jeudi 6 juin 2013

Tutal

Mon vaisseau a atterri sur l'île de Montréal en 1992.

Ce n'est probablement pas plus tard que l'année suivante que les trois colocataires étudiants que nous étions savions déjà que Laval était l'épicentre de la corruption. Pourquoi? parce que nous avions des oreilles et de yeux. Parce que nous étions étudiants, pas juste scolaire, d'abord et avant tout étudiants de la vie en société.

Et nous apprenions que pour tricher en toute impunité, il fallait s'exiler vers le Nord, ça allait de soi. C'était d'abord une rumeur, une blague comme on en fait sur les newfies, mais inévitablement, du maire à la jeune fille qui prenait l'autobus pour se rendre downtown à partir du jeudi, les gens de Laval avaient une tolérance à la magouille naturelle. C'était entendu.

Je me rapelle encore avoir jasé avec cette infirmière de la Cité de la Santé de Laval, j'étais alors célibataire et je voyais bien qu'elle me travaillait après une soirée bien arrosée pour que nous allions nous allonger ensemble quelque part. Je me rappelle que tandis qu'elle me négociait une possible nuitée, moi je lui parlais surtout de sa ville. J'étais bourré de préjugés et je tentais de démystifier le vrai du faux. Le simple fait qu'elle soit originaire de Laval la plaçait dans la catégorie des filles qui ne pouvaient tout simplement pas m'intéresser. Elle s'en était pris verbalement à moi en fin de soirée tentant de me faire dire ce que je n'avais jamais promis: que je lui devais un lift à Laval. Oui, elle était italienne...Non je ne lui ai pas fais de lift. Je n'étais pas cocher de carosse.
Il y avait quelque chose dans ce (alors futur) 450 qui m'agaçait profondément et c'était probablement ce qui m'agaçait aussi chez certaines personnes du 418 dont j'étais issu: le manque d'envergure.

À Québec, j'habitais à 30 minutes de marche du centre-ville. Bien souvent, je m'y rendais à pied afin de rejoindre mes amis (qui habitait relativement près aussi) quand nous sortions en ville. Sortir en ville pour moi et mes amis n'était pas une extension tellement plus grande que de se rendre à l'école. Nous allions à l'école de la vie. La proximité ne rendait pas la sortie terriblement exceptionnelle, c'est ce que nous en ferions de cette soirée qui rendait l'ensemble mémorable. Quand nous rencontrions des filles/des gars de Charlesbourg/Beauport/de la Rive-Sud, nous rencontrions des gens qui semblaient simplement se féliciter de tout simplement sortir en ville. Il y avait comme une sorte d'émerveillement béat qui les rendait gagas. Comme si l'idée d'être en ville en soi, un samedi soir, était une folie d'une telle ampleur que ça engourdissait toute initiative autre que l'acte de présence. Alors tant qu'à rester debout, après être resté planté émerveillé à regarder les lumières en prenant un drink, ses gens dansaient. Sans se parler. Ils dansaient toute la soirée. Et repartaient en s'échangeant peu de mots. Mais après avoir beaucoup crié, dansé et chanté. Entre Gurdas/Gurdés.

Les filles de Laval trempaient dans les mêmes eaus à nos yeux. Sortir à Montréal, c'était la grosse activité qui, à sa simple évocation, allait donner des frissons aux filles avant de les rendormir dans la platitude leur ville sans envergure. C'était du pur snobisme injuste de ma part. Je ne connaissais pas la ville du tout et la jugeais selon ce que mon instinct me commandait. J'avais quand même eu une amoureuse originaire de Chomedey quelques mois avant, alors que j'étudiais dans le 819, qui m'avait en somme aussi enligné sur ce type de cheminement mental mais bon... Les rumeurs sur le banditisme pouvait donc être aussi de l'ordre du jugement injustifié.

Toutefois quand j'ai travaillé dans un magasin de musique & livres de 1995 à 1997, je travaillais à Laval, sur le Boulevard au nom d'un grand architecte Français. Un architecte controversé, justement...J'étais donc dans les loges pour rencontrer TOUS types de lavalois, je travaillais dans le service à la clientèle.

...

Si j'avais quelques préjugés auparavant, LÀ, ils se sont tous confirmés.

Je travaillais avec de très belles filles mais qui semblaient coincées en 1964. Elles avaient des photos d'elle-même en train de sourire à Dieu. Vous savez cette tête qui regarde le ciel tout en sourire de côté avec une main près du visage afin d'accueillir le tout puissant...Et les clients...Holàlà...Ça m'a dégoûté du service à la clientèle à vie.

Bien que je m'étais juré à l'époque de ne jamais habiter la région, par amour, j'y ai acheté en 2002. L'ironie veut que l'argument principal de la belle était: Montréal n'est pas une ville pour élever des des enfants...HA!

Et après plus de dix ans, j'ai pu être témoin à tous les niveaux et à toute heure du jour de ce que l'on raconte sur la mafia et du naturel avec lequel la crosse est une seconde nature dans la région. Si vous saviez le nombre de gens qui se sont pointés pour faire mon asphalte, c'en est une véritable caricature.

"M'a t'lé faire tout d'swuite ça va prendre just oune heure, mon chum, porkéséfaire tou veux pas? C'mon! "

Dans les arénas ou les clubs sportifs, les commissions scolaires, c'est encore plus absurde.
Money speaks, that's all, mon chum.

Alors que tant de gens aient su, et que malgré tout, cette corruption ait pu se maintenir pendant des décennies: pas anormal du tout. Des têtes de crapules comme ça, il y en a des tonnes par chez nous.

Que la ville soit maintenant sous tutelle, n'est synonyme que de jour de vraie collecte des vidanges.


Vous vous rappelez du MacLean qui avait fait sa Une avec la province la plus corrompue au pays?
Vous vous rappelez de la commotion que ça avait créé chez nous?

Vous défendriez notre province aujourd'hui?

J'avais une bonne dose de mépris pour la ville que j'habite.
Je l'ai toujours semble-t-il.

mercredi 5 juin 2013

Fredéric Othon Théodore Aristidès (1931-2013)

C'est le druide de la potion de l'imagination de mon enfance qui s'est éteint le 2 avril dernier.

Fred naît à Paris de parents d'origine grecque. Il se plaît à raconter que sa grand-mère maternelle, fuyant avec ses enfants la guerre en Grèce en 1917, s'arrêtant à plusieurs reprises pour boire un coup avec des amis, manqua son train qui explosa sur une mine, ne laissant aucun survivant. Il devait donc son existence au sens de la fête et de l'amitié, ce à quoi il s'appliquera toute sa vie.

Enfant, il découvre Le Journal de Mickey et se passionne pour Oliver Twist, Shéhérazade, Oscar Wilde, Edgar Allan Poe, Robinson Crusoé, Cadichon, Jack l'Éventreur, autant de références qui orneront plus tard son œuvre à plusieurs reprises. Il a un moment d'épiphanie quand il découvre chez l'éditeur du journal Robinson des planches abandonnées de Mandrake le magicien et de Popeye le marin: Il dessinera lui aussi.

À 15 ans, il débute par des dessins d'humour dans OK. Il publie sa première BD dans le courrier des lecteurs d'un journal pour enfants puis, étudiant au quartier latin, participe à plusieurs publications aujourd'hui très recherchées. En publiant pour des revues plus connues dans les années 50, il fait la rencontre de plusieurs amis qui fonderont avec lui le journal bête et méchant Hara-Kiri. C'est là qu'il produira le début de son œuvre et qu'il crééra déjà plusieurs personnages et histoires qu'il reprendra par la suite (le Manu-Manu (la main) entre autre).  Fred développe un esprit assez mordant, souvent noir, mais également une critique de l'esprit bourgeois (symbolisé par l'homme au cigare : attiré par l'argent, à l'opposé de l'artiste, en faveur de l'autorité et n'aimant pas la différence), esprit bourgeois que Fred stigmatisera dans toute son œuvre.

En 1966, Hara-Kiri cesse de publier. Fred va d'abord proposer quinze planches au magazine Spirou, qui les refuse. Il tente alors sa chance au journal Pilote où René Goscinny accepte de le publier. Le mystère de la clairière aux trois hiboux met pour la première fois le personnage de Philémon en scène. Les lecteurs du journal écrivent pour dire qu'ils détestent. Les dessins de Fred sont alors écartés et il fera pendant un temps des scénarios pour les autres. 

Il y a deux hypothèses quant à la façon dont il eut l'éclair de génie qui fît naître l'univers de Philémon. La première veut que Fred ait eu cette idée alors qu'il prenait son bain, s'interrogeant sur l'endroit où l'on va quand on est aspiré par le tourbillon de la baignoire qui se vide*. L'autre veut que c'est en vacances qu'il ait eu cette idée : alors que son fils de dix ans Éric lui réclamait une histoire, il se met à l'imaginer en se servant des objets qui l'entourent, notamment une bouteille, une maquette de bateau et un abat-jour (qui deviendra une lampe naufrageuse chez Philémon). Goscinny accepte que Fred dessine cette histoire, quinze Philémon seront alors publiés jusqu'en 1987. Ce sera la série-phare de l'auteur qui compose la plus grande partie de son œuvre. 

Série commencée l'année de ma naissance, découverte quelques 6 ou 7 ans plus tard, je dévorerais son univers jusqu'au dernier album de la collection lancé en février 2013.

Fred publiera en parrallèle d'autres histoires avec le même esprit un peu misanthrope et définitivement poétique. Il écrira aussi pour Jacques Dutronc**, un ami qui lui voue une admiration réciproque à celle que voue Fred au rouquin mari de Françoise Hardy. Il fera plus tard deux livres-disques pour enfants avec Dutronc: La Voiture du Clair de Lune et Le Sceptre. Il écrira aussi pour Terry Gilliam, sans le sou à Paris, mais leur projet ne verra jamais le jour. En 1988, il publie un livre-hommage à Jacques Brel imagé de son talent de dessinateur. Boulimique en 1991, il écrit 35 scénarios pour des courts métrages réalisés entre autre par Daniel Vigne, Jacques Rouffio et Gérard Zingg.

Il fait alors une grave dépression et inspiré de son séjour en psychiâtrie, il publie L'Histoire du Corback aux Baskets qui lui vaudra l'Alph'art du meilleur album à Angoulème en 1994. La série Philémon avait aussi raflé le Grand prix de cette même ville en 1980, phénomène extrêmement rare pour ses deux hautes distinctions de la BD francophone.

Après avoir longtemps vécu à Puiseux-le-Hauberger, Fred s'installe dans une maison de retraite à Domont.

En janvier 2012, il est présent au Festival d'Angoulême, où il visite l'exposition qui lui est consacrée où il avoue avoir envie de terminer le dernier album de Philémon, dont les premières pages sont déjà dessinées. Cet album intitulé Le Train où vont les choses sort le 22 février 2013, et est annoncé comme le dernier de la série. (une bd pour initiés si vous voulez pleinement le savourer)

Si vous plonger dans l'univers enchanteur de Philémon, je vous suggère de les lire dans l'ordre en commençant par Avant La Lettre qui, bien que publié en 1978, est réèllement le premier de la série narrative.

Sinon vous risquez de vous y perdre. Mais il a toujours été bon de se perdre avec Fred.
Merci la vie pour Fred et son imagination.
Nous sommes tous un peu naufragés de toi maintenant.

*Ironiquement je scénariserais cette même idée en 1996, l'histoire d'un homme fuyant par le trou du bain, sans même savoir qu'une de mes idoles s'en serait lui-même peut-être inspiré!

**Cette ligne et ses dérivés, "Le fond de l'air est frais", est récurrente dans la série des Philémon.

mardi 4 juin 2013

Clinique Fellini

Monkee est fait en papier. Deux fois il s'est cassé les poignets en 4 ans. Une fois le gauche et la seconde fois le droit. Les deux fois en tombant bêtement dans l'herbe mouillée se soustrayant à quelques mois de masturbation adolescentine. Il s'est aussi blessé aux côtes et au dos en jouant au hockey. Il pourrait se blesser en éternuant.

Lorsqu'il a couché chez ma mère récemment, il s'était relevé le lendemain avec une sorte d'entorse au poignet. J'ose croire que la masturbation n'y est pour rien (chez Mamie! Please!). Nous avons d'abord blâmé la position croche dans la nuitée ou le rêve de lutte avec Jennifer Lawrence se terminait par une position où le corps de Monkee aurait écrasé son propre poignet pendant plusieurs heures. Mais au 5ème jour, alors qu'il ne pouvait faire aucun sport à l'école et qu'il avait sauté deux séances de hockey, alors que le douleur persistait, il fallait faire quelque chose. 

Nous avons donc choisi de faire un séjour à la Clinique Fellini. Parce que quand on va consulter du spécialiste, c'est une vingtaine d'heures qu'il faut se planifier à produire du rien. Il faut éviter l'urgence à l'hôpital car là, on parle en terme de totale innefficacité plus ravageuse encore, on parle de jours et de semaine d'attente.

Sur place, arrivés dès l'ouverture à 7h00 (bien que sur la porte ce soit écrit 8h mais nous étions dans le secret des Dieux) , nous étions 14ème à passer (...pas tout seul dans le secret des Dieux...). Good! seulement 5 heures d'attente! Toutefois, Monkee et moi, après deux heures des deux petits garçons qui n'ont pas cessé de courir en se bousculant et en criant, s'éloignant toujours mieux et avec une énergie renouvelable et solidement vocale de leur mère parfaitement débordée et qui mourra assurément à 31 ans à ce rythme, étions crevés. Nous suivions leurs course comme on suit un match de tennis au niveau du filet. Je venais pour le poignet de mon fils mais là j'avais un peu mal au cou à mon tour.

7 heures plus tard, nous avons vu Docteur Berg qui nous as dit en gros "bah j'sais pas...faudra passer une radio et on verra, revenez demain, parce que là il est trop tard, c'est fermé".

Le lendemain on est arrivé 3ème au matin pour la radio. "Mettez votre feuille de demande de radio dans le panier avec la carte d'assurance maladie" a dit la jeune femme au teint d'Afrique du Nord avant de s'enfoncer dans la salle noire pour prendre les radios. Monkee et moi avons pris place assis à attendre. Et à entendre tous les mots d'esprits que lançait un boomer concupiscent à la jeune fille qui le prenait en photo à moitié nu. Il savourait pleinement le moment. Comme les 5 "clients" suivants arrivaient devant un bureau d'accueil vide, ils étaient plutôt désorientés sur la démarche à suivre. Les deux premiers, je leur ai dit quoi faire: "Feuille et carte, là dans le panier" Au 3ème, je n'étais pas salarié, j'ai fermé ma gueule. On m'a regardé comme si je faillais à la tâche et moi j'ai regardé le con qui me regardait avec les yeux du guichetier d'un métro qui vous dit du regard "avale ta face, imbécile".

On a passé un autre 5 heures sur place avant d'être coincé entre deux malades pour se faire dire par le même docteur Berg mais avec une haleine de scotch cette fois, "Bah j'sais pas...je vois rien sur les radios". Il a dit ça en regardant 4 pieds à côtés de moi.
"Vous...vous nous parler à nous?" ai-je demandé, incertain. Il y avait tout de même un des deux garçons de la veille, de retour lui aussi ce jour-là qui, incontrôlable, s'était faufilé dans la petite salle avec nous sans raison. Et c'est lui que le docteur Berg regardait en disant qu'il ne voyait rien. C'est aussi à lui qu'il a donné la feuille de recommandation de consultation en médecine sportive pour mon fils "au besoin...peut-être possible en 2015 si vous tentez de prendre rendez-vous tout de suite..." avant de se cogner le nez sur la porte fermée derrière lui et de jurer en anglais.

"Mais serais-ce nécessaire selon vous?"
Il a ri et est parti, titubant. Le docteur Berg aime bien le public devant lequel il se produit mais il ne se mêle pas trop au spectapayeur.

Le lundi suivant le gouvernement me rappelerait que je devais payer mon 200$ pour les piteux 'pitaux.

Si au moins ils y vendait des friandises ou nous passait des trilogies sur leurs petites télés toujours fermées...

Je ne pouvais pas avoir une note du médecin pour exempter mon fils de son cours d'éducation physique pour une semaine.
C'était 7$ me disait la fonctionnaire de la santé. Comme toujours j'avais pas un rond. Je lui ai laissé mon livre de John Dos Passos que j'avais payé 7$ en échange du griboullis du docteur, j'étais perdant au change car je la rendais intelligente et elle m'abrutissait.

Quand on a quitté la clinique j'ai croisé un âne tenu en laisse par un nain au gilet rayé bleu et blanc. Deux jongleurs aussi. Un caddy cherchant son joueur de golf et un agent de voyage. Une danseuse cubaine. Un bar, pour le personnel seulement. Et Angus Dundee en personne, les mains pleines.

Une semaine plus tard la douleur le tenaille toujours dans le poignet et, trois nouveaux matchs de hockey sacrifiés et une centaine de dollars de moins dans nos poches, rien n'est réglé.

lundi 3 juin 2013

Un Pot de Confitures de Pêches de Vigne au Pinot Noir

Je donne rarement dans l'écriture culinaire.

J'ai des idées arrêtées sur le manger.
Brièveté, toujours. Cette chronique sera d'ailleurs brève.

Manger est un plaisir jamais facile à partager. Personne n'a le même palais, ni le même nombre ni la même qualité de papilles gustatives. À mon avis tous le concours culinaires (et la dégustation de vin) sont tout à fait n'importe quoi. On ne peut pas tous scorer à la même place avec nos plats (nos bouteilles) parce qu'on est tous construits différemment. Je ne vous emmerde donc jamais avec des plats, que je cuisine mal de toute manière.

Jean Barbe,  le grand Gabriel Garcia Marquez, Cormac McCarthy, même mon idole Fogo, à qui j'ai piqué le titre de cette chronique, m'ennuient profondément quand ils s'étendent su' le manger.

Si manger c'est comme faire l'amour, dans mon cas lire les autres sur le sujet, même les voir à la télé c'est comme regarder les autres baiser. (paradoxalement je peux passer des heures à baiser...)

J'ai essayé de voir par deux fois La Graine et le Mulet et je ne me me suis jamais rendu à la fin. Ces mains dans le couscous tout le temps, les scènes autour de la table, c'est personnel je sais, mais je trouvais in-sup-por-ta-ble. J'ai longtemps boudé le cinéma français, dans les années 80 surtout, parce que les scènes de repas se multipliaient d'un film à l'autre. "passe-moi le beurre" était devenu une blague entre scénaristes référant à la médiocrité des dialogues dans mes années d'études.

Manger est toujours une question d'équilibre, et personne ne tient de la même manière comme funambule sur le fil alimentaire (ooooooooh les métaphores Jones...ça va...)

Mais je dois quand même confesser...

...que ce samedi-là...

...les fusillis que j'avais d'abord gardé pour une salade, je les ai cuisiné servis avec une onctueuse sauce aux fruits de mer, et les ai ingurgités avec une bière blanche bien de chez nous (2 fois les fusillis, 9 fois la bière: équilibre)




ZANGES

...et j'ai résisté à l'envie de vous l'écrire en prose sensuelle qui fait toujours patate.

J'ai préféré en faire une courte chronique plate.

Bruip!

dimanche 2 juin 2013

L'Histoire de Val & Jérémie (et du petit Gaby)

"Nous étions si bien, si heureux, pourquoi nous?"


Des milliers de parents se sont un jour posé cette question.

En visionnant un film des frères Dardenne, un excellent film des frères Dardenne, il y avait au préalable, des bandes annonces. Souvent, un film en attire un autre. C'est comme les gens dans la vie, on se ligue avec ceux qui nous ressemblent. Qui se ressemble s'assemble*. Avant le film des Dardenne brozers, il y avait donc une bande-annonce de film de guerre. La pire des guerres. Le montage m'a happé. La trame sonore aussi. J'ai donc aussi pigé dans la vidéothèque locale pour me le procurer et m'en satisfaire le cerveau.

Avant le film, quelques autres bandes-annonces...oulàlà...pas mon genre mais pas mon genre du tout...de la guimauve autour du feu, du sirop d'érable au déjeuner, du café avec Marc Lévy, du Rafaëlle Germain, du TVA, nonononon...les bandes-annonces trahissent parfois le film à venir. Je ne suis pas du public auquel s'adressait les bandes-annonces. Toutefois, à la fin, la bande-annonce du film des frères Dardenne dont je vous parlais plus haut. Et celui-là je l'avais aimé. Ce n'était donc pas peine perdue.

Mais voilà, le film démarrait et après 20 minutes, le film me tombait légèrement des yeux. J'ai alors pris la tablette de Ipad qui traînait à mes côtés et j'ai pianoté dessus. M'informant du film que je regardais au lieu d'aller couper une branche sur le terrain derrière comme mon statut de banlieusard à la con me l'ordonnait (mais vous savez moi les ordres...pfff!).

Holà...Ce que je regardais racontait la bataille d'un couple de jeunes parents pour sauver leur petit garçon d'une tumeur rare au cerveau, film qui a surtout la particularité d'être écrit, réalisé et interprété par ces mêmes parents qui ont vécu la dite histoire.

Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm.

Tous deux comédiens français, ils ont vécu l'enfer de l'injustice aléatoire par rapport à la santé de leur enfant naissant. Au chapitre 10, j'avais besoin d'une éponge afin de sécher mes larmes. Beaucoup plus loin, je nous voyais, l'amoureuse et moi en plein party, avec nos amis, mais avec 97% moins d'épreuves en banque que ce que ses deux-là on pu traversé. Pour moins que ça, les gens se désunissent. C'est un film dur, mais un film beau aussi. On oscille entre les larmes de joie et la peine partagée. La trame sonore, qui va de Vivaldi à Higelin et Laurie Anderson en passant par Morricone est impeccable. La réalisation de Valérie Donzelli fort habile. Très très beau. Fort touchant. En revoyant la bande-annonce les larmes me sont montés aux yeux. C'est touchant une équipe amoureuse.

Une splendide réussite qui nous reste en tête et au cœur.

On voit la séquence finale et on voudrait se la jouer en famille.
Mais on se passerait de tout ce qu'ils ont dû traverser comme épreuves.

Voilà un autre témoignage qu'il n'y a pas de Dieu et que rien n'est écrit.
Sinon des injustices du genre n'existeraient pas.

Ce film est tout le contraire d'une torture.
Ce film est amour pur.

C'est un film qui nous rend meilleur Homme.

C'est le 10ème anniversaire de ma fille aujourd'hui.
J'ai dû lui montrer 150 fois dans la journée à quel point elle comptait pour moi.

"Lâche-moi papa!"

Jamais.

*Ça s'apelle les films Séville, ça s'épelle t-a-l-e-n-t.

samedi 1 juin 2013

Bonheurs & Irritants

J'ai toujours détesté le mois de mai. Dieu merci, il est terminé.

Je ne suis pas seul, Ian Curtis, Dédé Fortin et combien d'autres, se sont tous enlevé la vie dans ce mois difficile.

Ce matin-là , en sortant les vidanges un des sacs, celui contenant la litière, a percé et a laissé une longue trainée de poudre sur 30 pieds entre la porte de garage et le trottoir. Sous la pluie battante, j'ai commencé ma journée en aspergeant à l'arrosoir la litière fugitive. Restait encore des tonnes de petites graines vers 9h00. Fallait que j'arrête, on m'attendait ailleurs.

J'avais un xème rendez-vous avec l'ergothérapeute. Je me croyais guéri. Cibole, encore trois semaines de port de maillet traumatique et d'exercice...Ce qui m'a à moitié consolé ce jour-là c'est que mon cheveux fin, source éternelle d'insatisfaction, se portait bien sur ma tête. J'ai trouvé la recette pour aimer mes cheveux. Les shampooiner sous la douche, les exposer à la pluie fine, les exposer au grand vent à 8 degré Celsius pendant 15 à 20 minutes. La journée doit aussi avoir un facteur d'humidité de plus de 50% et des vents soufflant de 22 à 36 km/h. Facile. Je sais quand et comment me rendre beau.

Le hasard a voulu que j'ai entre les mains le premier long métrage du réalisateur québécois Sébastien Pilote quand j'ai entendu à la radio qu'il venait de rafler un prix à Cannes pour son deuxième effort. J'ai écouté son film. Dès la quatrième minute j'étais gagné. Voilà enfin quelqu'un qui a compris la valeur et l'unicité de notre hiver sur grand écran. Quand tous les acteurs secondaires (Jean-François Boudreau et Nathalie Cavezzali entre autre) sont aussi parfaits que dans son film, c'est que le réal. a du flair. L'ami Oli travaillait au son sur ce somptueux effort.
Ça fait oublier la rage de voir une bande-annonce, vue avant le film de Pilote, annonçant le film d'un autre ami sans jamais mentionner son nom.
"...du co-scénariste de Québec-Montréal et L'Horloge Biologique"...

Oui...mais encore? Qui est cet homme?

Moi je sais qu'il s'agit d'un film de Jean-Phillipe Pearson, puisque comme je l'ai dit c'est un ami, il s'agit de son premier film en tant que réalisateur, il était d'abord scénariste. Son film, il l'a écrit et tourné. Mais vous ne le saurez que si vous faites pause sur un générique de fin de bande annonce qui ne met en valeur que le producteur. Le seul qui a son nom aussi dans la bande-annonce, (sans acteurs non plus j'imagine) . Ou si vous le lisez ici.

Le cinéma appartient parfois peu aux artistes. Mais j'ai aussi vu la bande annonce du prochain Coen & Coen et j'ai entendu de l'impensable à la radio sur les ondes de la radio-poubelle de Québec, et là j'ai su que OUI! le bonheur existe!

Nous sommes sur une certaine tension depuis la fin avril car nous changeons la toile de notre piscine creusée. Ils sont bien venus l'enlever mais ont prit une éternité à venir prendre les mesures de la piscine. De mauvaises communications en communications pires encore, on ne sait même pas si on l'aura d'ici la mi-juin. Il fait caniculaire et on est là, à regarder le ciment bêtement...

Un cardinal, qu'on s'est toujours à la rigolade imaginé être mon père réincarné,  (car il se pointe toujours dans des moments importants pour nous), est passé régulièrement sur la clôture de la piscine.
Tout ira bien chantait-il. Tout ira bien.

Le voisin qui fait des phrases sans verbe, s'est ouvert à moi comme jamais. Il est venu me parler du deuil de sa femme. Non, elle n'est pas morte, le couple a perdu leur chien qu'ils avaient depuis 14 ans. Leurs deux grands enfants ont quitté la maison depuis bientôt 4 ans et maintenant leur toutou chéri qui meurt. Ça semble très bouleversant pour eux. Assez pour qu'il soit en mesure de placer des verbes dans ses phrases et de confesser sa peine à moi, une race étrangère à la sienne.

Puisque nous étions sur le sujet du chien, j'ai confessé à mon tour que toute ma vie chez mes parents j'avais eu un, deux, parfois trois chiens (et toujours deux chats) dans la maison familiale. Nous avions gardé l'habitude des deux chats mais n'avons jamais tenté l'expérience du chien depuis 1990, année de départ de chez mes parents. Appartements obligeaient, puis les voyages que nous faisons régulièrement qui forceraient quelqu'un à venir s'occuper de la bête en notre absence.

Et bien voilà, aussitôt que je lui ai dit ça, que ma fille poussait beaucoup pour qu'on ait un chien nous aussi depuis quelques temps, il a bondi sur l'idée et s'est proposé pour s'en occuper toutes les fois qu'on ne serait pas là. Surtout maintenant, ne serais-ce que pour faire passer le deuil.

Ma fille et moi on est convaincus de l'idée du chien.
L'amoureuse, pas son genre du tout...Faudra qu'il soit aussi cute qu'elle est jolie. Pas évident, mais possible.
La chatte? oulala les yeux de tigre qu'elle me fait dans son costume de bébé-panda...
Fiston serait surement d'accord mais ne s'en occuperait jamais, ou enfin trop peu, trop ado.

Mais comme dit mon ami Louis Paromonimili,
This could be the beginning of a great adventure...