jeudi 26 mai 2016

La Méditerranée, Cimetière Marin

J'ai un vieux scénario de film dans mes tiroirs intitulé provisoirement "Le Passeur du Tibet".

Cette histoire raconte deux gardes dans les montagnes tibétaines, un violent et ultra nationaliste et l'autre plutôt fleur bleue, et recrue, qui sont engagés par le gouvernement Chinois afin d'arraisonner les gens qui voudraient aller rejoindre les moines tibétains. Ils sont vigies. Ils sont armés. Ils ont ordre de faire faire demi-tour aux gens qui voudraient filer dans les montagnes et si ceux-ci résiste, ils ont ordre de les arrêter et de les livrer à la justice Chinoise qui s'en occupera.

Je commence mon histoire avec une installation des deux personnages, de quelques arrestations qui se termineront en livraison à la justice chinoise. Avant que la recrue ne vienne rejoindre l'ultranationaliste, celui-ci a travaillé 6 mois tout seul. Il n'accueille pas d'un bon oeil l'idée d'un partenaire. Ils vont ensemble, un jour, marcher dans les montagnes et l'ultranationaliste lui montre un lac que la recrue trouve fort joli. Mais ils se contentent de regarder le lac de loin et retourne à leur base.

Peu à peu, alors que les deux vigies s'entendent pour se séparer le jour et la nuit de travail, la recrue découvre que l'ultranationaliste tente assez peu d'arraisonner les potentiels résistants et qu'il les tue, tout simplement. Mais ça ne reste qu'une impression car il ne trouve jamais de cadavres. Mais croit avoir trouvé du sang ici et là...

Une nuit, la recrue choisit de rester éveillé et veut patrouiller avec l'ultranationaliste en duo. À son insu. Il le surprend alors à tuer toute une famille de résistants qui avait voulu fuir dans les montagnes afin de rejoindre les tibétains. L'ultranationaliste les as tous tués sauf un. Une. Une jeune femme. La recrue, dégoûtée, tue l'ultranationaliste et prend soin de la jeune femme, sous le choc.

Ils tomberont amoureux. Une visite des grands chefs est prévu pour le lendemain et un maquillage de l'endroit, ainsi que la cachette des cadavres de la veille, ainsi que de la jeune femme sont de mise. La recrue doit aussi improviser une menterie cautionnant l'absence de son partenaire.

Quand l'État-Major quitte les lieux, le couple vit sa passion l'un pour l'autre plus intensément. La recrue, sous l'influence de sa nouvelle amie, choisit même de laisser passer les résistants dans la nuit. Bon... là je coupe dans l'intrigue pour vous parler de là où je veux en venir.

Le lac, vous vous rappeler? Les amoureux y retournent à un certain moment pour s'y baigner nus, heureux. Sans réaliser qu'au fond de ce lac, se trouve des dizaines et des dizaines de cadavres, probablement placés là par l'ultranationaliste qui tuait aveuglément dans la nuit. Ils ne le remarquent pas tout de suite, mais le public du film, de mon film, le remarquait parce que la caméra partait, à un certain moment, des amoureux en surface pour plonger au fond du lac et nous y dévoiler les cadavres.

Je pensais même en faire mon affiche. Les amoureux en surface et les cadavres au fond du lac.

Je vous épargne la fin, là n'est pas mon sujet.

Ce lac, qui paraissait si beau en surface cachait la mort.

***************
La mer Méditerannée a cumulé plus de 30 000 morts depuis 3 ans. Ce sont 10 000 cadavres par année, à 99% des migrants tentant de s'improviser de nouvelles réalités,

En octobre 2013, près de l'île italienne Lampedusa, plus de 500 personnes ont perdu la vie tentant de faire le pont entre la côte nord africaine et l'Europe. Un an plus tard, on parlait de 3500 morts effectuant le même trajet. En un seul incident, en avril 2015, 800 personnes ont perdu la vie en mer tentant de se réinventer une vie. En avril dernier, 500 morts en une seule équipée en Méditerranée.

Des femmes, des hommes, des enfants, des vieux comme des naissants, tous y passent. On ne retrouve pas tous les cadavres. On a retrouvé presque le tier des 30 000 disparus depuis 2013.

On raconte que de nouveaux monstres marins se fabriquent à manger du corps humain migratoire.

Le nombre de migrants morts en mer a chuté de 25% en 2016. C'est principalement parce que le nombre de migrants (350 00 en 2015) a aussi chuté d'à peu près ce même pourcentage.

La Méditerranée est un endroit de rêves pour y passer des vacances.

Les eaux cristallines de Corse, la magie des Baléares, le port du Dubrovnik, Napoli, l'Île de Samos, tant de charme autour de la Méditerranée.

Tant d'horreur aussi...

Ça se termine mal pour mon héros dans mon film, jamais réalisé.

Il y a de ces films qu'on ne termine jamais car ils nous rappellent trop l'horreur.

Il y a aussi de ces horreurs que l'on souhaiterait qu'elles n'existent qu'en film.

C'était hier la journée internationale des enfants disparus.

mercredi 25 mai 2016

Complaisance

J'ai vu trois films de Xavier Dolan sur six.

Le premier je l'ai trouvé surfait. Trop surjoué, trop surréalisé. Mais je l'ai admiré. Parce que le kid avait 20 ans. Il avait refilé son scénario plusieurs fois aux multiples institutions qui aident au financement de films par chez nous, et ils avaient tous refusé son script. Têtu, il l'avait tourné quand même. Et ce n'est que très tard, dans le processus de tournage, quand la rumeur et les accolades se sont fait sentir que les institutions qui avaient dit non, ont lâchement retourné leur veste et voulu coller leur nom sur sa première production.

J'ai admiré le fuck you punk de Dolan aux mamelles du cinéma Québécois et Canadien. J'ai aimé mépriser les putes de la SODEC et de la SOCAN qui acceptent et refusent les idées, monopolitiques qualificateurs du goût ultime Québécois et Canadien.

Le film en soi? Je vous l'ai dit: trouvé plus ou moins réussi. Intense. Adolescent. visuellement prétentieux. Réalisé par un gars de 20 ans. Potentiel brillant, oui. Mais très certainement pas parfait. Et ça même Dolan le savait.

Je préfère un film prétentieux qui vise mal qu'un film timide où on a pensé qu'à viser juste.

Un an plus tard, j'aimais beaucoup plus son second film. Que j'allais voir en salle. Tout seul en après-midi. Dans une salle contenant trois pelés et deux tondus au Centre-Ville. J'aimais le croisement entre Jules & Jim et le cinéma de Wong Kar-Wai. C'était aussi son film (que j'ai vu) le plus drôle. Dolan nous amenait ailleurs, mais pas tant que ça non plus. On y voyait plus de poésie. Visuelle surtout. Des jeux de regards. Subtils. Des choses moins présentes dans le premier film, mais pas complètement absentes non plus. Un Xavier de 21 ans, mais qui en paraissait déjà 30 dans la maturité.

Je n'ai pas vu Laurence Anyways.  Après deux films impliquant beaucoup l'homosexualité, une réalité proche de Dolan, je n'ai pas eu envie d'explorer le transgenre et son univers. L'intensité qui semble régner dans le film et le fait que j'ai le feeling d'avoir déjà vu/lu cet arc narratif trop souvent surtout m'ont aussi éloigné du produit. Puis, le buzz autour de Xavier Dolan commençait à me tomber sur les nerfs. Il devenait un peu trop bon ton "d'avoir vu" le dernier Dolan.  C'est con, ça m'a agacé. Et ses réalités me rejoignaient de moins en moins.

Le film suivant était une adaptation d'une pièce de Michel Marc Bouchard, un auteur que j'avais déjà lu à deux reprises, mais que je trouvais déjà excessif. Et qui plonge régulièrement (exclusivement?) ses personnages dans des univers près du sien (gays) qui ne sont pas nécessairement près du mien. Je n'ai jamais eu envie de voir Tom à la Ferme. Je changerai d'idées, surement.

Puis, il a fait Mommy, que je ne voulais pas voir du tout. Parce que j'avais l'impression qu'il avait déjà fait ce film, Son premier. Qu'après avoir fait J'ai Tué ma Mère, il avait choisi de le refaire, parce qu'imparfait, mais cette fois il ferait J'ai Tué Mon Fils. Reprenant Anne Dorval dans le même rôle, avec un plan "arty" de l'instable ado qui tourne des paniers d'épicerie dans le stationnement des supermarchés, avec les multiples prix que le film remportait ici et là, tout ce que je trouvait agaçant comme buzz précédemment était multiplié par 10.

Mais ma fille danse à l'école de danse Claude Pilon. Claude, oncle d'Antoine, acteur principal du film Mommy. Et à force de voir l'affiche géante du film avec la signature d'Antoine dédicacée à l'école de danse de son oncle, j'ai fini par être gagné à l'usure. En allant me chercher un autre film à la vievliothèque, en en cherchant le titre (Ma Nuit Chez Maude) je tombais sur Mommy et choisissant aussi de le prendre, finalement.

J'y retrouverais tous les défauts du premier film. Mieux maîtrisés toutefois. Et absolument les mêmes personnages et thématiques. Inconsciemment, je me disais que je ne suivrais plus Xavier si il se répétait ainsi dans quelque chose qui me rejoignait trop peu.

Une large et lourde complaisance s'installait autour du nom et de l'univers Dolan.

Xavier est parti à Cannes avec son dernier film dans son baluchon et il a atteint le stade Céline Dion de la complaisance. deux moments du film, une adaptation fidèle d'une pièce de théâtre de Jean-Michel Lagarde, ont été lancée dans le monde et seuls les festivaliers de Cannes ont vu le reste. Plusieurs ont aimé, plusieurs autres ont détesté. Le film a gagné deux prix importants. Xavier était au coeur de tout. Il était devenu Céline. Nous étions trois jours au Lac Bruno et je m'attendais à lire à la télévision le titre : "Xavier va aux toilettes" sur un des multiples écrans ouverts de notre condôtel.

La bande annonce me fascinait autant qu'elle me rebutait. J'étais fasciné de savoir que Dolan avait réussi à séduire Léa Seydoux, Vincent Cassel, Nathalie Baye et Marion Cotillard que j'adore (je ne connais pas vraiment Uliel). Mais je trouve que dans la seule bande annonce, Seydoux et Cassels en font absolument trop et surjouent. Les silences et les regards sont souvent beaucoup plus payants que les mots.
Mais après tout on adaptait du théâtre. Épicentre du surjeu, tout juste après l'opéra dans l'excès visuel et dans la déclamation. Le look et le personnage de Nathalie Baye me rebutait tant visuellement et verbalement, et en si peu de temps écran, que j'ai été me chercher à la vievliothèque La Nuit Américaine de Truffaut.

Nathalie Baye y joue une adorable script girl. Elle avait alors 24 ans. C'était alors entre 1972 et 1973 et ce n'était que son troisième film. Son personnage est en marge des autres. Elle n'était pas adorable parce que jeune, mais adorable parce qu'en périphérie.

Vous savez quand il y a du bruit et que vous devenez brouillon dans le chaos? Que vous avez besoin de quelque chose qui vous ramène à la joie de vivre parce que vous ne vous sentez ni respirer, ni vivre? Que vous étouffez?

Alors vous installez votre regard sur quelqu'un, quelque chose, qui vous plait et vous en savourez les effets.

Dans la complaisance, justement.

Je me suis rappelé la beauté de la marge. La beauté périphérique. Le plaisir de sortir de la lumière commune.

Xavier est dans le bruit. Nettement sous les projecteurs. On a même eu droit aux élucubrations philosophico-mochetons de son père Manuel Tadros à la tivision ce weekend.

Je retournerai communier à l'autel de son art quand Dolan remettra un pied dans la marge.

Vais aller me chercher Tom à La Ferme, tiens.

mardi 24 mai 2016

Bob Dylan en 15 Moments Précis

15 échos sur galette qui me plaisent bien.

1963
The Freewheelin's Bob Dylan
Le second album de Robert Zimmerman fera oublier le premier, composé principalement de reprises. Le rapport sera complètement inversé et 11 des 13 morceaux seront signés de sa main. L'influence de son amoureuse Suze Rotolo est majeur. Du premier au second album, Dylan se développe une conscience politique et sociale grâce à elle. En calquant un de ses morceaux sur une ballade médiévale, Dylan vise juste puisque Kennedy s'engage dans une crise de missile avec l'U.R.S.S. qui donne la chair de poule à toute l'Amérique. Il s'inspire de morceaux du 19ème siècle pour deux autres morceaux, dont un composé pour Rotolo en voyage en Italie. Ce second album s'inscrit déjà dans l'histoire de l'Amérique du Nord.

1964
The Times They Are A Changin'
Tom Wilson était un producteur principalement de jazz avant Dylan. Comme le dernier album était aussi sous sa direction et qu'il émerveille toute le monde, on ramène Wilson en studio au mois d'août suivant pour cet effort qui sera axé sur le racisme, notre regard sur la pauvreté et les changements sociaux. Bob est un jeune homme de 21 ans allumé et qui voit sa société changer. Il le chantera de toute sorte de manière. Et sur toute sortes d'airs. En moins de 6 mois, Dylan est passé de poète à vecteur de changement social. L'écho d'une génération. Il n'aime pas l'idée. Il ne se veut le porte-parole de personne.

1964
Another Side of  Bob Dylan
Dylan est bon ami des poètes Ginsberg et Sandburg. Grossman est maintenant son agent. Il lui fait verser une forte avance par une maison d'édition pour que Dylan écrive un livre. Ça ne se fera pas tout de suite, mais sa plume change. Dylan s'éprend de la prose de Rimbaud.L'humour est de retour. Il se sépare de Suze Rotolo. Il découvre aussi les Beatles. Et comprend qu'ils indiquent la direction à suivre en musique. Dylan veut définitivement faire autre chose que du folk. Pourtant, cet album colle encore au folk. Le 9 juin 1964, bouteille de Beaujolais en main, il enregistre en une seule session studio 14 morceaux. 11 seront retenus pour l'album final. Dylan veut sortir du folk avec un bang. Le dernier album a été plus ou moins aimé et il voudrait celui-là différent. Son écriture épate encore. Ses mélodies aussi. Plus clairment encore, il scande qu'il n'est pas le prophète recherché. Il retourne le miroir vers le public. Regardez-vous, ne me cherchez pas.

1965
Bringing It All Back Home
L'album par lequel le scandale arrive. Bob vire électrique. Bob a principalement été seul sur ses albums précédents. Cette fois, il veut un band avec lequel il s'amuse. Il compose toutefois toujours seul. Et tout le temps. Il entre dans une période extrêmement faste de son oeuvre. Il passe le plus clair de son temps sur sa machine à écrire à Woodstock. Où réside son gérant, Grossman. La pochette en sera tirée avec la femme de Grosmman sur le dessus. Dylan rencontre les Beatles, rencontre Warhol. fréquente Edie Sedgwick, rencontre Brian Jones. Il veut faire du blues. Dylan est toujours réfractaire à l'idée d'être la voix du folk, il veut être ailleurs. Il compose boulimiquement et est en tournée tout le temps. Le titre de l'album trahit une authenticité qu'il ne se reconnaissait pas encore.

1965
Highway 61 Revisited
La pochette suggère un Bob Dylan vidé. Le titre enracine Bob dans le Blues des Robert Johnson, Bessie Smith, Muddy Waters et Charley Patton. Dylan, dans un délire hallucinogène, écrit un feuillet de 10 pages sur sa déception des attentes du public qui l'adule, mais Dylan est crevé et ne s'aime pas du tout. la chanson qui en sera tirée le placera au sommet du monde musical. Il révolutionne la durée des chansons sur les ondes radio et qu'il aime ou non. fait écho à son époque. Mike Bloomfield du Paul Butterfield Blues Band et Charlie McCoy sont à la guitare. Le premier électrique, le second principalement acoustique. Al Kooper improvise une partition à l'orgue sur Like a Rolling Stone que Dylan ordonne que l'on entende plus fort. L'album offre seulement 9 morceaux mais ce sont tous des chef d'oeuvre. Dylan se rapproche des étoiles. Tout ce qu'il touche est fait d'or.

1966
Blonde on Blonde 
Quand Dylan se fait huer au Newport Folk Festival, Paul Bloomfield choisit de retourner avec le Mike Butterfield Blues Band. Al Kooper, principalement un guitariste mais que Dylan voulait à l'orgue, quitte aussi. La secrétaire de Grossman ainsi que John Hammond Jr suggèrent tous deux le band canadien Levon & The Hawks pour seconder Dylan. Robbie Robertson à la guitare et Rick Danko à la basse participeront à l'effort de ce généreux album double. Kooper y sera aussi un peu à l'orgue et à la guitare, Quand peu fonctionne à New York, on se transporte à Nashville et le fun commence. Bob blues. Bob a des visions. Bob a des amours perturbés. Bob fait la rencontre de Sara Lownds. Bob nargue Edie Sedgwick.  Bob a un talon d'achille. Bob est sexuellement métaphorique. Bob fait un clin d'oeil au Norwegian Wood de Lennon. Bob rocks. Bob se marie avec Sara Lownds et brise le coeur d'Edie Sedgwick. Grossman lui booke une tournée mondiale de l'Australie aux États-Unis, Dylan est à bout de nerfs, réalise que Grossman le vole depuis longtemps, se plante en moto, se retire de partout. En décrochant la lune quand même.

1967
John Wesley Harding
Dans sa "retraite", il s'installe en famille à Woodstock et jamme entre amis avec les gars qui deviendront The Band. Ils ont du plaisir et enregistrent tout ce qui leur plait. On y reviendra dans 8 ans. Bob se sauve en douce de Woodstock et entre en studio pour un album tout ce qu'il y a de plus doux, musicalement splendide, aux saveurs de l'americana et acoustique à 80%. Les références religieuses commencent à pleuvoir. Bob se spiritualise. Les Beatles et les Stones ont lancé cette année-là des albums très travaillés en studio, avant-gardistes. Bob (du moins pour les Stones) leur fait comprendre qu'il faut rester aux sources.

1969
Nashville Skyline
Bob Johnston avait atterri à la production avec Highway 61 Revisited. Ici il pousse le côté rustique choisi par Dylan sur l'album précédent et celui-ci prend un virage presque complètement country. Il change aussi sa voix pour tenter d'imiter les crooners. Une de ses chansons est proposée pour la trame sonore du film qui sera sacré meilleur film aux Oscars cette année-là. Une autre est chantée en duo avec Johnny Cash. Alors qu'entre 1968 et 1969, les États-Unis vivent les assassinats de MLK et RFK, les violences à la convention démocratique de Chicago, les Black Panthers, Charles Manson, la guerre du Vietnam à la télévision en continue, Dylan arrive, tout doux, et nous parle toujours en métaphore (Country Pie=Héroïne).

1975
Blood on The Tracks
Bob se perd dans les projets douteux et erre sur disque pendant 6 ans. Mais quand le disco frappe, Dylan arrive avec un album très personnel, créé dans le tumulte d'une séparation d'avec Sara. Tous les morceaux parlent de l'effondrement de leur couple. Jakob Dylan, un de leur fils, dira plus tard que lorsqu'il écoute cet album, il entend ses parents se parler. L'album est si formidable que Hootie & the Blowfish en vole un air et des accords pour en faire leur unique succès. Dylan sera rarement aussi intime.


1975
The Basement Tapes 
Puisque l'album Blood On the Tracks réussit très bien à tout les niveaux, on choisit alors de tenter de capitaliser sur le succès et de lancer ce que Dylan & the Band avaient enregistré en 1967 dans la grosse maison rose louée par Danko, Richard Manuel et Garth Hudson à Woodstock à l'époque, The Band rajoute 8 chansons bien à eux. Les 16 autres comprennent Dylan. Dylan, toujours convaincu en 1967 que les Beatles indiquent la voie à suivre, n'aime pas la production de Sgt Pepper's...et revient à la musique traditionnelle de l'Amérique. Ce seront plus de 100 chansons que Dylan et The Band produiront ensemble. Dylan refuse en 67 que l'album ne sorte car il se sent à contre courant. Comme ses problèmes avec Grossman sont principalement réglés. Dylan donne son accord pour que Robertson, Levon Helm, Danko et Hudson fassent une sélection des morceaux qui composeront cet album double culte....à contre-courant du disco et du punk naissant...

1976
Desire
L'année d'avant, Dylan a fait une tournée carnavalesque: la Rolling Thunder Revue, Dylan reprend de la tournée les charmantes chanteuses Emmylou Harris et Ronee Blakey. Dylan veut raconter des histoires. Il s'adjoint les services du psychologue et directeur de troupe de théâtre Jacques Lévy pour écrire l'entièreté de cet album qui passe de la lutte contre une injustice sociale, à l'hommage à un criminel, en passant par un aveu amoureux à Sara Lownds, enregistré en une seul prise, devant Sara, qui redeviendra son amoureuse un temps. Le temps que Dylan ne la retrompe.


1989
Oh Mercy
Après un long passage à vide chrétien, Dylan revient en force à la fin des années 80, avec Daniel Lanois qui funke certains de ses morceaux avec succès. En 1989, plusieurs retours sont marquants. Paul McCartney, les Rolling Stones, Neil Young, Tom Petty. Bob Dylan retrouve une partie de son flair 


1997
Time Out Of Mind
Après des albums négligeables et une demie tonne de compilation, on commence à comprendre que le meilleur de Dylan est derrière lui. Mais Bob renoue avec Daniel Lanois à la production, mais cette fois, il s'entend moins bien avec le prodige Québécois. Dylan est déçu de constater que la technologie prime sur le produit. Voilà pourquoi il trouve que la beauté du temps "nous est sorti de l'esprit". Son album est doux et la voix de Dylan, bien que poussiéreuse, est aussi spectrale. Les thèmes, et même les mélodies rappellent les plaintes de Blood on the Tracks.

2001
Love & Theft
Dylan fait un autre retour, après encore 300 compilation, cette fois produisant lui-même son album, une exploration des mythes, des mystères, du folklore du sud, des racines du rock et du blues, du mardi gras de la Nouvelle-Orléans, de la mort, des voyous, escrocs, marginaux, parias, joueurs, desperados, tous avec plus rien à perdre, jouant souvent leur dernière carte, dans une Amérique aussi barbare que sale. Un bijou sonore avec un super band (dont Charlie Sexton à la guitare).

2006
Modern Times
Le 32ème album studio de Bob Dylan prouve à nouveau que Zimmerman est un maillon de ce qui relie le folk, le blues, le rock, le country. Dylan est macabre par moments, mais c'est qu'il n'est plus tout à fait jeune, le vieux renard. Il doit voir la mort dans les yeux de temps à autre. Il a connu des temps moins modernes. Dylan joue l'anthropologue musical et sonore et il le fait bien.

Moi, je mange de ce pain là.

Bob a 75 ans aujourd'hui.

lundi 23 mai 2016

Mourir Dans la Dignité

La bousculade enfantine entre Justin Trudeau et Ruth Ellen Brosseau risque de coûter l'acceptation du projet de loi sur l'aide médicale à mourir.

Cet incident de mauvais goût à eu lieu mercredi dernier et le lendemain, on a pris tout le temps que l'on aurait pris pour débattre du projet de loi à parler de cette niaiserie. Le vendredi, on ne vote jamais rien car il faudrait attendre deux jours avant d'entériner les projets acceptés et des erreurs seraient faciles. On les entérine le plus souvent possible, les vendredis justement, une fois débattue.

Cette semaine en est une de relâche parlementaire. Rien ne se fera nulle part. Donc on reprend les hostilités, (le mot est choisi) le lundi 30 mai. La date butoir imposée par la cour suprême du Canada sur le sujet est le 6 juin. Il ne reste donc qu'une petite semaine de rien du tout pour se prononcer sur la question.
J'ai toujours été très ambivalent sur la question. Je comprends nettement la démarche toutefois. L'idée de vouloir quitter ce monde la tête haute. On parle tout de même de tenter une dernière fois de garder une certaine forme de contrôle sur l'insaisissable. Une envie tout ce qu'il y a de plus légitime de dire à la mort "tu ne m'auras pas comme ça, salope, tu m'intimides si peu que je vais devancer le coup et me rendre à l'ombre tout seul comme un grand"

Mon père est décédé exactement comme il a vécu. Une bombe. Il n'a rien vu venir. Il avait les deux patins dans les pieds, il sort de la patinoire, les lumière s'éteignent. On dit que lorsqu'il est né, en juin 1947. il était aussi sorti aussi vite qu'il est parti. Un bouchon de champagne. Jamais mon père n'aurait accepté une seule minute d'être diminué par la maladie. Encore moins d'être condamné. Mais en avait-il le contrôle? Si le cancer l'avait frappé de manière lente et irrémédiable, si il avait été devenu un souci pour son entourage, si il s'était senti un fardeau, une souffrance, une lourdeur, il aurait fait appel à des moyens d'accession rapide à ce que lui était promis.

Moi aussi, le jour où je sens que sur cette terre je nuis nettement plus que je ne sers, que je coûte cher en sous et en énergie à mon entourage parce que condamné par la maladie, je ne voudrais pas rester pourri vivant trop longtemps.

C'est pas évident de rester digne quand la mort vous viole de votre vivant. Le projet de loi, qui a fait bien paraître Véronique Hivon, part d'une idée noble, dompter l'indomptable. Quitter avec orgueil.

Mais si l'idée est potentiellement séduisante pour les condamnés, l'est elle autant pour les médecins qui administreront la mort?

Si peu. Tellement pas en fait, que le projet, tel que présenté en ce moment, laisse le fardeau d'exécution (jeu de mot involontaire)...aux infirmières! En effet, certaines infirmières (300) celles que l'on appelle les "super infirmières", seraient appelées à faire partir dans la mort, le vivant. L'ordre des infirmières et infirmiers du Québec n'a jamais été consulté sur la chose et ils sont restés étonnés d'apprendre ce rôle qui serait le leur si l'adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie au Québec serait appliquée.

Même l'industrie pharmaceutique met les freins.

Bref, personne ne veut donner la mort. Mais tout le monde veut donner la dignité.

Et tout ça se comprend aussi bien d'un côté comme de l'autre.

Mais mon malaise ne s'arrête pas là.

Dans cette époque où tout doit aller toujours plus vite, prendront nous le temps de toujours bien penser la chose? De bien jauger l'entourage fatigué (Robert Latimer anyone?) qui prendra la décision "d'abréger les souffrances de leur proche"  quand le patient ne sera plus en mesure de prendre cette décision lui-même? Est-ce qu'un suivi psychologique est prévu pour ceux qui prennent le leadership d'une décision familiale sur maman que l'on fera mourir dignement? Et si le regret venait les hanter des années plus tard? Bon, je devine que tout ça a été pensé depuis longtemps. On débranche tout de même des morts cérébrales depuis longtemps et ces décisions viennent des vivants de la famille.

Mais quand je pense à mourir dans la dignité, il me semble n'en voir que les potentiels travers. Les ratées. Je flaire des médecins incapables de procéder à la suppression d'êtres humains qui refileraient le fardeau de la chose aux infirmières.

Et la résistance , du médecin comme de l'infirmière est tout à fait compréhensible.

Nous ne sommes pas construit pour donner la mort humaine.

Ni même animale.  Mais certains y arrivent.

J'anticipe beaucoup de saletés dans la mort dite digne.

Le projet de loi passerait la date butoir du 6 juin que plusieurs ne seraient pas tellement fâché.

Les gens qui veulent vraiment partir dignement trouveront toujours un moyen de le faire.

Mais cette loi donnerait des moyens à, justement, ceux qui n'en auraient plus.

Ambivalent je vous dis.

Prendront nous le temps de bien penser la mort d'un autre?
Auront nous le temps de bien penser la mort d'un autre?

Ils ont le crédit d'avoir pensé l'impensable, ce qui est tout à leur honneur,
 mais maintenant qui réalisera l'irréalisable?

dimanche 22 mai 2016

TVALand

J'avais comme mission de me rendre dans la boîte TVA, rue Maisonneuve Est, et de débrancher le grand ordinateur central du confort général. Je suis agent 007, j'ai donc un permis de tuer. Je suis à la fois espion et détective privé.

Je suis Gilles-Patrick Tourniquet. Agent Québécois de Bonne Conscience. (GPTAQBC).

Je ne m'étais pas présenté sous mon vrai nom. Je me suis présenté sous le nom d'Edmond Rostand, un nom qu'assurément personne ne connaissait dans la boîte. Je suis entré dans la boîte comme technicien de zone grise, couleur de la nuance, couleur aussi inconnue de l'endroit.

Une charmante demoiselle, la boîte en était pleine, Marie-Muguet Moisi, m'a accueilli.

"Bonjour Monsieur Rostand, nous vous attendions pour une petite dose de gris dans notre section sports. Suivez-moi. Vous avez chaud?"

Je transpirais, je ne croyais pas que cela se voyait. J'excusai la chose d'un geste sur mon front ruisselant. Mais cette chaleur lui avait fait porter une petite robe d'été à elle. Et j'ai toujours aimé les femmes. Le beurre, les vins du dimanche 16h et les belles femmes construisent mon bonheur. Et Marie-Muguet évoquait à elle seule, les trois ferveurs.

Il fallait localiser l'ordinateur du confort général.

"Vous êtes familier avec la boîte M.Rostand?"

"Je sais qu'elle aime rassurer"

"N'est-ce pas ce que nous recherchons tous, M.Rostand, être rassuré?"

"Il faut avancer pour vivre. Être déstabilisé nous force à rester vigilant, éveillé. Le confort suggère de s'asseoir, et de s'endormir"

"Vous dormez bien M.Rostand?"

"Peu et pas vraiment bien"

"C'est probablement que vous n'êtes pas assez rassuré en général"

Marie-Muguet et moi arrivèrent près d'un corridor où le slogan de la boîte était engravé dans les murs. "Rigueur, Rigueur, Rigueur". Toutefois, on avait fait une faute dans le troisième "rigueur" que l'on avait épelé rigeur. Trois fois le même mot et on avait réussi à se tromper sur le troisième. Fallait le faire. C'est ce qui distinguait cette boîte. Sa capacité à mettre des choses devant, tout en dévoilant toute la faiblesse qui se cachait derrière.

"Vous travaillez ici depuis longtemps madame Moisi?"

"Depuis 13 ans. J'ai débuté comme miss météo car je suis jolie, puis j'ai eu envie de faire un album de musique, aussi parce que je suis jolie"

"Parce que vous êtes jolie?"

"Quand on est jolie, où que l'on se convainc de la chose, on s'habitue très tôt à vouloir être aimé ou désiré. Chanter offre une adulation facile. La facilité est une spécialité de la boîte."

"Et ensuite vous êtes devenue guide?"

"Il n'y a aucun guide dans cette boîte M.Rostand, seulement des brasseurs de vagues. Ensuite, pour rembourser l'enregistrement de mon album, j'ai co-animé un show d'été insipide et par la suite un show de cuisine si ennuyeux que ce sont les techniciens qui ont refusé de se présenter sur le plateau avant la fin de la première saison, le show a dû être annulé. Ce fût difficile car nous sommes formés à vouloir être aimé ici, vous savez"

"Le peuple ne suivait probablement pas de toute manière, n'est-ce pas?, le confort ne s'y trouvait pas"

"Notre public est un produit mouton. il est très malléable"

"Un produit mouton?"

"...Un produit en mutation...j'ai dit un produit en mutation"

"Vous avez dit mouton"

"Non, j'ai dis mutation"

"Relisez plus haut! c'est écrit quelque part, tout est enregistré de nos jours, vous avez dit mouton!"

"Haha! Je n'ai rien d'une bergère M.Rostand, et nous sommes dans une boîte bien pauvre pour les archives, ne comptez pas sur des références des temps ultérieurs, ici."

Nous avons croisé une autre jolie jeune femme. Elle ne nous as pas été présentée celle-là. C'était une nouvelle. Après l'avoir croisée, je l'ai regardé à nouveau. Elle s'était retournée, elle aussi. on s'est remarqués mutuellement. Vus. Je la retiendrais.

"Qui étais cette femme?"

"Je ne sais pas, une nouvelle"

Je serais premier sur la nouvelle.

"C'est bien l'étage du grand confort général , n'est-ce pas?"

"Tout à fait M.Rostand, mais vous n'avez pas besoin de ces portes, l'endroit qui nous intéresse c'est la section sports en face, une section qui n'a jamais connue le gris"

J'avais bien vu les portes brunes cachant le grand ordinateur du confort général. Là où je prétendais me rendre pour faire ma fausse tâche était tout juste en face, quelle chance!. Marie-Muguet et moi entrèrent dans une pièce qui ressemblait à un salon. Avec un divan, une petite table, une chandelle. Rien pour rappeler le sport, zone où je devais inculquer du gris. Tout pour rappeler un salon où on trouverait le confort.
Pour me débarrasser de Marie-Muguet je dis soudainement:
"je suis certain que vous n'êtes pas capable de faire du twerk la tête à l'envers contre cette porte"

Je ne savais pas encore à quoi je voulais en venir mais je trouverais. Je trouve toujours dans l'improvisation. Marie-Muguet voulait être aimée et releva aussitôt le défi. Alors que Marie-Muguet relevait le défi, une autre jeune femme entra au moment où M-M twerkais sur ses mains. Ce geste d'ouverture de porte projeta Marie-Muguet au sol et elle s'écrasa sur la petite table, puis Moisi prit en feu. La nouvelle venue, paniquée couru dans le petit espace comme une poule sans tête (y a plein dans la boîte) afin que de l'eau tombe du ciel. Je profitai de la confusion pour traverser le corridor et me rendre au grand ordinateur du confort général que je débranchai de partout.

J'en profitai pour y ajouter un agent de risque élevé et neuf doses d'audace. Puis un dictionnaire pour que ces gens comprennent les mots et sachent les épeler.

Ceci servira de leçon à tous ceux et celles qui veulent un monde en pantoufles. Ils ne seront pas morts, ils ne le méritent pas, mais ils guériront. Ils penseront hors de la boîte de temps à autre. J'ai aussi mis le feu au dossier Céline une fois pour toute.

Sur le chemin de la sortie, pour me débarrasser de deux dames qui menaçaient mon plan d'évacuation, j'activai un grand escalier roulant électrique. Puis, je recroisai la nouvelle croisée plus tôt. la pris en otage et l'amenai avec moi.

"Qu'allez vous faire de moi?" dit-elle
"Vous aimez le beurre?"
"Je ne sais pas, on sait peu, ici"
"Je vous prends avec moi parce que je vous trouve jolie, pour la tendresse aussi"
"Je ne comprends pas ce que vous faites"
"L'amour offre au coeur de ne parler que d'une seule bouche"
Elle sembla attendrie par cette mélasse. Elle était aussi formée pour vouloir être aimée.
"C'est beau ce que vous dites"

Je suis l'agent GPTAQBC.

Et j'ai bien travaillé.

J'ai bien dormi cette nuit-là. La conscience en paix.

Dans un confort renouvelé. Personnel.

Dans de beaux draps. Avec elle.

Premier sur la nouvelle.