mardi 26 avril 2016

Miewczyslaw Grayewski (1922-2016)

1er septembre 1939.

Les Nazis envahissent la Pologne. Miewczylaw a 17 ans. Il est né à Warsaw. Sa famille et lui sont transféré dans le ghetto de Varsovie. Son père y travaillera au judenrat. Miewczyslaw trouve le moyen de soudoyer des soldats Nazis et se fait contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des voyages en tramways pour ramener des denrées aux prisonniers. Son père est déporté.

Miewczyslaw, ses frères et sa mère seront aussi déportés, mais ailleurs,  à Treblinka. Sa mère et ses frères y sont aussitôt exécutés. Puisqu'il est plutôt en bonne santé, les Allemands le conservent et en feront un employé. Il travaille comme Sonderkommandos.

Il parvient à s'échapper de ce secteur et à retravailler dans le secteur de réception des déportés. Il est alors employé au triage du linge et au chargement dans les wagons. C'est camouflé dans un wagon qu'il parvient à fuir Treblinka. En pleine nuit, il saute du wagon, fonce vers les villages avoisinant, et parle aux gens de ce qui passe dans les camps de concentration. Personne ne le croit.

Il revient à Varsovie, que sa famille avait été forcée de quitter par les Nazis, et y retrouve son père qu'il croyait mort. Son père sera tout de même abattu devant ses yeux.

 Miewczyslaw rejoint l'Armée Rouge où il finira la guerre comme officier. Le 30 avril 1945, il marche sur Berlin. Il sera décoré.

Ayant perdu la presque totalité des membres de sa famille proche et élargie, il part rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947.

Il y devient vite riche en  y vendant des produits qu'il fait fabriquer en Europe en les faisant passer pour des antiquités. Déjà, un profil de faussaire se dessine. Il est nationalisé Étatsunien en 1952. Il y rencontre, 7 ans plus tard, Dina Cult, qu'il épouse. Ils ont ensemble 4 enfants. Ils s'installent dans le Sud-Est de la France, à Tanneron. Il y devient exploitant agricole.

Le 3 octobre 1970, un violent incendie tue son épouse et ses 4 enfants.

Afin d'éviter les pensées suicidaires, il choisit alors d'écrire pour se guérir. Il fait appel au journaliste Max Gallo pour lui raconter sa vie. Gallo prend de larges libertés sur les histoires de Miewczyslaw qui sera rabaptisé Martin Gray. On lui reproche d'avoir inventé tout le passage à Treblinka et d'avoir inventé une participation de Miewczyslaw, à une révolte de sonderkommandos, ce qu'il n'a jamais fait. Mais Gray ne s'en fait pas outre mesure. Seul survivant de sa famille de 110, il a vécu plus grandes injustices.


Le livre publié sera un colossal succès. Vraie ou non, cette plongée dans l'horreur Nazie et les élans d'inspirations et leçons de courage, feront école. Le devoir de mémoire opère.

Le livre sera adapté en série télé tournée par Robert Enrico en 1983.
Gray écrira 12 autres livres, tous à saveur de croissance personnelle.

Gray se remarie deux fois, et a 5 enfants. Il vit près de 40 ans dans le Var avant de s'installer en Belgique. à partir de 2005, il habite Cannes, mais 7 ans plus tard il s'installe à Ciney dans le Condroz Belge.

Il disait de lui-même qu'il n'écrivait pas, qu'il criait.

Dans la nuit de dimanche à lundi, il s'éteint à l'âge de 93 ans.

La tête pleine d'aventures et le coeur habité d'une vérité qui était sienne.

  


lundi 25 avril 2016

Touchés Intouchables

Tout le monde savait depuis toujours en ce qui concerne le maire Vaillancourt.

Un jour, on a tout simplement décidé qu'il fallait tracer une ligne et dire "ça suffit".

Appelons ça un lent examen de conscience sociétaire.

Un jour le Canada devra faire cela face aux femmes autochtones disparues.

Alain Deneault a écrit un brillant livre sur les paradis fiscaux appelé très justement Une escroquerie légalisée.

À la lecture de cet abc de la crosse, Deneault nous explique que les recours aux paradis fiscaux par les grandes entreprises  et les particuliers fortunés, explique en partie les politiques d'austérité actuelles au Québec (ou ailleurs).

"C'est légal!" disent les fautifs.

Ce l'était devrait-on plutôt dire. Grâce un lent examen de conscience sociétaire, on a choisit de tracer une ligne et d'enfin attaquer le problème de face.

Le cabinet d'avocats Panaméen Mossack Fonseca est sous enquête depuis quelques semaines, d'abord pour le scandale brésilien Petrobas dont je vous ai parlé déjà un peu, mais aussi,  au coeur de ce que l'on appelle les Panama Papers.

Les compagnies comme Mossack Fonseca se spécialisent dans le blanchiment d'argent outre-mer pour le compte de riches clients étrangers. Vous voulez cachez de l'argent de la femme que vous aller bientôt divorcer? vous voules évitez la fiscalité dans vos pays respectifs? Mieux! vous voulez éviter la prison pour des crimes, profitez des lois vagues du Panama, Mossack Fonseca vous protégera des ses bons avocats. Spécialistes de l'entourloupette.  Les structures légales d'endroit comme le Panama (les Bahamas, la Suisse, le Luxembourg, name it, y en a partout! même ici). obscurcissent l'identité, voire la rende floue, de celui ou celle qui y stationne son argent. Ces endroits sont les royaumes des compagnies bidons.

Des avocats au coeur de ce type de transactions, ça a toujours donné l'impression que tout ça était légal. Et grâce à des gens allumés comme Alain Deneault, on comprend qu'il s'agit d'une tronquerie mentale dans lequel on se complaît depuis toujours. Et qui n'est légale que si on se ment un peu à nous-mêmes.
Un peu comme quand on se convint qu'on a engagé un ami pour un contrat x, mais qu'on dit à tout le monde qu'on l'a choisi pour son talent à réaliser ce contrat x.

Une sorte de pensée magique.

Ce sont pas moins de 11 millions de documents confidentiels qui ont été coulés des bureaux de Mossack. Ce ne sont pas tout le monde qui triche, et voilà pourquoi, il y a enquête. Mais dans la liste des gens plus-que-douteux, on y trouve le président ukrainien Petro Poroshenko et le plus-que-véreux Vladimir Poutine. Le Premier Ministre islandais Sigmundur Davio Gunnlaugsson reste à la tête de son parti, mais se démet de ses fonctions de Premier Ministre puisqu'il ne peut plus cacher que plusieurs "compagnies" qui ont de l'argent là-bas, sont au nom de membres de sa famille et de ses amis.

Dictateurs, terroristes et cartels de drogue risquent d'être mis en lumière au terme des recherches.

On prouvera alors que Mossack Fonseca était capable de ne voir que ce qu'il voulait voir (de l'argent, c'est tout. Et on sortira un autre secret de polichinelle, qui est presque devenu un pléonasme avec le temps: les avocats sont immoralistes.

Mais que l'on trouve des coupables ou non, l'enquête en soi est tout à fait en communion avec le peuple en général. C'est-à-dire que la déconnexion  fondamentale entre les élites mondiales et le reste du monde est totale.

On dit que 8% (7,6 trillions) de la richesse mondiale se cache dans des abris fiscaux.

Benjamin Franklyn disait que dans le vie, il n'y a que deux choses qui soient certaines dans la vie:
"La mort et les taxes".

Ça, le reste de la planète le savait.
Maintenant les évadeurs fiscaux le sauront aussi.

Appelons ça un lent examen de conscience sociétaire.

dimanche 24 avril 2016

De Toute Évidence, Je Ne Suis Pas Une Jeune Fille de 13 ans

Traducteur je suis.

Français/anglais souvent, anglais/français surtout.

Bref l'anglais je connais. Ma fille Punkee le sait. Dès qu'elle a une chance, elle se pointe vers moi avec son devoir d'anglais pour des explications ou des améliorations.

"papa d'amour" a-t-elle chanté l'autre tantôt. Je savais qu'elle me demanderait alors, beaucoup. Elle a quand même un bon professeur en sa mère pour les mots doux contre services intéressés.

"On fait un travail en équipe à l'école et on a choisi de faire un film"

Punkee est en secondaire 1. Mon fils termine son secondaire en juin. Dans les deux cas, les travaux en équipe pleuvent. Je ne peux m'empêcher de croire qu'une certaine paresse dans les corrections existent de nos jours. Je ne me rappelle pas avoir fait énormément de travaux en équipe plus jeune, que ce soit au primaire, au secondaire, au CEGEP ou à l'université (1977-1994). Ça a vraiment commencé seulement lors de mon second passage universitaire dans les années 2010, et ce fût un calever. Coordonner des vies d'adultes et synchroniser des talents d'efforts équilibrés est une chose délicate à faire passé 18 ans. Avant, c'est pas mieux.

Dans son équipe de 4, on sait déjà que Bianca ne fera rien. Ou moins que les autres. Et les équipes sont des piges aléatoires. Ma fille est donc avec 3 petites québécoises francophones. Elle en est la 4ème.

Et alors me direz vous?

Le devoir/film doit être fait en anglais. Et sa classe comporte 50% d'élèves dont l'anglais est la langue première. Cette école est assez cloche pour ne pas faire de classe d'élite en anglais afin de départagez ceux qui sont déjà dans la marmite depuis qu'ils sont aux couches et ceux qui ne faisaient que chanter des chansons en anglais, comme ma fille, pendant 3-4 ans seulement, au primaire. Ma fille a été suffisamment malchanceuse pour tomber sur une Tremblay, une Soutières et une Brouillard. Pour leur part, les trois autres devaient être euphoriques de se trouver jumelée à une Jones mais c'est un leurre. Ma fille parle aussi bien anglais que Nathan Beaulieu ou René Bourque parlent français.

"Je leur ai dit que mon père écrit beaucoup, qu'il est bon là-dedans, et qu'on serait responsable de l'histoire"

"On?"

"Toi et moi"

Oui j'étais d'accord avec tout ça. la seule phrase qui me chicotait était "il est bon là-dedans". Ça ne devrait jamais être un argument vendeur pour leur équipe car JE ne fais pas partie de leur équipe, MA FILLE does. De plus, et j'en ai fait la mise-en-garde à ma fille, il faut le moins possible promettre trop au risque de décevoir beaucoup. Il est toujours mieux de surprendre et d'étonner.
Undersell & overdeliver. C'est toujours comme ça que j'ai fonctionné. Et le risque est moins grand.

Peu importe, comme elle m'a annoncé ça à l'heure où elle se rendait au lit (traître russe) et que les trois autres exigeaient des preuves de nos talents d'écriture pour le lendemain, j'ai donc passé cette soirée là à concocter, seul, une histoire à filmer pour 4 jeunes filles.

J'aurais préféré ajuster une de leurs histoires mais bon, fallait faire avec ce que j'avais.

Comme la dernière fois que ma fille avait fait un travail d'équipe j'avais trouvé un angle humoristique à leur exposé en éthique, et que les rires avaient fusés en classe, j'ai opté encore pour l'option humour.

J'ai tricoté l'histoire d'une jeune fille qui se faisait piquer par une abeille, une autre lui demandait ce qui se passait (chaque personnage doit parler au moins une minute) et lui retirait son dard du pied. mais il en restait encore une partie, donc elle repartait chercher des outils, Arrivait une autre jeune fille qui échangeait avec l'éplorée et ne comprenait pas qu'elle puisse marcher nu pieds dans le jardin d'un autre. Ce passage était le plus drôle et le coeur du court-métrage de 5 minutes. Des dialogues dignes de Douglas Adams. J'essayais aussi de viser dans le coeur de jeunes adolescentes et me convainquait que je visais juste. La blessée, se reblesserait en prenant une rose et s'écorchant la main sur une épine. La dernière jeune fille allait se pointer du terrain pour se fâcher contre les deux autres qui sabotaient le jardin de ses parents. Du vrai Chico Marx.

Je n'avais pas vraiment de fin, mais je leur laissais le soin de conclure elles-mêmes, fallait bien qu'elles fassent leur part aussi, non? J'avais 6 pages. Ajuster à votre guise, mesdames. I don't care. Je vous remercierai lorsque l'Oscar viendra.

Ben le lendemain matin, Punkee me textait "Zont pas aimé ton histoire, on va faire un film d'horreur à la place, c'est moi qui ai trouvé l'idée, on la travaille en ce moment même ensemble".

J'étais à la fois content, pétrifié, et content à nouveau.
Content parce qu'elles créeraient leur propre histoire elle-même et je pourrais y jeter un oeil et aiguiller certaines choses si souhaité, comme je le voulais d'abord.
Pétrifié d'humilité parce qu'à la phrase "il est bon là-dedans", les trois ados avaient conclu un brutal "NON!"
Et content again parce que ma fille avait sauvé la face en trouvant la nouvelle idée enthousiasmante pour le quatuor de filles.

J'avais quand même en tête cette phrase merveilleuse de Jeffrey Eugenides, dans le premier deux minutes du somptueux premier film de Sofia Coppola*:

"De toute évidence docteur, vous n'avez jamais été une jeune fille de 13 ans..."

Ça s'appliquait tout à fait à moi.

Ma fille à la fin de ma journée, venant me voir:
"Alors, papa, on l'écrit ce film d'horreur?..."

Er....


*Sofia allait encore plus séduire les traducteurs et interprètes dès son second film.


samedi 23 avril 2016

BB & JLG, Piccoli & Capri

"Ce que je me rappelle du tournage du Mépris c'est que je me disais constamment que je ne savais pas ce que c'était que le mépris. Encore aujourd'hui, je ne sais pas plus."
-Jean-Luc Godard 2009

Le film de 1963 raconte l'histoire d'un film qui s'organise pendant qu'un mariage se désintégrait.

À Rome, l'écrivain de théâtre Paul Javal, interprété par Michel Piccoli, est engagé comme scénariste pour réécrire un scénario, une adaptation de L'Odyssée d'Homère. Brigitte Bardot incarne la femme de Javal, Camille, une ancienne dactylographiste. Le producteur John Prokosh est incarné par Jack Palance et ne parle qu'anglais puisqu'Étatsunien. Fritz Lang incarne son propre rôle comme réalisateur d'un film dont Porkosh n'est pas satisfait. Voilà pourquoi il engage Javal pour le réécrire. Mieux. Jean-Luc Godard s'est donné le rôle de l'assistant réalisateur.

Prokosh est très attiré par la femme de Javal, Bardot, et il flirte ouvertement avec elle. Camille se convint que Javal pousse sa propre femme dans les bras du producteur Hollywoodien et commence à mépriser profondément son mari. Camille quitte Capri avec Prokosh qui, surexcité, sabotera le moment.

Godard, en 1963, a vu Méditerranée de Jean-Daniel Pollet & Volker Schlöndorff. Il s'en inspirera non seulement pour les travelings, mais aussi pour les plans de statues, le lieu de tournage et la musique. Un chef d'oeuvre sonore de George Delerue dans Le Mépris.

C'était le premier film en couleurs de Godard, le premier en cinémascope, la première co-production avec les États-Unis, le premier film a lourd budget. Avec Bardot, sensationnellement populaire, qui arrive avec son plus récent amoureux, Sami Frey. L'Italie et ses papparazzis affluent autour de Bardot. Ça puera au nez de JLG toute cette attention vouée à son actrice. Il aime avoir la totale attention de ses vedettes féminines. Il en a épousé une: Anna Karina. Et le couple est en conflit. Godard n'aime pas grand chose du tournage de ce film. Voilà pourquoi il prétend se souvenir de peu. Il voudra Bardot en brune pour briser l'objet de fascination perverse qu'elle est devenue, mais se ravisera quand il jugera que c'est ce qu'elle doit être aux yeux de Prokosh.
Il communique très peu avec Palance et ne lui donne que des indications physiques. Palance ne cesse d'appeler son agent à Hollywood pour lui demander de quitter le tournage. JLG trouve Piccoli peu sûr de lui, intimidé, fragile. Ça aidera son personnage, mais ça agace JLG. Le seul avec lequel la connection sera parfaite sera Fritz Lang, qu'il vénère et associe aux Dieux dans son film. Toutefois, Lang, dont la santé est fragile à son âge (73 ans), fait couper son rôle de moitié. Le soleil le fatigue.

Quand Godard remet le montage final aux prodcuteurs Carlo Ponti et Joseph E. Levine, ceux-ci sont estomaqués. Godard a l'une des stars les plus charnelles de la planète sous la main et il ne la suggère nue que de loin? On exige de nouvelles scènes avec l'indication précise que l'on veut voir le cul de Bardot. Godard fulmine, Il ne filmera que le cul de Bardot. Avec goût. Mais mauvaise foi. "Ne se sont-ils jamais donné la peine de voir un foutu de mes films?" rage-t-il. "Y verraient-ils du cul?".

La photographie de Raoul Coutard est un bijou. Non seulement le soleil y est partout dans cette histoire d'ombres, mais les couleurs sont franches, voire baroques. Les bleus sont francs, les rouges vifs, le jaune lumineux et fatals, l'orange clair, le vert froid.

"Un film doit avoir un début, un milieu et une fin" dit Godard.
"mais pas nécessairement dans cet ordre" continue-t-il.

Son film est construit toutefois dans l'ordre:
Le début se déroule dans les décors des studios de Cinecitta, lieux de tournage des héros de Godard: les réalisateurs du néo-réalisme italien, dont Roberto Rossellini auquel il rend certainement hommage avec quelques clins d'oeil à Voyage en Italie, clins d'oeil visuels, géographiques et narratifs.

Le milieu offre une intimité presqu'indiscrète avec Piccoli et Bardot dans des échanges inégaux où, comme toujours avec JLG, la femme est fragile, capricieuse, émotivement instable, toujours à un pas de la vanité totale. Javal veut donner de la liberté à Camille, elle le prend comme un sacrifice, un abandon, un permis de tricher, une geste anti-mâle. Les deux protagonistes s'aiment puis ne s'aiment plus. Godard fragilise le couple. Il donne à Piccoli le tempérament de celui qui veut se faire confirmer le cauchemar plutôt que de réparer les dégâts. Les traces sont dans le court-métrage d'anticipation de Godard, tourné un an avant. La température des eaux amoureuses change. Les malentendus pleuvent. Les deux bêtes circulent l'une autour de l'autre, léchant leurs blessures. Ils prétendent s'aimer, mais se dirigent vers plus hostile encore. Dans le livre d'Alberto Moravia duquel tout ça est adapté, c'est plus précis. Javal a trompé sa femme, elle l'a surpris et ne lui pardonnera pas. On esquisse à peine ceci dans le film avec un Javal qui flirte avec une maturité toute mâle des années 60.

La fin déplace tout le monde dans un magnifique décor ensoleillé de Capri, sur le plateau de tournage de Lang, dans ce qui semble être un temple Maya dessiné par un Le Corbusier inspiré*. On semble toujours au bord d'un ravin qui précipitera tout le monde à la mer. Une mer qui sera la liberté pour les uns, la noyade pour les autres. Le couple Javal/Camille se scinde. Le producteur part avec la belle. Le producteur, la bête, bouffe la belle.

La réalité et la métaphore cohabitent dans Le Mépris, ce qui en fait un formidable film. L'histoire d'Homère filmée par Lang est celle de Paul et Camille.  Lang est une emblème vivante dans ce film. Voilà un homme qui a tourné avec Dietrich et qui a fui l'Allemagne quand Goebbels lui a demandé d'être le cinéaste d'Hitler.
"L'oeil des Dieux a été remplacé par celui du cinéma" dit Fritz Lang/Jean-Luc Godard. Toutes les lignes de Lang sont de Godard, pas de Moravia. C'est JLG qui parle au travers de son idole. Et nos Dieux, 53 ans plus loin sont bel et bien sur écran. Petits ou grands.

Le Mépris est aussi un film sur le langage, qui, pour un traducteur comme moi, fascine. Francesca, jouée par la jolie Georgia Moll, est un personnage précurseur de l'économie globale actuelle. Elle y parle français, allemand, anglais et italien. Godard, rusé renard. avait utilisé la stratégie de l'interprète afin de s'assurer que les producteurs et les distributeurs ne choisissent pas de doubler son oeuvre. "Des producteurs, je pourrais vivre sans" clame Fritz Lang dans la seule séquence de nuit. C'est bien sur Godard qui parle.

Godard est l'un des premiers réalisateurs à fournir l'effort de digérer le cinéma d'avant pour en faire du cinéma en soi. C'était tout le charme de la nouvelle vague française. C'est aussi ce qui fera le charme beaucoup plus tard de la bande à Scorcese, Spielberg, Copolla, Allen, Lucas et DePalma,

Le Mépris est un splendide déploiement par A + B, d'abord sous la main du brillant Moravia en livre, puis sous la direction du fameux JLG devant la caméra, que tenter d'altérer la vision de l'autre sur soi-même est presque toujours une bataille dans les sables mouvants où tout le monde s'y noient.

Godard prenait le parti pris du personnage de B.B. Raoul Coutard, le directeur photo, dira que JLG paraissait seul et triste sur le tournage, et que Le Mépris était en quelque sorte sa lettre d'amour à Anna Karina.

J'ai dû voir le film 5 fois et savoure encore le chef d'oeuvre chaque fois.

J'ai revisité Le Mépris quand l'affiche du 69ème Festival de Cannes, une beauté signée Hervé Chigioni, rendant hommage au film de JLG, m'y a fait penser.

Le prochain Festival de Films de Cannes se tiendra du 11 au 22 mai.

*En réalité, décor dessiné par un écrivain italien inspiré: Curzio Malaparte

vendredi 22 avril 2016

Prince Rogers Nelson (1958-2016)

"Dearly beloved..."

Prince est né à Minneapolis au Minnesota d'un père pianiste et compositeur et d'une mère chanteuse de jazz. Son prénom est tiré du nom de band de son père Prince Rogers Trio. Toutefois enfant, on le surnomme, Skipper.

Vers 7 ans, Prince écrit sa première chanson "Funk Machine". Trois ans plus tard ses parents se séparent et il passe une adolescence tiraillé entre père, mère, beau-père et belle-mère. Il s'en confessera en partie dans son film Purple Rain. Il trouve foyer d'accueil chez des voisins, des Andersons, dont le fils, Andre, a sensiblement l'âge de Prince et s'en fait son meilleur ami. Andre deviendra bassiste. Prince à la guitare, au piano et au chant et Morris Day à la batterie, voilà: Grand Central, un premier band. Le band s'influence de Sly & The Family Stone, James Brown, Earth, Wind & Fire, Miles Davis, Jimi Hendrix, George Clinton, Parliament, Funkadelic, Santana et Todd Rundgren et se rebaptise Champagne. Dans le look de Prince, on y voit très certainement une influence de Little Richard.

Prince co-écrit professionnellement alors qu'il n'a que 16 ans. À 17, demo en poche, il réussit le tour de force de se faire signer par Warner Brothers. Un baptême professionnel un peu hâtif. Le jour de ses 20 ans, Prince lance son tout premier album où il y joue seul, de 27 instruments. Un an plus tard, il se fait remarquer pour le premier single tiré de son second album. Sur cet album, son ami Andre Anderson (Andre Cymone dans le domaine artistique) y joue.

Dès son troisième album, Prince enregistre de son studio personnel à la maison. Il gardera un contrôle jaloux de ses affaire toute sa vie. Les thèmes sexuels abondent dès son troisième disque, mais ce qui est une véritable richesse pour Prince, c'est aussi qu'il se découvre un talent pour écrire pour les autres. Il se rendra riche avec les droits d'auteurs très tôt. Ses trois premiers albums établissent des thématiques érotiques explicites qui ne le quitteront jamais. Controversy est son quatrième album en trois ans et Prince se déclare épanoui. Le violet étant prétendument la couleur de l'épanouissement absolu, il commence à le porter en presque permanence.

Le prochain album sera un album double, avec son band The Revolution et contiendra son plus gros hit jusqu'alors.

The Revolution sont Lisa Coleman & Doctor Fink aux piano/synthétiseurs, Bobby Z. à la batterie (généralement électrique), Brown Mark à la basse et Dez Dickerson à la guitare. Jill Jones est choriste. Dickerson quitte pour des convictions religieuses et sera remplacé par une amie d'enfance de Lisa Coleman, Wendy Melvoin.

1983 est une année charnière pour Prince. Il cimente son band et compose un album culte tout en en écrivant le film, dans lequel il joue avec ses amis. When Doves Cry, Purple Rain, Let's Go Crazy, trois titres qui marqueront les années 80. 1984, il côtoie Micheal Jackson dans les goûts populaires. Avec ce seul album, il se place dans l'histoire du pop.

Prince multiplie les projets pour les autres.

Les propos de Prince sur disque sont jugés si sexuellement directs qu'ils donnent naissance au collant "avertissement aux parents: contenu explicite" sur les pochettes.

Maintenant riche, il se bâtit un manoir qui sera aussi un studio personnel et une étiquette de disque: Paisley Park. Prince agit déjà en dilletante et lance un album double sans publicité et sans single car il veut que le public découvre l'album comme une entité entière. On finit par céder sur un single.

En 1986, Prince s'aventure encore en film, mais cette fois il réalise aussi le film qui sera une catastrophe. La trame sonore fait toutefois effet. Principalement pour une seule chanson. Prince avait d'abord écrit Kiss pour le band funk Mazarati qui l'a fortement retravaillée pour lui donner la forme finale. Prince l'a tant aimée qu'il l'a réclamée pour lui-même. Le hit sera immense. Son plus gros. Ce sera le dernier album avec The Revolution.

Les Bangles rendent Prince plus riche la même année.

Wendy & Lisa sont toujours complices de Prince mais sous le nom de Camille, puis, Wendy & Lisa... Prince, en feu, veut sortir un triple album, mais on le force à en faire un album double. Sheila E. , un projet signé Prince, s'installe aux percussions. Avec U Got The Look, chanté en duo avec la très hot Sheena Easton, Prince goûte à son dernier succès populaire.

L'album suivant est son moins vendeur depuis 1982. Avant l'enregistrement de celui-ci, Prince avait enregistré The Black Album où il expérimentait avec le hip hop et rap, mais il se fait peur lui-même, se convint que cet album est le mal incarné et devient hanté par des élans spirituels.

Prince perd beaucoup d'argent en tournée. Il écrit pour Madonna, joue de la guitare pour elle sur trois autres morceaux. Il signe un morceau imbuvable pour le film Batman. Prince ne se dompte pas et signe et réalise un autre film qui sera un bide. Il s'agit d'une suite de Purple Rain. La trame sonore sera aussi sans effet particulier.

Son album suivant mettra en vedette son nouveau band The New Power Generation. Voulant briser ses liens avec Warner Brothers avec lesquels il ne s'entend plus. il devient un symbole imprononçable. Ou The Artist Formerly Known As Prince (TAFKAP).

TAFKAP lance un dernier album avec The New Power Generation. Une catastrophe commerciale. Heureusement, un morceau signée de sa main et repris par Sinead O'Connor le garde au goût du jour

The Black Album est finalement lancé, mais en copie limitée. L'album suivant sera son pire vendeur à vie. 1994 lui est pénible Paisley Park Records ferment les livres.

Largement irrité par youtube qui est tout à fait en mesure de filtrer la porno ou l'immoralisme, mais incapable de filtrer les droits d'auteurs de ses morceaux, il mènera un lutte féroce contre la diffusion de tout son matériel, pratiquement introuvable sur les chaînes de vidéos populaires (comme Bob Dylan et Arthur H).

Dans les 20 années qui suivront, Prince enregistre et lance pas moins de 23 albums qui ont peu d'échos pour la plupart, sinon chez les fans purs et durs.

À partir de 1996, il coupe ses liens avec Warner Brothers et distribue alternativement. En 2000, il laisse tomber le symbole et redevient Prince.

Petit de taille, il aura été énorme avec ses 100 millions d'albums vendus dans le monde, ses 7 Grammys, son Golden Globe, son Oscar de la meilleure chanson de film et son empreinte sur les années 80, le funk, le soul, la pop, le rock, du Minnesota à travers la planète.

Il y a un mois, jour pour jour hier, il était au Théâtre Maisonneuve à Montréal en spectacle.

Hier aussi, on le retrouve mort dans un ascenceur de Paisley Park.
Les opiacés ne seraient pas étrangers à sa mort.

Nous connaissons le bruit des colombes quand elles pleurent grâce à lui.

Bonne nuit, Purple Prince

jeudi 21 avril 2016

La Caricature Efface le Préjugé

Dans moins de 4 mois, les yeux du monde entier seront tournés vers Rio pour y accueillir les Jeux Olympiques d'Été.

Ce sera un pays hôte sans Président ou avec une nouvelle tête toute neuve qui accueillera la planète.

Car c'est aussi Rio qui se regarde en ce moment, qui fait le ménage avant la grande visite et qui implose politiquement.

Dilma Rousseff a été remplacée par son vice-président Michel Temer. Dans une session excessivement mouvementée et pleine d'émotion criardes, on a voté pour la destitution de Madame Rousseff  "pour la paix à Jérusalem", "pour les camionneurs", "pour les francs-maçons du Brésil" et "parce que le communisme menace le pays" (ce qui est faux). En somme, on voulait faire comprendre que peu importe la raison, Madame Rouseff devait partir.

Et elle partira. Mais laissant quoi comme bateau derrière?

L'Opération Lava Jato (opération lave-auto) commence en mars 2014. Il s'agit d'une enquête sur une affaire de corruption et de blanchiment d'argent impliquant notamment la société pétrolière publique Petrobas. Les faits reprochés incluent des commissions pour des personnalités politiques en échange de leur implication dans des contrats publics surfacturés. L'affaire concernerait un volume de 3,5 milliards de dollars ce qui présente un scandale d'un ampleur inédite au Brésil. Dilma Rousseff prétend n'avoir jamais été mise au courant et n'avoir rien vu de reprochable se produire et se prétend aussi outré que le public de ce qui a été découvert. Ce qui est, comme Présidente et selon l'avis de ses proches, impossible. Le "petrogate" a mené à l'emprisonnement des directeurs des entreprises OAS, IESA oleo Gas, Camargo Corréa Construçoës, UTC et Construtora Quieroz e Galvao ainsi qu'un des ex-directeurs de Petrobas.

Fin 2014, début 2015, la valeur des actions de la société pétrolière s'écroule à la suite de la révélation du scandale. Moody's place alors Petrobas dans la catégorie des valeurs spéculatives.

L'enquête a mis en lumière une pratique de corruption qui, un peu comme chez nous, semblait être devenue la norme.

Contrairement à plusieurs autres politiciens, Dilma Rousseff n'était pas elle-même accusée directement de quoi que ce soit. Sinon d'aveuglement volontaire à la Gérald Tremblay. Mais madame Rousseff était une Présidente impopulaire et considérée comme Francois Hollande faible. L'économie Brésilienne stagne en raison, entre autre chose, de la baisse des prix du commerce intérieur et en raison de mauvaise gestion économique répétée durant son premier mandat. Elle aussi, a alors misé sur l'austérité, ce qui en fait une victime toute désignée pour éponger la colère populaire.

Sa destitution est l'apogée d'une rage grandissante depuis deux ans. C'est comme l'épisode final d'une série télé qui "se termine" avec éclat. Ça montre aussi à tout les politiciens en herbe tentés de plonger leurs mains dans la corruption pour le futur, que le public scrutera ses moindres faits et gestes. Que le peuple Brésilien a l'oeil ouvert.

Mais ceux qui ont mené le mouvement de destitution contre Madame Roussef sont aussi sous enquête. Ce qui rend tout ça plus brouillon. Ils ont tout intérêt à faire tomber le patron afin de jeter la lumière ailleurs que sur eux-mêmes. Ce sont une cinquantaine de polticiens du parti de Roussef qui sont sous enquête. Ils espèrent, en faisant tomber la grande chef, que leur peine puisse être elle-même, réduite.

La tête du serpent a été coupée prétendent-ils.

Il souhaitent éviter la prison, et tout comme leur chef, au pire, simplement perdre leur emploi.

Mais Roussef compte se battre pour rétablir sa crédibilité politique. Et sa chute n'est pas la conclusion logique d'une belle histoire. De l'aube d'une nouvelle ère que symbolisait son élection en 2010, son histoire est devenue celle du cliché du politicien corrompu, grisé par le pouvoir qu'il avait en main.

Une plate et de plus en plus courante histoire de filou.