 août 2016

La Peur Comme Business

On parlera peut-être dans le futur de l'été 2016 comme de l'été meurtrier avec ce qui s'est passé à Nice, Istanbul, Bagdad, Munich, Kabul, aux États-Unis, le prêtre en France...

Chaque fois, les médias foncent sur le sujet, premiers sur la nouvelle, et diffusent en boucle les mêmes images chocs, les mêmes témoignages, les mêmes discours éplorés des politiciens impuissants qui ne peuvent qu'offrir leur condoléances, témoigner de leur désarroi et promettre de réagir.

Il y a une forme d'indécence, plus lourde encore que celle qui naît quand on entend Donald Trump tenter de faire peur au monde, dans le traitement de la nouvelle par les médias, télévisuels surtout, lorsque survient un attentat. Le jupon de la cote d'écoute dépasse froidement et on oublie carrément la responsabilité d'informer.

On laisse tomber l'idée du recul et on montre le brutal, le cadavre le plus chaud possible. On plante des experts, les premiers ramassés dans les corridors pour les faire commenter sur un événement dont ils ne connaissent à peu près rien puisqu'il vient de se produire, et on leur fait dire n'importe quoi sous prétexte "que l'on était prêt". Quelques fois l'absurde pousse ce même (pseudo)expert à tout simplement dire "On ne sait pas trop encore ce qui se passe, il y a beaucoup de confusion, on attend des nouvelles".

"Comme nous" pourrait-on alors rajouter de notre salon.

On veut tenir le téléspectateur en haleine et la télé devient tout simplement argent. Money. Cote d'écoute, Restez avec nous, on vous viendra avec plus d'information. Zavez pas peur encore? Attendez tantôt, voir.

Les politiciens tiennent ensuite des discours qui flattent l'instinct de vengeance et ils oublient qu'ils incarnent les valeurs de démocratie et de droit pour lesquelles ils ont été élus.

La peur est devenue une formidable business. L'État Islamique l'a compris. Donald Trump aussi.

Pendant l'Euro en France, payer une publicité pour la finale coûtait 260 000 Euros le 15 secondes. Le terrorisme se tape de la publicité sans cesse.

Gratis.
Gracieuseté des cotes d'écoute.

Mais c'est une boucle. Les cotes d'écoute ramène de l'argent aux stations télés.
La spirale capitaliste tourne. L'argent a une odeur. Celle de la mort.

Certaines fois, inspirés par leur propre concept, les stations télés sont si pressées qu'elle mélange pommes et raisins. Ainsi, quand une tuerie a lieu par un déséquilibré, on peut l'associer très vite à un État Islamique et à un terrorisme qu'il ne connaissait pas. Il était tout juste déséquilibré.

Un déséquilbré désespéré. Deux termes qui sont aussi propres au terroriste en général, mais qui ne sont pas nécessairement une courroie liant le terroriste à l'État Islamique tout le temps. Un obssessif-compulsif n'est pas automatiquement alcoolique. Mais l'alcoolique est victime d'un réflexe obssessif-compulsif. Vous voyez la nuance?

La nuance s'évacue de nos médias. On fait maintenant appel à l'imagination. Notez le nombre de nouvelles (à TVA surtout) qui commencent par "imaginez...". Et la peur n'est surtout que frayeur construite par l'imaginaire.

Parler obssessivement de l'État Islamique et repasser en boucle les mêmes images de camion fonçant sur la foule ou de témoins en pleurs, de cadavres caviardés, ce n'est plus responsable. C'est du spectacle.
Ça a surement un effet sur les désaxés qui y voient peut-être un tableau qu'ils souhaiteraient signer de leur main. Parce que de toute manière, ils sont frustrés. Et ils ne maitrise pas les codes de la communication comme les autres. Ils n'aiment pas l'autre. Ils ne s'aiment pas non plus.

En France, une station a dû présenter des excuses après avoir montré à multiples reprise une entrevue "à chaud" d'un homme complètement bouleversé, penché auprès du cadavre de sa femme à Nice.

Ça ce n'est pas informer sur la réalité. Ça c'est vouloir faire exploser la cote d'écoute. C'est ralentir le trafic parce que l'on arrête la voiture pour regarder l'accident. C'est ralentir le cerveau aussi.

La solution n'est pas simple car TOUT LE MONDE, c'est dans la nature humaine, ralentira pour regarder l'état de l'accident.

Mais les médias doivent avoir cette responsabilité de ne pas servir de caisse de résonance et faire la promotion de la peur que souhaite L'État Islamique et ses valets.

La business de la peur a besoin de l'effet de sidération et les médias à l'image sont un relais fantastique pour les gérants de la peur.

La culture occidentale politique guerrière fonctionne peu. Afghanistan, Irak, Syrie, les solutions ont toutes créé pire qu'avant. Ils ont créé l'État Islamique. Il en sont les vrais fondateurs.

François Hollande a envoyé des canons en Irak. Tu fais fausse route, Frankie.

La solution contre le terrorisme est plus complexe que "pow pow bang boum!".

Nous devrions lutter par le droit. Il n'existe aucune loi sur terre qui ne permette à un pays de sortir de ses frontières pour aller assassiner dans un autre pays. Ça s'appelle la guerre partout. Nous refusons à nos ennemis de tuer au nom de leur valeur, mais nous, nous répondrions en tuant au nom des nôtres?

Soyons cohérents.

C'est pas de l'angélisme que d'avoir de la foi en nos valeurs et d'être cohérents avec ces mêmes valeurs.

Nous ne sommes pas cohérents en ce moment.
Pas en occident en tout cas.

Le terrorisme n'est jamais spontané. Il naît de frustrations et d'ignorance.
Bien entendu il y a des moments où la légitime défense obligera le rapport de force.

Mais quand il n'y a que ça, nous perdons notre combat des valeurs.

lundi 1 août 2016

Anne Hébert

Nous avons eu pendant 23 ans un chalet au Lac St-Joseph.  Il fallait toujours inévitablement d'abord passer par la ville voisine. Ste-Catherine de Fossambault. Anne Hébert y est née bien avant nous. Pendant la Première Guerre Mondiale.

Anne est la fille aînée de Maurice Lang-Hébert, fonctionnaire, poète, critique littéraire de Québec et membre de la Société Royale du Canada. Sa mère est Marguerite Taché, membre de la lignée bourgeoise Taché et d'une vieille famille de la noblesse seigneuriale, les Juchereau Duchesnay.
(l'autre village voisin se nomme Duchesnay)

Elle a pour cousin Hector de Saint-Denys Garneau, qui a pour arrière grand-père l'historien François-Xavier Garneau et pour grand-père, le poète Alfred Garneau. Saint-Denys Garneau est l'ainé d'Hébert de 4 ans, et vit principalement à Montréal dans sa famille aisée. Il passe toutefois ses étés au chalet familial et a une grande influence sur sa petite cousine de Québec. À 16 ans, on découvre chez Garneau une fissure au coeur qui change dramatiquement sa vision de la vie. Il devient plus sombre et fataliste. Il peint, compose des poèmes, est toujours mélomane et vit en retrait au chalet, abandonnant ses études. Il lance son seul recueil de poèmes en 1937, mais celui-ci est plus ou moins bien accueilli ce qui le plonge davantage dans l'abandonnement. Saint-Denys Garneau sera
reconnu post-mortem.

Anne l'imite et publie en 1942 son premier recueil de poésie, Les Songes en Équilibre. Saint-Denys Garneau est retrouvé mort l'année suivante après une randonnée en canot. Crise cardiaque à 31 ans, conséquence de sa fissure au coeur. Anne s'en trouve affectée, mais s'en inspire. Elle compose toujours des poèmes, mais prendra 10 ans à lancer son prochain recueil Le Tombeau des Rois. Entretemps, elle publie en 1950 un recueil de nouvelles: Le Torrent, récit âpre et violent qui donnera le ton aux oeuvres romanesques à venir. Le livre est bien accueilli et non seulement elle écrit une trentaine de textes pour la radio, mais elle scénarise et scripte aussi pour l'Office Nationale du Film entre 1950 et 1952. Elle sera la première femme francophone scénariste engagée à la naissante ONF. Elle travaillera avec Dansereau, Brault et Jutra. Ce dernier adaptera son Kamouraska en 1973.

Elle y traduira la narration anglaise des documentaires Pêcheurs de Terre-Neuve, Drôle de Micmac et Les Indes Parmi Nous. Elle traduit aussi les commentaires de la série Faces of Canada pour les films Le Cocher, L'Éclusier, Le Photographe et La Femme de Ménage. Elle rédige aussi la narration de deux autres courts-métrages documentaires: Midinette et Le Médecin du Nord.

Elle quitte l'ONF en 1954, mais Fernand Dansereau adapte un de ses contes en court-métrage et Louis Portugais tourne un documentaire sur Saint-Denys Garneau, signé de la main d'Anne Hébert.

Elle a 38 ans quand elle fait un premier séjour en France et y rencontre ses futurs éditeurs du Seuil qui tombent sous le charme de sa personnalité et de sa plume. Le 1er Janvier 1958, les Éditions du Seuil publient son tout premier roman: Les Chambres de Bois, l'histoire d'un mariage malheureux et de l'évolution d'une jeune femme au travers de celui-ci.

Elle écrit pour la scène deux pièces de théâtre, La Mercière Assassinée et Les Invités au Procès. Les deux pièces seront adaptées dans les années 60 pour la télévision de Radio-Canada et diffusée à la télévision d'État. En 1965, sa mère décède et Anne choisit de s'établir en permanence en France. En 1963, elle avait écrite une troisième pièce, Le Temps Sauvage, qui sera publié 4 ans plus tard sous ce titre, réunissant aussi les deux premières pièces.

Elle publie Kamouraska en 1970 et reçoit le Prix des Libraires pour cette histoire basée sur des évènements historiques s'étant déroulés autour de 1839 dans la propre famille d'Hébert (du côté Taché). Elle collaborera à l'adaptation cinématographique qu'en fera Jutra trois ans plus tard.

En 1975, elle publie Les Enfants du Sabbat, l'histoire d'une soeur prise de vision dans le Québec de 1944. Trois ans plus tard, René Lévesque, amoureux de son oeuvre, lui propose le poste de Lieutenant-Gouverneur du Québec, ce qu'elle refuse poliment.

En 1978, elle écrit L'île de la Demoiselle, une pièce de théâtre.

Elle publie Heloïse, l'histoire d'un jeune couple dont le mari découvre une nouvelle femme dans le métro Parisien qui l'amène nettement ailleurs. Le livre n'aura pas autant d'échos que le prochain lancé deux ans plus tard.

Les Fous de Bassans raconte le meurtre de deux cousines à l'été 1936 dans un petit village du Québec et les différents points de vue, au travers des époques, des habitants de ce village, avant et après les meurtres. Hébert devient le 4ème Canadienne française et la 2ème Québécoise à reçevoir un prix d'importance littéraire français (le Femina). Gabrielle Roy (Femina), Marie-Claire Blais (Médicis) et Antonine Maillet (Goncourt) ont gagné avant elle aussi prestigieux.

Hébert est diplômée universitaire Honoris Causa de l'Université de Toronto (1969), de l'Université de Guelph (1970), de l'UQAM (1979), de McGill (1980) et reçoit la même chose de l'Université Laval en 1983.

En 1988, son 6ème roman, Le Premier Jardin, rend hommage aux femmes, les filles du roy, qui ont fondé la Nouvelle-France. Elle écrit un roman nostalgique en 1992, L'Enfant Chargé de Songes, elle a alors 76 ans, déguisée dans son roman en un personnage masculin parisien qui se rappelle son enfance à Duchesnay.
Trois ans plus tard, elle lance Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant Anglais.

Son 5ème et dernier recueil de poésie sera Poèmes pour la Main Gauche en 1997. L'année suivante, après 32 ans en France, elle revient vivre au Québec. À Montréal. Cette même année elle publie Est-ce que Je Te Dérange? Série de rencontres en tableaux entre des personnages assez désolants. L'année suivante son dernier roman Un Habit de Lumière, histoire relocalisée à Paris mais aussi dans la fantaisie espagnole.

Anne Hébert rend l'âme en janvier 2000 à l'âge de 83 ans.

Cette grand poétesse de chez nous, fierté d'un village que j'ai bien connu,  aurait eût 100 ans aujourd'hui.