mardi 7 mai 2013

La Paix Glacée Sous le Chaud Soleil de Damas

L'armée israélienne a frappé au moins deux fois des cibles militaires en Syrie vendredi et dimanche.

Tout de suite, les forces de la rébellion anti Bashr Al-Assad et les troupes d'Al-Assad ont décrié l'assaut.

La Syrie est un nœud géographique. Les voisins de la Syrie, et ils sont nombreux, sont nerveux. Il y a en ce moment un potentiel d'internationalisation de ce conflit qui restait depuis deux ans, un conflit strictement intérieur.

Israël est voisin de la Syrie. Au Sud il y a la Jordanie, minuscule pays sous le point d'exploser avec ses centaines de milliers de réfugiés syriens est aussi un voisin. Il y a le Liban dont les communautés intérieures rappellent beaucoup celle de la Syrie et l'Irak, le jumeau cosmique syrien et la Turquie dont des manœuvres militaires ont été entreprises dès lundi. L'armée Turque est la deuxième en importance de l'OTAN après les États-Unis. Ils ont bien tenté de faire croire que ses manœuvres militaires étaient prévues depuis longtemps sur la frontière syrienne, le timing est disons...parfait. D'autant plus que la Turquie est très au parfum du conflit syrien ayant accueilli plus d'un demi million de réfugiés, beaucoup plus encore que la Jordanie.

La Turquie est devenue l'une des voix des plus critiques du régime de Bashr Al-Assad alors qu'il y a à peine 2 ans, les rapports entre Ankara et Damas étaient excellents.

En revanche, les rapports avec Israël ont toujours été tendus. Israël/Syrie, voilà d'authentiques ennemis. Ce sont deux pays qui se détestent depuis toujours mais qui avaient su garder leur hostilité mutuelle à l'ombre. Une paix glacée entre des ennemis de principe mais placée aujourd'hui dans un congélateur à cadavre.

...ou fondant sous les rayons du soleil...

L'armée de Bashr Al-Assad avait repris du terrain contre les rebelles depuis quelques temps, appuyée par l'Iran et le Hezbollah libanais, milice chiite au Sud du pays.

Israël soupçonne le Hezbollah de faire transiter des armes chimiques en Syrie en appui à Bashr Al-Assad. On sait que des membres du Hezbollah manœuvre auprès de l'armée républicaine d'Al-Assad, mais on ne peut pas encore prouver que le Liban leur fournit des armes chimiques. Les frappes israéliennes sont donc identifiées comme frappes préventives.

Les attaques du week-end dernier sont des coups de jarnaks contre l'axe Iran/Syrie/Liban. On peut légitimement croire que ceci ne sera pas suivi de répliques Syrienne qui n'en ont pas les moyens actuellement. Même les ennemis jurés d'Al-Assad dénoncent les frappes par solidarité entre frères arabes. Mêlez-vous de vos affaires les juifs semblent-ils dire. Les frappes Israéliennes pourraient même aider Al-Assad, l'homme que l'on tient, attaque après attaque pour mort mais qui est toujours debout.

Cette incursion israélienne fait nécessairement aussi tourner les yeux vers les États-Unis, parrain d'Israël. Les É-U. ne veulent pas mettre le pied en Syrie comme ils l'ont fait en Irak.

L'horreur est abyssale et perpétuellement régénéré avec plus d'ardeur jour après jour en Syrie. Israël vient peut-être de taper du pied afin de dire aux États-Unis:

"Mais qu'attendez vous?"

lundi 6 mai 2013

Mouches Espagnoles

                                                                                                                               
(à M.M.B.)
Madrid.

Julia Jasmina était une autre de ses femmes vivant pratiquement seule avec 4 enfants puisque son mari, selon Adriana, était un un gros bon à rien, un fracasado.

Adriana est propriétaire de logements et les loue à ses occupants pour 400 Euros. Quatrième puissance économique européène, (après l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni), l'Espagne a maintenant atteint le tristement historique sommet de 27,2 % avec son taux de chômage. Ce sont 6 millions de citoyens, l'équivalent d'un peu plus d'un Québec entier en droit de voter, qui sont sans emploi en Espagne.

Parmi eux, le douloureux mari de Julia Jasmina. Adriana, grâce à des années d'économies et de dur labeur, avait réussi à se bâtir une certaine fortune personnelle et avair investi dans les logements dans les années 80. Aujourd'hui, certains espagnols, avec une logique tordue mais surtout avec une jalousie certaine, lui repochaient d'être moralement du mauvais côté de la situation en demandant à ses concitoyens de lui donner 400 Euros par mois pour simplement se loger.

En fait, Adriana avait déjà exigé beaucoup plus pour ses mêmes logements dans les années 90 et 2000,  mais avait plutôt fait preuve d'un grand coeur en baissant certains de ses loyers, année après année, afin d'accomoder les familles dans le besoin.

Le mari de Julia Jasmina n'avait pas une seule journée de travail dans le corps de toute sa vie. En revanche, Julia Jasmina travaillait au comptoir de pizza du bout de la rue et faisait aussi le ménage dans les bureaux municipaux. J.J. ne payait souvent qu'une partie du loyer et concoctait chaque fois une compliquée formule sur papier, un calcul mathématique, qui stipulait que si elle avait déjà donné 300 Euros la première semaine du mois, il fallait le diviser sur les quatres semaines et le conseil municipal se chargerait de payer la différence en son nom plus tard. Ce qui n'arrivait bien entendu jamais. Adriana voyait bien que Julia Jasmina, pas encore 30 ans, 4 enfants, et les deux pieds dans une vraie vie de merde depuis,
avait travaillé extraordinairement fort pour arriver à tout ça; et que ses tentatives d'amoindrir la facture n'étaient pas des tentatives de fraude autant que des tentatives de survie.

Adriana fermait les yeux mais avait approché le mari qui errait souvent sans même sembler se chercher du boulot. Elle avait fini par comprendre en tentant d'entrer en contact avec lui qu'il était extrêmement dangereux. Qu'il avait probablement cassé le nez de Julia Jasmina par le passé, qu'il l'avait même menacé avec une carabine deux fois. J.J. allait éventuellement trouver refuge dans un centre pour femmes battues avec ses 4 enfants, le logement n'étant pendant un temps occupé que par le minable mari.


Les paiements allaient du même coup, cesser complètement.

C'est en Irlande que Julia Jasmina allait se cacher de son mari et elle aurait la décence de s'en excuser et d'appeller Adriana sur le sujet. Par un tour de force miraculeux, Julia Jasmina réussirait même à distance à faire évacuer son bon à rien de mari du logement, toujours meublé, avec le concours des services sociaux.

L'amie d'une amie d'Adriana lui trouverait une remplaçante pour venir loger là où Julia Jasmina et sa troupe avait investi les lieux pendant presqu'un an. Une femme dont on disait beaucoup de bien. Propre. Elle gagnait d'ailleurs sa vie comme femme de ménage. Et comme l'appartement était dans un état lamentable, elle commencerait par un giga-ménage des lieux.

Adriana était rassurée.
Même si c'était la même amie qui lui avait fourni la référence pour Julia Jasmina, ce qui, sur le coup l'avait aussi inquiétée.

Inquiétude justifiée puisque dès le premier chèque, la banque le ferait rebondir pour manque de fonds...

Pas facile d'éviter la chute espagnole.

dimanche 5 mai 2013

Le Syndrôme du But D'Alain Côté

Vous savez qu'il soit bon ou non ce fameux but de 1987, celui où Paul Gillis étend la jambe, probablement pour encombrer le gardien Brian Hayward qui bougera d'une manière chimiquement peu conforme vers la gauche alors que Gillis tombe loin vers la droite avec un joueur du Canadien sur le dos; vous savez ce but qui aurait fait 3-2 Québec mais qui tournera a l'avantage des Canadiens qui, eux, feront 3-2 se sauvant avec le cinquième match des séries élimatoires de cette année Badaboumesque?

Est-ce que répondre à cette question changerait vraiment quelque chose?
Sérieusement?
L'arbitre qui avait pris la décision a été suspendu toute la première moitié de la saison suivante, ça donne une idée de l'appréciation de son travail par ses supérieurs ce soir-là.

Ca ne changera jamais l'issu de ce match.

Les Canadiens prenaient alors les devants 3-2 dans la série 4 de 7, les Nordiques allaient gagner le match suivant faisant 3-3 dans la série et Montréal gagnerait 5-3 le dernier match éliminant Québec.

Big deal.

Les gens semblent oublier ces deux derniers matchs qui pouvaient encore faire foi de tout. La colère de l'époque semble avoir rendu quelques uns, sélectivement sourds et aveugles.

Ca n'a pas empêché Montréal de se faire battre en 6 matchs contre Philadelphie dans la ronde suivante. Et les partisans des Nordiques d'en parler pendant plus de 25 ans.

Les Nordiques n'en étaient pas à une injustice près de toute façon.
Y a un peu de l'attitude du perdant dans le ressassement de l'injustice.
*********

Quand en 1995 Jacques Parizeau a lancé sa fameuse explication "de l'argent et du vote ethnique" pour expliquer la seconde défaite référendaire, on a tous poussé des hauts cris. Moi le premier. Puis, il a été dévoilé que les Libéraux de Jean Chrétien avaient triché les règles d'immigration au Québec en multipliant les accueils de nouveaux arrivants peu de temps avant les élections, en accélérant le processus d'acceptation des néo-canadiens et en accordant le droit de vote de manière expéditive à ses nouveaux venus qui n'allaient certes pas voter contre le pays qui les accueillait.

L'argent, on le sait depuis toujours est le nerf de la guerre de toutes les élections. partout dans le monde.

Parizeau ne se trompait donc finalement pas.

Mais Sisyphe connaît la route.

Y aurait encore un peu de l'attitude du perdant a ressasser l'injustice.

**********

Je suis indépendantiste. Mou, mais souverainiste quand même. Je ferme les yeux sur des niaiseries Péquistes là où je ne le ferais pas chez d'autres partis. Ca donne la couleur partisane qui m'habille.

Je vous laisse toutefois deviner ce que je pense du débat constitutionnel, plat froid ressorti du frigo a cadavres par Frédéric Bastien dans son essai sur l'interférence présumée du juge en chef de la Cour suprême Bora Laskin qui aurait (PEUT-ÊTRE) eu pour effet de biaiser le processus du rapatriement de la constitution.

Pouvons-nous, ne serait-ce qu'un peu, prétendre que nous sommes quelque chose comme un grand peuple?

Et regarder devant?
Loin devant?

Chassons donc les loups de la bergerie au lieu de scander son nom, outré et du haut des rideaux à nouveau.

samedi 4 mai 2013

Audrey Hepburn

Audrey Kathleen Ruston est née à Bruxelles en Belgique en 1929 d'un père britannico-autrichien et d'une riche héritière hollandaise. Famille recomposée, elle aura deux demis-frères qui la précèderont.

Le travail de son père pour une compagnie anglaise lui accorde la citoyenneté britannique et fait voyager la famille régulièrement entre la Belgique, l'Angleterre et les Pays-Bas. Avec cette trame multinationale, la jeune Audrey deviendra agile avec les langues et parlera couramment à la fin de sa vie l'anglais, le français, le hollandais, l'espagnol, l'allemand et l'italien. Elle commence le ballet à l'âge de 5 ans.

Dans les années 30, ses parents sont membres du peu honorable syndicat des fascistes de Grande-Bretagne. Son père deviendra même un pur sympathisant Nazi. Ce dernier, surpris au lit avec la gardienne, quitte la famille précipitamment. C'est lui qui croira que sa famille est liée à celle d'une reine écossaise et ajoutera érronément Hepburn au nom Ruston.

Audrey et sa mère vont habiter en Hollande (un endroit anticipé neutre comme durant le premier grand conflit) afin d'éviter les affres de la guerre. Quand les Allemands envahissent les Pays-Bas en 1940, Hepburn, toujours danseuse de ballet, change son nom pour celui de sa mère afin d'éviter de devenir "l'ennemie britannique" aux yeux des envahisseurs. Son oncle est assassiné par les nazis pour avoir resisté, un de ses demis-frères est envoyé dans les camps de concentration tandis que l'autre se cache. Audrey souffre d'anémie et de mauvaise nutrition. Enfant, de 11 à 16 ans elle est témoin de la déportation des juifs. Elle voit des gens de son âge monter en la regardant et n'oubliera jamais ces regards. Elle danse le ballet, récoltant des sous pour financer secrètement la résistance hollandaise.

L'Opération Market Garden est un échec et laisse la Hollande dans un état lamentable. Bientôt la famine gagne la pays. Audrey survit en fabricant de la farine à partir de bulbes de tulipes, cuisinant par la suite des gâteaux et des biscuits. cet épisode de sa vie lui servira beaucoup à comprendre certaines réalités dans son fabuleux travail futur comme ambassadrice de l'UNICEF.

À Amsterdam, elle danse encore trois ans le ballet puis tourne dans un premier film. Elle quitte pour Londres afin de réaliser son rêve de devenir ballerine tout en travaillant en parrallèle comme mannequin. Avec une santé fragile héritée de la guerre et une taille de 5'7 jugée trop grande pour être ballerine professionnelle, on la décourage de poursuivre dans cette voie.

Elle se tourne donc vers le théâtre, puis joue de petits rôles au cinéma. Puis obtient un rôle à sa mesure dans la peau d'une ballerine, performant tous les pas de danse elle-même.
C'est en France, en 1951, qu'elle tourne Monte Carlo Baby. Sur le plateau, l'auteure Colette qui cherchait celle qui incarnerait son personnage de Gigi au théâtre, l'apperçoit et dit aussitôt "la voilà!".
Hepburn jouera Gigi 219 fois à Broadway et partira en tournée avec le même spectacle en 1953.

Son premier grand rôle au cinéma en Amérique lui donnera son unique Oscar.

Commencent 15 ans de grands succès pour la jolie jeune femme où elle alterne entre cinéma et théâtre.

Elle tourne avec Bogart et Holden, a une laison avec la marié Holden mais quand elle apprend qu'il a été vasectomisé, le quitte. Elle joue au théâtre avec Mel Ferrer dans Ondine, rafle un Tony pour sa performance et tombe amoureuse de Ferrer . Elle devient ainsi seulement la 3ème actrice à gagner un oscar et un Tony la même année. Elle épouse Ferrer et ils joueront ensemble dans le film suivant. Hepburn, femme de très petite constitution, perd un premier enfant d'une fausse couche en 1955.  Elle tourne dans deux comédies en 1957, puis dans un film dirigé par Ferrer en 1959 et interprète finalement la plus jolie soeur de la planète terre dans The Nun's Story. Le seul western dans lequel elle tourne est une expérience horrible puisqu'en tombant d'un cheval elle perd son second enfant. Elle a finalement un fils en 1960.

1961 la rendra immortelle. Femme plutôt sexuellement intravertie, cette année-là est pourtant axée autour du sexe pour l'actrice. Elle incarne la mythique Holly Golightly, soft escorte de Breakfast at Tiffany's puis la même année une enseignante possiblement lesbienne (la censure de l'époque étouffant tout) dans The Children's Hour aux côtés d'une extraordinaire Shirley Maclaine. Hepburn n'est pas seulement reconnue comme actrice mais son style, placé à la une du Time, est aussi copié dans tous les magazines de mode. La petite robe noire portée dans le film de Blake Edwards devient, encore aujourd'hui, une incontournable des manuels de séduction. Son styliste, Givenchy, la suit désormais de plateau en plateau. Elle tourne avec Cary Grant puis avec Holden à nouveau. Ce dernier film sera son seul échec. En partie parce qu'elle est affectée d'un comportement princier en insistant pour que Givenchy soit crédité au générique pour le parfum qu'elle porte, en exigeant de loger dans la loge 55 qui lui porte bonheur et en faisant renvoyer un directeur photo. De plus, Holden tente de reprendre intimement là où ils avaient laissé 10 ans avant, sans succès.

My Fair Lady lui apportera beaucoup de succès mais sa part d'ennuis aussi. Julie Andrews joue le personnage principal au théâtre avec succès depuis longtemps, on s'attend donc à ce qu'elle reprenne ce rôle au cinéma. Toutefois les studios jugent Hepburn plus "vendable". Les journaux créé alors une fausse rivalité entre les 2 actrices. Le film est un énorme succès, rafle à peu près tout aux Oscars mais Hepburn n'est pas nommée dans la catégorie de la meilleure actrice. Audrey est aussi ahurie de remarquer qu'on a pratiquement remplacé toute sa voix lors des chansons. Puis, Julie Andrews gagne l'Oscar de la meilleur actrice pour Mary Poppins, rajoutant une épaisseur aux rumeurs de jalousie (inexistantes) entre les deux femmes.
Elle joue avec O'Toole en 1966 avant de tourner dans 2 films en 1967.

Elle divorce Mel Ferrer en décembre 1968. Elle choisit alors de se consacrer à sa vie de famille et à différentes causes caritatives (dont l'UNICEF). Elle épouse un psychiâtre italien puis, à l'âge de 40 ans, donne naissance à un autre garçon. Elle tourne à peine ici et et a une affaire (son mari multiplie les aventures aussi) avec Ben Gazzara qui met un terme, en 1982, à son mariage avec le père de son second fils.

Elle vit par la suite avec l'acteur hollandais Robert Wolders, ce qu'elle qualifie des plus belles années de sa vie.

En 1988, Spielberg lui tord un bras pour qu'elle apparaisse dans l'un de ses films.

En janvier, il y a 20 ans, la charmante, talentueuse, grâcieuse et divine Audrey Hepburn s'éteint en Suisse, victime du cancer. Elle avait 63 ans.

Son grand ami Gregory lui livre un bouleversant témoignage en récitant un poème de Rabindranath Tagore.

Elle aurait eu 84 ans aujourd'hui.

vendredi 3 mai 2013

Nuit D'Été En Ville

Le bonheur rend beau.

Ce soir-là, une nuit merveilleuse sur Jean-Brillant où en passant tout près du parc du même nom, une ennivrante odeur de feu de camping enveloppait nos narines, je marchais en direction de ma voiture, léger comme une ado en route vers son bal de finissante. Humant l'été printanier.

Je venais de compléter mon tout dernier examen universitaire, un examen d'anglais si facile que même si j'obtenais une note plus que médiocre, ça n'affecterait pas mon A à venir (confirmé depuis lundi).

Je trottais donc sur Jean-Brillant par une nuit chaude en écoutant la douleur d'être pur en me disant, sourire en coin que "j'étais maintenant un professionnel à temps plein". Ça m'a fait rire parce que ce mot professionnel, ne veut parfois tellement rien dire. Je pense à cette ancienne concurrente blondinette dont le nom de famille sonne comme boulette de la téléréalité Mixmania 2 qui fait aujourd'hui une pub de shampooing et qui dit avec conviction et sans rire "Dans mon métier, je me dois d'avoir de beaux cheveux..."

...Ton métier? étudiante de secondaire 4? Outre une poignée de petites filles de 9 ans et moins, qui a cru à ce métier? Moi je suis chanceux, j'ai un métier ou je ne suis pas obligé d'avoir des beaux cheveux. Je ne suis même pas obligé d'en avoir du tout si je veux. Je peux être 100% virtuel comme professionel.

Et professionnel rime avec bagatelle.
Bagatelle: Chose de peu de valeur.

Je jonglais mentalement rue Jean-Brillant donc, au hockey, Montréal jouait au Manitoba et j'en voyais un extrait sur les télévisions du Nickels de la rue, coin Côte-Des-Neiges. J'ai bifurqué de mon trajet habituel pour me rendre au deuxième étage du Renaud-Bray voisin. Est-ce que j'allais fêter ma fin de Xième scolarité en m'achetant un livre? un cd? un film? John Dos Passos? El Motor? Pierrot le Fou ? C'est fou que ça en prend peu pour me rendre heureux.

Le bonheur place une étincelle dans l'oeil et Marianne (qui?) Marianne, c'est le nom qu'elle portait sur la petite épinglette accroché pour l'identifier, a remarqué cette étincelle et est venue briller de son oeil couleur-de-mer à mes côtés.

"Je peux vous aider, monsieur?"
Monsieur...on avait le même âge...
"Vous avez La Trilogie des Mongols de Jean Basile ?" j'ai demandé mais elle n'était pas certaine si je la niaisais ou non.
"C'est vieux, ça date des années 60" j'ai complété.
Elle a cherché dans son système. Elle était très jolie. Je devais l'être un peu pour elle aussi, au moins dans l'oeil, je le voyais dans sa manière de me répondre. Son regard était scintillant. Ça devait être la troisième inconnue qui venait vers moi ce soir-là. Deux filles de ma classe, à qui je n'avais jamais même échangé un "salut" étaient venues me jaser. L'une avant le cours, l'autre après. Comme une première date. Et j'avais la très jolie Marianne qui pianotait sur son clavier et qui était toute en sourire et en agréabilité. (C'était quand même un peu son métier...)

Je ferai tout ce que tu voudras   
Moi aussi, Marianne
Je mets ma main sur ton genou
Moi aussi, Marianne
Je t'embrasse partout
Moi aussi, Marianne

Il faisait si chaud ce soir-là, la nuit hurlait TERRASSE!!

Le téléphone aux côtés d'elle a sonné. Elle a répondu.
"Renaud-Bray: section livres...Ah Brigitte! t'es où? je finis dans 10 minutes on se rejoint au McCarold?  C'est beau...c'est beau...je t'aime aussi...à tantôt...à tantôt."

Elle a raccroché toute excitée et cette fois, si je croyais avoir vu une étincelle dans son oeil avant, elle avait maintenant des étoiles plein les yeux surplombant des joues rosées.

"C't'ait mon amoureuse...Je vas y dire ce soir que j'attends un enfant...qu'on va avoir un enfant!" me dit-elle tout à coup.

J'ai pris un peu de temps à digérer tout ça. J'ai souri je crois.

"J't'énervée..." a-t-elle dit avant de promptement rougir réalisant qu'elle me révélait peut-être beaucoup trop de son intimité.

J'ai pensé à la France et à ses homophobes publics.
Marianne avait l'accent français.
Son magasin ne tenait pas Basile.
J'ai acheté le dernier Murat.

Il faisait bon pour elle d'être au Québec.
De ne pas vivre la douleur d'un amour au coeur pur à Paris.
Il faisait beau sur Jean-Brillant.
Marianne était belle.

Le bonheur rend beau.

jeudi 2 mai 2013

Bailey, Donovan & Duffy

David, Terence & Brian: la trinité noire, le terrible trio.

David souffre enfant de dyslexie et de dyspraxie. Il a une éducation différée par la guerre. À 15 ans, il quitte les bancs d'école. Après un service militaire de 2 ans, il s'achète une caméra et est déterminé à vivre du métier de photographe. En 1959, il a 21 ans et travaille déjà pour Vogue.

Rapidement, Bailey se lie d'amitié avec Terence Donovan et Brian Duffy et à trois ils mettent en images le swinging London dans lequel ils trempent. Tous les trois socialisent allègrement avec les acteurs, les musiciens, les stars, la royauté et sont eux-même élevés au statut de célébrité. En 1964, Bailey lance Box of Pin-Ups qui met en vedette des clichés de Terence Stamp, de John & Paul, de Mick, Jean Shrimpton dans une séance célèbre prise en 1962 à New York*, PJ Proby, Rudolf Nureyev, Andy Warhol et les fameuses crapules du East End, quartier qu a vu grandir Bailey, les jumeaux Kray. (qui empêcheront le livre d'être publié en Amérique pour des raisons d'ordre morale).
Jeanne Shrimpton et David Bailey formeront un couple très à la "mods" :)

Le livre de photo crée un précédent, jamais aupravant un livre de simples photos n'avait été un best-seller. Un genre est né. Son statut de superstar de la photo est instantané. Il publiera jusqu'à 800 pages pour Vogue par année en plus de faire des contrats à la pige. On le décrit comme le roi lion de la savane, incoyablement séduisant et dégageant une aura dangereuse. On dit de lui qu'il est à la fois l'électricité, la lumière et la force la plus brillante des corridors du magazine.
Catherine Deneuve et David Bailey formeront un couple tout ce qu'il y a de plus tendance.

En 1966, Antonioni s'inspire de sa vie pour construire l'un de ses plus brillants films.

De 1968 à 1971, Bailey dirige aussi des documentaires pour la télévision. Il fait des pochettes des Rolling Stones, de Marianne Faithfull, de Cat Stevens qui refuse d'être sur le dessus de la pochette mais accepte une photo à l'intérieur de la jaquette.

Il a 75 ans et roule toujours sa bosse, dans le milieu artistique mais au front aussi, demi-dieu de la photographie.

***
Terence Donovan, né deux ans avant Bailey mais aussi issu du East End de Londres, goûte aussi à la guerre. Les bombes qui pleuvent sur sa tête l'inspire beaucoup et dans sa carrière de photographe, il mettera en scène des mannequins dans des décors dénudés et dans des environnements urbains lugubres. Un JG Ballard de la photo. La route est un endroit fétiche pour Donovan. Comme s'il cherchait à se sauver. Ce qu'il fera plus tard.
 Il travaillera à la fois pour Harper's Bazaar et pour Vogue. En 1970, il se tourne vers la production visuelle. Il tournera plus de 3000 publicités télévisées. Il tourne un film en 1973, puis réalise aussi quelques documentaires ainsi que des vidéoclips musicaux. Il peint également.

Ses trois enfants sont le créateur de la boîte Rockstar Games (Terry) le claviériste de Big Audio Dynamite et de Sisters of Mercy (Dan) et la présentatrice télé et auteure Daisy Donovan.

Terence se suicide en 1996 à l'âge de 60 ans.
***
Brian Duffy et sa famille quittent Londres pendant la guerre. Duffy dira qu'il a eu la plus fantastique guerre possible. Il sera hébergé un temps avec les acteurs Roger Livesey et Ursula Jeans, vivant sur une ferme et se rendant sur des lieux post-bombardements à Londres avant ses dix ans.

En 1950, il entre à l'Art School pour devenir peintre mais se convertit rapidement dans la confection de costumes. C'est toutefois en 1955, alors qu'il travaille comme pigiste pour Harper Bazaar's qu'il tâte de la photographie où il travaillera avec le même homme qui avait formé Bailey, John French. Son premier contrat photo est pour le Sunday Times. Il est engagé par Vogue en 1957.

Il swigne terriblement avec le "terrible three" à Londres dans les années 60 redéfinissant à trois la place des photographes dans le monde artistique.Il bossera pour Glamour, Esquire, Town Magazine, Queen Magazine, The Observer, The Times, The Daily Telegraph, Elle France. Il devient un proche de la muse de Vidal Sassoon, Frankie Stein et fonde une compagnie de production de film.

Il confectionnera trois pochettes pour Bowie en 1973, 1979** et 1980. Il est la force créative derrière les campagnes publicitaire que furent celles de Benson & Hedges et de Smirnoff. Il imite aussi ses amis et tourne du vidéoclip.

Il dira du trio quand on lui demande ce qu'ils avaient changé dans le métier en s'amusant de la question: "Avant nous, les photographes étaient grands, minces et gays. Puis il y eut nous, la Black Trinity, avec un petit (duffy), un gras (Donovan) et un hédoniste (Bailey)."

Duffy meurt d'une maladie dégénérative des poumons il y a deux ans laissant  dans le deuil sa femme (mariée en 1954) et ses 4 enfants.

J'ai pensé à eux en revisitant le fameux film d'Antonioni récemment.
Un film tout simplement parfait.

*Séance qui fût l'objet d'un film complet par la suite.
** alors que le titre en était Accidents.

mercredi 1 mai 2013

Race de Monde

Je suis dangereusement grogon depuis un mois, un mois et demi. Ça semble coincider avec Hotmail réincarné en Outlook de marde.

La boxe met en scène un spectacle de violence qui prend pour cible le corps d'un adversaire et pour objet sa destruction selon une codification (plus ou moins) rigoureuse et (plus ou moins) contrôlée. Elle constitue l'une des rares disciplines sportives qui se concluent par l'anéantissement  de la conscience d'un homme et par son incapacité  physique de poursuivre le combat. Le KO demeure le fleuron de cette maitrise des coups et le rêve du boxeur à l'entrainement.

(...et du fan dans la foule).

Cette citation, (outre les parenthèses), est d'André Rauch, tiré de son chapître Violence et maîtrise de soi en boxe un essai rédigé en 1993. Elle décrit dans toute sa candeur, et avec précision, en somme pourquoi je n'aime pas ce sport.

Se frapper sur la gueule? anéantir l'autre? Pas mon type de trip. Les combats extrêmes...je n'en parle même pas.

Je ne suis pas seul. Ce n'est pas le trip de tout le monde et c'est très bien ainsi. Il en faut de toutes les sortes pour se tisser une société. Mais pour faire du sale fric, il faut le plus de monde possible. On nous pollue depuis un mois d'entrevues avec Lucian Bute et Jean Pascal, on essaie de construire un build-up pour leur combat du 25 mai. On essaie de créér l'évènement. Fair enough. On appelle ça de la publicité. Un peu putes, le gentil roumain et le sympathique Jean Pascal se prêtent au jeu des caméras qui les suit dans leurs entrainements. Et les voilà qui lancent des lignes qu'on voudrait mémorables mais qui ont autant de punch qu'une ligne livrée par une enfant de 4ème année en pleine répétition de théâtre. Ils font même des menaces avec un sourire non convaincu.

Rien d'un uppercut. N'est pas Muhammed Ali qui le souhaite.

Bon, je ne doute pas qu'il faut être sacrément en forme pour se taper sur la gueule sur scène pendant deux heures. Je ne doute pas non plus qu'il s'agisse d'un spectacle qui puisse plaire à bien des gens. Je suis le premier à me lever dans mon salon quand, au hockey, les gants sont tombés. Une minute, une minute et demie, moins, c'est saisissant. Inattendu. Peut-être fascinant. Mais 12 fois 3 minutes...pfff! Pas pour moi. Je dirais même que dès le troisième round je commence à trouver insupportable. Si ça se rend aux juges, je ne crois pas à l'honnêteté. Ce seront les directeurs du marketing qui décideront.

Je ne suis pas fan.
Pas grave. Je n'ai aucunement besoin de supporter. Un peu comme le hockey pour certains ou les concours de Monster Car Crash, je n'ai qu'à regarder ailleurs. Personne ne me force à ce "spectacle".

On ne me force pas, mais on m'oblige un peu à boire de leur jus. Lucian ou Jean Pascal à tous les trois jours? pleeeeeease...

Mais ce qui m'irrite davantage est un autre type de plante grimpante. Une véritable gangrène. LES PUBS SUR LE POKER, SES JOUEURS, LEUR UNIVERS, LEUR BOUILLE DE NOBODY DEVENU RICHE, LE TEXAS HOLD'EM, LES CASINOS...ASSEZ!

Je ferme ma tivi sur cette face qui m'invite à me livrer aux lois du hasard, sur cette bouille d'average Joe que je devrais maintenant connaître, sur cette jeune femme qui me dévoile un peu de ses seins et m'invite du regard, sur ces joueurs aux lunettes fumées autour d'une table, pour entendre ensuite dans ma voiture une autre pub sur une radio commerciale qui m'invite à jouer seulement si j'ai 18 ans et plus. En prenant mon courrier au retour à la maison il s'y trouve une pub de Loto-Québec et une invitation à un Texas Hold'em dans le quartier. On chassait le communiste pour moins que ça dans les années 50.

ILS SONT PARTOUT!

Parce que Rafael Nadal y joue dans son bain, ça devrait être plus sain?
Je ne veux pas de cette eau et on m'en asperge de partout. PARTOUT. Je pisse dans un lieu public et qui a les yeux sur mon zob? un nobody qui m'invite à flamber mon pécule sur un site quelconque. Je lis un journal culturel au centre-ville et Jonathan Duhamel me fait signe dans le coin d'une page.

Il n'y a qu'une seule pub qui ferait mon plaisir et elle a été bannie.

Et pourtant, elle dit tout.

Mais le jeu est une histoire de secrets.
Alors pourquoi ne pas garder tout ça confidentiel, bordel?

Ah oui! Parce que nous sommes soumis à notre Dieu...
L'argent.

   Je ne suis pas un gamer, ne le serai jamais, so don't bother showing up.